‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 288 sur 361 · LES MOQUEURS · texte numérisé non relu

LES MOQUEURS

Un oiseau remarquable par quelque endroit a toujours beaucoup de noms ; et lorsque cet oiseau est étranger, celle multitude embarrassante de noms , qui est un abus en : soi , donne lieu à un autre abus plus fâcheux i encore , celui de la multiplication des espè- ; ces purement nominales , et par conséquent fj imaginaires, dont l’extinction n’importe pas moins à l’histoire naturelle que la découverte : de nouvelles espèces véritables : c’est ce qui !i est arrivé à l’égard des moqueurs d’Amérique. En effet, il est aisé de reconnoître, en comparant le moqueur de M. Brisson et : le merle cendré de Saint-Domingue, roprét sentés dans nos planches enluminées, n° 558, \\ que ces deux oiseaux appartiennent à la i même espèce , et qu’ils ne diffèrent entre : eux que par la couleur du dessous de son p corps, qui est un peu moins grise dans le 1 merle cendré de Saint-Domingue que dans i le moqueur : on reconnoîtra pareillement , et par la même voie de comparaison, que le 1 merle de Saint-Domingue de M. Brisson est i encore le même oiseau , ne différant du «moqueur que par quelques teintes plus ou ■.moins foncées dans les couleurs du plumage, parce que les pennes de la queue ne sont (point ou presque point étagées. On se convaincra de la même manière que le tzonpan de Fernandès est ou la femelle du cencond lato LU , c’est-à-dire du moqueur, comme Ile soupçonne Fernandès lui-même, ou tout au plus une variété constante dans cette même espèce. Il est vrai que son plumage est moins uniforme , étant mêlé par dessus de blanc , de noir et de brun , et par desmus de blanc, de noir et de cendré : mais le fond en est absolument le même, ainsi que ia taille, la forme totale, le ramage, et le climat. On en doit dire autant du tetzonpan Jt du centzonpantli de Fernandès; car la

courte notice qu’en donne cet auteur ne présente que quelques traits de ressemblance pour la grosseur, les couleurs , le chant, et pas un seul trait de disparité. Si l’on joint à cela la conformité des noms tzonpan , (etzonpan , centzonpantli , on sera fondé à croire que tous ces noms ne désignent qu’une seule espèce réelle qui aura produit plusieurs espèces nominales , soit par l’erreur des copistes, soit par la diversité des dialectes mexicains. Enfin l’on ne pourra s’empêcher d’admettre aussi dans l’espèce du moqueur l’oiseau appelé grand moqueur parM. Frisson, et qu’il dit être le même que le moqueur de M. Sloane , quoique, selon les dimensions qu’en a données M. Sloane, il soit le plus petit des moqueurs connus : d’ailleurs M. Sloane le regarde comme étant de la même espèce que le cencontlatol/i de Fernandès, dont M. Brisson a fait son moqueur simplement dit. Mais il y a plus, et M. Brisson lui-même a reconnu, sans s’en apercevoir, cette identité d’espèce que je prétends établir ;' car M. Ray ayant parlé du moqueur, pages 64 et 65, et en ayant renvoyé la description à Y appendix (p. i5ç)\ M. Brisson a rapporté la première citation au grand moqueur, et la dernière au petit, quoique, dans l’intention de M. Ray, elles se rapportassent évidemment toutes deux au même oiseau. Les seules différences qui distinguent le prétendu grand moqueur de l’autre, c’est que son plumage est un peu plus rembruni, qu’il semble avoir les pieds plus longs 1 , et que les descripteurs 11’ont pas dit qu’il eût la queue étagée.

1. L’expression île M. Sloane a quelque chose cl équivoque : il dit que tes jambes et les pieds ont un pouce trois quarts de lon^. Mais que doit-on entendre par les jambes et les pieds ? est - ce la jambe véritable avec le tarse, ou bien le tarse

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