‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 134 sur 161 · ACIDES DES VÉGÉJAUX ET DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

ACIDES DES VÉGÉJAUX ET DES ANIMAUX

La formation des acides végétaux et animaux par l'acide aérien est encore plus immédiate et plus directe que celle deà acides minéraux , parce que cet acide primitif a p<'nétré tous les corps o|;gantsés, et qu'il y réside sous sa forme propre et eu grande quantité.

Si Ton %'ouloit compter les acides végétaux par la différence de leur saveur, il y en auroit autant que de plantes et de fruits, dont le goût agréable ou répugnant est varié presque à Pinfini: ces végétaux plus ou moins fermentes présenteroient encore d'autres acides plus développés et plus actifs que les premiers ; mais tous proviennent également de Tacide aérien.

Les acides végétaux que les cbimistes ont le mieux examinés sont ceux du vinaigre et du tarire, et ils n'ont fait que peu d'attention aux acides des végétaux non fermentes. Tous les vins, et en particulier celui du raisin, se font par une première fermentation de la liqueur des fruits, et celte première fermentation leur ôte la saveur sucrée qu'ils ont naturellement ; ces liqueurs vineuses exposées à Fair^ c'est-àdire à l'action de l'acide aérien, l'absorbent et s'aigrissent : l'acide primitif est donc également la cause de ces deux fermentations ; il se dégage dans la première , et se laisse absorber dans la seconde. Le vinaigre n'est formé que par l'union de cet acide aérien avec le vin, et il conserve seulement une petite quantité d'huile inflammable ou d'esprit-de-vin qui le rend spiritueux ; aussi s'évapore-t-il à l'air, et il n'eu attire pas l'humidité comme les acides minéraux : d'ailleurs il est mêlé, comme le vin, de beaucoup d'eau, et le moyen le plus sûr et le plus facile de concentrer le vinaigre est de l'exposer à une forte gelée ; l'eau qu'il contient se glace, et ce qui reste est un \iuai^re très-fort, dans lecjuel l'acide est concentré : mais il faut s'alteudre à ne tirer (|ue cinq pour cent d'un vinaigre qu'on fait ainsi geler, et ce vinaigre concentré par la gelée est plus sujet à s'altérer que l'autre, parce que le froid qui lui a enlevé toute

son éau ne lui fait Heii p^^rdre dé »on huile; Il faut donc l'en dégager par la distillation pour l'obtenir et le conserver dans son état de pureté et de plus grande force. Cependant la pureté de cet acide n'est jamais absolue ; quelque éptiré qu'il solt , il retient toujours une certaine quantité d*hui1e éthérée qui ne peut que Taffoiblir; il n'a aucune action directe sur les matières vitreuses, et cependant il agit comme l'acide aérien sut les substances calcaires et métalliques; il convertit le fer en rouille, le cuivre en verl-de-gris , etc. ; il dissout avec effervescence les terres calcaires, et forme avec elles un sel très-amer , qui sVtlIeurit à f*air. Il agit de même sur les alcalis : c'est par son union avec l'alcali végétal que se fait la terre foliée de tartre, qui est employée en médecine comme un puissant apéritif. On distingue dans la saveur de cette terre' le goût du vinaiçre et celui de l'alcali fixe dont elle est chargée, et elle attire, comme l'alcali , l'humidité de l'air : on peut aisément en dégager l'acide du vinaigre, en offrant à son alcali un acide plus puissant.

Le vinaigre dissout avec effervescence Falcali fixe minéral et l'alcali volatil ; cet acide forme avec le premier un sel dont les cristaux ei les qualités sont à peu près les mémos que celles de la teiTe foliée du tartre, et il produit avec l'alcali volatil un sel ammoniacal qui attire puissamment Fhumidité de l'air. Enfin l'acide du vinaigre

{)eut dissoudre toutes lés substances animaes et végétales. M. Gellerl assure que cet acide, aidé d^une chaleur long-temps continuée, réduit en bouillie les bois les plus durs, ainsi que les cornes et les os des animaux.

Les substances qui sont susceptibles de fermentation contiennent du tartre tout formé , avant même d'avoir fennenté ; il se trouve en grande quantité dans tous les sucs du raisin et des autres fruits sucrés: ainsi l'on doit regarder le lartreconime un prodju't immédiat de la végétation, qui ne souffre point d'altération par la fermentation, puisqu'ils se présente sous sa même forme daui

MINER A.UX

les résidus du \ia et du vinaigre après la disUllatiou.

Le lartre est donc uq dépôt salin qui se sépare peu à peu des liqueurs \ineuses, et prend une forme concrète et presque pierreuse , dans laquelle on distingue néanmoins quelques parties cristallisées : la saveur du tartre , quoique a<'ide , est encore sensiblement vineuse ; les chimistes ont donné le nom de crème de tartre au sel cristallisé

3ue Ton en tire, et ce sel n*est pas simple; est combiné avec l'alcali végétal. L'acide contenu dans ce sel de tartre se sépare de fa base par la seule action du feu ; il s'élève en grande quantité et sous sa forme propre d'acide aéiien , et la matière qui reste après cette séparation est une terre alcaline qui a les mêmes propriétés que l'acide fixe végétal : la preuve évidente que l'acide aérien est le principe salin de l'acide du lartre , c'est qu'en essayant de le recueillir il fait explosion et brise les vaisseaux.

Le sel de tartre n'attaque pas les matières viti*euses, et néanmoins il se combine et forme un sel avec La terre de l'alun : autre

{>reuve que cette terre qui sert de base à 'alun n'est pas uue terre vitreuse pure, mais mélangée de parties alcalines, calcaires , ou limoneuses ; car l'acide du tartre agit avec une grande puissance sur les substances calcaires , et il s'unit avec effervescence à l'alcali fixe végétal; ils forment ensemble un sel auquel les chimistes ont donne le nom de sel végétal. Il s'unit de même et fait effervescence avec l'alcali minéral , et ils donnent eusemble un autre sel connu sous le nom de sel de Seig nette; ces deux sels sont , au fond , de la même essence, et ne différent pas plus l'un de l'autre que l'alcali végétal ne diffère de falcali minéral, qui, comme nous l'avons dit, sont cisentiellement les mêmes. Nous ne suivrons pas plus loin les combinaisons de la crème de tartre , et nous observerons seulement qu'elle n'agit point du tout sur les huiles.

Au reste, le sel du tartre est l'uu de^ moins solubles dans l'eau ; il faut qu'elle soit bouillante , et en quantité vingt fois plus grande que celle du sel, pour qu'elle puisse le dissoudre.

Les vins rouges donnent du tartre plus ou moins rouge, et les vins blancs du tai*tre grisâtre, et plus ou moins blanc ; leur saveur est à peu près la même et d'un goût plutôt aigrelet qu'acide.

Le sucre, dont la saveur est si agréable, est néanmoins un sel essentiel que Ton peut

tirer en plus ou moins grande quantité de plusieurs végétaux : il est Tun des plus dissolubles dans l'eau ; et lorsqu'on le fait cristalliser a%'ec précaution, il donne de beaux cristaux : c'est ce sucre purifié que nous appdons suere candi. Le principe acide de ce sel est encore évidemment Tacide aérien ; car le sucre étant dissous dans l'eau pure fermente; et cet acide s*en dégage en

Sartie par Tévaporation spiritueuse : le reste emeure fortement uni avec Thuile et la terre mucilagineuse , qui donnent à ce sel sa saveur douce et agréable. M. Bergman a obtenu uu acide très-puissant en combinant le sucre avec une grande quantité d'acide nitreux : mais cet acide composé ne doit point être regardé comme lacide principe du sucre, puisqu'il est formé par le moyen d'ini autre acide qui en est différent ; et quoique les propriétés de Tacide nitreux et de cet acide saccharin ne soient pas les mêmes , ou ne doit pas en conclure , avec ce savant chimiste , que ce même acide saccharin n'ait rien emprunté de l'acide nitreux qu'on est obligé d employer pour le former.

Les propriétés les mieux constatées et les plus évidentes des acides animaux sont les mêmes que celles des acides végétaux , et démontrent suffisamment que le principe salin est le même dans les uns et dans les autres ; c'est également l'acide aérien , différemment niodllié par la végétation ou par l'organisation animale, d'autant que l'on retire cet acide de plusieurs . plantes aussi bien que des animaux. Les founnis et la moutarde fournissent le même acide et en grande quantité. Cet acide est certainement aérien, car il est ti^-volatil; et si l'on met en distillation une masse de founnis fraîches et qui n'aura pas eu le temps de fermenter, uue grande partie de l'acide animal s'en dégage et se volatilise sous sa propre forme d'air fixe ou d'acide aérien; et cet acide recueilli et séparé de l'eau avec laquelle il a passé dans la distillation a les mêmes propriétés à peu près que l'acide du vinaigre : il se combine de même avec les alcalis fixes, et forme des sels qui, par l'odeur urineuse , décèlent leur origine animale.

Les chimistes récens ont donné le nom diacide p/iosp/ioriffue à l'acide qu'ils ont tîn* non seulement de l'urine et des excrémcus, mais même des os et des autres parties solides des animaux : mais il en est à ]^u prc:» de cet acide phosphori(]ue des os comme de l'acide du sucre, parce qu'on ne peut obtenir le premier que par le moyen de l'açidc viiriolique, et le second par celui de

AaDES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX.

l'adde nitrewx; ce qui produit des acides attadié à pwMivep {«ar plusieurs expériences, composés, qui ne sont plus les vrais acides contre les assertions d'un habile chimiste, du sucre et des os, lesquels, considérés en» que l'acide phosphorique est tout formé dans

• ' .1.-1 i les animaux , et qu'il n'est point le produit

du feu ou de la fermentation. Cela se peut, et je serois même très-porté à le a'oire, pourvu que l'on convienne que cet acide phosphorique tout formé dans les animaux, ou dans les excrémens , n'est pas absolument le même que celui qu'on eu tire en employant l'acide vitriolique , dont la combinaison ne peut que l'allérer et l'éloigner d'autant plus de sa forme originelle d'acide aérien , que le travail de Torgaiiisation suCtit pour le convertir en acide phosphorique^ tel qu'on^ le retire de Turine, sans le secours de l'acide vitriolique ni d'aucun autre acide.

légère, et lawse échapper une très>grande quantité d'air fixe ; on peut «'en convaiDcre eu imbibant u» linge d'une solution alcaline caustique ; au bout d'an certain laps de temps , Talcati est saturé d'àcide aérien , et cristallisé trét<parfaitement. Ces ex* périences prouvent , d'une manière convaincante ,

Sue l'acide phosphorique est le résultat d'une mo« ïfication particulière de l'acide aérien , qui ne peut avoir lien qu'au moyen de la véeétation et de l'ani*

eux-mêmes et daus lein» simplicité, ««réduiront également à la forme d'acide aérien ; et s'il est vrai, comme le dit M. Proust, qu'on ait trouvé de l'acide phosphorique dans des mines de plomb blanches, on ne pourra guère douter qu'il ne puisse tirer en partie son origine de l'acide vitriolique.

Un de nos plus habites diimistes > s'est

I. M. Brongniart, démonstrateur en chimie aux écoles du Jardin du Roi. Il a fait sur ce sujet un grand nombre d'expériences par lesquelles il a reconnu que l'acide phosphorique est produit par une modification de l'acide aérien , qui s'en dégage en quantité considérable dans la décomposition de l'acide phosphorique, et même dans sa concentration. Si on fait brûler du phosphore en vaisseaux clos , on obtient uDe très- grande quantité d'air fixe on acide aérien, et en même temps l'acide phosphorique coule le long des parois des récipiens ; ce même acide , soumis ensuite i l'action du feu dans une cornue de verre, donne des vapeurs abondantes et presque incoercibles. Si , au lien de faire brûler aiusi le phosphore , on l'expose seulement à l'action de l'air dans une atmosphère tempérée et humide , le phosphore se décompose en brûlant presque insensiblement; il donne une flamme très-

qu mabsation.

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