PLOMB
au moyen des matières inflammables qui servoicnl d’aliment à l’incendie : cette mine est donc de dernière formation. Comme elle gît en grande partie sous la pierre calcaire, elle n’a pas été produite par le feu primitif, qui d’ailleurs l’auroit entièrement réduite en chaux , et n’y auroit pas laissé du métal ; ce n’est donc qu’une mine ordinaire, quia été seulement dénaturée accidentellement par le feu souterrain d’un ancien volcan, ou par de grands incendies à la surface du terrain.
Et non seulement le feu a pu former ees mines de plomb en chaux blanche ; mais l’eau peut aussi les produire. La céruse , que nous voyons se former à l’air sur les plombs qui y sont exposés, est une vraie chaux de ce métal, qui, étant entraînée, transportée et déposée en certains endroits de l’intérieur de la terre par la stillation des eaux , s’accumule en masses ou en veines, sous une forme plus ou mois concrète. La mine de plomb blanche n’est qu’une céruse cristallisée , également produite par l’eau ; il n’y a de différence qu’en ce que la céruse naturelle est plus mêlée de parties terreuses : ces mines de céruse , les plus nouvelles de toutes, se forment fous les jours comme celles du fer en rouille, par les détrimens de ces métaux.
Les mines de plomb vitreuses et cristallisées , qui proviennent de la décomposition des galènes, prennent différentes couleurs par le contact ou l’union des différentes substances métalliques qu’elles rencontrent : le fer leur donne une couleur rouge; et, selon M. Monnet , il les colore aussi quelquefois en vert. Cet observateur dit avoir remarqué dans les mines de plomb de La Croix en Lorraine un grand nombre de cristaux de plomb vert dans les cavités de la gangue de cette mine , qui n’est qu’une mine de fer grisâtre ; d’où il conclut que les cristaux verts de plomb peuvent être formés de la décompostition de la galène par le fer. La galène elle-même peut se régénérer dans les mines de plomb qui sont en état de céruse ou de chaux blanche : on peut le démontrer tant par la forme fistuleuse de ces galènes qu’on appelle plomb noir, que par plusieurs morceaux de mine daus lesquels la base des cristaux est encore de plomb blanc, seulement un peu rougeâtre, et dont la partie supérieure est convertie en galène.
En général, les mines de plomb tiennent presque toutes une petite quantité d’argent ; elles sont aussi très-souvent mêlées de fer
minéraux.
et d’antimoine , et quelquefois de cuivre : mais l’on n’a qu’un seul exemple de mine de plomb tenant du zinc ; et de même que Ton trouve de l’argent dans presque toutes les mines de plomb, on trouve aussi du plomb dans la plupart des mines d’argent : mais, dans les filons de ces mines, le plomb, comme plus pesant, descend au dessous de l’argent, et il arrive presque toujours que les veines les plus riches en argent se changent en plomb à mesure qu’elles s’étendent en profondeur.
Pour connoître la quantité de métal qu’une mine de plomb peut contenir , il faut la griller en ne lui donnant d’abord que peu de feu , la bien laver ensuite , et l’essayer avec le flux noir, et quelquefois y ajouter de la limaille de fer, pour absorber le soufre que le grillage n’auroit pas tout enlevé : mais quoique par ces moyens on obtienne la quantité de plomb assez juste, l’essai par la voie humide est encore plus fidèle. Voici le procédé de M. Bergman : on pulvérise la galène ; on la fait digérer dans l’acide nitreux ou dans l’acide marin, jusqu’à ce que tout le plomb soit dissous , et alors le soufre minéral se précipite ; on s’assure que ce soufre est pur en le faisant dissoudre dans l’alcali caustique; on précipite le plomb par l’alcali cristallisé, et cent trente-deux parties de précipité indiquent cent parties de plomb. Si le plomb tient argent, on le sépare du précipité par l’alcali volatil ; et s’il y a de l’antimoine, on le calcine par l’acide nitreux concentré : si la galène tient du fer, on précipite le plomb et l’argent qui peuvent y être unis , ainsi que la quantité de fer qui se trouve dans l’acide , en mettant une lame de fer dans la dissolution ; celle que la lame de fer a produite indique exactement la quantité de ce métal contenue dans la galène.
Le plomb extrait de sa mine par la fonte demande encore des soins tant qu’il est en métal coulant ; car si on le laisse exposé à l’action de l’air, sa surface se couvre d’une poudre grise, dont la quantité augmente à mesure que le feu continue, en sorte que tout le métal se convertit en chaux, et acquiert, par cette conversion, une augmentation de volume très-considérable *. Cette chaux grise , exposée de nouveau à l’action du feu, y prend bientôt, en la remuant avec une spatule de fer, une assez belle couleur jaune , et dans cet état on lui donne le nom de massicot : et si l’on continue de la remuer
i. M. Deuneste dit que cette augmentation de volume ou de pesanteur est comme de i<3 à ioo.
en la tenant toujours exposée à l’air, à un certain degré de feu , elle prend une belle couleur rouge , et dans cet étal on lui donne le nom de minium : je dis à un certain degré de feu , car un feu plus fort ou plus foible ne changeroit pas le massicot en minium; et ce feu constant et nécessaire pour lui donner une belle couleur rouge est de cent vingt degrés 2 ; car si l’on donne à ce même minium une chaleur plus grande ou moindre, il perd également son beau rouge, redevient jaune, et ne reprend cette couleur rouge qu’au feu de cent vingt degrés de chaleur. C’est à M. Geoffroy qu’est due cette intéressante observation, et c’est à M. Jars que nous devons la connoissance des pratiques usitées en Angleterre pour faire le minium en grande quantité , et par conséquent à moindres frais qu’on ne le fait ordinairement.
Les Anglois ne se servent que de charbon de terre pour faire le minium , et ils prétendent même qu’on ne réussiroit pas avec le charbon de bois : cependant, dit M. Jars, il n’y auroit d’autre inconvénient que celui des éclats de ce charbon qui pourroient revivifier quelques parties de la chaux de plomb, ce qu’il est très- aisé d’éviter. Je 11e pense pas, avec M. Jars, que ce soit là le seul inconvénient. Le charbon de bois ne donne pas une chaleur aussi forte ni aussi constante que le charbon de terre ; et d’ailleurs l’acide sulfureux qui s’en exhale, et la fumée du bitume qu’il contient, peuvent contribuer à donner à la chaux de plomb la belle couleur rouge.
Toutes les chaux de plomb blanches, grises, jaunes, et rouges, sont non seulement très-aisées à vitrifier , mais même elles déterminent promptement et puissamment la vitrification de plusieurs autres matières: seules, elles ne donnent que de la litharge ou du verre jaune très-peu solide ; mais fondues avec le quartz , elles forment un verre très-solide , assez transparent , et d’une belle couleur jaune.
Considérant maintenant les propriétés particulières du plomb dans son état de métal, nous verrons qu’il est le moins dur et le moins élastique de tous les métaux ; que , quoiqu’il soit très-mou , il est aussi le moins ductile; qu’il est encore le moins tenace, puisqu’un fil d’un dixième de pouce de diamètre ne peut soutenir un poids de trente livres sans se rompre : mais il est, après l’or, le plus pesant ; car je ne mets pas le mercure ni la platine au nombre des vrais métaux.