‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 204 sur 218 · SYSTÈMES SUR I · texte numérisé non relu

SYSTÈMES SUR I

dans les œufs qu’elle produit après la copulation avec le coq? Nous avons rapporté cidevant les observations de Malpighi, laites sur des œufs frais sortant du corps de la poule, et qui n avoient pas encore été couvés : il a toujours trouvé le fœtus dans eeux «pie produisoient les poules qui avoient reçu le coq ; et dans ceux des poules vierges ou séparées du coq depuis long-temps, il n’a jamais trouvé qu'une môle dans la cicatricule.

11 est donc bien clair que le fœtus n’est pas préexistant dans l’œuf, mais qu’au contraire il ne s’y forme que quand la semence du mâle l’a pénétré.

Une autre difficulté contre ce système, c'est que non seulement on ne voit pas le fœtus dans les œufs des ovipares avant la conjonction des sexes , mais même on ne voit pas d’œufs dans les vivipares. Les physiciens qui prétendent que le ver spermatique est le fœtus sous une enveloppe sont au moins assurés de l’existence des vers spermatiques : mais ceux qui veulent que le fœtus soit préexistant dans I œuf, non seulement imaginent cette préexistence , mais même ils n’out aucune preuve de l’existence de l’œuf; au contraire , il y a probabilité presque équivalente à la certitude queces œufs n’existent pas dans les vivipares, puisqu’on a fait des milliers d’expériences pour tâcher de les découvrir, et qu on n’a jamais pu les trouver.

Quoique les partisans du système des œufs ne s’accordent point au sujet de ce que l’on doit regarder comme le vrai œuf dans les testicules des femelles, ils veulent cependant tous que la fécondaion se fasse immédiatement dans ce testicule qu’ils appellent l’ovaire , sans faire attention que si cela étoit on trouveroit la plupart des fœtus dans l'abdomen , au lieu de les trouver dans la matrice; car le pavillon ou l’extrémité supérieure de la trompe étant, comme l’on sait, séparée du testicule , les prétendus œufs doivent tomber souvent dans l’abdomen , et on y trouveroit souvent des fœtus. Or, on sait que ce cas est extrêmement rare; je ne sais pas même s’il est vrai que cela soit jamais arrivé par l'effet que nous supposons, et je pense que les fœtus qu’on a trouvés dans l’abdomen étoient sortis ou des trompes «le la matrice, ou de la matrice même par quelque accident.

Les difficultés générales et communes aux deux systèmes ont été senties par un homme d’esprit , qui me paroi l avoir mieux raisonné que tous ceux qui ont écrit avant lui sur cette matière; je veux parler de l’auteur de la P énus physique , imprimée en 1 740. Ce

traité, quoique fort court, rassemble plus d’idées philosophiques qu’il 11’y en a dans plusieurs gros volumes sur la gêner lion. Comme ce livre est entre les mains de tout le monde, je n’eu ferai pas l’analyse, il n’en est pas même susceptible; la précisibn avec laquelle il est écrit 11e permet pas qu on en fasse un extrait : tout ce que je puis dire, c’est qu’on y trouvera des vues générales qui ne s’éloignent pas infiniment des idées que j’ai données, et que cet auteur est le premier qui ait commencé à se rapprocher de la vérité , dont on éioit jslus loin que jamais, depuis qu’on avoit imaginé des œufs et découvert des animaux spermatiques. Il ne nous reste plus qu à rendre compte de quelques expériences particulières, dont les unes mont paru favorables, et les autres contraires à ees systèmes.

O11 trouve dans V Histoire de l'Académie des Sciences, année 1701 , quelques difficultés proposées parM. Méry contre le système des œufs. Cet habile anatomiste souteuoit avec raison que les vésicules qu’on trouve dans les testicules des femelles 11e sont pas des œufs , qu’elles sont adhérentes à la substance intérieure du testicule, et qu’il n’est pas possible qu elles s’en séparent naturellement; que quand même elles pourroient se séparer de la substance intérieure du testicule , elles 11e pourroient pas encore en sortir, parce que la membrane commune qui enveloppe tout le testicule est d’un tissu trop serré pour qu’on puisse concevoir qu’une vésicule ou un œuf rond et mollasse pût s’ouvrir un passage à travers celle forte membrane; et comme lapins grande partie des physiciens et des anatomistes étoient alors prévenus en faveur du système des œufs , et que les expériences de Graaf leur avoient imposé au point qu’ils étoient persuadés, comme cet anatomiste l’avoit dit, «pie les cicatricules quon trouve dans les testicules des femelles étoient les nielles des œufs, et que le nombre de ces cicatricules marquoit celui des fœtus, M. Méry fil voir des testicules de femme où il y avoit une tresgrande quantité de ces cicatricules; ce qui, dans le système de ces physiciens, auroit supposé dans celte femme une fécondité inouï» . Ces diflioullés excitèrent les aulnes anatomistes de 1 Académie qui étoient partisans des œufs à faire de nouvelles recherches. M. Duverney examina et disséqua des testicules de vaches et de brebis : il | retendit que les vésicules étoieni les œufs, parce qu il y en avoit qui étoient plus ou moins adhérentes à la substance du lenticule, et

des cornes de la matrice , et la lia en la ser-

qu’on devoit croire que, dans le temps de la parfaite maturité, elles s’en détachoient totalement, puisqu’en introduisant de l’air et en sou fila ut dans l'intérieur du testicule, l’air passoit entre ces vésicules et les parties voisines. M. Méry répondit seulement que cela ne faisoit pas une preuve suffisante, puisque jamais on n’avoit vu ces vésicules entièrement séparées du testicule. Au reste, M. Diivemey remarque sur les testicules le corps glanduleux : mais il ne le reconnut pas pour une partie essentielle et nécessaire a la génération ; il le prit au contraire pour une excroissance accidentelle et parasite, à peu près , dit-il , comme font sur les chênes les noix de galle, les champignons, etc. M. Littré, dont apparemment la prévention pour le sysième des œufs étoit encore plus forte que celle de M. Uiiverney , prétendit non seulement que les vésicules éloient des œufs, mais même il assura avoir reconnu dans l’une de ces vésicules encore adhérente et placée dans l’intérieur du testicule un fœtus bien formé, dans lequel il distingua, dit-il, très -bien la tête et le tronc; il en donna même les dimensions : mais , outre que cette merveille ne s’est jamais offerte qu’à ses yeux , et qu’aucun autre observateur n’a jamais rien aperçu de semblable , il suffit de lire son Mémoire ( année 1701 , pags- 1 1 r ) pour reconnoître combien cette observation est douteuse. Par son propre exposé, on voit que la matrice étoit squirrheuse, et le testicule entièrement vicié; on voit que la vésicule ou l’œuf qui contenoit le prétendu fœtus, étoit plus petit que d’autres vésicules ou œufs qui ne contenoient rien , etc. Aussi Vallismeri, quoique partisan, et partisan très -zélé, du système des œufs, mais en même temps homme très - véridique , a-t-il rappelé cette observation de M. Littré et celle de M. Duverney à un examen sévere qu’elles n’étoieut pas en état de subir.

Une expérience fameuse en faveur des œufs est celle dcNuck. Il ouvrit une chienne trois jours après l’accouplement : il tira l’une

rant dans son milieu, en sorte que la partie supérieure du conduit ne pouvnit plus avoir de communication avec la partie i fi rieure; après quoi il remit celle corne de la matrice a sa place, et ferma la plaie, dont laeliien te ne parut être que légèrement inrommoclée. Au bout de viugi-un jours il la rouvrit, et il trouva deux fœtus dans la partie supérieure, c’est -à-dire entre le testicule et la ligature , et dans la partie inférieure de ectie corne il n’y a\oit aui un fœtus; dans l’au re corne de la matrice qui n’avoit pas été serrée par une ligature, il en trouva trois qui étoient régulièrement disposés; ce qui prouve, dit il, que le fœtus 11e \ienl pas de la semence du mâle, mais qu’au contraire il existe dans l’œuf de la femelle. On sent bien qu’en supposant que cette expérience , qui n’a été faite cpi’une fois, et sur laquelle par conséquent on ne doit pas trop compter; en supposant, dis-je, que cette expérience fût toujours suivie du même effet, on 11e seroit point en droit d’en conclure que la fécondation se fait dans l’ovaire , et qu’il s’en détache des œufs qui contiennent le fœtus tout formé ; elle prouveroil seulement que le fœtus peut se former dans les parties supérieures des cornes de la matrice, aussi bien que dans les inférieures, et il paroît tres-naturel d imaginer que la ligature, comprimant et resserrant les cornes de la matrice dans leur milieu , oblige les liqueurs séminales qui sont dans les parties inférieures à s’écouler au dehors , et détruit ainsi l’ouvrage de la génération dans ces parties inférieures.

Voilà, à très-peu près, où en sont demeurés les anatomistes et les physiciens au sujet de la génération. Il me reste à exposer ce que mes propres recherches et mes expériences m’ont appris de nouveau; on jugera si le s . sterne que j ai donné n’approche pas infiniment plus de celui de la nature qu’aucun de ceux dont je viens de rendre compte.

Au Jardin du Roi , le 6 février 1746.

WiVWrtWWViVV\VV\\V»UVW»\VllVUUMVHiVVV%W\i\UV W\tV» VWVVVM vrv\v»xvvni\\\\iv\ »WV» VVWI WW %

Page 1