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DES CIMENS DE NATURE

se trouve dans les matières transportées et déposées par les eaux , telles que les argiles, les ardoises , les schistes , et même certaines pierres calcaires. Il n’y a que les substances vitreuses produites par le feu primitif, dans lesquelles le bitume ne peut être mêlé, parce que la formation des matières brutes et vitreuses a précédé la production des substances organisées et calcaires.

Une autre sorte de ciment qu’on peut ajouter aux précédens est produit par l’action des sels , ou par leur mélange avec les principes du soufre. Ce ciment salin et sulfureux existe dans la plupart des matières terreuses ; on le reconnoît à la mauvaise odeur que ces matières répandent lorsqu’on les entame ou les frotte : il y en a même, comme la pierre de porc 1 , qui ont une très-forte odeur de foie de soufre , et d’autres qui. dès qu’on les frotte, répandent l’odeur du bitume.

Enfin le sixième ciment de nature est encore moins simple que le cinquième, et souvent aussi il est de qualités très-différentes, selon les matières diverses sur lesquelles le feu des volcans a travaillé avec plus ou moins de force ou de continuité, et suivant que ces matières se sont trouvées plus ou moins pures ou mélangées de substances différentes. Ce ciment, dans les matières volcaniques, est souvent composé des autres eimens et particulièrement du ciment ferrugineux ; car tous les basaltes et presque toutes les laves des volcans contiennent une grande quantité de fer, puisqu’elles sont attirables à l’aimant ; et plusieurs matières volcanisées contiennent des soufres et des sels.

Dans les matières vitreuses les plus simples, telles que le quartz de seconde formation et les grès , on ne trouve que le ciment cristallin et vitreux ; mais dans les matières vitreuses composées , telles que les porphyres , granités et cailloux , il est souvent réuni avec les eimens ferrugineux ou pyri-

i. «Ce n’est qu’en Norwége et en Suède, dit Pontoppidnn , que l’on trouve la pierre du cochon , ainsi appelée, parce qu’elle guérit une certaine maladie du cochon. Cette pierre, autrement nommée lapis felidus , rend une puanteur affreuse quand on la frotte. Elle est brune, luisante, et paroît être une espèce de vitrification dans la composition de laquelle il entre beaucoup de soufre. » ( Journal étranger, mois de septembre 1755, page 21 3.)

Nous ne pouvons nous dispenser de relever ici la contradiction qui est entre ces mots , vitrification qui contient du soufre , puisque le soufre se seroit dissipé par la combustion long -temps avant que le feu se fût porté au degré nécessaire à la vitrification.

teux : de même dans les matières calcaires simples et blanches il n’y a que le ciment spathique, mais dans celles qui sont composées et colorées , et surtout dans les marbres, on trouve ce ciment spathique souvent mêlé du ciment ferrugineux, et quelquefois du bitumineux. Les deux premiers eimens, c’est-à-dire le vitreux et le spathique,, dès qu’ils sont abondans , se manifestent par la cristallisation ; le bitume même se cristallise lorsqu’il est pur, et les eimens ferrugineux ou pvriteux prennent aussi fort souvent une forme régulière. Les eimens sulfureux et salin se cristallisent non seulement par l’intermède de l’eau, mais aussi par l’action du feu : néanmoins ils paroissent assez rarement sous cette forme cris- S tallisée dans les matières qu’ils pénètrent ; et en général tous ces eimens sont ordinairement dispersés et intimement mêlés dans la substance même des matières dont ils lient les parties ; souvent on ne peut les reconnoître qu’à la couleur ou à l’odeur qu’ils donnent à ces mêmes matières.

Le suc cristallin paroît être ce qu’il y a ds plus pur dans les matières vitreuses , comme le suc spathique est aussi ce qu’il y a de plus pur dans les substances calcaires. Le ciment ferrugineux pourroit bien être aussi l’extrait du fer le plus décomposé par l’eau , ou du fer sublimé par le feu ; mais les eimens bitumineux, sulfureux et salin, ne peuvent guère être considérés que comme des colles ou glutens, qui réunissent par interposition les parties de toute matière, sans néanmoins en pénétrer la substance intime , au lieu que les eimens cristallin , spathique et ferrugineux , ont donné la densité , la dureté et les couleurs, à toutes les matières dans lesquelles ils se sont incorporés.

Le feu et l’eau peuvent également réduire toutes les matières à l’homogénéité ; le feu en dévorant ce qu’elles ont d’impur, et l’eau en séparant ce qu’elles ont d’hétérogène, en les divisant jusqu’au dernier degré de ténuité. Tous les métaux, et le fer en particulier, se cristallisent par le moyen du feu plus aisément que par l’intermède de l’eau. Mais pour ne parler ici que des cristallisations opérées par ce dernier élément , parce qu’elles ont plus de rapport que les autres avec les eimens de nature, nous devons observer que les formes de cristallisation ne sont ni générales ni constantes, et qu’elles varient autant dans le genre calcaire que dans le genre vitreux ; chaque contrée, chaque colline, et pour ainsi dire chaque banc de pierre , soit vitreuse ou calcaire , offre

MINÉRAUX

des cristallisations de formes différentes : or cette variété de forme dans les extraits, faut de la matière vitreuse que de la matière calcaire, démontre que ces extraits renferment quelques élémens différens entre eux, qui font varier leur forme de cristallisation ; sans cela, tous les cristaux, soit vitreux, soit calcaires, auroient chacun une forme constante et déterminée, et ne diffèreroient que par le volume et non par la figure. C’est peut-être au mélange de quelque matière, telle que nos cimens de nature, qu’on doit attribuer toutes les variétés de figure qui se trouvent dans les cristallisations; car une petite quantité de matière étrangère , qui se mêlera dans une stalactite au moment de sa formation, suffit pour en changer la couleur et en modifier la forme. Dès lors on ne doit pas être étonné de trouver presque autant de différentes formes de cristallisation qu’il y a de pierres différentes.

La terre limoneuse produit aussi des cristallisations de formes différentes, et en assez grand nombre. Nous verrons que les pierres précieuses, les spaths pesans, et la plupart des pyrites ne sont que des stalactites de la terre végétale réduite en limon, et cette terre est ordinairement mêlée de parties ferrugineuses qui donnent la couleur à ces matières.

Des différens mélanges et des combinaisons variées de la matière métallique avec les extraits des substances vitreuses, calcaires et limoneuses , il résulte non seulement des formes différentes dans la cristallisation , mais des diversités de pesanteur spécifique, de dureté, de couleur, et de transparence

dans la substance des stalactites de ces trois sortes de matières.

Tl faut que la matière vitreuse, calcaire ou limoneuse , soit réduite à sa plus grande ténuité pour quelle puisse se cristalliser; il faut aussi que le métal soit à ce même point de ténuité , et même réduit en vapeurs , et que le mélange en soit intime, pour donner la couleur aux substances cristallisées sans en altérer la transparence : car pour peu que la substance vitreuse, calcaire ou limoneuse, soit impure et mêlée de parties grossières, ou que le métal ne soit pas assez dissous, il en résulte des stalactites opaques et des concrétions mixtes qui participent de la quali té de chacune de ces matières. Nous avons démontré la formation des stalactites opaques dans les pierres calcaires, et celle de la mine de fer en grains dans la terre limoneuse 1 ; on peut reconnaître le même procédé de la nature pour la formation des concrétions vitreuses , opaques ou demitransparentes , qui ne diffèrent du cristal de roche que comme les stalactites calcaires opaques diffèrent du spath transparent, et nous trouverons tous les degrés intermédiaires entre la pleine opacité et la parfaite transparence dans tous les extraits et dans tous les produits des décompositions des matières terrestres, de quelque essence que puissent être les substances dont ces cristallisations ou concrétions tirent leur origine, et de quelque manière qu’elles aient été formées, soit par exsudation ou par stillation.

i. Voyez dans le tome II l’article de l 'Albâtre et celui de la Terre végétale.

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