‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 39 sur 361 · LE GERFAUT · texte numérisé non relu

LE GERFAUT

Le gerfaut, tant par sa figure que par le naturel, doit être regardé comme le premier de tous les oiseaux de la fauconnerie ; car il les surpasse de beaucoup en grandeur : il est au moins de la taille de l’autour; mais il en diffère par des caractères généraux et constans qui distinguent tous les oiseaux propres à être élevés pour la fauconnerie , de ceux auxquels on ne peut pas donner la même éducation. Ces oiseaux de chasse noble sont les gerfauts, les faucons, les sacres, les laniers , les hobereaux , les émerillons et les crécerelles : ils ont tous les ailes presque aussi longues que la queue : la première plume de l’aile, appelée le cerceau, presque aussi longue que celle qui la suit; le bout de cette plume en penne ou en forme de tranchant ou de lame de couteau , sur une longueur d’environ un pouce à son extrémité; au lieu que dans les autours, les éperviers , les milans et les buses, qui ne sont pas oiseaux aussi nobles , ni propres aux mêmes exercices , la queue est plus longue que les ailes, et celte première plume de l’aile est beaucoup plus courte et arrondie par son extrémité ; et ils diffèrent encore en ce que la quatrième plume de l’aile est , dans ces derniers oiseaux , la plus longue, au lieu que c’cst la seconde dans les premiers. On peut ajouter que le gerfaut diffère spécifiquement de l’autour par le bec et les pieds, qu’il a bleuâtres, et par son plumage, qui est brun sur toutes les parties supérieures du corps , blanc taché de brun

sur toutes les parties inférieures , avec la queue grise traversée de lignes brunes. Cet oiseau se trouve assez communément en Islande , et il paroi t qu’il y a variété dan* l’espèce; car il nous a été envoyé de Norwége un gerfaut qui se trouve également dans les pays les plus septentrionaux , qui diffère un peu de l’autre par les nuances et par la distribution des couleurs, et qui est plus estimé des fauconniers que celui d’Islande, parce qu’ils lui trouvent plus de courage, plus d’activité et plus de docilité; et, indépendamment de cette première variété, qui paroît variété de l’espèce, il y en a une seconde qu’on pourroit attribuer au climat si tous n’étoient pas également des pays froids. Cette seconde variété est le gerfaut blanc, qui diffère beaucoup des deux premiers, et nous présumons que dans ceux de Norvvége, aussi bien que dans ceux d’Islande, il s’en trouve de blancs ; en sorte qu’il est probable que c’est une seconde variété commune aux deux premières , et qu’il existe en effet dans l’espèce du gerfaut trois races constantes et distinctes , dont la première est le gerfaut d’Islande , la seconde le gerfaut de Norvvége et la troisième le gerfaut blanc : car d’habiles fauconniers nous ont assuré que ces derniers étoient blancs dès la première année et conservoient leur blancheur dans les années suivantes; en sorte qu’on ne peut attribuer cette couleur à la vieillesse de l’animal ou au climat plus froid , les bruns se trouvant également dans

OISEAUX DE PROIE

le même climat. Ces oiseaux sont naturels aux pays froids du nord de l’Europe et de l’Asie; ils habitent en Russie, enNowége, en Islande, en Tartarie , et ne se trouvent point dans les climats chauds, ni même dans nos pays tempérés. C’est , après l’aigle, le plus puissant, le plus vif, le plus epurageux de tous les oiseaux de proie ; ee sont aussi les plus chers et les plus estimés de tous ceux de la fauconnerie. On les transporte d’Islande en Russie, en France, en Italie et jusqu’en Perse et en Turquie ; et

il ne paroît pas que la chaleur plus grande de ces climats leur ôte rien de leur force et de leur vivacité. Us attaquent les plus grands oiseaux et font aisément leur proie de la cigogne , du héron et de la grue ; ils tuent les lievres en se laissant tomber à plomb dessus. La femelle est , comme dans les autres oiseaux de proie, beaucoup plus grande et plus forte que le mâle : on appelle celui-ci tiercelet de gerfaut , qui ne sert dans la fauconnerie que pour voler le milan , le héron et les corneilles.

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