Œuvres complètes de Buffon
Nous n’entreprenons pas de donner ici une histoire des oiseaux, aussi complète, aussi détaillée que l’est celle des animaux quadrupèdes : cette première tâche, quoique longue et difficile à remplir, n’étoil pas impossible , parce que le nombre des quadrupèdes n’étant guère que de deux cents especes, dont plus du tiers se trouve dans nos contrées ou dans les climats voisins , il étoit possible d’abord de donner l’histoire de ceux-ci d’après nos propres observations; que, dans le nombre des quadrupèdes étrangers, il y en a plusieurs de bien connus des voyageurs d’après lesquels nous pouvions écrire; qu’enfin nous devions espérer, avec des soins et du temps , de nous les procurer presque tous pour les examiner; et l’on voit que nos espérances ont été remplies, puisqu’à l’exception d’un très-petit nombre d’animaux qui nous sont arrivés depuis, et que nous donnerons par supplément, nous avons fait l’histoire et la description de tous les quadrupèdes. Cet ouvrage est le fruit de près de vingt ans d’étude et de recherches ; et quoique pendant ce même temps nous n’ayons rien négligé pour nous instruire sur les oiseaux et pour nous en procurer toutes les espèces rares, que nous ayons même réussi de rendre cette partie du Cabinet du roi plus nombreuse et plus complète qu’aucune autre collection du même genre qui soit en Europe , nous devons cependant convenir qu’il nous en manque encore un assez grand nombre. A la vérité, la plupart des espèces qui nous manquent manquent également partout ailleurs; mais ce qui'' nous prouve que nous sommes encore bien loin d’ètre complets, quoique nous ayons rassemblé plus de sept ou huit cents espèces , c’est
Buffon, VII.
que souvent il nous arrive de nouveaux oiseaux qui ne sont décrits nulle part , et que, d’un autre côté, il y en a plusieurs qui ont été indiqués par nos ornithologistes modernes, qui nous manquent encore, et que nous n’avons pu nous procurer. Il existe peut-être quinze cents, peut-être deux mille espèces d’oiseaux. Pouvons-nous espérer de les rassembler toutes? et cela n’est encore que l’une des moindres difficultés, que l’on pourra lever avec le temps; il y a plusieurs autres obstacles, dont nous avons surmonté quelques-uns , et dont les autres nous paroissent invincibles. Il faut qu’on me permette d’entrer ici dans le détail de toutes ces difficultés : celte exposition est d’autant plus nécessaire, que sans elle on ne concevroit pas les raisons du plan et de la forme de mon ouvrage.
Les espèces dans les oiseaux sont non seulement en beaucoup plus grand nombre que dans les animaux quadrupèdes , mais elles sont aussi sujettes à beaucoup plus de variétés ; c’est une suite nécessaire de la loi des combinaisons, où le nombre des résultats augmente en bien plus grande raison que celui des élémens : c’est aussi une règle que la nature semble s’être prescrite à mesure qu’elle se multiplie; car les grands animaux, qui ne produisent que rarement et en petit nombre, n’ont que peu d’espèces voisines et point de variétés, tandis que les petits tiennent à un grand nombre d’autres familles, et sont sujets, dans chaque espèce, à varier beaucoup, et les oiseaux paroissent varier encore beaucoup plus que les petits animaux quadrupèdes, parce qu’en général les oiseaux sont plus nombreux, plus petits, et qu’ils produisent en plus grand nombre.