‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 197 sur 218 · DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX

persuadé que par la route que j’ai prise, on peut arriver à expliquer d’une manière satisfaisante les phénomènes de toutes les espèces de générations.

Celle de l'homme va nous servir d’exemple. Je le prends dans l’enfanre, et je conçois que le développement ou i’accroissement des différentes parties de son corps se faisant par la pénétration intime des molécules organiques analogues à chacune de ces parties, toutes ces molécules organiques sont absorbées dans le premier âge et entièrement employées au développement; que par conséquent il n’y en a que peu ou point de superllues, tant que le développement n’est pas achevé , et que c’est pour cela que les enfans sont incapables d’engendrer. Mais lorsque le corps a pris la plus grande partie de son accroissement il commence à n’avoir plus besoin d’une aussi grande quantité de molécules organiques pour se développer; le superflu de ces mêmes molécules organiques est donc renvoyé de chacune des parties du corps dans des réservoirs destinés à les recevoir , ces réservoirs sont les testicules et les vésicules séminales : c’est alors que commence la puberté, dans le temps, comme on voit, où le développement du corps est à peu près achevé; tout indique alors la surabondance de la nourriture; la voix change et grossit; la barbe commence à paroître ; plusieurs autres parties du corps se couvrent de poil ; celles qui sont destinées à la génération prennent un prompt accroissement ; la liqueur séminale arrive et remplit les réser7 voirs qui lui sont préparés; et lorsque la plénitude est trop grande , elle force , même sans aucune provocation et pendant le sommeil , la résistance des vaisseaux qui la contiennent, pour se répandre au dehors : tout annonce donc dans le mâle une surabondance de nourriture dans le temps de la puberté. Celle de la femme est encore plus précoce, et cette surabondance y est même plus marquée par cette évacuation périodique qui commence et finit en même temps que la puissance d'engendrer, par le prompt accroissem ni du sein , et par un changement dans les parties de la génération, que nous expliquerons dans la suite.

Je pense donc que les molécules organiques renvoyées de toutes les parties du corps dans les testieides et dans les vésicules séminales du mâle, et dans les testicules ou dans telle autre partie qu’on voudra de la femelle, y forment la liqueur séminale, laquelle dans l’un ou l'autre sexe est, comme

l’on voit , une espèce d’extrait de toutes les parties du corps ; ces molécules -organiques, au lieu de se réunir et de former dans l’individu même de petits corps organisés semblables au grand comme dans le puceron et dans l’oignon , ne peuvent ici se réunir en effet que quand les liqueurs séminales des deux sexes se mêlent ; et lorsque dans le mélange qui s’en fait il se trouve plus de molécules organiques du mâle que de la femelle, il en résulte un mâle; au contraire, s’il y a plus de particules organiques de la femelle que du mâle, il se forme une petite femelle.

Au reste, je ne dis pas que, dans chaque individu mâle et femelle, les molécules organiques renvoyées de toutes les parties du corps ne se réunissent pas pour former dans ces mêmes individus de petits corps organisés ; ce que je dis, c’est que lorsqu’ils sont réunis, soit dans le mâle, soit dans la femelle, tous ces petits corps organisés ne peuvent passe développer d’eux -mêmes, qu’il faut que la liqueur du mâle rencontre celle de la femelle , et qu’il n’y a en effet que ceux qui se forment dans le mélange des deux liqueurs séminales qui puissent se développer; ces petits corps moTivans, auxquels on a donné le nom d 'animaux spermatiques, qu’on voit au microscope dans la liqueur séminale de tous les animaux mâles, sont peut-être de petits corps organisés provenant de l’individu qui les contient, mais qui , d’eux-mêmes , ne peuvent se développer ni rien produire. Nous ferons voir qu’il y en a de semblables dans la liqueur séminale des femelles ; nous indiquerons l’endroit où l’on trouve cette liqueur de la femelle. Mais quoique la liqueur du mâle et celle de la femelle contiennent toutes deux des espèces de petits corps vivans et organisés, elles ont besoin l une de l’autre, pour que les molécules organiques qu’elles contiennent puissent se réunir et former un animal.

On pourroit dire qu’il est très-possible, et même fort vraisemblable, que les molécules organiques ne produisent d’abord par leur réunion qu’une espèce d’ébauche de l’animal, un petit corps organisé, dans lequel il n’y a que les parties essentielles qui soient formées. Nous n’entrerons pas actuellement dans le détail de nos preuves à cet égard ; nous nous contenterons de remarquer que les prétendus animaux spermatiques dont nous venons de parler pourroient bien n’èlre que très-peu organisés; qu’ils ne sont tout au plus que l’ébauche d’un

être vivant; ou, pour le dire plus clairement, ces prétendus animaux ne sont que les parties organiques vivantes dont nous avons parlé, qui sont communes aux animaux et aux végétaux , ou tout au plus ils ne sont que la première réunion de ces parties organiques.

Mais revenons à notre principal objet. Je sens bien qu’on pourra me faire des difficultés particulières du même genre que la difficulté générale , à laquelle j’ai répondu dans le chapitre précédent. Comment concevez-vous , me dira-t-on , que les particules organiques superflues peuvent être renvoyées de toutes les parties du corps, et ensuite qu’elles puissent se réunir lorsque les liqueurs séminales des deux sexes sont mêlées ? d’ailleurs est-on sûr que ce mélange se fasse ? n’a-t-on pas même prétendu que la femelle ne fournissoit aucune liqueur vraiment séminale? est-il certain que celle du mâle entre dans la matrice ? etc.

Je réponds à la première question, que si l’on a bien entendu ce que j’ai dit au sujet de la pénétration du moule intérieur par les molécules organiques dans la nutrition ou le développement, on concevra facilement que ces molécules organiques ne pouvant plus pénétrer les parties qu’elles pénétroient auparavant, elles seront nécessitées de prendre une autre route, et par conséquent d’arriver tpielque part, comme dans les testicules et les vésicules séminales , et qu 'ensuite elles se peuvent réunir pour former un petit être organisé, par la même puissance qui leur faisoit pénétrer les différentes parties du corps auxquelles elles étoient analogues ; car vouloir, comme je l’ai dit, expliquer l’économie animale et les différens mouvemens du corps humain, soit celui de la circulation du sang ou celui des muscles , etc., par les seuls principes mécaniques auxquels les modernes voudroient borner la philosophie, c’est précisément la même chose que si un homme , pour rendre compte d’un tableau, se faisoit boucher les yeux et nous racontoit tout ce que le toucher lui feroit sentir sur la toile du tableau : car il est évident que ni la circulation du sang, ni le mouvement des muscles , ni les fonctions animales , ne peuvent s’expliquer par l’impulsion , ni par les autres lois de la mécanique ordinaire ; il est tout aussi évident que la nutrition , le développement, et la reprodution , se font par d’autres lois : pourquoi donc ne veut-on pas admettre des forces pénétrantes et agissantes sur les masses des corps, puisque d’ailleurs nous en avous des exemples dans

la pesanteur des corps, dans les attractions magnétiques, dans les affinités chimiques ? et comme nous sommes arrivés , par la force des faits et par la multitude et l’accord constant et uniforme des observations , au point d’être assurés qu’il existe dans la nature des forces qui n'agissent pas par la voie d’impulsion , pourquoi n’emploierions-nous pas ces forces comme principes mécaniques?

pourquoi les exclurions -nous de l’explication des phénomènes que nous savons qu’elles produisent ? pourquoi veut-on se réduire à n’employer que la loi d’impulsion ? n’est-ce pas vouloir juger du tableau par le toucher? n’est-ce pas vouloir expliquer les phénomènes de la masse par ceux de la surface, la force pénétrante par l’action superficielle ? n’est-ce pas vouloir se servir d’un sens, tandis que c’est un autre qu’il faut employer ? n’est-ce pas enfin borner volontairement sa faculté de raisonner sur autre chose, que sur les effets qui dépendent de ce petit nombre de principes mécaniques auxquels on s’est réduit ?

Mais ces forces étant une fois admises , n’est-il pas très-naturel d’imaginer que les parties les plus analogues seront celles qui se réuniront et se lieront ensemble intimement ; que chaque partie du corps s’appropriera les molécules les plus convenables, et que du superflu de toutes les molécules il se formera une matière séminale qui contiendra réellement toutes les molécules nécessaires pour former un petit corps organisé, semblable en tout à celui dont cette matière séminale est l’extrait ? une force toute semblable à celle qui étoit nécessaire p'our les faire pénétrer dans chaque partie, et produire le développement, ne suffit-elle pas pour opérer la réunion de ces molécules organiques, et les assembler en effet en forme organisée, et semblable à celle du corps dont elles sont extraites ?

Je conçois donc que dans les alimens que nous prenons il y a une quande quantité de molécules organiques; et cela n’a pas besoin d’être prouvé, puisque nous ne vivons que d’animaux ou de végétaux , lesquels sont des êtres organisés : je vois que dans l’estomac et les intestins il se fait une séparation des parties grossières et brutes, qui sont rejetées par les voies excrétoires ; le chyle, que je regarde comme l’aliment divisé, et dont la dépuration est commencée, entre dans les veines lactées, et de là est porté dans le sang , avec lequel il se mêle ; le sang transporte ce chyle dans toutes les parties du corps; il continue à se dépurer,

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par le mouvement de la circulation , de tout ce qui lui restoit de molécules non organiques : celte matière brute et étrangère est ehasssée par ce mouvement, et sort par les voies des sécrétions et de la transpiration ; mais les molécules organiques restent, parce qu’en effet elles sont analogues au sang, et que dès lors il y a une force d’affinité qui les retient. Ensuite, comme toute la masse du sang passe plusieurs fois dans toute l’habitude du corps, je conçois que dans ce mouvement de circulation continuelle chaque partie du corps attire à soi les molécules les plus analogues , et laisse aller celles qui le sont le moins ; de cette façon toutes les parties se développent et se nourrissent, non pas, comme on le dit ordinairement, par une simple addition de parties , et par une augmentation superficielle, mais par une pénétration intime, produite par une force qui agit dans tous les points de la masse : et lorsque les parties du corps sont au point de développement nécessaire, et qu’elles sont presque entièrement remplies de ces molécules analogues , comme leur substance est devenue plus solide, je conçois qu’elles perdent la faculté d’attirer ou de recevoir ces molécules, et alors la circulation continuera de les emporter , et de les présenter successivement à toutes les parties du corps, lesquelles ne pouvant plus les admettre, il est nécessaire qu’il eu fasse un dépôt quelque part, comme dans les testicules et les vésicules séminales. Ensuite cet extrait du mâle étant porté dans l’individu de l’autre sexe, se mêle avec l’extrait de la femelle ; et par une force semblable à la première, les molécules qui se conviennent le mieux se réunissent, et forment par cette réunion uu petit corps organisé semblable à l’un ou à l’autre de ces individus , auquel il ne manque plus que le développement, qui se fait ensuit dans la matrice de la femelle.

La seconde question, savoir si la femelle a en effet une liqueur séminale, demande un peu de discussion : quoique nous soyons en état d’y satisfaire pleinement, j’observerai avant tout, comme une chose certaine, que la manière dont se fait l’émission de la semence de la femelle est moins marquée que dans le mâle ; car cette émission se fait ordinairement en dedans : Quod intra se semen jacit , femina 'vocatur : quod in hac jacit, mas, dit Aristote, art. 18, De animalibus. Les anciens , comme l’on voit , doutoient si peu que les femelles eussent une liqueur séminale , que c’étoit par la dif-

férence de l’émission de cette liqueur qu’ils distinguoient le mâle de la femelle : mais les physiciens qui ont voulu expliquer la génération par les œufs ou par les animaux spermatiques, ont insinué que les femelles n’avoient point de liqueur séminale; que, comme elles répandent différentes liqueurs, on a pu se tromper si l’on a pris pour la liqueur séminale quelques unes de ces liqueurs, et que la supposition des anciens sur l’existence d’une liqueur séminale dans la femelle étoit destituée de tout fondement. Cependant cette liqueur existe; et si l’on en a douté, c’est qu’on a mieux aimé se livrer à l’esprit de système que de faire des observations , et que d’ailleurs il n’étoit pas aisé de reconnoître précisément quelles parties servent de réservoir à cette liqueur séminale dans la femelle : celle qui part des glandes qui sont au col de la matrice et aux environs de l’orifice de l’urètre n’a pas de réservoir marqué; et comme elle s’écoule au dehors , on pourroit croire qu’elle n’est pas la liqueur prolifique, puisqu’elle ne concourt pas à la formation du fœtus, qui se fait dans la matrice : la vraie liqueur séminale de la femelle doit avoir un autre réservoir, et elle réside en effet dans une autre partie, comme nous le ferons voir; elle est même assez abondante, quoiqu’il ne soit pas nécessaire qu’elle soit en grande quantité, non plus que celle du mâle, pour produire un embryon; il suffit qu’une petite quantité de cette liqueur mâle puisse entrer dans la matrice, soit par son orifice , soit à travers le tissu membraneux de cette partie,

Îmur pouvoir former un fœtus , si cette iqueur mâle rencontre la plus petite goutte de liqueur femelle. Ainsi les observations de quelques anatomistes qui ont prétendu que la liqueur séminale du mâle n’entroit point dans la matrice, ne font rien contre ce que nous avons dit, d’autant plus que d’autres anatomistes , fondés sur d’autres observations, ont prétendu le contraire ; mais tout ceci sera discuté et développé avantageusement dans la suite.

Après avoir satisfait aux objections, voyons les raisons qui peuvent servir de preuves à notre explication. La première se tire de l’analogie qu’il y a entre le développement et la reproduction : l’on ne peut pas expliquer le développement d’une manière satisfaisante , sans employer les forces pénétrantes et les affinités ou attractions , que nous avons employées pour expliquer la formation des petits êtres organisés semblables aux grands. Une seconde analogie, c’est que la nutrition

et la reproduction sont toutes deux non seulement produites par la même cause efficiente, mais encore par la même cause matérielle : ce sont les parties organiques de la nourriture qui servent à toutes deux ; et la preuve que c’est le superflu de la matière qui sert au développement qui est le sujet matériel de la reproduction, c’est que le corps ne commence à être en état de produire que quand il a fini de croître, et l’on voit tous les jours dans les chiens et les autres animaux , qui suivent plus exactement que nous les lois de la nature, que tout leur accroissement est pris avant qu’ils cherchent à se joindre; et dès que les femelles deviennent en chaleur, ou que les mâles commencent à chercher la femelle, leur développement est achevé en entier, ou du moins presque en entier : c’cst même une remarque pour connoîtrc si un chien grossira ou non ; car on peut être assuré que s’il est en état d’engendrer il ne croîtra presque plus.

Une troisième raison qui me paroît prouver que c’est le superflu de la nourriture qui forme la liqueur séminale, c’est que les eunuques et tous les animaux mutilés grossissent plus que ceux auxquels il ne manque rien : la surabondance de la nourriture ne pouvant être évacuée faute d’organes, change l’habitude de leur corps ; les hanches et les genoux des eunuques grossissent. La raison m’en paroît évidente ; après que leur corps a pris l’accroissement ordinaire, si les molécules organiques superflues trouvoient une issue comme dans les autres hommes , cet accroissement n’augmenteroit pas davantage; mais comme il n’y a plus d’organes pour l’émission de la liqueur séminale , cette même liqueur, qui n’est que le superflu de la matière qui servoit à l’accroissement, reste et cherche encore à développer davantage les parties ; on sait que l’accroissement des os se fait par les extrémités qui sont molles et spongieuses, et que quand les os ont une fois pris de la solidité ils ne sont plus susceptibles de développement ni d’extension , et c’est par cette raison que les molécules superflues ne continuent à développer que les extrémités spongieuses des os; ce qui fait que les hanches , les genoux , etc. , des eunuques grossissent considérablement , parce que les extrémités sont en effet les dernières parties qui s’ossifient.

Mais ce qui prouve plus fortement que tout le reste la vérité de notre explication , c’est la ressemblance des enfans à leurs parens : le fils ressemble , en général , plus à

son père qu’à sa mère, et la fille plus à sa mere qu’a son pere , parce qu’un homme ressemble plus à un homme qu'à une femme, et qu’une iemme ressemble plus à une femme qu’a un homme, pour I habitude totale du corps : mais pour les traits et pour les habitudes particulières, les enfans ressemblent tantôt au pere , tantôt à la mere ; quelquefois même ils ressemblent à tous deux : ils auront, par exemple, les yeux du pere et la bouche de la mère , ou le teint de la mère et la taille du père; ce qu’il est impossible de concevoir , à moins d admettre que les deux purens ont contribué à la formation du corps de l’enfant, et que par conséquent il y a eu un mélange des deux liqueurs sémiuales.

J’avoue que je me suis fait à moi-même beaucoup de difficultés sur les ressemblances, et qu’avant que j’eusse examiné mûrement la question de la génération , je m’étois prévenu de ceriaines idées d’un système mixte, où j’employois les vers spermatiques et les œufs de femelles comme premières parties organiques qui forinoient le point vivant, auquel , par des forces d'attraction , je supposois , comme Harvey , que les autres parties venoient se joindre dans un ordre symétrique et relatif; et comme dans ce système il me sembloit que je pouvois expliquer d’une maniéré vraisemblable tous les phénomènes, à l’exception des ressemblances , je cherchois des raisons pour les combattre et pour en douter, et1 j’en avois même trouvé de très-spécieuses, et qui m’ont fait illusion long-temps, jusqu’à ce qu’ayant pris la peine d’observer moi-même, et avec toute l’exactitude dont je suis capable , un grand nombre de familles, et surtout les plus nombreuses, je n’ai pu résister à la multiplicité des preuves, et ce n’est qu’après m’être pleinement convaincu à cet égard, que j’ai commencé à penser différemment et à tourner mes vues du côté que je viens de les présenter.

D’ailleurs, quoique j’eusse trouvé des moyens pour échapper aux argumens qu’on m’auroil faits au sujet des mulâtres, des v métis et des mulels, que je eroyois devoir regarder, les uns comme des variétés superficielles, et les autres comme des monstruosités, je ne pouvois m’empêcher de sentir que toute explication où l’on ne peut rendre raison de ces phénomènes ne pouvoit être satisfaisante; je crois n’avoir pas besoin d'avenir combien cette ressemblance aux païens, ce mélange de parties de la même espèce dans les métis , ou de deux es-

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pèces différentes dans les mulets, confirment mon explication.

Je vais maintenant en tirer quelques conséquences. Dans la jeunesse la liqueur séminale est moins abondante , quoique plus provocante; sa quantité augmente jusqu’à un certain âge, et cela parce qu’à mesure qu’on avance en âge, les parties du corps deviennent plus solides, admettent moins de nourriture, et renvoient par conséquent une plus grande quantité; ce qui produit une plus grande abondance de liqueur séminale; aussi lorsque les organes extérieurs ne sont pas usés , les personnes du moyen âge, et même les vieillards, engendrent plus aisément que les jeunes gens. Ceci est é\ident dans le genre végétal : plus un arbre est âgé, plus il produit de fruit ou de graine, par la même raison que nous venons d’exposer.

Des jeunes gens qui s’épuisent , et qui par des irritations forcées déterminent vers les organes de la génération une plus grande quantité de liqueur séminale qu’il n’en arriveroit naturellement , commencent par cesser de croître ; ils maigrissent et tombent enfin dans le marasme, et cela parce qu’ils perdent par des évacuations trop souvent réitérées la substance nécessaire à leur accroissement, et à la nutrition de toutes les parties de leur corps.

Ceux dont le eorps est maigre sans être décharné, ou charnu sans être gras, sont beaucoup plus vigoureux que ceux qui deviennent gras; et dès que la surabondance de la nourriture a pris cette route , et qu’elle commence à former de la graisse, c’est toujours aux dépens de la quantité de la liqueur séminale, et des autres facultés de la génération. Aussi, lorsque non seulement l’accroissement de toutes les parties du corps est entièrement achevé, mais que les os sont devenus solides dans toutes leurs parties , que les cartilages commencent à s’ossifier, que les membranes ont pris toute la solidité qu’elles pouvoient prendre, que toutes les fibres sont devenues dures et roides, et qu’enfin toutes les parties du corps, ne peuvent presque plus admettre de nourriture, alors la graisse augmente considérablement, et la quantité de la liqueur séminale diminue, parce que le superflu de la nourriture s’arrête dans toutes les parties du corps , et que les fibres n’ayant presque plus de souplesse et de ressort , ne peuvent plus le «envoyer, comme auparavant, dans les réservoirs de la génération.

La liqueur séminale non seulement de-

vient, comme je l'ai dit, plus abondante jusqu’à un certain âge, mais elle devient aussi plus épaisse, et sous le même volume elle contient une plus grande quantité de matière, par la raison que l’accroissement du corps diminuant toujours à mesure qu’on avance en âge, il y a une plus grande surabondance de nourriture , et par conséquent une masse plus considérable de liqueur séminale. Un homme accoutumé à observer, et qui ne m’a pas permis de le nommer, m’a assuré que, volumepour volume, la liqueur séminale est près d’une fois plus pesante (pie le sang, et par conséquent plus pesante spécifiquement qu’aucune autre liqueur du corps.

Lorsqu’on se porte bien, l’évacuation de la liqueur séminale donne de l’appétit , et on sent bientôt le besoin de réparer par une nourriture nouvelle la perte de l’ancienne; d’où l’on peut conclure que la pratique de mortification la plus efficace contre la luxure est l’abstinence et le jeûne.

Il me reste beaucoup d’autres choses à dire sur ce sujet , que je renvoie au chapitre de l’histoire de l’homme; mais avant que de finir celui-ci, je crois devoir faire encore quelques observations. La plupart des animaux ne cherchent la copulation que quand leur accroissement est pris presque en entier; ceux qui n’ont qu’un temps pour le rut ou pour le frai, n’ont de liqueur séminale que dans ce temps. Un habile observateur 1 a vu se former sous ses yeux, non seulement cette liqueur dans la laite du calmar, mais même les petits corps mouvans et organisés en forme de pompe, les animaux spermatiques, et la laite elle-même; il n’y en a point dans la laite jusqu’au mois d’octobre, qui est le temps du frai du calmar sur les côtes du Portugal, où il a fait cette observation, et dès que le temps du frai est passé, on ne voit plus ni liqueur séminale ni vers spermatiques dans la laite, qui se ride, se dessèche et s’oblitère, jusqu’à ce que, l’année suivante, le superflu de la nourriture vienne former une nouvelle laite et la remplir comme l’année précédente. Nous aurons occasion de faire voir dans l’histoire du cerf les différons effets du rut; le plus général est l'exténuation de l’animal; et dans les espèces d’animaux dont le rut ou le frai n’est pas fréquent , et ne se fait qu’à de grands intervalles de temps, l’exténuation du corps est

i. M. Needham.

ÀttÎMAUX.

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d’âutant plus grande que l’intervalle du temps est plus considérable.

Comme les femmes sont plus petites et plus foibles que les hommes , qu’elles sont d’un tempérament plus délicat, et qu’elles mangent beaucoup moins , il est assez naturel d’imaginer que le superflu de la nourriture n’est pas aussi abondant dans les femmes que dans les hommes , surtout ce superflu organique qui contient une si grande quaniité de matière essentielle : dès lors elles auront moins de liqueur séminale; cette liqueur sera aussi plus foible et aura moins de substance que celle de

l’homme; et puisque la liqueur séminale des femelles contient moins de parties organiques que celle des malts, ne doit -il pas résulter du mélange des deux liqueurs un plus grand nombre de mâles que de femelles? c’est aussi ce qui arrive, et dont on croyoit qu’il étoit impossible de donner une raison. Il naît environ un seizième d’enfans mâles de plus que de femelles, et on verra dans la suite que la même cause produit le même effet dans toutes les espèces d’animaux sur lesquelles on a pu faire cette observation.

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