‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 213 sur 361 · LE GRIVERT OU ROLLE DE CAYENNE · texte numérisé non relu

LE GRIVERT OU ROLLE DE CAYENNE

état d’en faire la comparaison : mais il est probable que des oiseaux qui ont à peu près la même conformation de parties extérieures, surtout de celles qui servent aux fonctions principales , comme de marcher , de voler , de manger , ont à peu près les

mêmes habitudes; et il me semble que l’analogie des especes se décèle mieux par cette similitude de conformation dans les principaux organes, que par de petits poils qui naissent autour des narines.

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LE ROLLIER D’EUROPE.

Les noms de geai de Strasbourg, de pie de mer ou des bouleaux , de perroquet d’ À llemagne , sous lesquels cet oiseau, n° 486, est connu en différens pays, lui ont été appliqués sans beaucoup d’examen, et par une analogie purement populaire, c’est-àdire tres-superlicielle : il 11e faut qu’un coup d’œil sur l’oiseau , ou même sur une bonne figure coloriée, pour s’assurer que ce n’est point un perroquet, quoiqu’il ait du vert et du bleu dans son plumage; et en y regardant d’un peu plus près , 011 jugera tout aussi sûrement qu’il n’est ni une pie ni un geai , quoiqu’il jase sans cesse comme ces oiseaux.

En effet, il a la physionomie et le port très-différens , le bec moins gros, les pieds beaucoup plus courts à proportion , plus courts même que le doigt du milieu, les ailes, plus longues, et la queue faite tout autrement , les deux pennes extérieures dépassant de plus d’un demi-pouce (au moins dans quelques individus ) les dix pennes intermédiaires, qui sont toutes égales entre elles. Il a de plus une espèce de \errue derrière l’œil , et l’œil lui-même entouré d’un cercle de peau jaune et sans plumes.

Enfin , pour que la dénomination de geai de Strasbourg fût vicieuse à tous égards , il falloit que cet oiseau 11e fût rien moins que commun dans les environs de Strasbourg; et c’est ce qui m’est assuré positivement par M. Hermann , professeur de médecine et d'histoire naturelle en cette ville : « Les colliers y sont si rares , m’écrivoit ce savant , qu’à peine il s’y en égare trois ou quatre en vingt ans. » Celui qui fut autrefois envoyé de Strasbourg à Gesner étoit sans doute un de ces égarés; et Gesner, qui n’en savoit rien, et qui crut apparemment qu’il y étoit commun, le nomma geai de Strasbourg , quoique, encore une fois, il 11e fût point un geai , et qu’il 11e fût point de Strasbourg.

D’ailleurs , c’est un oiseau de passage ,

dont les migrations se font régulièrement chaque année dans les mois de mai et de septembre, et malgré cela il est moins commun que la pie et le geai. Je vois qu’il se trouve en Suède et en Afrique; mais il s’en faut bien qu’il se répande , même en passant , dans toutes les régions intermédiaires. Il est inconnu dans plusieurs districts considérables de l’Allemagne, de la France, de la Suisse, etc., d’où l’on peut conclure qu’il parcourt dans sa route une zone assez étroite, depuis la Smalande et la Scanie jusqu’en Afrique; il y a même assez de points donnés dans cette zone pour qu’on puisse en déterminer la direction , sans beaucoup d'erreur, par la Saxe , la Franeonie , la Souabe , la Bavière, le Tyrol , 1 Italie, la Sicile, et enfin par l’île de Malte, laquelle est comme un entrepôt général pour la plupart des oiseaux voyageurs qui traversent la Méditerranée. Celui qu’a décrit M. Edwards a\oit été tué sur les rochers de Gibraltar, où il avoit pu passer des côtes d’Afrique ; car ces oiseaux ont le vol fort élevé. On en voit aussi, quoique rarement , aux environs de Strasbourg , comme nous l’avons dit plus haut , de même qu’en Lorraine 1 et dans le cœur de la France : mais ce sont apparemment des jeunes qui quittent le gros de la troupe , et s’égarent en chemin.

Le rollier est aussi plus sauvage que le geai et la pie ; il se tient dans les bois les moins fréquentés el les plus épais, et je ne sache pas qu’on ait jamais réussi à le priver et à lui apprendre à parler : cependant la beauté de son plumage est un sûr garant des tentatives qu’on aura faites pour cela;

1. M. Lottinger m’apprend qu’en Lorraine ces oiseaux passent encore plus rarement que les cassenoix , el en moindre quantité. 11 ajoute qu’on ne les voit jamais qu’en automne, non plus que les casse-noix , el qu’en 1771 il en fut blessé un aux environs de Sarnourg , lequel, tout blessé qu’il étoit , vécut encore treize à quatorze jours sans manger.

LE ROLLÏER D’EUROPE,

c’est un assemblage des plus belles nuances de bleu et de vert, mêlées avec du blanc, et relevées par l’opposition de couleurs plus obscures *. Mais une figure bien enluminée donnera une idée plus juste de la distribution de ces couleurs que toutes les descriptions; seulement il faut savoir que les jeunes ne prennent leur bel azur que dans la seconde année, au contraire des geais, qui ont leurs belles plumes bleues avant de sortir du nid.

Les rolliers nichent, autant qu’ils peuvent, sur les bouleaux, et ce n’est qu’à leur défaut qu’ils s’établissent sur d’autres arbres; mais dans les pays où les arbres sont rares, connue dans file de Malte et en Afrique, on dit qu’ils font leur nid dans la terre 1 2. Si cela est vrai, il faut avouer que l’instinct des animaux , qui dépend principalement de leurs facultés tant internes qu’externes, est quelquefois modifié notablement par les circonstances , et produit des actions bien différentes, selon la diversité des lieux, des temps , et des matériaux que l’animal est forcé d’employer.

Klein dit que , contre l’ordinaire des oiseaux , les petits du rollier font leurs excrémens dans le nid, et c’est peut-être ce qui aura donné lieu de croire que cet oiseau enduisoit son nid d’excrémens humains , comme on l’a dit de la huppe : mais cela ne se concilieroit point avec son habitation dans les forêts les plus sauvages et les moins fréquentées.

On voit souvent ces oiseaux avec les pies et les corneilles dans les champs labourés qui se trouvent à portée de leurs forêts ; ils y ramas sent les petites graines, les racines et les vers que le soc a ramenés à la surface de la terre , et même les grains nouvellement se-

1. Lir.næus est le seul qui dise qu’il a le dos couleur de sang ( Fauna Suecica , n° 73). Le sujet qu’il a décrit auroit-il été différent de tous ceux qui ont été décrits par les autres naturalistes ?

2. « Un chasseur, dit M. Godeheu , m’a assuré « que dans le mois de juin il avoit vu sortir un de « ces oiseaux d’une butte de terre où il y avoit un « trou de la grosseur du poing, et qu’ayant creusé

« dans cet endroit en suivant le fil du trou , qui «alloit horizontalement, il trouva, à un pied de « profondeur ou environ, un nid fait de paille et de «broussailles, dans lequel il y avoit deux œufs » Ce témoignage de chasseur, qui seroit suspect s’il étoit unique, semble confirmé par celui du docteur Shaw, qui , parlant de cet oiseau, connu en Afrique sous le nom de shaga-rag , dit qu’il fait son nid dans les berges des lits des rivières. Malgré tout cela , je crains fort qu’il n’y ait ici quelque méprise , et que l’on n’ait pris le martin-pêcheur pour le rollier, à cause de la ressemblance des couleurs.

més. Lorsque cette ressource leur manque , ils se rabattent sur les baies sauvages, les scarabées, les sauterelles, et même les grenouilles. Schwenckfeld ajoute qu’ils vont quelquefois sur les charognes : mais il faut que ce soit pendant l’hiver, et seulement dans les cas de disette absolue 3 ; car ils passent en général pour n’ètre point carnassiers , et Schwenckfeld remarque lui-même qu’ils deviennent fort gras l’automne , et qu’ils sont alors un bon manger 4, ce qu’on ne peut guère dire des oiseaux qui se nourrissent de voiries.

On a observé que le rollier avoit les narines longues , étroites , placées obliquement sur te bec près de sa base, et découvertes; la langue noire, non fourchue, mais comme déchirée par le bout, et terminée en arrière par deux appendices fourchues , une de chaque côté ; le palais vert , le gosier jaune , le ventricule couleur de safran, les intestins longs à peu près d’un pied , et le cæcum de vingl-sept lignes. On lui a trouvé environ vingt-deux pouces de vol , vingt pennes à chaque aile, et, selon d’autres, vingt-trois, dont la seconde est la plus longue de toutes ; enfin on a remarqué que partout où ces pennes et celles de la queue ont du noir au dehors, elles ont du bleu par dessous.

Aldrovande, qui paroît avoir bien connu ces oiseaux, et qui vivoit dans un pays où il y en a , prétend que la femelle diffère beaucoup du mâle , et par le bec , qu’elle a plus épais , et par le plumage , ayant la tête, le cou , la poitrine, et le ventre couleur de marron tirant au gris cendré, tandis que dans le mâle ces mêmes parties sont d’une couleur d’aigue-marine plus ou moins foncée, avec des reflets d’un vert plus obscur en certains endroits. Pour moi , je soupçonne que les deux longues pennes extérieures de la queue , et ces verrues derrière les yeux, lesquelles ne paroissent que dans quelques individus, sont les attributs du mâle, comme l’éperon l’est dans les gallinacés r la longue queue dans les paons , etc.

Variété du rollier.

Le docteur Shaw fait mention , dans ses voyages , d’un oiseau de Barbarie appelé par les Arabes shaga-rag , lequel a la grosseur et la forme du geai , mais avec un bec plus petit et des pieds plus courts.

Cet oiseau a le dessus du corps brun , la

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