LE CAROUGE OLIVE DE LA LOUISIANE
C’est l’oiseau représenté dans les planches enluminées, n° 607, fig. 2, sous le nom de carouge du cap de Bonne-Espérance. J’avois soupçonné depuis long temps que ce carouge, quoique apporté peut-être du cap de Bonne-Espérance en Europe, n’étoit point originaire d’Afrique , et mes soupçons viennent d’être justifiés par i’arrivée récente (en octobre 1773) d’un carouge de la Louisiane, qui est visiblement de la même espèce , et qui n’en diffèr absolument que par la couleur de la gorge , laquelle est noire dans celui-ci , et orangée dans celui-là. Je suis persuadé qu’il en sera de même de tous les prétendus carouges et troupiales de l’ancien continent , et que l’on reconnoîlra tôt ou tard , ou que ce sont des oiseaux d’une autre espèce, ou que leur patrie véritable, leur climat originaire, est l’Amérique.
Le carouge olive de la Louisiane a en effet beaucoup d’olivâtre dans son plumage, principalement sur la partie supérieure du
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corps ; mais cette couleur n’a pas la même, teinte partout ; sur le sommet de la tête elle est fondue avec du gris; derrière le cou, sur le dos, les épaules , les ailes, et la queue, avec du brun ; sur le croupion et l’origine de la queue, avec un brun plus clair; sur les flancs et les jambes, avec du jaune: enfin elle borde les grandes couvertures et les pennes des ailes, dont le fond est brun. Tout le dessous du corps est jaune , excepté la gorge , qui est orangée ; le bec et les pieds sont d’un brun cendré.
Cet oiseau a à peu près la grosseur du moineau franc, six à sept poimes de longueur, et dix à onze pouces le vol. Le bec a près d’un pouce , et la queue deux pouces et plus : "celle-ci e-t carrée et composée de douze pennes. Hans l'aile, c’est la première penne qui est la plus courte, et ce sont les troisième et quatrième qui sont les plus longues.
LE KINK.
Cette nouvelle espèce, arrivée dernièrement de la Chine, nous a paru avoir assez de rapport avec le carouge, d’une part , et, de l’autre, avec le merle, pour faire la nuance entre les deux. Il a le bec comprimé par les côtés, comme le merle; mais les bords en sont sans échancrures, comme dans celui du carouge; «t c’est avec raison que M. Daubenlon le jeune lui a donné un
nom particulier , comme à une espèce distincte et séparée des deux autres espèces, qu’elle semble réunir par un chaînon commun.
Le kink , n° 6r7, est plus petit que notre merle; il a la tète, le cou, le commencement du dos et de la poitrine , d’un gris cendré ; et cette couleur se fonce davantage aux approches du dos : tout le reste du
LE KINK.
corps, tant dessus que dessous, est blanc, i ainsi que les couvertures des ailes , dont les pennes sont d’une couleur d’acier poli, luisante , avec des reflets qui jouent entre le verdâtre et le violet. La queue est courte, étagée, et mi-partie de cette même couleur d’acier poli et blanc, de manière que, sur les deux pennes du milieu , le blanc ne con- I sisle qu’en une petite tache à leur extrémité :
cette tacbe blanche s’étend d’autant plus haut sur les pennes suivantes , qu’elles s’éloignent davantage des deux pennes du milieu ; et la couleur d’acier poli , se retirant toujours devant le blanc qui gagne du terrain, se réduit enfin, sur les deux pennes les plus extérieures, à une petite tache près de leur origine.
LE LORIOT
On a dit des petits de cet oiseau qu’ils naissoient en détail et par parties séparées , mais que le premier soin des père et mère étoil de rejoindre ces parties, et d’en former un tout vivant par la vertu d’une certaine herbe. La difficulté de cette merveilleuse réunion n’est peut-être pas plus grande que celle de séparer les noms anciens que les modernes ont appliqués confusément à cette espèce, de lui conserver tous ceux qui lui conviennent en effet , et de rapporter les autres aux espèces que les anciens ont eues réellement en vue , tant ceux-ci ont décrit superficiellement des objets trop connus, et tant les modernes Se sont déterminés légèrement dans l'application des noms imposés par les anciens. Je me contenterai donc de dire ici que, selon toute apparence, Aristote n’a connu le loriot que par ouï-dire. Quelque répandu que soit cet oiseau, il y a des pays qu'il semble éviter : on ne le trouve ni en Suède , ni en Angleterre , ni dans les montagnes du Bugey , ni même à la hauteur de Nautua , quoiqu’il se montre régulièrement en Suisse deux fois l’année. Belon ne paroît pas l’avoir aperçu dans ses voyages de Grèce; et d’ailleurs, comment supposer qu’ Aristote ait connu par lui-même cet oiseau , sans connoître la singulière construction de son nid, ou que, la connoissant, il n’en ait point parlé?
Pline, qui a fait mention du chlorion d’après Aristote, mais qui ne s’est pas toujours mis en peine de comparer ce qu’il empruntoit des Grecs avec ce qu’il trouvoit dans ses Mémoires, a parlé du loriot sous quatre dénominations différentes , sans avertir que c’étoit le même oiseau que le chlorion. Quoiqu’il en soit, le loriot est un oiseau très-peu sédentaire, qui change continuellement de contrées, et semble ne s’arrêter dans les nôtres que pour faire l’amour, ou plutôt pour accomplir la loi imposée par
la nature à tous les êtres vivans , de transmettre à une génération nouvelle l’existence qu’ils ont reçue d’une génération précédente; car l’amour n’est que cela dans la langue des naturalistes. Les loriots suivent cette loi avec beaucoup de zele et de fidélité. Dans nos climats c’est vers le milieu du printemps que le mâle et la femelle se recherchent, c’est-à-dire presque à leur arrivée. Ils font leur nid sur des arbres élevés, quoique souvent à une hauteur fort médiocre ; ils le façonnent avec une singulière industrie, et bien différemment de ce que font les merles , quoiqu’on ait placé ces deux espèces dans le même genre. Ils l’attachent ordinairement à la bifurcation d'une petite branche, et ils enlacent autour des deux rameaux qui forment cette bifurcation, de longs brins de paille ou de chanvre, dont les uns allant droit d’un rameau à l’autre, forment le bord du nid par devant , et les autres pénétrant dans le tissu du nid, ou passant par dessous et revenant se rouler sur le rameau opposé, donnent la solidité à l’ouvrage. Ces longs brins de chanvre ou de paille qui prennent le nid par dessous, en sont l’enveloppe extérieure; le matelas intérieur, destiné à recevoir les œufs, est tissu de petites tiges de gramen, dont les épis sont ramenés sur la partie convexe, et paroissent si peu dans la partie concave, qu’on a pris plus d’une fois ces tiges pour des fibres déracinés; enfin, entre le matelas intérieur et l’enveloppe extérieure , il y a une quantité assez considérable de mousse , de lichen et d’autres matières semblables , qui servent, pour ainsi dire, d’ouate intermédiaire, et rendent le nid plus impénétrable au dehors , et tout à la fois plus mollet au dedans. Ce nid étant ainsi préparé, la femelle y dépose quatre ou cinq œufs , dont le foud blrinc sale est semé de quelques petites taches bien tranchées , d’un brun près-
LE LORIOT
que noir, et plus fréquentes sur le gros bout que partout ailleurs; elle les couve avec assiduité l’espace d’environ trois semaines ; et lorsque les petits sont éclos, non seulement elle leur continue ses soins affectionnés pendant très-long-temps, mais elle les détend contre leurs ennemis, et même contre l’homme, avec plus d’intrépidité qu’on n’en attendroit d’un si petit oiseau. On a vu le père et la mère s'élancer courageusement sur ceux qui leur enlevoient leur couvée; et ce qui est encore plus rare , on a vu la mère prise avec le nid continuer de couver en cage , et mourir sur ses œufs.
Dès que les petits sont élevés, la famille se met en marche pour voyager ; c’est ordinairement vers la fin d’aoiit ou le commencement de septembre : ils ne se réunissent jamais en troupes nombreuses , ils ne restent pas même assemblés en famille; car 011 n’en trouve guère plus de deux ou trois ensemble. Quoiqu’ils volent peu légèrement et en battant des ailes, comme le merle, il est probable qu’ils vont passer leur quartier d’hiver en Afrique : car, d’une part, M. le chevalier des Mazy , commandeur de l’ordre de Malte, m’assure qu’ils passent à Malte dans le mois de septembre , et qu’ils reliassent au printemps ; et d’autre part, Thévenot dit qu’ils passent en Égypte au mois de mai, et qu’ils repassent en septembre. Il ajoute qu’au mois de mai ils sont très gras; et alors leur chair est un bon manger. Aldrovande s’étonne de ce qu’en France on n’en sert pas sur nos tables.
Le loriot , n° 26, est à peu près delà grosseur du merle ; il a neuf à dix pouces de longueur, seize pouces de vol , la queue d’environ trois pouces et demi , et le bec de quatorze lignes. Le mâle est d’un beau jaune sur tout le corps, le cou et la tète, à l 'exception d’un trait noir qui va de l’œil à l’angle de l’ouverture du bec. Les ailes sont noires, à quelques taches jaunes près, qui terminent la plupart des grandes pennes et quelques-unes de leurs couvertures ; la queue est aussi mi-partie de jaune et de noir, de façon que le noir règne sur ce qui paroît des deux pennes du milieu , et que le jaune gagne toujours de plus en plus sur les pennes latérales, à commencer de l’extrémité de celles qui suivent immédiatement les deux du milieu : mais il s’en faut bien que le plumage soit le même dans les deux sexes ; n esque tout ce qui est d’un noir déridé dans e mâle n’est que brun dans la femelle , avec une teinte verdâtre; et presque tout ce qui est d’un si beau jaune dans celui-là est dans
celle-ci olivâtre , ou jaune pâle , ou blanc, , olivâtre sur la tète et le dessus du corps, blanc sale varié de traits bruns sous le corps, blanc à l’extrémité de la plupart des pennes des ailes, et jaune pâle à l’extrémité de leurs couvertures ; il n’y a de vrai jaune qu’au bout de la queue, et sur ses couvertures inférieures. J’ai observé de plus dans une femelle un petit espace derrière l’œil , qui étoit sans plumes et de couleur ardoisé clair.
Les jeunes mâles ressemblent d’autant plus à la femelle pour le plumage , qu’ils sont plus jeunes : dans les premiers temps , ils sont mouchetés encore plus que la femelle ; ils le sont même sur la partie supérieure du corps : mais, des le mois d’août, le jaune commence déjà à paroi tre sous le corps. Ils ont aussi un cri différent de celui des vieux; ceux-ci disent yo, yo, yo , qu’ils font suivre quelquefois d’une sorte de miaulement, comme celui du chat : mais indépendamment de ce cri, que chacun entend à sa manière, ils ont encore une espèce de sifflement, surtout lorsqu'il doit pleuvoir, si toutefois ce sifflement est autre chose que le miaulement dont je viens de parler.
Ces oiseaux ont l’iris des yeux rouge, le bec rouge brun, le dedans du bec rougeâtre, les bords du bec inférieur un peu arqués sur leur lougui ur, la langue fourchue et comme frangée par le bout, le gésier musculeux, précédé d’une poche formée par la dilatation de 1 œsophage, la vésicule du fiel verte, des copcum très-petits et très-courts, enfin la première phalange du doigt extérieur soudée à celle du doigt du milieu.
Lorsqu’ils arrivent au printemps, ils font la guerre aux insectes, et vivent de scarabées, de chenilles, de vermisseaux, en un mol , de ce qu’ils peuvent attraper : mais leur nourriture de choix , celle dont ils sont le plus avides, ce sont les cerises, les figues T, les baies de sorbiers , les pois, etc. Il ne faut que deux de ces oiseaux pour dévaster en un jour un cerisier bien garni , parce qu’ils ne font (pie béqueter \e-> cerises les unes après les autres, et n’entament que la partie la plus mûre.
Les loriots ne sont point faciles à élever ni à apprivoiser. On les prend à la pipée, à l’abreuvoir, et avec différentes sortes de filets.
1. C’est de là qu’on leur donne en certains pays le nom de beefigues , de sucoj>/iagos , etc. , et c’est peut-être cette nourriture qui rend leur chair si bonne à manger. On sait que les figues produisent le même effet sur La chair des merles et d’autres oiseaux,
LE LORIOT
Ces oiseaux se sont répandus quelquefois jusqu a l’extrémité du continent sans subir aucune aliération dans leur forme extérieure ni dans leur plumage; car on a vu des loriots de Bengale, et même de la Chine, parfaitement semblables aux nôtres : mais aussi on en a vu d’autres, venant à peu près des mêmes pays, qui ont quelques différences
dans les couleurs, et que l’on peut regarder, pour la plupart, comme des variétés du climat, jusqu’à ce que des observations faites avec soin sur les allures et les moeurs de ces espèces étrangères , sur la forme de leurs nids , etc., éclairent ou rectifient nos conjectures.