SECONDE EXPÉRIENCE
Lorsque la liqueur séminale est devenue plus fluide on ne voit plus les filamens dont j’ai parlé ; mais les petits corps qui se meuvent paroissent en grand nombre (Jig. 6) : ils ont, pour la plupart, un mouvement d’oscillation, comme celui d’un pendule; ils tirent après eux un long filet , on voit clairement qu’ils font effort pour s’en débarrasser; Jeur mouvement de progression en avant est fort lent, ils font des oscillations à droite et a gauche. Le mouvement d’un bateau retenu sur une rivière rapide par un câble attaché à un point fixe représente assez bien le mouvement de ces petits corps , à l’exception que les oscillations du bateau se font toujours dans le même endroit, au lieu que les petits corps avancent peu à peu au moyen de ces oscillations ; mais ils ne se tiennent pas toujours sur le même plan , ou , pour parler plus clairement, ils . 'n’ont pas, comme un bateau , une base large et plate , qui fait que les mêmes parties sont toujours à peu près
dans fe même plan : on les voit au contraire , à chaque oscillation , prendre un mouvement de roulis très-considérable , en sorte que , outre leur mouvement d’oscillation horizontal qui est bien marqué, ils en ont un de balancement vertical, ou de roulis, qui est aussi très-sensible; ce qui prouve que ces petits corps sont de figure globuleuse, ou du moins que leur partie inférieure n’a pas une base plate assez étendue pour les maintenir dans la même positiou.
TROISIÈME EXPÉRIENCE
Au bout de deux ou trois heures, lorsque la liqueur est encore devenue plus fluide, on voit (fig. 7) une plus grande quantité de ces petits corps qui se meuvent, ils paroissent être plus libres ; les filets qu’ils traînent après eux sont devenus plus courts qu’ils ne l’étoient auparavant: aussi leur mouvement progressif coiumence-l-il à être plus direct , et leur mouvement d’oscillation horizontal est fort diminué; car plus les filets qu’ils traînent sont longs, plus grand est l’angle de leur oscillation, c’est-à-dire qu’ils font d’autant plus de chemin de droite à gauche, et d’autant moins de chemin en avaui, que les filets qui les retiennent et qui les empêchent d’avancer sont plus longs; et à mesure que ces filets diminuent de longueur, le mouvement d’oscillation diminue, et le mouvement progressif augmente ; celui du b alancement vertical subsiste ei se reconnoît toujours , tant que celui de progression ne se fait pas avec une grande vitesse : or jusqu’ici , pour l’ordinaire , ce mouvement de progression est encore assez lent , et celui de balancement est fort sensible.
QUATRIÈME EXPERIENCE
Dans l’espace de cinq ou six heures la liqueur acquiert presque toute la fluidité qu’elle peut avoir sans se décomposer : on voit alors (Jig . 8) la plupart de ces petits corps mouvans entièrement dégagés du filet qu’ils traînoient ; ils sont de figure ovale, et se meuvent progressivement avec une assez grande vitesse; ils ressemblent alors plus que jamais à des animaux qui ont des mouvemens en avant , en arrière , et en tous sens. Ceux qui ont encore des queues, ou plutôt qui traînent encore leur filet, paroissent être beaucoup moins vifs que les autres, et parmi ces derniers qui n’ont plus de filet , il y en a qui paroissent changer de figure et de grandeur : les uns sont ronds, la plupart ovales; quelques autres ont les deux extrémités plus grosses que le milieu, et on remarque eu-
EXPÉRIENCES SUR core à tous un mouvement de balancement et de roulis.
CINQUIÈME EXPÉRIENCE
Au bout de douze heures la liqueur avoit déposé au bas, dans le cristal de montre, une espèce de matière gélatineuse blanchâtre, ou plutôt couleur de cendre, qui avoit de la consistance, et la liqueur qui surnageoit étoit presque aussi claire que de l’eau ; seulement elle avoit une teinte bleuâtre, et ressembloit très-bien à de l’eau claire, dans laquelle on auroit mêlé un peu de savon : cependant elle co user voit toujours de la viscosité, et elle filoit lorsqu’on en prenoit une goutte et qu’on la vouloil détacher du reste de la liqueur. I.es petits corps mouvans sont alors dans une grande activité; ils sont tous debarrassés de leur filet ; la plupart sont ovales, il y en a de ronds; ils se meuvent en tous sens, et plusieurs tournent sur leur centre. J’en ai vu changer de figure sotts mes yeux, et d’ovales devenir globuleux; j’en ai vu se diviser, se partager, et d’un seul ovale ou d’un globule en former deux; ils avoient d’autant plus d’activité et de mouvement qu’ls étoient plus petits.
SIXIÈME EXPÉRIENCE
Vingt-quatre heures après, la liqueur séminale avoit encore déposé une plus grande quantité de matière gélatineuse : je voulus délaver cette matière avec de l’eau pour l’observer; mais elle ne se mêla pas aisément, et il faut un temps considérable pour qu’elle se ramollisse et se divise dans l’eau. Les petites parties que j'en séparai paroissoient opaques et composées d’une infinité de tuyaux, qui formoieut une espèce de lacis où l’on ne remarquoit aucune disposition régulière et pas le moindre mouvement; mais il y en avoit encore dans ta liqueur claire ; on y voyoil quelques corps en mouvement, ils étoient à la vérité en moindre quantité. Le lendemain il y en avoit encore quelques uns ; mais apres cela je ne vis plus dans cette liqueur cpie des globules, sans aucune apparence de mouvement.
Je puis assurer que chacune de ces observation-. a été répétée un très-grand nombre de fois et suivie avec toute l’exactitude possible, et je suis persuadé que ces filets que ces corps en mouvement traînent après eux ne sont pas une queue ou un membre qui leur appariieuue et qui fasse partie de leur individu : car ces queues n’ont aucune proportion avec le reste du corps; elles soin de longueur et de grosseur fort différentes,
quoique les corps mouvans soient à peu près de la même grosseur dans le même temps : les unes de ces queues occupent une étendue très-considérable dans le champ du micioscope, et d’autres sont fort courtes. Le globule est embarrassé dans son mouvement, d’autant plus que cette queue est plus longue; quelquefois même il ne peut avancer ni sortir de sa place, et il n’a qu’un mouvement d’oscillation de droite à gauche ou de gauche à droite lorsque celte queue est fort longue : on voit clairement qu’ils paraissent faire des efforts pour s’en débarrasser.
SEPTIÈME EXPÉRIENCE
Ayant pris de la liqueur séminale dans un autre cadavre humain, récent et encore chaud , elle ne parois oit d’abord être à l’œil simple qu’une matière mucilagineuse presque coagulée et très-visqueuse; je ne voulus cependant pas y mêler de l’eau ; et en ayant mis une goutte assez grosse sur le porteobjet du microscope, elle se liquéfia d’e'lemème et sous mes yeux : elle étoit d’abord comme condensée, et elle paroissoit former un tissu assez serré, composé de (ilamens (. fig. 9) d’une longueur et d’une grosseur considérables, qui paroissoient naître de la partie la plus épaisse de la liqueur. Ces filaniens se séparoienl à mesure que la liqueur devenoit plus fluide, et enfin ils se divisoietil en globules qui avoient de l’action et qui paroissoient d’abord n’avoir que trèspeu de force pour se mettre en-mouvement, mais dont les forces sembloient augmenter à mesure qu’ils s’éloignoient du filament, dont il paroissoit qu ils faisoient beaucoup d’efforts pour se débarrasse et pour se dégager, et auquel ils étoient attachés par un filet qu’ils en tiroient , et qui tenoit à leur partie postérieure; ils se l’orn -*i« nt ainsi lentement chacun des queues de différentes longueurs, dont quelques unes étoient si minces et si longues, qu’elles 11’avoient aucune proportion avec le corps de ces globules ; ils étoient tous d’autant plus embarrassés, que ces filets ou ces queues étoient plus longues; I angle de leur mouvement d’oscillation de gauche à droite et de droite à gauche étoit aussi toujours d’autant plus grand que la longueur de ces filets étoit aussi plus grande; et leur mouvement de progression d’autant plus sensible que ces espèces de queues étoient plus courtes.
HUITIÈME EXPÉRIENCE
Ayant suivi ces observations pendant quatorze heures, presque sans interruption, je
reconnus que ces filets ou ces espèces de queues alioient toujours en diminuant de longueur, et devenoieut si minces et si déliées, qu’elles cessoient d’être visibles à leurs extrémités successivement, en sorte que ces queues diminuant peu à peu par leurs extrémités, disparoissoient enfin entièrement : c’éloit alors que les globules cessoient absolument d’avoir un mouvement d’oscillation horizontal , et que leur mouvement progressif éloit direct, quoiqu’ils eussent toujours un mouvement de balancement vertical , comme les roulis d’un vaisseau; cependant ils se mouvoient progressivement , à peu près en ligne droite, et il n’y en avoit aucun qui eût une queue : ils étoient alors ovales, transparens , et tout-à-fait semblables aux prétendus animaux qu’on voit dans l’eau d’huître au six ou septième jour, et encore plus à ceux qu’on voit dans la gelée de veau rôti au bout du quatrième jour, comme nous le dirons dans la suite en parlant des expériences que M. Necdham a bien voulu faire en conséquence de mon système, et qu’il a poussées aussi loin que je pouvois l'attendre de la sagacité de son esprit et de son habileté dans i’art d’observer au microscope.
NEUVIÈME EXPÉRIENCE
Entre la dixième et onzième heure de ces observations, la liqueur étant alors fort fluide, tous ces globules me paroissoient ( fig . io) venir du même côté et en foule; ils traversoient le champ du microscope en moins de quatre secondes de temps; ils étoient rangés les uns contre les autres; ils marchoient sur une ligne de sept ou huit de front , et se sucoédoient sans interruption, comme des troupes qui défilent. J’observai ce spectacle singulier pendant plus de cinq minutes; et comme ce courant d’animaux ne finissoit point, j’en voulus chercher la source, et ayant remué légèrement mon microscope, je reconnus que tous ces globules mouvans sortoient d’une espèce de mucilage (fig. n) ou de lacis de filamens que les produisoient continuellement sans interruption , et beaucoup plus abondamment et plus vite que ne les avoient produits les filamens dix heures auparavant. Il y avoit encore une différence remarquable entre ces espèces de corps mouvans produits dans la liqueur épaisse et ceuxci qui étoient produits dans la même liqueur, mais devenue fluide; c’est que ces derniers lie liroient point de filets après eux , qu’ils n’avoient point de queue , que leur mouvement étoit plus prompt , et qu’ils alioient en troupeau comme des moutons qui se sui-
vent. J’observai long-temps le mucilage d’où ils sortoient et où ils prenoient naissance , et je le vis diminuer sous mes yeux et se convenir successivement en globules mouvans, jusqu’à diminution de plus de moitié de sou volume; après quoi la liqueur s’étant trop desséchée , ce mucilage devint obscur dans son milieu , et tous les environs étoient marqués et divisés par de petits filets qui formoient (fig. 12) des intervalles carrés à peu près comme un parquet , et ces petits filets paroissoient être formés des corps ou des cadavres de ces globules mouvans qui s’étoient réunis par le dessèchement, non pas en une seule niasse , mais en filets longs , disposés régulièrement, dont les intervalles étoient quadrangulaires : ces filets faisoient un réseau assez semblable à une toile d’araignée sur laquelle la rosée se seroit attachée en une infinité de petits globules.
DIXIÈME EXPÉRIENCE
J’avoisbien reconnu , par les observations que j’ai rapportées les premières, que ces petits corps mouvans changeoient de figure, et je croyois m’être aperçu qu’en général ils diminuoierit tous de grandeur ; mais je 11’en étois pas assez certain pour pouvoir l’assurer. Dans ces dernières observations , à la douzième et treizième heure, je le reconnus plus clairement : mais en même temps j’observai que, quoiqu’ils diminuassent considérablement de grandeur ou de volume, ils augmentoient en pesanteur spécifique, surtout lorsqu’ils étoient prêts à finir de se mouvoir; ce qui arrivoit presque tout à coup, et toujours dans un plan différent de cehvi dans lequel ils se mouvoient ; car lorsque leur aciton cessoit , ils toniboient au fond de la liqueur et y formoient un sédiment couleur de cendre , que l’on voyoit à l’œil nu, et qui au microscope paroissoit n’êlre composé que de globules attachés les uns aux autres, quelquefois en filets, et d’autres fois en groupes, mais presque toujours d’une manière régulière, le tout sans aucun mouvement.
ONZIÈME EXPÉRIENCE
Ayant pris de la liqueur séminale d’un chien , qu'il avoit fournie par une émission naturelle en assez grande quantité , j’observai que cette liqueur étoit claire, et qu’elle n’avoit que peu de ténacité. Je la mis, comme les autres dont je viens de parler , dans un cristal de montre; et l’ayant examinée tout de suite au microscope , sans y mêler de l’eau , je vis {planche 2 , fig. i3) des corps
mouvans presque entièremont semblables à ceux de la liqueur de l’homme : ils avoient des filets ou des queues toutes pareilles ; ils étoieat aussi à peu près de la même grosseur; en un mol, ils ressembloient presque aussi parfaitement qu’il est possible à ceux que j’avois vus dans la liqueur humaine ( planche i , fig. 7) liquéfiée pendant deux ou trois heures. Je cherchai dans cette liqueur du chien les filamens que j’avois vus dans l’autre, mais ce fut inutilement ; j’aperçus seulement quelques filets longuets et très -déliés, entièrement semblables à ceux qui servoient de queue à ces globules ; ces filets ne tenoient point à des globules , et ils ctoient sans mouvement. Les globules en mouvement , et qui avoient des queues , me parurent aller plus vite et se remuer plus vivement que ceux de la liqueur séminale de l’homme ; ils n’avoient presque point de mouvement d’oscillation horizontal , mais tuujours un mouvement de balancement vertical ou de roulis : ces corps mouvans n’étoient pas en fort grand nombre ; et quoique leur mouvement progressif fût plus fort que celui des corps mouvans de la liqueur de l'homme, il n’étoit cependant pas rapide, et il leur falloit un petit temps bien marqué pour traverser le champ du microscope.
J’observai celle liqueur d’abord continuellement pendant trois heures , et je n’y aperçus aucun changement et rien de nouveau ; après quoi je l’observai de temps à autre successivement pendant quatre jours , et je remarquai que le nombre des corps mou- >a:is diminuoit peu à peu. Le quatrième jour il y en avoit encore, mais en très-petit nombre, et souvent je n’en trouvois qu’un ou deux dans une goutte entière de liqueur. I)cs le second jour, le nombre de ceux qui avoient une queue était plus petit que celui de ceux qui n’en avoient plus. Le troisième jour, il y en avoit peu qui eussent des queues; c 'pendant au dernier jour il en restoit encore quelques uns qui en avoient : la liqueur avoit alors déposé au fond un sédiment blanchâtre qui psroissoit être composé de globules sans mouvement, et de plusieurs petits filets qui me parurent être les queues séparées des globules ; il y en avoit aussi d’attachés à des globules, qui paroissoient être les cadavres de ces petits animaux ( planche 2 , fiz. 14 ), mais dont la forme étoit cependant différente de celle que je leur venois devoir lorsqu’ils étoient en mouvement ; car le globule paroissoit plus large et comme entr’ouvert, et ils étoient plus gros que les globules mouvans , et aussi que les globules sans
mouvement qui étoieutau fond, et qui étoient séparés de leurs queues.
DOUZIÈME EXPÉRIENCE
Ayant pris une autre fois de la liqueur séminale du même chien , qu’il avoit fournie de même par une émission naturelle, je revis les premiers phénomènes que je viens de décrire , mais (/?/. 2 , fig. i5) je vis de plus dans une dos gouttes de cette liqueur une partie mucilagineuse qui produisoit des globules mouvans, comme dans l’expérience IX , et ccs globules formoknt un courant , et alloient de front et comme en troupeau. Je m’attachai à observer ce mucilage; il me parut animé intérieurement d’un mouvement de gonflement qui produisoit de petites boursouflures dans différentes parties assez éloignées les unes des autres, et c’étoit de ces parties gonflées qu’on voyoit tout à coup sortir des globules mouvans avec une vitesse à peu près égale , et une même direction de mouvement. Le corps de ces globules n’étoit pas différent de celui des autres ; mais quoiqu’ils sortissent immédiatement du mucilage, ils n’avoient cependant point de queues. J’observai que plusieurs de ces globules changeoient de figure ; ils s’allongeoient considérablement et devenoient longs comme de petits cylindres : après quoi les deux extrémités du cylindre se boursoufloient , et ils se divisoient en deux autres globules, tous deux mouvans, et qui suivoient la même direction que celle qu’ils avoient lorsqu’ils étoient réunis, soit sous la forme de cylindre, soit sous la forme précédente de globule.
TREIZIÈME EXPÉRIENCE
Le petit verre qui contenoit cette liqueur ayant été renversé par accident , je pris une troisième fois de la liqueur du même chien : mais, soit qu’il fût fatigué par des émissions trop réitéi’ées, soit par d’autres causes que j’ignore , la liqueur séminale ne contenoit rien du tout; elle étoit ti’anspai'ente et visqueuse comme la lymphe du sang; et l’ayant observée dans le moment, et une heure, deux heures, trois heures, et jusqu’à vingt-quati’e heures après , elle n’offroit rien de nouveau , sinon beaucoup de gros globules obscurs ; il n’y avoit aucun corps mouvant, aucun mucilage, rien, en un mot, de semblable à ce que j’avois vu les autres fois.
QUATORZIÈME EXPÉRIENCE
Je fis ensuite ouvrir un chien, et je fis
séparer les testicules et les vaisseaux qui y étoient adhérons, pour répéter les mêmes observations; mais je remarquai qu’il n’y avoil point de vésû ules séminales, et apparemment dans ces animaux la semence passe directement des testicules dans l’urètre. Te ne trouvai que très peu de liqueur dans les testicules, quoique le chien fut a Utile et vigoureux , et qu’il ne fut pas encore ntorl dans le temps que l'on cherchoit cette liqueur. J’observai au microscope la petite quantité que je pua ramasser avec le gros bout d’un cure -dent : il n’y avoit point de corps en mouvement semblables à ceux que j’avois vus auparavant ; on y voyoil seulement une grande quantité de très-petits globules, dont la plupart étoient sans mouvement, et dont quelques uns, (pii étoient les plus petits de tous, avoient entre eux dilféreus petits mouvemens d’approximation que je ne pus pas suivre, parce que les gouttes de liqueur que je pomois ramasser étoient si petites, qu’elles se desséeboient deux ou trois minutes après qu'elles a\oieut été mises sur le porte-objet.
QUINZIÈME EXPÉRIENCE
Ayant mis infuser les testicules de ce chien , que j’avois fait couper en deux parties, dans un bocal de verre où il y avoit assez d’eau pour les couvrir, et ayant fermé exactement ce bocal, j’ai observé , t'ois jours après, celte infusion que j’avois fai e dans le dessein de reeonnoitre si la chair ne contient pas des corps en mouvement ; je vis en effet ( planche 2 , fig. 16 ) dans l’eau de cette infusion une grande quantité de corps mou vans de figure globuleuse et ovale, et semblables .à ceux que j’avois vus dans la liqueur séminale du chien , à l’exception qu’aucun de ces corps n’avoit de filets; ils se mouvoient en tous sens, et même avec assez de vitesse. J’observai long -temps ees corps qui paroissoient animés ; j’en vis plusieurs changer de figure sous mes yeux ; j’en vis qui s’allongeoient , d’autres qui se raccoureissoient. d’autres, et cela fréquemment, qui se gonfloient aux deux extrémités; presque tous paroissoient tourner sur leur centre; il y en avoil de plus petits et de plus gros, mais tous étoient en mouvement ; et , à les prendre en totalité, ils étoient de la grosseur et de la figure de ceux que j’ai décrits dans la quatrième expérience.
SEIZIÈME EXPÉRIENCE
Le lendemain, le nombre de ces globules mouvéns étoit encore augmenté; mais je
crus m’apercevoir qu’ils étoient plus petits : leur mouvement étoit aussi plus rapide et encore plus irrégulier; ilsavoient une autre apparence pour la forme et pour l’allure de leur mouvement , qui paroissoit être plus confus. I.e surlendemain et les jours suivans, il y eut toujours des corps en mouvement dans celte eau, jusqu’au vingtième jour ; leur grosseur dimiuuoit tous les jours , et enfin diminua si fort, que je cessai de les apercevoir, uniquement à cause de leur petitesse, car le mouvement n’avoit pas cessé; et les derniers, que j’avois beaucoup de peine à apercevoir aux dix-neuvième et vingtième jours, se mouvoient avec autant et même plus de rapidité que jamais. Il se forma au dessus de l’eau une espèce de pellicule qui ne paroissoit composée que des enveloppes d*j ces corps en mouvement, et dont toute la substance paroissoit être un lacisde tuyaux, de petits filets, de petites écailles, etc., toutes sans aucun mouvement : cette pellicule et ces corps mouvans n’avoient pu venir dans la liqueur par le moyen de l’air extérieur, puisque le bocal avoit toujours été tres-soigueusement bouché.
DIX-SEPTIÈME EXPÉRIENCE
J’ai fait ouvrir successivement, et à différons jours, dix lapins pour observer et examiner avec soin leur liqueur séminale ; le premier n’avoil pas une goutte de celte liqueur, ni dans les testicules ni dans les vésicules séminales; dans le second , je n’en trouvai pas davantage, quoique je me fusse cependant assuré (pie ce second lapin étoit adulte, et qu’il fùl même le père d’une nombreuse famille : je n’en trouvai point encore dans le troisième, qui étoit cependant aussi dans le cas du second. Je m’ima inai qu’il falloit peut-être approcher ces animaux de leur femelle pour exciter et faire naître la semence, et je fis acheter des mâles et des femelles, que l’on mit deux à deux dans des espèces de cages où ils pouv oient se voir et se faire des caresses, mais où il ne leur étoit pas possible de se joindre. Cela ne me réussit pas d’abord ; car on en ouvrit encore deux où je ne trouvai pas plus de liqueur séminale que dans les trois premiers ; cependant le sixième que je lis ouvrir en avoit une grande abonJanee; c’éloit un gros lapin blanc (pii parohsoil fort vigoureux : je lui trouvai dans les vésicules séminales autant de liqueur congelée qu’il en pouvoil tenir dans une petite cuiller à café; cette matière ressembloit à de la gelée de viande, elle étoit d’un jaune citron et presque transparente.
L’ayant examinée au microscope , je vis cette matière épaisse se résoudre leniement et par degrés en filamens et en gros globules , dont plusieurs paroissoient attachés Tes uns aux autres comme des g ains de chapelet ; mais je ne leur remarquai aucun mouvement bien distinct : seulement, comme la matière se liquéiioit, elle formoit une espèce découlant par lequel ces globules et ces filamens paroissoient tous être entraînés du même côté. Je m’atlendois à voir prendre à cette matière un plus grand degré de fluidité : mais cela n’arriva pas; après qu’elle se fut un peu liquéfiée, elle se dessécha , et je ne pus jamais voir autre chose que ce que je viens de dire , en observant cette matière sans addition. Je la mêlai donc avec de l’eau : mais ce fut encore sans succès d’abord ; car l’eau ne la pénélroit pas tout de suite, et sembloit ne pouvoir la délayer.
DIX HUITIÈME EXPÉRIENCE
Ayant fait ouvrir un autre lapin , je n’y trouvai qu’une très - petite quantité de matière séminale, qui étoit d’une couleur et d’une consistance différentes de celle dont je viens de parler; elle étoit à peine colorée de jaune, et plus fluide que celle-là. Comme il n’y en avoit que très-peu, et que je craignois qu’elle ne se desséchât trop promptement , je fus forcé de la mêler avec de l’eau ; des la première observation, je ne vis pas les filamens ni les chapelets que j’avois vus dans l’autre; mais je reconnus surle-champ les gros globules, et je vis de plus qu’ils avoient tous un mouvement de tremblement et comme d’inquiétude : ils avoient aussi un mouvement de progression , mais fort lent ; quelques uns tournoient aussi autour de quelques autres , et la plupart paroissoient tourner sur leur centre. Je ne pus pas suivre cette observation plus loin, parce que je n'avois pas une assez grande quantité de ce le liqueur séminale, qui se dessécha promptement.
DIX-NEUVIÈME EXPÉRIENCE
Ayant fait chercher dans un autre lapin, on n’y trouva rien du tout, quoiqu’il eût été depuis quelques jours aussi voisin de sa femelle que les autres ; mais dans les vésicules séminales d’un autre on trouva presque autant de liqueur congelée que dans celui de l’observation XVII. Cette liqueur congelée, que j’examinai d’abord de la même façon, ne me découvrit rien de plus , en sorte que je pris le parti de mettre infuser toute la quantité que j’en avois pu rassem-
bler dans une quantité presque double d’eau pure; et, après avoir secoué violemment et souvent la petite bouteille où ce mélange, étoit contenu , je le laissai reposer pendant dix minutes , après quoi j’observai cette infusion en prenant toujours à la surface de la liqueur les gouttes que je voulois examiner ; j’y vis les mêmes gros globules dont j’ai parlé, mais en petit nombre et entièrement détachés et séparés, et même fort éloignés les uns des autres : ils avoient différent mouvemens d’approximation les uns à l’égard des autres ; mais ces mouvemens éloient si lents , qu’à peine étoient-ils sensibles. Deux ou trois heures Sprès, il me parut que ces globules avoient diminué de volume, et que leur mouvement étoit devenu plus sensible : ils paroissoient tous tourner sur leurs centres; et quoique leur mouvement de tremblement fût bien plus marqué que celui de progression, cependant on apercevoit clairement qu’ils chaugeoieirt tous de place irrégulièrement les uns par rapport aux autres ; il y en avoir même quelques uns qui tournoient lentement autour des autres. Six ou sept heures après , les globules étoient encore devenus plus petits, et leur action étoit augmentée ; ils me parurent être en beaucoup plus grand nombre, et tous leurs mouvemens étoient sensibles. Le lendemain il y avoit dans cette liqueur une multitude prodigieuse de globules en mouvement, et ils étoient au moins trois fois plus petits qu’ils ne m’avoient paru d’abord. J’observai ces globules tous les jours plusieurs fois pendant huit jours : il me parut qu’il y en avoit plusieurs qui se joignoient et dont le mouvement finissoit après cette union , qui cependant ne paroissoit être qu’une union superficielle et accidentelle; il y en avoit de plus gros, de plus petits; la plupart étoient ronds et sphériques, les autres étoient ovales, d’autres éloient longuets. Les plus gros éloient les plus transparens; les plus petits étoient presque noirs. Cette différence ne provenoit pas des accidens de la lumière ; car , dans quelque plan et dans quelque situation que ces petits globules se trouvassent, ils étoient toujours noirs ; leur mouvement étoit bien plus rapide que celui des gros; et ce que je remarquai le plus clairement et le plus généralement sur tous , ce fut leur diminution de grosseur, en sorte qu’au huitième jour ils étoient si petits que je ne pouvois presque plus les apercevoir, et enfin ils disparurent absolument à mes yeux sans avoir cessé de se mouvoir.
VINGTIÈME EXPÉRIENCE
Enfin, ayant obtenu avec assez de peine de la liqueur séminale d’un autre lapin, telle qu’il la fournit à sa femelle, avec laquelle il ne reste pas plus d’une minute en copulation , je remarquai qu’elle étoit beaucoup plus fluide que celle qui avoit été tirée des vésicules séminales , et les phénomènes qu’elle offrit étoient aussi fort différens; car il y avoit ( planche i ,fig. 17) dans cette liqueur les globules en mouvement dont j’ai parlé et des filamens sans mouvement , et encore des espèces de globules avec des filets ou des queues, et qui ressembloient assez à ceux de l’homme et du chien : seulement ils me parurent plus petits et beaucoup plus agiles ; ils traversoient en un instant le champ du microscope. Leurs filets ou leurs queues me parurent être beaucoup plus courtes que celles de ces autres animaux spermatiques, et j’avoue que, quelque soin que je me sois donné pour les bien examiner , je ne suis pas sur que quelques unes de ces queues ne fussent pas de fausses apparences produites par le sillon que ces globules formoient dans la liqueur, qu’ils traversoient avec trop de rapidité pour pouvoir les bien observer ; car d’ailleurs cette liqueur, quoique assez fluide, se desséchoit promptement.
VINGT-UNIÈME EXPERIENCE
Je voulus ensuite examiner la liqueur séminale du bélier : mais comme je n’étois pas à portée d’avoir de ces animaux vivans, je m’adressai à un boucher, auquel je recommandai de m’apporter sur-le-champ les testicules et les autres parties de la génération des béliers qu’il tueroit; il m’en fournit, à différens jours, au moins de douze ou treize différens béliers , sans qu’il me fût possible de trouver dans les épididymes, non plus que dans les vésicules séminales , assez de liqueur pour pouvoir la bien observer ; dans les petites gouttes que je pouvois ramasser, je ne vis que des globules sans mouvement. Comme je faisois ces observations au mois de mars , je pensois que cette saison n’étoit pas celle du rut des béliers, et qu’en répétant les mêmes observations au mois d’octobre, je pourrois trouver alors la liqueur séminale dans les vaisseaux, et les corps mouvans dans la liqueur. Je fis couper plusieurs testicules en deux dans leur plus grande longueur; et ayant ramassé avec le gros bout d’un cure-dent la petite quantité de liqueur qu’on pouvoit en exprimer, cette
liqueur ne m’offrit , comme celle des épididymes , que des globules de différente grosseur, et qui n’avoient aucun mouvement.
Au reste tous ces testicules étoient fort sains, et tous étoient au moins aussi gros que des œufs de poule.
VINGT-DEUXIÈME EXPÉRIENCE
Je pris trois de ces testicules de trois différens béliers ; je les fis couper chacun en quatre parties ; je mis chacun des testicules ainsi coupés en quatre dans un bocal de verre , avec autant d’eau seulement qu’il en falloit pour les couvrir, et je bouchai exactement les bocaux avec du liègev et du parchemin ; je laissai cette chair infuser ainsi pendant quatre jours; après quoi j’examinai au microscope la liqueur de ces trois infusions; je les trouvai toutes remplies d’une infinité de corps en mouvement, dont la plupart étoient ovales et les autres globuleux : ils étoient assez gros et ils ressembloient à ceux dont j’ai parlé ( expér . VIII); leur mouvement n’étoit pas brusque , ni incertain, ni fort rapide , mais égal , uniforme, et continu dans toutes sortes de directions. Tous ces corps en mouvement étoient à peu près de la même grosseur dans chaque liqueur ; mais ils étoient plus gros dans l’une, un peu moins gros dans l’autre , et plus petits dans la troisième : aucun n’avoit de queue. Il n’y avoit ni filamens ni filets dans cette liqueur, où le mouvement de ces petits corps s’est conservé pendant quinze à seize jours : ils changeoient souvent de figure et sembloient se dévêtir successivement de leur tunique extérieure : ils devenoient aussi tous les jours plus petits, et je ne les perdis de vue au seizième jour que par leur petitesse extrême; car le mouvement subsistoit toujours lorsque je cessai de les apercevoir.
VINGT-TROISIÈME EXPÉRIENCE
Au mois d’octobre suivant, je fis ouvrir un bélier qui étoit en rut, et je trouvai une assez grande quantité de liqueur séminale dans l’un des épididymes : l’ayant examinée sur-le-champ au microscope, j’y vis une multitude innombrable de corps mouvans : ils étoient en si grande quantité, que toute la substance de la liqueur paroissoit en être composée en entier. Comme elle étoit trop épaisse pour pouvoir bien distinguer la forme de ces corps mouvans , je les délayai avec un peu d’eau; mais je fus surpris de voir que l’eau avoit arrêté tout à coup le mouvement de tous ces corps : je les voyois très-
distinctement dans la liqueur ; mais ils étoient tous absolument immobiles. Ayant répété plusieurs fois cette observation, je m’aperçus que l’eau , qui , comme je l’ai dit , délaie très-bien les liqueurs séminales de l’homme , du chien , etc., au lieu de délayer la semence du bélier, sembloit au contraire la coaguler : elle avoit peine à se mêler avec cette liqueur; ce qui me fit conjecturer qu’elle pouvoil être de la nature du suif, que le froid coagule et durcit , et je inc confirmai bientôt dans cette opinion; car ayant fait ouvrir l’autre épididyme, où je comptois trouver de la liqueur, je n’y trouvai qu’une matière coagulée, épaissie et opaque : le peu de temps pendant lequel ces parties avoient été exposées à l’ail* avoit suffi pour refroidir et coaguler la liqueur séminale qu’elles coutenoient.
VINGT-QUATRIÈME EXPÉRIENCE
Je fis donc ouvrir un autre bélier; et pour empêcher la liqueur séminale de se refroidir et de se figer , je laissai les parties de la génération dans le corps de l’animal que l’on couvrait avec des linges chauds. Avec ces précautions il me fut aisé d’observer un très-grand nombre de fois la liqueur séminale dans son état de fluidité; elle étoit remplie d’un nombre infini de corps en mouvement ( planche i , fig. 18) : ils étoient tous oblongs , et ils se remuoient en tous sens : mais dès que la goutte de liqueur qui étoit sur le porte-objet du microscope étoit refroidie, le mouvement de tous ces corps cessoit dans un instant, de sorte que je ne pouvois les observer que pendant une minute ou deux. J’essayai de délayer la liqueur avec de IVau chaude : le mouvement des petits corps dura quelque temps de plus , c’est-à- Jire trois ou quatre minutes. La quantité de ces corps mouvans étoit si grande dans (elle liqueur, quoique délayée, qu’ils se ouehoient presque tous les uns les autres; ils étoient tous de la même grosseur et de la même figure; aucun n’avoit de queue ; et leur mouvement n’étoit pas fort rapide; et lorsque par la coagulation de la liqueur ils venoient à s’arrêter , ils ne ehangeoient pas de forme.
VINGT-CINQUIÈME EXPÉRIENCE
Comme j’étois persuadé, non seulement par ma théorie, mais aussi par l’examen que j’avois fait des observations et des découvertes de tous ceux qui avoient travaillé avec moi sur cette matière , que la femelle a , aussi bien que le mâle , une liqueur sé-
minale et vraiment prolifique , et que je ne doulois pas que le réservoir de cette liqueur ne fut la cavité du corps glanduleux du testicule , où les anatomistes prévenus de leur système avoient voulu trouver l’œuf, je fis acheter plusieurs chiens et plusieurs chiennes, et quelques lapins mâles et femelles, que je fis garder et nourrir tous séparément les uns des autres. Je parlai à un boucher pour avoir les portières de toutes les vaches et de toutes les brebis qu’il tueroit ; je l’engageai à me les apporter dans le moment même que la bête viendrait d’expirer; je m’assurai d’un chirurgien pour faire les dissections nécessaires ; et alin d’avoir un objet de comparaison pour la liqueur de la femelle, je commençai par observer de nouveau la liqueur séminale d’un chien , qu’il avoit fournie par une émission naturelle; j’y trouvai {planche 2, fig. 19) les mêmes corps en mouvement que j’y avois observés auparavant ; ces corps trainoient après eux des filets qui ressembloient à des queues dont ils avoient peine à se débarrasser ; ceux dont les queues étoient les plus courtes se mouvoient avec plus d’agilité que les autres; ils avoient tous , plus ou moins , un mouvement de balancement vertical ou de roulis ; et en général leur mouvement progressif, quoique fort sensible et très-marqué, n’étoit pas d’une grande rapidité.
VINGT-SIXIÈME EXPÉRIENCE
Pendant que j’étois occupé à cette observation , l’on disséquoit une chienne vivante qui étoit en chaleur depuis quatre ou cinq jours , et que le mâle n’avoit pas approchée. On trouva aisément les testicules qui sont aux extrémités des cornes de la matrice ; ils étoient à peu près gros comme des avelines. Ayant examiné l’un de ces testicules , j’y trouvai un corps glanduleux, rouge, proéminent, et gros comme un pois; ce corps glanduleux ressembloit parfaitement à un petit mamelon, et il y avoit au dehors de ce corps glanduleux une fente très-visible , qui étoit formée par deux lèvres dont l’une avançoit en dehors un peu plus que l’autre. Ayant entr’ouvert cette fente avec un stylet nous en vîmes dégoutter de la liqueur que nous recueillîmes pour la porter au microscope , après avoir recommandé au chirurgien de remettre les testicules dans le corps de d’animal qui étoit encore vivant, afin de les tenir chaudement. J’examinai donc celle liqueur au microscope, et du premier coup d’œil j’eus la satisfaction d’y voir {planche 2, fig. 20) des corps mouvans avec des queues,
qui étoient presque absolument semblables à ceux que je venois de voir dans la liqueur séminale du chien. MM. Needham et Dauhenton, qui observèrent après moi, furent si surpris de cette ressemblance, qu’ils ne pouvoient se persuader que ces animaux spermatiques ne fussent pas ceux du chien que nous venions d’observer; ils crurent que j’avois oublié de changer de porte-objet, et qu’il avoit pu rester de la liqueur du chien, ou bien nue le cure-dent avec lequel nous avions ramassé plusieurs gouttes de cette liqueur de la chienne pouvoit avoir servi auparavant à celle du chien. M. Needham prit donc lui-mème un antre porte-objet , un autre cure-dent , et ayant été chercher de la liqueur dans la fente du corps glanduleux, il l’examina le premier et y revit les mêmes animaux , les mêmes corps en mouvement, el il se convainquit avec moi, non seulement de l’existence de ces animaux spermatiques dans la liqueur séminale de la femelle, mais encore de leur ressemblance avec ceux de la liqueur séminale du mâle. Nous revîmes au moins dix fois de suite, et sur différentes gouttes, les mêmes phénomènes; car il y avoit une assez bonne quantité de liqueur séminale dans ce corps glanduleux dont la fente pénétroit dans une cavité profonde de près de trois lignes.
VINGT- SEPTIÈME EXPÉRIENCE
Ayant ensuite examiné l’autre testicule j’y trouvai un corps glanduleux dans son état d’accroissement ; mais ce corps n’étoit pas mur ; il n’y avoit point de fente à l’extérieur; il étoit bien plus petit el bien moins rouge que le premier; et l’ayant ouvert avec un scalpel , je n’y trouvai aucune liqueur : il y avoit seulement une espèce de petit pli dans l’intérieur, que je jugeai être l’origine de la cavité qui doit contenir la liqueur. Ce second testicule avoit quelques vésicules lymphatiques très-visibles à l’extérieur; je perçai l’une de ces vésicules avec une lancette, et il en jaillit une liqueur claire et limpide que j’observai de suite au microscope ; elle ne contenoit rien de semblable à celle du corps glanduleux ; c’étoit une matière claire, composée de très-petits globules qui étoient sans aucun mouvement. Ayant répété souvent cette observation , comme on le verra dans la suite, je m’assurai que cette liqueur que renferment les vésicules n’est qu’une espèce de lymphe qui ne contient rien d’animé, rien de semblable à ce que l’on voit dans la semence de la femelle, qui se forme
et qui se perfectionne dans le corps glanduleux.
VINGT-HUITIÈME EXPERIENCE
Quinze jours après je fis ouvrir une autre chienne qui étoit en chaleur depuis sept ou huit jours, et qui n’avoit pas été approchée par le mâle ; je fis chercher les testicules ; ils sont contigus aux extrémités des cornes delà matrice. Ces cornes sont fort longues; leur tunique extérieure enveloppe les testicules, et ils paroissent recouverts de celte membrane-comme d’un capuchon. Je trouvai sur chaque testicule un corps glanduleux en pleine maturité : le premier que j’examinai étoit entrouvert, et il avoit un conduit ou canal qui pénétroit dans le testicule, et qui étoit rempli de la liqueur séminale; le second étoit un peu plus proéminent et plus gros, et la fente ou le canal qui contenoit la liqueur étoit au dessous du mamelon qui sortoit au dehors. Je pris de ces deux liqueurs; et les ayant comparées, je les trouvai îout-à-fait semblables. Cette liqueur séminale de la h nielle est au moins aussi liquide que celle du mâle. Ayant ensuite examiné au microscope ces deux liqueurs tirées des deux testicules , j’y trouvai ( planche 2 , fig. 2r) les mêmes corps en mouvement; je revis à loisir les mêmes phénomènes que j’avois vus auparavant dans la liqueur séminale de l’autre chienne ; je vis de plus plusieurs globules qui se remuoient très-vivement, qui lâchoient de se dégager du mucilage qui les environnent, et qui emportoient après eux des filets ou des queues; il y en avoit une aussi grande quantité que dans la semence du mâle.
VINGT-NEUVIÈME EXPERIENCE
J’exprimai de ces deux corps glanduleux toute la liqueur qu’ils contenoient ; el l’ayant rassemblée el mise dans un petit cristal de montre, il y en eut une quantité suffisante pour suivre ces observations pendant quatre ou cinq heures : je remarquai qu’elle faisoit un petit dépôt au bas, ou du moins que la liqueur s’y épaississoit un peu. Je pris une goutte de cette liqueur plus épaisse que l’autre; et fayant mise au microscope , je reconnus ( planche 2 ,Jig. 22) que la partie mucilagineuse de la semence s’étoit condensée, et qu’elle formoit comme un tissu continu. Au bord extérieur de ce tissu , et dans une étendue assez considérable de sa circonférence , il y avoit un torrent ou un courant qui paroissoit composé de globules qui couloient avec rapidité : ces globules
avoient des mouvemens propres; ils étoient même Irès-vifs, très actifs, et ils paroissoirnt être absolument dégagés de leur enveloppe murilagineiise et de leurs queues. Ceci ressembloit si bien au cours du sang lorsqu’on l’observe dans les petites veines transparentes , que, quoique la rapidité de ce courant de globules de la se uen< e fut plus grande, et que de plus ces globules eussent des mmivemeus propres et particuliers, je fus frappé de cette ressemblance; car ils paroissoient non seulement être animés par leurs propres forces, mais encore être poussé.-' par une force commune, et comme contraints de se suivre en troupeau. Je conclus de cette observation, et de la neuvième et douzième, que quand le fluide commence à se coaguler ou à s’épaissir, soit par le dessèchement ou par quelques autres causes, ces globules actifs rompent et déchirent les enveloppes mu< ilagineuses dans lesquelles ils sont contenus , et qu’ils s’échappent du côté où h liqueur est demeurée plus fluide. Ces corps mouvans n’avoient alors ni fil ts ni rien de semblable à des queues : ils étoient pour la plupart ovales , et paroissoient un peu aplatis par dessous; car ils n’avoient aucun mouvement de roulis, du moins qui fût sensible.
TRENTIÈME EXPERIENCE
Les cornes de la matrice étoient , à l'extérieur, mollasses, et elles ne paroissoient pas être remplies d’aucune liqueur. Je les fis ouvrir longitudinalement, et je n’y trouvai qu’une très-petite quantité de liqueur; il y en a voit cependant assez pour qu’on pût la ramasser avec un cure-dent. J’observai cette ligueur au microscope : c’étoit la même que celle que j’avois exprimée des corps glanduleux du testicule; car elle éloit pleine de globules actifs qui se mouvoient de la même façon, et qui étoient absolument semblables en tout à ceux que j’avois observés dans la liqueur tirée immédiatement du corps glanduleux : aussi ces corps glanduleux sont posés de façon qu’ils versent aisément cette liqueur sur les cornes de la matrice, et je suis persuadé «pie, tant que la chaleur des chiennes dure, et peut-être encore quelque temps après, il y a une stillation Ou un dégoutteinent continuel de cette liqueur, qui tombe du corps glanduleux dans les cornes de la matrice, et que cette stillation dure jusqu’à ce que le corps glanduleux ait épuisé les vésicules du testicule auxquelles il correspond; alors il s’affaisse peu à peu, il s’elfaee, et il ne laisse qu’une petite cica-
trice rougeâtre qu’on voit à l’extérieur du testicule.