LE SURMULOT
sont venus, mais ils^ont prodigieusement multiplié; et l'on n'en sera pas étonné, lorsqu'im saura qu'ils produisent ordinairement douze ou quinze petits, souvent seize, dix-sept, dix-huit et même jusqu'à dix-neuf. Les endroits où ils ont paru pour la première fois , et où ils se sont bientôt fait remarquer par leurs dégâts, sont Chantilly, Marly-Ia-Yille et Versailles. M. Le Roy, inspecteur du parc, a eu la bonté de nous en envoyer une grande quantité, vivaus et morts ; il nous a même communiqué les remarques qu'il a faites sur une nouvelle espèce. Les mâles sont plus gros, plus hardis et plus mécbans que les femelles : lorsqu'on les poursuit et qu'on veut les saisir, ils se retournent et mordent le bâton ou la main qui les frappe : leur morsure est non seulement cruelle, mais dangereuse; elle est prompiement suivie d'une enHure assez considérable, et la plaie, quoique petite, est long-temps a se fermer. Ils produisent trois foispai'an: ainsi deux individus de cette espèce en font tout au moins trois douzaines en un an. Les mères préparent un lit à leurs petits. Comme il y en avoit quelques unes de pleines dans le nombre de celles qu'on nous avoit envoyées vivantes, et que nous les gardions dans des cages, nous avons vu les femelles, deux ou trois jours avant de mettre bas, ronger la plauche de la cage, en faire de petits copeaux en quantité, les disposer, les étendre, et ensuite les faire servir de lit à leurs petits.
Les surmulots ont quelques qualités naturelles qui semblent les rapprocher des rats d'eau : quoiqu'ib s'établissent partout , ils paroissent préférer le bord des eaux; les chiens les chassent comme ils chassent les rats d'eau , c'est-à-dire avec un acharnement qui tient de la fureur. Lorsqu'ils se sentent
poursuivis, et qu'ils ont le choix de se jeter a l'eau ou de se fourrer dans un buisson d'épines, ft égale distance, ils choisissent l'eau , y entrent sans crainte , et nagent avec une merveilleuse facilité. Cela arrive surtout lorsqu'ils ne peuvent regagner leurs terriers; car ils se creusent, comme les mulots , des reti-aites sous terre , ou bien ils se gîtent dans celles des lapins.. On peut, avec les furets , prendre les surmulots dans leurs terriers ; ils les poursuivent comme les lapins , et semblent même les chercher avec plus d'ardeur.
Ces animaux passent l'été dans la campagne; et quoiqu'ils se nourrissent principalement de fruits et de grain , ils ne laissent pas d'être aussi très-carnassiers : ils mangent les lapereaux, les perdreaux, la jeune volaille ; et quand ils eutrent dans uu poulailler, ils font comme le putois, ib en égorgent beaucoup plus qu'ils ne peuvent en manger. Vers le mois de novembre, les mei*es, les petits et tous les jeunes surmulots quittent la campagne , et vont eu troupes dans les granges, où ils font un dégât infini; ils hachent la paille, consomment beaucoup de grain, et infectent le tout de leur ordure. Les vieux mâles restent à la campagne; chacun deux habite seul dans son trou : ils y font, comme les mulots, provision, pendant l'automne, de gland, de faîne, etc.; ils le remplissent jusqu'au bord, et demeurent eux-mêmes au fond du trou. Ils ne s'y engourdissent pas comme les loirs ; Us en sortent en hiver, surtout dans les beaux jours. Ceux qui vivent dans les granges eu chassent les souris et les rats; 1 on a même remarqué, depuis que les surmulots se sont si fort multipliés aux environs de Paris, que les rats y sont beaucoup moins communs qu'ils ne l'étoient autrefois.
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LA MARMOTTE
Ds tous les auteurs modernes qui ont écrit sur l'histoire naturelle, Gesner est celui qui , pour le détail , a le plus avancé la science; il joignoit à une grande érudition un sens droit et des vues saines : Aldrovande n'est guère que son commentateur, et les naturalistes de moindre nom ne sont que ses copistes. Nous n'hésiterons pas i em-
:opistes.
BuFFOxr. V.
prunter de lui des faits au sujet des marmottes, animaux de son pays <, qu'il connoissoit mieux que nous, quoique nous en ayons nourri , comme lui , quelques unes è. la maison. Ce que nous avons observé se
I. Gesner étoit Saiue , et c'est un des koaunee qui font le plu d'honneur à la nation.
AinMAnX CARNASSIERS.
irQuvjmi d'jiocor4 «yec ce qii'Q en dit, nom ne douions paf> que ce ob^il a observé de plus ne soit également TraL
I4 marmotte , prise jeune , s^apprlvoise plus qu'aucun animal sauvage, et presque aufani que nos animaux domestiques ; elle apprend aisén^ent à saisir un bâlon, à gesticuler, à dansAT, à obéir en tout à la voix de son mai ire. Elle est , coifime le cbat , antipathique ftv§c le chien : lorsqu'elle commence k être familière dans la maison, et qu'elle se croit appuvée par son maître, elle attaque et mord en sa présence les chiens les plus redoutables. Quoiqu elle ne soit pas tout-à-fait aussi grande qii*un lièvre, elle est bien plus trapu^ , et joint beaucoup 4e force à beaucoup de souplesse. Elle a les quatre dems du devant des mâchoires assez longues et assez fortes pour blesser cniellepient; cependant elle n*aitaque que les chiens, et ne fait mal à personne, à moins qu*on i^e Tirrite. Si Ton n'y prend pas garde, elle rouge les meubles, les étoffes, f\ perce mpme les bois lorsqu'elle est renfermé^. Comme elle a les cuisses très-courtes, et les doigts des pieds faits à pçn pris conmu; ceux de Tours , elle se tient souvent assise, et marche comme lui aisément sur ses pieds de derrière; eQe porte à sa gueule ce qu'elle saisit avec ceux de devant, et mange debout comme Técureai) : elle court asse^ vii^ en montant, mais assez lentement CD plaine ; elle grimpe sur les arbres ; elle monte entre deux parois de rochers, entre deux murailles voisines | et c'est des marmottes, dit-on, que les Savoyards ont appris k grimper pour ramoner les cheminées. Elles maugeut de tout ce qu'on leur donne, de la viande, du pain , (fes fruits, des racines, des herbes potagères, des choux, des hannetons , des sauterelles , etc. ; mais elles sont plus avides de lait et de beurre que de tout autre aliment. Quoique moins enclines que le chat à dérober , elles cherchent à entrer dans les endroits où Ton renferme le lait, et elles le boivent en grande quantité en marmottant, c'est-à-dire en faisant comme le chat, une espèce de murmure de ecp^ lentement. Au reste , le lait est la seul*i liqueur qui leur plaise; elles ne boivent que trèji-rf^'emem 4^ V^u e| refusept le yin.
t^ ^rmqltp tie«l un ppu 4e Tours et V|i pçù 4u l'^t pom* la forme du corp$ : ce n'e^t çepend^t pasi Varçtomjs ou le rat-ours ie^ ancien^, coçaw^ (ont crq quelques auteurs , et entre autres Perrault. Elle a le nez , les lèvres et la forme de la tète comme "te lièvre, le poil et 1^ oncles du |)laire$iUy
les dents du castor, la moostache du chat, les yeux dn loir, les pieds de l'onri, la qneoe courte, el lesereâles tronquées. La eouleur de son poil sur le dot est d'un vowl brun, plus ou moins foncé : ce poil oit assez rude ; mais celui du ventre es| roiitsâlre , doux el touffu. Elle a la voix et le murmure d'un petit ehien Inrsqii'elle joue ou quand on la earesse{ mais larsq<i'on Pirrile on qu'on l'rifraie,' elle ^t entendre un sifflet si perçant el si aigu , quHl k^^sse le tympan. EOe aime la propreté , et se met à l'écart , comme le ehat , ponr faine ses besoins; mais elle a, comme le rat, surtout en été, une odeur forte qui la rend très-désagréable : en automne, elle est trèsgrasse. Outre un très-grand ^iploon, elle a , comme le loir , deux feuilfeis graisseux fort épais : cependant elle n'est pas également grasse sur tontes les parties du corps; le dos et les reins sont plus chapes que le reste d'une graisse ferme et solide, assez semblable à la chair des tétines du bœul Aussi la marmotte seroit assez bonne à manger , si elle nVivoit pas toujours un peu d'odeur, qu'on ne peut masquer que par des assaisonnemens très-forts.
Cet animal , qui se plait dans la régioa de la neige et des glaces, qu'on ne trouve que sur les plus hautes montagnes, est cependant sujet plus qu'un autre à s'engourdir par le froid. Cest ordinairement à la fin de septembre ou au commencement d'oetobre qu'eue se recèle dans sa retraite, pour n'en sortir qu'au commencement d'avril. Cette retraite est fitile avec précaution, et meublée tivec art : elle est d'abord d'une grande capacité, moins large que longue, el trèsprofonde : au moyen de quoi elle peut contenir une ou plusieurs marmottes, sans que l'air s'y corrompe. Leurs pieds et leurs ongles înroissent être faits peur fouiller la terre , et elles la creusent en efTet avec une merveilleuse célérité ; elles jettent au dehors, derrière elles, les déblais de leur excavation: ce n'est pas un trou, un boyau droit oa tortueux, c'est une espèce de galerie faite fn Ipruiè^ 4* Y grec, dout les deux branches ont chacune une ouverture, et aboutissent toutes deux à un cul-de-sac , qui est le lieu du séjour. Comme le tçut est pratiqué sur |e penchant de la montagne , }l n'y a que le cul-de-sac qui soil de piveau, la branche inférieure de TY grec est en pente au dessous du cul-de-âa\c ; et c'est dans cette partie , ta plus basse du domicile, qu'elles font leurs excrémens, dont Thumidité s'écoule aisément 9^\x dehors : la brancL^ supérieure de
1*T grec est aussi un peu en pente , et plus élevée que tout le reste; c'est par là qu'elles entrent et qu'elles sortent. Le lieu du séjour est non seulement jonché, mais tapissé fort épais de mousse et de foin; elles en font ample provision pendant rété : on assure même que cela se fait à frais ou travaux commuas; que les unes coupent les herbes les plus fines , que d'autres les ramassent , et que tour à tour elles servent de voilure pour les transporter au gîte : Tune , dit-on , se couche sur le dos , se laisse charger de foin, éiend ses pattes en haut pour servir de ri> dëlles , et ensuite se laisse traîner par les autres, qui la tirent par la queue, et prennent garde en même temps que la voiture ne verse. Cest,àce qu'on prétend, par ce frottement trop souvent réitéré qu'elles ont presque toutes le poil rongé sur fe dos. On pourroit cependant en donner une autre raison ; c'est qu'habitant sous la terre, et's'occupant sans cesse à la creuser, cela sufût pour leur peler le dos. Quoi qu'il en soit, il est sûr qu'elles demeurent ensemble, et qu'elles travaillent en commun à leur habitation : elles y passent les trois quarts de leur vie; elles s'y retirent pendant l'orage , pendant la pluie , ou des qu'il y a quelque danger; ell(gs n'en sortent même que dans les plus beaux jours , et ne s'en éloignent guère : l'une fait le guet, assise sur une roche élevée, tandis que les autres s'amusent à jouer sur le gazon , ou s'occupent à le couper pour en faire du foin; et fors-
2ue celle qui fait sentinelle aperçoit ui| omme, un aigle, un chien, etc., die avertit les autres par un coup de sifflet, et ne rentre elle-même que la dernière.
Elles ne font pas de provisions pour l'hiver; il semble qu'elles devinent qu'elles seroient inutiles; mais lorsqu'elles sentent les
J>remières approches de la saison qui doit es engourdir, elles travaillent à fermer , les deux portes de leur domicile, et elles le font avec tant de soin et de solidité, qu'il est plus aisé d'ouvrir la terre partout ailleurs que dans l'endroit qu'elles ont muré. Elles sont alors très-grasses ; il y en a qui pèsent jusqu'à vingt livres : elles le sont encore trois mois après ; mais peu à peu leur embonpoint diminue, et elles sont maigres sur la un de l'hiver. Lorsqu'on découvre leur retraite , on les trouve resserrées «sn boule , et fourrées dans le foin ; on les emporte tout engourdies; on peut même les tuer sans qu'elles paroissent le sentir : on choisit les p'us grasses pour les manger, et les plus jeunes pour les apprivoiser. Une chaleur
LA MARMOTTE. aa?*
graduée les raniipe comme les loirs; et celle* qu'on nourrit à la maison, en les tenant dans des lieux chauds, Qe s'engourdissent pas , et sont même aussi vives que dans les autres temps. Nous ne répétons pas, au sujet' de l'engourdissement delà marmotte, ce que nous avons dit à l'article du loir : \e refroidissement du sang en est la scul0 cause; et l'on avoit observé, avant nous, que dans cet état de torpeur la circulation étoit très-leutc, aussi bien que toutes les sécrétions , et que leur sang n'étant pas renouvelé par un chyle nouveau, étoit sans aucune sérosité. Au reste, il n'est pas sûr qu'elles soient toujoui's et constamment engourdies pendant sept ou huit mois, comme presque tous les auteurs le prétendent. Leurs terriers sont profonds; elles y demeurent en nombre ; il doit donc s'y conserver de la chaleur dans les premiers temps , et elles y peuvent manger de l'herbe qu'elles y ont amassée. M. Altmann dit même, dans son Traité sur les animaux de Suisse, que les chasseurs laissent les marmottes trois semaines ou un mois dans leur caveau, avant que d'aller troubler leur repos ; qu'ils ont soin de ne point creuser lorsqu'il fait un temps doux, ou qu'il souffle un veiK chaud; que sans ces précautions, les marmottes se réveillent et creusent plus avan^ mais qu'en ouvrant leurs retraites dans le temps des grands froids , on les ti^ouve tel'^ lement assoupies , qu'on les eniporte facilement. On peut donc dire qu'à tous égards elles sont comme les loirs , et que si elles sont engourdies plus long-temps, c'est qu'elles habitent un climat où t'hiver est plus long.
Ces animaux ne produisent qu'une fois Tan : les portées ordinaires ne sont que de trois ou quatre petits ; leur accroissement est prompt, et la durée de leur vie n'est que de neuf ou dix ans : aussi l'espèce n'en est ni nombreuse, ni bien répandue. Les Grecs ne la connoissoient pas, ou du moins ils n'en ont fait aucune mention, (^bez les Latins, Pline est le premier qui l'ait indiquée sous le nom de mus alpïnus , rat des Alpes; et en effet , quoiqu'il y ait dans les Alpes plusieurs autres espèces de rats, aucune n'est plus remarquable que la marmotte, aucune n habite comme elle les sommets des plus hautes montagnes : les autres se tiennent dans les vallons, ou bien sur la croupe des collines et des premières mon- .tagnes; mais il n'y en a point qui mooM aussi haut que la marmotte. D'ailleurs elle ne descend jamais des hauteurs, etparoit
aal
ANIMAUX CARNÂS^IEllS.
être particolierement attarlice à la cbaine des Alpes, où elle semble choisir Fesposition du midi et du levant , de préférence à celle du nord ou du couchant. Cependant il s'en trouve dans les Apennins, dans les Pyrénées, et dans les plus hautes montagnes de TAllemagne. Le 6o^à de Pologne, au* quel M. Brisson, et diaprés lui, MM. Arnault de Nobleville et Saler ne, ont donné le nom de marmotte, diflëre de cet animal, non seukiDent par les couleurs du poil,
mais aussi par le nombre des doigts; car il a cinq doigts aux pieds de devant : Tongle du pouce paroîi au dehors de la peau , et Ton trouve au dedans les deux phalanges de ce cinquième doigt, qui manque en entier dans la marmotte. Ainsi le boiaà ou marmotte de Pologne, le monax ou marmotte de Canada , le ea*fia ou marmotte de Bahama , et le cricet ou marmotte de Strasbourg , soûl tous les quatre des espèces différentes de la marmotte des Alpes.
LE MONAX.
Nous donnons ici la figure de l'animal que nous avons indiqué sous le nom de monax, ou marmotte du Canada. Le dessin nous en a été envoyé par M. Collinson, mais sans aucune description. Cette espèce de marmotte me.paroh différer des autres marmottes, en ce qu'elle n'a que quatre doigis aux pieds de devant , tandis que la marmotte des Alpes et le bobak ou marmotte de Pologne en ont cinq, comme aux pieds de derrière. Il y a aussi quelque différence dans la forme de la tète, qui est beaucoup moins couverte de poil. La queue est plus loneue et 'moins fournie dans le monax que dans notre marmotte , en sorte qu'on doit regarder cet animal du Canada comme une espèce voisine, plutôt que comme une simple variété de la marmotte des Alpes. Je présume qu'on peut rapporter à cette espèce l'animal dont parle le baron de La Uontarv, et qu'il nomme siffleur. Il dit qu'il se trouve dans les pays septentrionaux du Canada ; qu'il approche du lièvre pour la grosseur, mais qu'il est plus court de corps ; que la peau en est fort estimée , et qu'on ne recherche cet animal que pour cela, parce que ia chair n'en est pas bonne
a manger. Il ajoute que les Omadiens appellent ces animaux sijfieurs, parce «qu'ils sifflent en effet à l'entrée de leurs lanières lorsque le temps est beau. U dit avoir entendu lui-même ce sifflet à diverses reprises. On sait que nos marmottes des Alpes sifflent de même et d'un ton trèfr«igu.