‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 87 sur 161 · DE LA MARNE · texte numérisé non relu

DE LA MARNE

La marne n'est pas une terre simple, mais composée de craie mêlée d'argile ou de limon; et, selon la (pianlité plus ou moins grande de ces terres argileuses ou limoneuses , la marne est plus ou moins seclie ou plus ou moias grasse. Il faut donc , avant de remployer à I amendement d'un terrain, reconnoilre la quiimilé de craie contenue dans la marne qu'on y destine; et rela est aisé par l'épreuxe des arides, et même en la fai^a!lt délayer dans Peau. Or toute marne sèche e^qui curitiendra beaucoup plus de craie que d'argile ou de limon conxieiidra pour marner les terres dures et eoinpaties, que l'eau ne pén('ti*e que dillicileuieni , et cjui se durci.Hsenl et se crevassent par ta sécheresse; et même ta craie pure , niclée a\ec f;es terres t les rend plus meubles, et par conséquent susceptit)les d'une culttn-e plus aisée : elles deviennent aussi plus fécondes par la facilité que leau et les jeunes racines des plantes trouvent à les pénétrer et à vaincre la résistance que leur trop grande compacité op|l0^oit à la gerniinatiun et au develo|)|>ement des j;raines délicates. La craie pure et même le sable fin , de (pieUjue nature qu'il soit, peuvent d.>uc être employés avec grand avantage pour marner les terres Irup compactes ou trop humides; mais d faut an contraire de la marne mêlée île beaucoup d'argile , ou mieux encore de terre limoneuse , pour les ten*es stéril< s par sécheresse, et (pii sont clles-iuèmes compuséeji de rraie, de tuf, et de sable. La marne la pliLs grasse est la meilleure po>n* ces terrains maigres; et pourvu ipi il y ait dans la marne qu'on veut employer une ass<'z grande quantité de ))arties calcaires pour que t argile y soit divisée , ci'lte marne presque entièrement argileuse, et même la terre limoneuse toute pure , seront les meilleurs engrais qu on puisse répandre sur les terrains sableux, lintre ces deux extrêmes il sera aisé de saisir les degrés intermédiaues , et de donner à chaque terrain la quaniité et la qualité de la marne qui pourra convenir pour engrais •. On doit seulement observer que

X. M. Faiijas de Saint.Fond parle de certaiiu cantons da Daupliiiié qai sont tres-fertiles «t dont

dans tous les cas il faut mêler la marne avec une certaine quantité de l'umier ; et cela est d'autant plus nécessaire que le terrain est plus himiide et plus iroid. Si l'on répand les marnes sans y mêler du fumier, on |>er dra beaucoup sur le produit de la premieio et même de la seconde récolte : car le bon' effet de l'amendement marneur ne se mani'feste pleinement qu'a la troisième ou qua irieme année.

'^Les marnes qui contiennent une grande quantité de craie sont ordinairemen blanclii's; celles qui sont grises, rongea très ou brunes, doivent ces cuuirurs au\ argiles ou à la terre limo'ieuse dtmi elles sont mi langées : et ces couleurs plus ou moins foncées sont encore m» indice |iiir lequel on peut juger de la qualité de chaque uiarne en par* tiiulier. Lorsqu'elle est toui-à-faii convenable à la natnre du terrain sur letpiel ou la répand, il est alors bonifié pour nombre d'années > , et le cultivateur fuit un double proiil : le premier , par l'épargue des fumiers, dont il usera beaucoup moins, et le second, par le produit de ses récolles, qui sera plus abondant. Si Ton n'a pas à sa portée des niarn(>s de la (|ualité qu exigtTuieul les terrains qu'on veut améliorer, il est pres^ que toujom'S poNsiMe d*« siipj letT en répandant de Targite sut- les terres trop Ic^èles , et de la chaux sur les terres trop lortes

li^ sot contient environ un c|uart de niatît^ri? calcaire uiHre nalurelh-uieiil avec un tien» d'urgile uoire, tciiure, mais rendue friable par envirnn un quart d'un saltle sec et gr<'nu ; et, |)our le surplus, d'un second sable fin, doux , e< brillanl.. Voy>;z le Mèmo.re Aiir ta Manu, par M- FaiijaS de Saint- Fond , et les Ajjiches du Dauphiaé, octo* bre 1780.

a. iiuivant Pline, la fécondité communiquëe anx terrt-s par Ci-riaines marnes di.rf cinquanle et jusqu'à quatre vingts années. Voyez scni Histoire natureile» liv. X Vil , cbap. 7 ei 8. Il dit aussi que c'est aux Gaulois et aux Bretons qu'on flo:t l'usaj^e de ci-t entrais |M>iir la r-rti.isalion des ii-rrts. {Ifiem, tkut.) ■ M. (le Ueiisanne , eu parlant des manies . fait de bonnes observations sur leur emploi , et il cite uu exemple qui prouve que cft engrais est iiftii si^iil^> ment mile pour augmenter la prodiiclion fies giaiiis, mai: aussi pf>ur faire croître plu^ promp'e» ment et plus vigoureusement les arbres, et en particulier les mûriers blancs. {Histoin naturelle tf-j jAutguedoc, tome I.)

MINÉRAUX

ou trop humides; car la chaux éteinte est aiM4iîUi'>eiit de la même nature que la craie, puisquVJIea ne sont toutes deus que de h piciTc culcaire réduite en poudre. Ce qu'où a :trt sur les prétendus sels ou qualités parti<nilières de la marne pow la végétation, sm son eau générative , etc. , n*est fondé cfun sur des préjugés. La cause principale et peutèU'C unique de raroélioratioo des terr«s est Ê» tuiiange d'une j^utre terre différente, et dou< le» qualités se compensent et font 4^ d'*ux terres stériles une lerre féconde. Cç n*esi pas que les sels en petite quautité ne puissent aider les progrès de la végétation et «n augmenter le produit ; mais les effets du mélange convenable des terres sont indépendans de cette cause particulière ; et ce seroi^ beaucoup accorder à Topinion vulgaire (lue d'admettre dans la marne des principes p|us acHts pour la végétation que dans toute antre terre , puisque i)ar elle-même la marne est d'autant plus stérile qu'elle est plus pure et plus approchante de U uature de la craie.

Comme les marnes ne sont que des terres plus ou moins mélangées et formées assez nouvellement par les dépôts et les sédimens des eaux pluviales , il est rare d en trouver 4 quelque profondeur dans le sein de la terre ; elles gisent ordiuaireme.it sous la couche de la terre végétale , et |)articulièrement au bas des collines et des rochers de pierres calcaii*es qui portent sur l'argile ou le schiste. Dan$ certains endroits la marne se trouve en forme de noyaux ou de pelotes; dans d'autres elle est étt^oduç en petites coucbes horizontales ou inclinées suivant la penle du terrain ; et lorsque Iç* eaux pluviales chargées de cette oiaiière ç'infiltreut à travers les couches de la terre , elles )a déposent en forme de concrétions et de stalactites, qui sont formées de cou^'h^s CQnrentrl(jues et irrégulièrement groupées, (]es concrétions provenant de la craie et de la marne ne prennent jamais au< tant de dureté que celles qui se forment dans les rochers de pierres calcaires dures; elles sont aussi plus impures; elles s'arcumulent irrégulièrement au pied des collines, pour y former âes masses d'une substance à demi pierreuse , légère , et poreuse , k laquelle on donne le nom de tufj qui souvent se trouve en couches assez épaisses et très-étendues au bas des collines argileuses couronnées de rochers caicaires.

C'est aussi à cette même matière crétacée et marneuse qu'on doit attribuer l'origine de toutes les iiKTustalions produites par les eaux des fontaines , et qui sont si communes dans tous les pays où il y a de hautes colli-

nes de craie et de pierres calcaires. L*eau des pluies, en filtrant à travers les couches de ces matières calcaires , se chaîne des particules les plus ténues quVlle soutient et porte avec elle quelquefois très-loin; elle en dépose la plus grande partie sur le fond et contre les bords des routes qu'elle parcourt, et enveloppe ainsi toutes les matières qui se trouvent dans son cours : aussi voit-on des substances de toute espèce et de toute figure revêtues et incrustées de cette matière pierreuse , qui non seulement en recouvre la sur-> face , mais se moule aussi dans toutes les cavités de leur intérieur ; çt c'est à cet e^^fet très-simple qu'on doit rapporter la cause qui produit ce que l'on ap|)elle communément des pétrifications , lesquelles ne diffèrent des' incrustations que par cette pénétratitm dans tous les vides et interstices de l'intérieur des qnatières végétales ou animales , à mesure qu'elles se décumposent ou pourrissent.

Daus les craies blanches ei les marnes les plus pures on ne laisse pas de trouver des différences assez marquées « surtout pour les sels qu'elles contiennent. Si on fait bouillir quelnue temps dans de l'eau distillée une certaine quantité de craie prise au pied d'une colline ou dans le fond d un vallon , et qu'après avoir filtré la liqueur on la laisse évaporer jusqu'à siccité, on en raiirera du nitro et un mucilage épais d'un rouge brun; en certains lieux même le nitre est si abondant dans cette sorte de craie ou 4^ marne, qui a ordinairement la forme de tuf, que l'on pourroit en tirer du salpêtre en très-grande quantité, et qu'en effet on en tire bien plus abondamment des décombres ou des murs bâtis de ce tuf crétacé que de toute autre çoatière. Si Ton fait la même épreuve sur 1^ craie pelotonnée qui se trouve dans les fentes des rochers calcaires , et surtout sur ces masses de matière molle et légère de fleur de craie dont nous avons parlé, au lieu de nitre on n'en retirera souvent que du sel marin , sans aucun mélange d'autre sel , et en beaucoup plus grande quantité qu'on ne retire de uitre des tufs et des craies prises dans les vallons et sous la couche de terre végétale. Cette différence assez singulière, ne vient que de la différente qualité des eaux ; car, indépendamment des matières terreuses et bitumineuses qui se trouvent dans toutes les eaux»

la plupart contiennent des sels en assez grande quantité, et de nature différente, selon la dilTérente qualité du terrain où elles ont passé ; par exemple, toutes les eaux dont les sources sont dans la couche de terre végétale ou limoneuse contiennent une as-

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