L’AUTOUR
trième plume de l’aile est la plus longue de toutes. Les fauconniers distinguent les oiseaux de chasse en deux classes; savoir, ceux de la fauconnerie proprement dite, et ceux qu'ils appellent de /’ autour se rie ; et, dans cette seconde classe , ils comprennent non seulement l’autour, mais encore l’épervier, les harpayes , les buses , etc.
L’autour, avant sa première mue, c’est-àdire pendant la pr-emière année de son âge, porte, sur la poitrine et sur le ventre, des taches brunes perpendiculairement longitudinales : mais lorsqu’il a subi ses deux premières mues, ces taches longitudinales disparoissenl, et il s’en forme de transversales, qui durent ensuite pour tout le reste de la vie ; en sorte qu’il est très-facile de se tromper sur la connoissance de cet oiseau, qui dans deux âges différens est marqué si différemment; et c’est ce que nous avons voulu prévenir et faire connoitre en le représentant dans ses deux âges.
Au reste, l’autour a les jambes plus longues que les autres oiseaux qu’on pourroit lui comparer et prendre pour lui , comme le gerfaut , qui est à peu près de sa grandeur. Le mâle autour est, comme la plupart des oiseaux de proie, beaucoup plus petit que la femelle ; tous deux sont des oiseaux de poing et non de leurre : ils ne volent pas aussi haut que ceux qui ont les ailes plus longues à proportion du corps. Ils ont, comme je l’ai I dit, plusieurs habitudes communes avec l’épervier; jamais ils 11e tombent à plomb sur leur proie ; ils la prennent de côté. On a vu , par le récit de Belon , que nous avons cité, comment on peut prendre les éperviers; on peut prendre les autours de la même manière: on met un pigeon blanc, pour qu’il soit vu de plus loin, entre quatre filets de neuf ou dix pieds de hauteur, et qui renferment , autour du pigeon qui est au 1 centre , un espace de neuf ou dix pieds de longueur sur autant de largeur; l’autour arrive obliquement, et la manière dont il s’empêtre dans les fdets indique qu’ils ne se i précipitent point sur leur proie, mais qu’ils I l’ attaquent de côté pour s’en saisir. Les en- [ traves du filet 11e l’empêchent pas de dé- 1 vorer le pigeon, et il 11e fait de grands efr: forts pour s’en débarrasser que quand il est j repu.
L’autour se trouve dans les montagnes de ; Franche-Comté, du Dauphiné, du Bugey, et même dans les forêts de la province de Bourgogne , et aux environs de Paris ; mais il est encore plus commun en Allemagne qu’en France, et l’espèce paroit s’être ré-
pandue dans les pays du Nord jusqu’en Suède, et dans ceux de l’Orient et du Midi, jusqu’en Perse et en Barbarie. Ceux de Grèce sont les meilleurs de tous pour la fauconnerie , selon Belon. « Us ont , dit-il , la tête grande , le cou gros et beaucoup de plumes. Ceux d’Arménie, ajoute-t-il, ont les yeux verts; ceux de Perse les ont clairs, concaves et enfoncés: ceux d’Afrique, qui sont les moins estimés, ont les yeux noirs dans le premier âge, et rouges après la première mue. » Mais ce caractère n’est pas particulier aux autours d’Afrique ; ceux de notre climat ont les yeux d’autant plus rouges, qu’ils sont plus âgés; il y a même dans les autours de France une différence ou variété de plumage et de couleur qui a induit les naturalistes en une espèce d’erreur 1 ; on a appelé busard un autour dont le plumage est blond, et dont le naturel, plus lâche que celui de l’autour brun , et moins susceptible d’une bonne éducation, l’a fait regarder comme une espèce de buse ou busard, et lui en a fait donner le nom : c’est néanmoins très-certainement un autour, mais que les fauconniers rejettent de leur école. Il y a encore une variété assez légère dans cet autour blond, qui consiste en ce qu’il s’en trouve dont les ailes sont tachées de blanc, et ce caractère lui a fait donner le nom de busard ' varié ; mais cet oiseau varié, aussi bien que celui qui est blond , sont également des autours et non pas des busards.
J’ai fait nourrir long-temps un mâle et une femelle de l’espèce de l’autour brun; la femelle étoit au moins d’un tiers plus grosse que le mâle : il s’en falloit plus de six pouces que les ailes, lorsqu’elles étoient pliées, ne s’étendissent jusqu’à l’extrémité de la queue ; elle étoit plus grosse dès l’âge de quatre mois, qui m’a paru être le terme de l’accroissement de ces oiseaux, qu’un gros chapon. Dans le premier âge, jusqu’à cinq ou six semaines, ces oiseaux sont d’un gris blanc ; ils prennent ensuite du brun sur tout le dos, le cou et les ailes : le ventre et le dessous de la gorge changent moins et sont ordinairement blancs ou blancs jaunâtres , avec des taches longitudinales brunes dans la première année et des bandes trans-
j. M. Brisson a donné sous le nom'de gro.s busard (t. I, pag. 898) , cet autour blond, dont il fait une espèce particulière, non seulement différente de celle de l’autour, mais encore de toutes les autre* espèces de busards : cependant il est très-certain que ce n’est qn’une variété, même légère, dans l’espèce de l’autour; car il n’en diffère en rien que par la couleur du plumage.
OISEATTX DE PROIE.
versales brimes dans les années suivantes; le bec est d’un bleu sale et la membrane qui en couvre la base est d’un bleu livide ; les jambes sont dénuées de plumes et les doigts des pieds sont d’un jaune foncé; les ongles sont noirâtres; et les plumes de la queue, qui sont brunes, sont marquées par des raies transversales fort larges, de couleur d’un gris sale. Le mâle a sous la gorge, dans cette première année d’âge, les plumes mêlées d’une couleur roussâtre, ce que n’a pas la femelle, à laquelle il ressemble par tout le reste, à l’exception de la grosseur qui, comme nous l’avons dit, est de plus d’un tiers au dessous.
On a remarqué que, quoique le mâle fut beaucoup plus petit que la femelle, il étoit plus féroce et plus méchant. Ils sont tous deux assez difficiles à priver; ils se haltoient souvent, mais plus des. griffes que du bec, dont ils ne se servent guère que pour dépecer les oiseaux ou autres petits animaux , ou pour blesser ou mordre ceux qui les veulent saisir. Ils commencent par se défendre de la griffe, se renversent sur le dos ,en ouvrant le bec, et cherchant beaucoup plus à déchirer avec les serres qu’à mordre avec le bec. Jamais on ne s’est aperçu que ces oiseaux , quoique seuls dans la même volière, aient pr is de l’affection l’un pour l’autre; ils y ont
cependant passé la saison entière de l’été , depuis le commencement de mai jusqu’à la fjn de novembre, où la femelle, dans un accès de fureur, tua le mâle dans le silence de la nuit, à neuf ou dix heures du soir, tandis que tous les autres oiseaux étoient endormis. Leur naturel est si sanguinaire que, quand on laisse un autour en liberté avec plusieurs faucons, il les égorge tous les uns après les autres. Cependant il semble manger de préférence les souris, les mulots et les petits oiseaux : il se jette avidement sur la chair saignante et refuse assez constamment la viande cuite ; mais en le faisant jeûner on peut le forcer de s’en nourrir. Il plume les oiseaux fort proprement et ensuite les dépèce avant de les manger, au lieu qu’il avale les souris tout entières. Ses excrémens sont blanchâtres et humides : il rejette souvent par le vomissement les peaux roulées des souris qu’il a avalées. Son cri est fort rauque et finit toujours par des sons aigus, d’autant plus désagréables , qu’il les répète plus souvent. Il marque aussi une inquiétude continuelle dès qu’on l’approche et semble s’effaroucher de tout ; en sorte qu’on ne peut passer auprès de la volière où il est détenu sans le voir s’agiter violemment et l’entendre jeter plusieurs cris répétés.
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OISEAUX ÉTRANGERS
QUI ONT RAPPORT