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J’ai cru pouvoir avancer et même assurer, quelque temps avant qu’on en eût fait l’épreuve x, que le diamant étoit une substance combustible : ma proposition étoit fondée sur ce qu’il n’y a que les matières inflammables qui donnent une réfraction plus forte que les autres, relativement à leur densité respective. La réfraction de l’eau, du verre, et des autres matières transparentes solides ou liquides, est toujours, et dans toutes, proportionnelle à leur densité; tandis que dans le diamant, les huiles, l’espritde-vin , et les autres substances solides ou liquides qui sont inflammables ou combustibles , la réfraction est toujours beaucoup plus grande relativement à leur densité.
Mon opinion au sujet de la nature du diamant, quoique fondée sur une analogie aussi démonstrative, a été contredite jusqu’à ce que l’on ait vu le diamant brûler et se consumer en entier au foyer du miroir ardent. La main n’a donc fait ici que confirmer ce que la vue de l’esprit avoit aperçu ; et ceux qui ne croient que ce qu’ils voient seront dorénavant convaincus qu’on peut deviner les faits par l’analogie, et que le diamant, comme toutes les autres pierres transparentes solides ou liquides dont la réfraction est, relativement à leur densité, plus grande quelle ne doit être , sont réellement des substances inflammables ou combustibles.
En considérant ces rapports de la réfraction et de la densité, nous verrons que la réfraction de l’air, qui de toutes est la moindre , ne laisse pas que d’ètre trop grande relativement à la densité de cet élément; et cet excès ne peut provenir que de la quantité de matière combustible qui s’y trouve mêlée, et à laquelle on a donné dans ces derniers temps la dénomination d'air inflamma-
i. Tofhe 1 , page 4*4 > de la Lumière, de la Chaleur, et du Feu,
hic : c’est en effet cette portion de substance inflammable mêlée dans l’air de l’atmosphère, qui lui donhe cette réfraction plus forte relativement à sa densité. C’est aussi cet air inflammable qui produit souvent dans l’atmosphcre des phénomènes de feu. On peut employer Cet air inflammable pour rendre nos feux plus actifs ; et quoiqu’il ne réside qu’en très-petite quantité dans l’air atmosphérique, Cette petite quantité suffit pour que îa réfraction en soit plus grande quelle ne le seroit si l’atmosphère étoit privée de cette portion de matière combustible.
On a d’abord cru que le diamant exposé à l’action d’un feu violent se dissipoit et se Yolatilisoit sans souffrir une combustion réelle : mais des expériences bien faites et très-multipliées ont démontré que ce n’est pas en se dispersant ou se volatilisant , mais en brûlant comme toute autre matière inflammable, que le diamant se détruit au feu libre et animé parle contact de l’air2.
On n’a pas fait sur le rubis, la topaze , el le saphir, autant d’épreuves que sur les dia-
2. J'ai composé en 1770 le premier volume île mes supplémens. Comme je ne m’occupois pus alors de l’histoire naturelle des pierres , et que je n’âvois pas fait de recherches historiques sur cet objet , j’ignofdis qtic dès le temps de Boyle on avoit fait en Angleterre des expériences sur la combustion da diamant, et qu’ensuite on les avoit répétées avec succès en Italie et en Allemagne : mais MM. MacqUer, Darcet, et quelques autres süvarts chimistes , qui doutoient encore du fait, s’en sont convaincus. MM. de Lavoisier, Cadet , et Mitonard , ont donné sur ce sujet un très-bon Mémoire en 1772, dans lequel on verra que des diamans de toutes couleurs , mis dans un vaisseau parfaitement clos , ne souffrent aucune perte ni diminution de poids, ni par conséquent aucun effet de la combustion , quoique le vaisseau qui les renferme fût exposé à l’action du feu le plus violent. Ainsi le diamant ne se décompose ni ne se volatilise en vaisseaux clos, et il faut l’action de l’air libre pour opérer sa combustion.
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mans. Ces pierres doivent être moins combustibles , puisque leur réfraction est moins forte tjtie celle du diamant, quoique relativement à leur densité cette réfraction soit plus grande, comme dans les autres corps inflammables ou combustibles : et en effet, on a brûlé le rubis au Foyer du miroir ardent; on ne peut guère douter que la topaze et le saphir, qui sont de la même essence , ne soient également combustibles.
Ces pierres précieuses sont , comme les diamans, des produits de la terre limoneuse, puisqu’elles ne se trouvent, comme le diamant , que dans les climats chauds , et qu’attendu leur grande dènsité et leur dureté elles ne peuvent provenir des matières vitreuses, calcaires, et métalliques ; que de plus elles n'ont de même qu’une simple réfraction trop forte relativement à leur densité* et qu’il faut seuletnent leur appliquer un feu encore plüs violent tju’au diamant pour opérer leur combustion; car leur force réfractive n’étant que de 1 5, tandis que celle du diamant est de 3o , et leur densité étant plus grande d’environ Un septième que celle du diamant , elles doivent contenir proportionnellement moins de parties combustibles, et résister plus longtemps et plus puissamment à l’action du feu , et brûler moins complètement que le diamant, qui ne laisse aticun résidu après sa combustion.
On sentira la justesse de ces raisonnemens en se sdutenânt que la puissance réfractive des corps transparens devient d’autant plus grande qu’ils ont plus d’affiniic avec la lumière ; et l’on ne doit pas doute!* qno ces corps ne contractent cette plus forte affinité par la plus grande quantité de feu qu’ils contiennent ; car le feu fixe agit sur le feu libre de la lumière, et rend la réfraction des substances combustibles d’autant plus forte qu’il réside en plus grande quantité dans ces mêmes substances.
On trouve les diamans dans les contrées les plus chaudes de l’un et l’autre continent ; ils sont également combustibles. Les uns et les autres n’offrent qu’une simple et très-forte réfraction; cependant la densité et la dureté du diamant d 'Orient surpassent un peu celles du diamant d’Amérique r.Sa refraction paroit aussi Jil us forte et
i. La pesanteur spécifique du dinitiant blanc oriental octaèdre est de 3 5 2 k 2 ; celte du diamant oriental couleur de ruse, de 353 10 ; et la pesanteur ■-|>ecifiquc du diamant dodécaèdre du Brésil n’est que de 3444 L (tables de M. Brisson)
Cetlé estimation ne s’accordè pàs arec celle que
son éclat plus vif ; il se Cristallise en octaèdre , et celui du Brésil èn dbdécaèdrfe : ces différences doivent en produire dans leur éclftt ; et je suis persuadé qii’un œil bien exercé pourroit les distinguer.
M. Dtifay, savant physicien, de l’Académie des Sciences, et mon très-digne prédécesseur au Jardin du Roi, ayant fait un grand nombre d’expérietices sur des diamans de toutes couleurs, a reconnu que tous n’avoieut qu’une simple réfraction à peu près égale ; il a vu que leurs couleurs, quoique produites par une matière métallique, n’éloient pas lixes, mais volatiles, parce que ces couleurs disparoissent en faisant chauffer fortement eés diariians colorés dans une pâte de porcelaiue. 11 s’est aussi assuré, sur un grand nombre de diamans, que les uns conservoient plus long-temps et rendoient plus vivement que les autres la lumière dont ils s’imbibent, lorsqu’on les expose aux rayons du soleil ou même à la lumièCe du jour. Ces faits sont certains ; mais je me rappelle que, m’ayant communiqué ses observations , il m’assura positivement que les diamans naturels qu’on appelle pointes naïves ou natives , et qui n’ont pas été taillés , sont tous cristallisés en cube. Je n’imagine pas comment il a pu se tromper sur cela, car personne n’a peutêtre manie autant de diamans taillés ou bruis; il avoil emprunte les diamaûs de la couronne et ceux de nos princes pour ses expériences; et, d’après cetfe assertion de M. Diifay; je doute encore que les diamans de l’ancien continent soient tous octaèdres, et ceux du Brésil tous dodécaèdres. Cette différence de forme n’est probablement pas la seule, et semble nous indiquer assez qu’il peut se trouver dans lès diamans d’autres formes de cristallisation , dont M. Dufay assuroit que la cubique étoit la pins commune. M. Daubcnto i , de l’Acadéûiie des Sciences, et garde du Cabinet du Roi. a bien voulu me communiquer les recherches ingénieuses qu’il a faites sur la struc-
M. Ellicot a donnée dans les Transactions philosophiques, année 174$, n° 176- La pesanteur spécifique du diamant d’Orient est, selon lui, de 3517 ; et celle du diamant du Brésil , de 35 1 3 ; différence si petite qu’on pouvoit la regarder comme nulle : mais connoissant l’exactitude die M. Brisson, el la précisiort avec laquelle il fait ses expériences , je crois que nous devons nous en tenir à sa détermination. Cependant on doit croire qu’il y a , tant en Orient qu’au Brésil , des diamans spécifiquement plus pesans les uns que les autres, et que probablement M. Ellicot aura comparé le poids spécifique d’un des plus pesans du Brésil avec un des moins pesans d'Oricul,
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turc du diamant; il a reconnu que les huit faces triangulaires du diamant octaèdre brut sont partagées par des arêtes , en sorte que ces faces triangulaires sont convexes à leur surface *. Ce savant naturaliste a aussi observé que la précision géométrique de la figure ne se trouve pas plus dans l’octaèdre du diamant que dans les autres cristallisations, et qu’il y a plus de diamans irréguliers que de régulièrement octaèdres , et que non seulemant la figure extérieure de la plupart des diamans est sujette à varier, mais qu’il y a aussi des diamans dont la structure intérieure est irrégulière 2.
Les caractères que l’on voudroit tirer des formes de la cristallisation seront donc tou-
1. On aperçoit , sur chacune des huit faces du diamant brut, trois lignes qui sont renflées comme de petites veines, et qui s’étendent chacune depuis l’un des angles du triangle jusqu’au milieu des côtés opposés , ce qui forme six petits triangles dans le grand , en sorte qu’il y a quarante-huit compartimens sur la surface entière du diamant brut, que l’on peut réduire à vingt-quatre, parce que les compartimens qui sont de chaque côté des arêtes du diamant brut ne sont pas séparés l’un de l’autre par une pareille arête, mais simplement par une veine : ces veines sont les jointures de l’extrémité des lames dont le diamant est composé. Le diamant est en effet formé de lames qui se séparent et s’exfolient par l’action du feu.
Le fil du diamant est le sens dans lequel il faut le frotter pour le polir : si on le frottoit à contresens , les lames qui sont superposées les unes sur les autres, comme les feuillets d’un livre, se replieroient ou s’égrèneroient , parce qu’elles ne seroient pas frottées dans le sens qu’elles sont couchées les unes sur les autres.
Pour polir le diamant, il ne suffit pas de suivre le sens des lames superposées les unes sur les autres en les frottant du haut en bas ; mais il faut encore suivre la direction des fibres dont ces mêmes lames sont composées ; la direction de ces fibres est parallèle à la base de chaque triangle; en sorte que lorsqu’on veut polir à la fois deux triangles des quarante-huit dont nous avons parlé, et suivre en même temps le fil du diamant , il faut diriger le frottement en deux sens contraires , et toujours parallèlement à la base de chaque triangle.
Chaque lame est pliée en deux parties égales pour former une arête de l’octaèdre ; et par leur superposition des unes sur les autres, ces lames ne peuvent recevoir le poli que dans le sens où le frottement se fait de haut en bas du triangle, c’est-àdire en passant successivement d’une lame plus courte à une lame plus longue. (Note communiquée par M. Daubenlon.)
2. Lorsque cette irrégularité est grande , les diamantaires ne peuvent suivre aucune règle pour les polir, et c’est ce qu’ils appellent diamans de nature, qu’ils ne font qu’user et échauffer sans les polir, parce que les lames étant irrégulièrement superposées les unes sur les autres , elles ne présentent aucun sens continu dans lequel on puisse les frotter. — On ne peut juger les diamans que lorsque leurs surfaces sont naturellement brillantes , ou lorsqu’on les a polis par l’art. (Suite de le note communiquée par M. Daubenton.)
jours équivoques, fautifs, et nous devons nous en tenir à ceux de la densité, de la dureté, de l’homogénéité, de la fusibilité, et de la combustibilité, qui sont non seulement les vrais caractères , mais même les propriétés essentielles de toute substance, sans négliger néanmoins les qualités accidentelles, comme celles de se cristalliser plus ordinairement sous telle ou telle forme, de s’imbiber de lumière , de perdre ou d’acquérir la couleur par l’aclion du feu , etc.
Le diamant, quoique moins dense que le rubis , la topaze et le saphir 3 , est néanmoins plus dur; d agit aussi plus puissamment sur la lumière, qu’il reçoit , réfracte et réfléchit beaucoup plus fortement : exposé à la lumière du soleil ou du jour, il s’imbibe de cette lumière et la conserve pendant quelque temps ; il devient aussi lumineux lorsqu’on le chauffe ou qu’on le frotte contre toute autre matière ; il acquiert plus de vertu électrique par le frottement que les autres pierres transparentes: mais chacune de ces propriétés ou qualités varie du plus au moins dans les diamans comme dans toutes les aulres productions de la nature dont aucune qualité particulière n’est absolue. Il y a des diamans, des rubis , etc., plus durs les uns que les autres; il s’en trouve de plus ou moins phosphoriques, de plus ou moins électriques; et quoique le diamant soit la pierre la plus parfaite de toutes , il ne laisse pas d’être sujet , comme les autres, à un grand nombre d’imperfections et même de défauts.
La première de ces imperfections est la couleur; car, quoique à cause de la rareté on fasse cas des diamans colorés , ils ont tous moins de feu , de dureté , et devroient être d’un moindre prix que les blancs, dont l’eau est pure et vive 4. Ceux néanmoins qui ont une couleur décidée de rose, d’orangé , de jaune , de vert et et de bleu, réfléchissent ces couleurs avec plus de vivacité que n’en ont les rubis balais , vermeilles , topazes et saphirs, et sont toujours d’un plus grand prix que ces pierres 5 :
3. La pesanteur spécifique du rubis d’Orient est de 4*833 ; celle de la vermeille est de 42299; celle de la topaze d’Orient, de 4ojo6 ; celle du saphir d’Orient bleu, de 39941; du saphir blanc, de 39911 ; et la pesanteur spécifique du diamant oriental n’est que de 35212.
4. Les diamans de couleur sont un peu moins durs que les blancs. (Note communiquée par M. Hoppé.)
5. Les diamans s’imprègnent de toutes les couleurs qui brillent dans les autres pierres précieuses (excepté la violette ou la pourpre) : mais ces couleurs sont toujours très-claires, c’est-à-dire qu’m» diamant rouge est couleur de rose , etc. ; il n’y a
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mais ceux dont les couleurs sont brouillées, brunes ou noirâtres , n’ont que peu de valeur. Ces diamans de couleur obscure sont, sans comparaison, plus communs que les autres ; il y en a même de noirs 1 , et presque opaques, qui ressemblent, au premier coup d’œil , «à la pyrite martiale. Tous ces diamans n’ont de valeur que par la singularité.
Des défauts encore très-communs dans les diamans blancs et colorés sont les glaces et les points rougeâtres, bruns, et noirs : les glaces proviennent d’un manque de continuité et d’un vide entre les lames dont le diamant est composé; et les points , de quelque couleur qu’ils soient, sont des particules de matière hétérogène qui sont mêlées dans sa substance. Il est diflicille de juger des défauts et encore moins de la beauté des diamans bruts , même après les avoir décroûtés. Les Orientaux les examinent à la lumière d’une lampe , et prétendent qu’on en juge mieux qu'à celle du jour. La belle eau des diamans consiste dans la netteté de leur transparence, et dans la vivacité de la lumière blanche qu’ils renvoient à l’œil ; et dans les diamans bruts on ne peut connoître cette eau et ce reflet que sur ceux dont les faces extérieures ont été polies par la nature ; et comme ces diamans à faces polies sont fort rares , il faut en général avoir recours à l’art et les polir pour pouvoir en juger. Lorsque leur eau et leur reflet ne sont
que le jaune dont les diamans se chargent assez fortement pour égaler quelquefois et même surpasser une topaze d’Oricnt.
C’est la couleur bleue dont le diamant se charge le plus après le jaune. En général, les diamans colorés purement sont extrêmement rares ; la couleur qu’ils prennent le plus communément est un jaune sale, enfumé ou roussàlre , et alors ils diminuent beaucoup de leur valeur; mais lorsque les couleurs sont franches et nettes , leur prix augmente du double , du triple , et souvent même du quadruple.
Le bleu pur est la couleur la plus rare à rencontrer dans un diamant, car les diamans bleus ont presque toujours un ton d’acier : le roi en possède un do celte couleur d’un volume très-considérable. Otie pierre est regardée par les amateurs comme une des productions les plus étonnantes et les plus parfaites de la nature.
Los diamans rouges , ou plutôt roses, ont rarement de la vivacité et du jeu ; ils ont ordinairement un ton savonneux. Les verts sont les plus recherchés des diamans de couleur, parce qu’ils joignent à la rareté et au mérite de la couleur la vivacité et le jeu , que n’ont pas toujours les autres diamans colorés. Il y a des diamans très-blancs et trèspurs qui n’ont cependant pas plus de jeu qu’un cristal de roche : ceux là viennent ordinairement du Brésil. (Note communiquée par M. Hoppé )
«• M. Dutens dit avoir vu un diamant noir dans la collection du prince de I.ichtenstein , à Vienne.
pas d’un blanc éclatant et pur , et qu’on y aperçoit une nuance de gris ou de bleuâtre , c’est une imperfection , qui seule diminue prodigieusement la valeur du diamant, quand même il n’auroit pas d’autres défauts. Les Orientaux prétendent encore que ce n’est qu’à l’ombre d’un arbre touffu qu’on peut juger de l’eau des diamans. Enfin ce n’est pas toujours par le volume ou le poids qu’on doit estimer les diamans : il est vrai que les gros sont , sans comparaison , plus rares et bien plus précieux que les petits; mais dans tous la proportion des dimensions fai t plus que le volume , et ils sont d’autant plus chers qu’ils ont plus de hauteur , de fond ou d epaisseur , relativement à leurs autres dimensions.
Pline nous apprend que le diamant étoit si rare autrefois, que son prix excessif ne permeltoit qu’aux rois les plus puissans d’en avoir : il dit que les anciens se persuadoient qu’il ne s’en trouvoit qu’en Éthiopie, mais que de son temps l’on en tiroit de l’Inde, de l’Arabie , de la Macédoine , et de l’île de Chypre ; néanmoins je dois observer que les habilans de l’île de Chypre, de la Macédoine, de l’Arabie , et même de l’Éthiopie , ne les trouvaient pas dans leur pays , et que ce rapport de Pline ne doit s’entendre que du commerce que ces peuples faisoient dans les Indes orientales, d’où ils tiroient les diamans que l’on portoit ensuite en Italie. On doit aussi modifier et même se refuser à croire ce que le naturaliste romain nous dit des vertus sympathiques et antipathiques des diamans , de leur dissolution dans le sang de bouc , et de la propriété qu’ils ont de détruire l’action de l’aimant sur le fer.
On employoit autrefois les diamans bruis et tels qu’ils sortoient de la terre ; ce n’est que dans le quinzième siècle qu’on a trouvé en Europe l’art de les tailler ; et l’on ne eonnoissoit encore alors que ceux qui nous venoient des Indes orientales. « En 1 678 , dit un illustre, voyageur, il y avoit dans le royaume de Goleonde vingt mines de diamans ouvertes, et quinze dans celui de Visapour. Ils sont très-abondans dans ces deux royaumes ; mais les princes qui y régnent ne permettent d’ouvrir qu’un certain nombre de mines, et se réservent tous les diamans d’un certain poids; c’est pour cela qu’ils sont rares , et qu’on eu voit très-peu de gros. Il y a aussi des diamans dans beaucoup d’autres lieux de l’Inde , et particulièrement dans le royaume de Pégu ; mais le roi se contente des autres pierres précieuses et de diverses productions utiles que fournit son pays, et
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ne souffre pas qu’on fasse aucune recherche pour y trouver de nouveaux trésors, dans la crainte d’exciter la cupidité de quelque puissance voisine. Dans les royaumes de Golconde et. de Visapour , les diamans se trouvent ordinairement épars dans la terre, à une médiocre profondeur, au pied des hautes montagnes , formées en partie par différens lits de roc vif, blanc, et très-dur: mais cependant , dans certaines mines qui dépendent de Golconde , on est obligé de creuser en quelques lieux à la profondeur de quarante ou cinquante brasses, au travers du rocher , et d’une sorte de pierre minérale assez semblable à certaines mines de fer, jusqu’à ce qu’on soit parvenu à une couche de terre dans laquelle se trouvent les diamans. CettP terre est rouge, comme celle de la plupart des autres mines de diamans ; il y en a cependant quelques unes dont la terre est jaune ou orangée, et celle de la seule mine de Worthor est noire. » Ce sont là les principaux faits cpie l’on peut recueillir du Mémoire qui fut présenté, sur la fin du siècle dernier, à la Société royale de Londres, par le grand-maréchal d’Angleterre , touchant les mines de diamans de l’Inde , qu’il dit avoir vues et examinées.
De tous les autres voyageurs , Tavernier est presque le seul qui nous ait indiqué d’une maniéré un peu précise les différens lieux où se trouvent les diamans dans l’ancien continent ; il donne aussi le nom de mines de diamans aux endroits dont on les tire ; et tous ceux qui ont écrit après lui ont adopté cette expression, tandis que , par leurs propres descriptions , il est évident que non seulement les diamans ne se trouvent pas en mines comme les métaux , mais que même ils ne sont jamais attachés aux rochers comme le sont les cristaux. On en trouve , à la vérité , dans les fentes plus ou moins étroites de quelques rochers , et quelquefois à d’assez grandes profondeurs, lorsque ces fentes sont remplies de terre limoneuse , dans laquelle le diamant se trouve isolé , et n’a pas d’autre matrice que cette même terre. Ceux que l’on trouve à cinq journées de Golconde , et à huit ou neuf de Visapou , sont dans des veines de cette terre entre les rochers; et comme ces veines sont souvent obliques ou tortueuses, les ouvriers sont obligés de casser le rocher , afiu de suivre la veine dont ils tirent la terre avec un instrument crochu , et c’est en délayant à l’eau cette terre qu’ils en séparent les diamans. On en trouve aussi dans la première couche de la terre de ces mêmes lieux , à très-peu de profondeur , et
c’est même dans cette couche de terre limoneuse qu’on rencontre les diamans les plus nets et les plus blancs ; ceux que l’on tire des fentes des rochers ont souvent des glaces qui ne sont pas des défauts de nature, mais des fêlures qui proviennent des chocs que les ouvriers , avec leurs outils de fer, donnent aux diamans en les recherchant dans ces fentes de rocher.
Tavernier cite quelques autres endroits où l’on trouve des diamans : « L’un est situé à sept journées de Golconde, en tirant droit au levant , dans une plaine voisine des montagnes, et près d’un gros bourg, sur la rivière qui en découle. On rencontre d’autant plus de diamans qu’on approche de plus près de la montagne , et néanmoins on n’y en trouve plus aucun dès qu’on monte trop haut. Les diamans se trouvent en ce lieu presque à la surface de la terre. » Il dit aussi que le lieu où l’on a le plus anciennement trouvé des diamans est au royaume de Bengale , auprès du bourg de Soonelpour , situé sur la rivière de Gouil , et que c’est dans le limon et les sables de cette rivière que l’on recueille ces pierres précieuses; on ne fouille ce sable qu’à la profondeur de deux pieds ; et néanmoins c’est de cette rivière que viennent les diamans de la plus belle eau : ils sont assez petits, et il est rare qu’on y en trouve d’un grand volume. Il a observé qu’en général les diamans colorés tirent leur teinture du sol qui les produit.
Dans un autre lieu du royaume de Golconde on a trouvé des diamans en grande quantité ; mais comme iis étoienttous roux, bruns , ou noirs , la recherche en a été négligée et même défendue. On trouve encore de beaux diamans dans le limon d’une rivière de l’île de Bornéo ; ils ont le même éclat que ceux de la rivière de Gouil , ou des autres qu’on tire de la terre au Bengale et à Golconde.
On comptoil en 1678 vingt-trois mines , c’est-à-dire vingt-trois lieux différens , d’où l’on tire des diamans au seul royaume de Golconde ; et , dans tous , la terre où ils se trouvent est jaunâtre ou rougeâtre comme notre terre limoneuse : les diamans y sont isolés, et très-rarement groupés deux ou trois ensemble ; ils n’ont point de gangue ou matrice particulière, et sont seulement environnés de cette terre. U en est de même dans tous les autres lieux où l’on tire des diamans, au Malabar, à Visapour, au Bengale, etc. : c’est toujours dans les sables des rivières ou dans la première couche du terrain , ainsi que dans les fentes des rochers
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remplies de terre limoneuse , que gisent les diamans , tous isolés , et jamais attachés , comme les cristaux , à la surface du rocher; quelquefois ces veines de terre limoneuse qui remplissent les fentes des rochers descendent à une profondeur de plusieurs toises , comme nous le voyons dans nos rochers calcaires ou meme dans ceux de grès , et dans les glaises dont la surface extérieure est couverte de terre végétale. On suit donc ces veines perpendiculaires de terre limoneuse qui produisent des diamans jusqu’à cette profondeur ; et l’on a observé que dès qu’on trouve l’eau , il n’y a plus de diamans, parce que la veine de terre limoneuse se termine à cette profondeur.
On ne connoissoit, jusqu’au commencement de ce siècle , que les diamans qui nous venoient des presqu’îles ou des îles de l’Inde orientale ; Golconde , Yisapour , Bengale , Pégu , Sium, Malabar, Ceylan, et Bornéo, étoient les seules contrées qui les fournissoient : mais , en 1738 , on en a trouvé dans le sable de deux rivières au Brésil ; ils y sont en si grande quantité, que le gouvernement de Portugal fait garder soigneusement les avenues de ces lieux , pour qu’on ne puisse y recueillir des diamans qu’autant que le
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