‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 100 sur 124 · CHAPITRE XUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUX

Conttrqetioii de la 4« phase civilisé* et de non ambigu en garantisse.

C'est ici la section des délassements scientifiques : on y traitera, entr'autres sujets amusants, celui de la chute prochaine du colosse nommé commerce. Quiconque n'est pas banquier ou marchand, se réjouit à cette idée : comment s'y prendrait-on pour écraser cet hydre qui épouvante les rois et les oblige à fléchir ? H est plaisant de penser qu'une petite opération qui ne coûtera qu'un décret, peut mettre les gouvernements en possession du commerce, de la banque et de bénéfices plus énormes que n'en savent faire ces deux vampires qui se consument en frais parasites. Cette réforme aurait lieu, lors même qu'on tarderait à organiser l'harmonie,

L'occupation pourrait s'effectuer de deux manières, l'une par méthode brusque et coërcitive, d'où naîtrait la 4e phase de civilisation ; l'autre par méthode concurrente et séduisante, d'où naîtraient l'ambigu et la première phase de garantisme.

On va dire qu'il n'y a pas à hésiter sur l'alternative, et que la 2e méthode est bien préiérable : cela n'importe. On préférera ce qu'on voudra; mais je suis obligé de décrire toutes les chances d'option, vicieuses ou non, et de commencer par le moindre progrès, celui de mode violenté, qui ne conduirait qu'en 4e phase de '

civilisation ; ensuite j'indiquerai le mode concurrent, qui est ingénieux, facile et lucratif, et qui conduirait bien plus haut que la civilisation. Toutefois je dois faire connaître l'échelle des progrès possibles, des périodes et phases intermédiaires entre la civilisation et l'harmonie ; c'est le sujet de cette XIII notice.

Venez, subtils athlètes des bourses de Paris, Londres et Amsterdam ; ce ne sont pas des éloges, mais des huées que vous allez recueuillirl Venez, Lilliputiens en pillage, financiers, gens d'affaires et grapilleurs de minuties, qui vous arrêtez à des millions, là où il y a des milliards à griveler. Votre talent se borne à dévorer le présent et l'avenir du revenu ; si vous étiez moins pygmées en brigandage, vous auriez su attaquer le fonds et non le revenu. Voilà, petites gens, ce que vous n'avez pas su faire : vous êtes dignes de votre siècle; vous êtes médiocres dans le crime, comme il l'est en génie politique; vous n'avez su qu'escarmoucher en rapine fiscale, sans oser concevoir le plan de bataille décisive, d'enlèvement du fond.

Les empires modernes succombent sous le poids des dettes publiques toujours croissantes : ils marchent tous à la banqueroute dont l'Espagne donne le signal ; il ne sera que trop fidèlement compris. Il faut donc, lors même qu'on ignorerait le moyen de s'élever à l'harmonie sociétaire, découvrir des ressources nouvelles pour subvenir aux dépenses croissantes de la civilisation. Quelques sophistes disent : il faut monétiser le territoire ; mais il faut que le gouvernement le possède, au moins en partie, avant de le monétiser. On va voir que lorsqu'il en possédera seulement un tiers, il n'aura pas besoin de monétiser les deux autres.

Au fait : Je suppose un roi qui serait ennuyé de la stérilité des philosophes, et qui se dirait : voyons si avec le secours du sens commun je saurai atteindre aux divers biens d'où nous éloignent les controverses philosophiques, prévenir l'indigence, éteindre les dettes publiques, réprimer la banqueroute et l'agiotage, établir la vérité dans le commerce à la place du mensonge 1

Supposons que ce roi, sans être doué de génie inventif, eût seulement une volonté forte comme le tigre Mahmoud, et qu'il se résolût à tenter des essais ; d'abord celui des méthodes coè'rcitives à défaut de vraie science : on va voir que ce parti désespéré conduirait déjà au 'but.

Selon ce plan, il opinerait à forcer les réunions économiques.

rasssembler toute la classe pauvre, toutes les familles sans moyens, dans des fermes fiscales où on leur procurerait a peu de frais des occupations gaies et très-productives, aux jardins, auxétables, et à des fabriques variées à choix. On pourrait créer ces fermes en proportion de un dixième de la population rurale , car dans les campagnes, sur mille familles il y en a cent et plus qui n'ont pas de quoi subsister. On fonderait lesdites fermes en nombre de une par 400 familles, afin de pouvoir réunir dans chacune, au moins 40 familles, formant 200 personnes. C'est le nombre nécessaire pour atteindre 3 buts : subsistance bonne et économique, travaux variés et lucratifs, gestion peu coûteuse.

On forcerait la classe indigente à s'incorporer à ces fermes fiscales. Il faut, comme on l'a vu lors des jantes larges, forcer le peuple civilisé à faire le bien, après quoi il remercie ceux qui l'ont contraint. D'ailleurs les fermes portées à 40 familles seraient des séjours agréables, sauf la variété des travaux et l'option pour les variantes en divers genres, aux jardins, aux étables, à la grande culture, aux fabriques.

On rendrait ces fermes lucratives, en s'emparant de la fonction la plus profitable, celle du commerce dont chaque ferme réunirait les divers détails, banque, prêt sur gage, commission, entrepôt, vente, achat: le gouvernement exerce au Mont-de-piété la plus ignoble de ces fonctions, pourquoi hésiterait-il à exercer les autres qu'on croit plus distinguées ?

J'ai dit (386) que les 2 germes à développer pour élever la civilisation en 4e phase, sont les Monts-de-pieté et les maîtrises. J'ai indiqué l'emploi de l'un des deux, il' reste à parler des maîtrises.

Il est ridicule et vexatoire de décider qu'il n'y aura que tant de gens exerçant telle* profession, tel nombre de cordonniers, tel nombre de courtiers, tel nombre de bouchers, etc. : ce nombre doit varier selon les temps et les chances de travail. La maîtrise ne doit jamais être limitée en nombre, ni exclusive ; il faut seulement, par une patente croissante, en éliminer tout le superflu numérique et tous ceux qui ne présenteraient pas des ressources pour coopérer à la solidarité qui doit être le but du gouvernement. Elle doit s'appliquer aux classes passibles de banqueroute, aux marchands et fabricants : si telle patente est de 400 fr. en 4829, il faut l'élever progressivement à 200 fr. en 4830, 300 en 4834, 400 en 4832, etc., et ainsi du cautionnement.

Mais ce sera expulser tous les plus pauvres que cette patente

430 SECTION Vil. — SYNTHÈSE GÉNÉRALE DU MOUVEMENT.

écraserait ! Tel en est le but: qu'ils retournent à la culture, où il y aura place dans les fermes fiscales dont ils deviendront actionnaires, et peut-être employés. S'ils n'ont point de capitaux, ils doivent quitter le commerce où ils tomberaient en banqueroute au moindre choc, à la moindre stagnation. S'ils ont des capitaux, ils continueront leur trafic, parce que la patente croissante, en élaguant le grand nombre, augmentera les ventes du petit nombre à qui cette amorce sera nécessaire pour l'amener à souscrire aux Solidarités. Tant que le corps social confie à des marchands son revenu annuel, son capital même, il doit exiger d'eux une garantie solidaire. Les Parisiens voulurent appliquer cette règle aux agents de change lors de la banqueroute Sandmé, où ils furent étrillés ; mais le commerce est trop puissant pour se soumettre à des lois répressives ; c'est un valet qui tient le maître enchaîné.

Qu'on demande à présent les détails d'organisation de ces établissements de maîtrise solidaire et fermes fiscales, le mode d'admission et participation des actionnaires coïntéressés avec le fisc* et toutes les minuties relatives à cette régie ; je ne peux pas dans une section d'argument, descendre à ces particularités; je me borne à poser les bases de l'opération : elle roule, comme on le voit, sgr deux germes qui ne sont pas d'imaginative ; ce ne sont pas des ressorts de faiseurs de système, car il y a bien long-temps que nous les voyons en usage sans entrevoir les développement» dont il3 sont susceptibles. Observons à ce sujet que les gouverne-* ments étant sous la griffe du commerce, ils devraient tenter quelque moyen de résistance ; le plus naturel est de s'en emparer par concurrence.

Archimède disait : qu'on me donne un point d'appui et je soulèverai Funivers. Il en est de même dans cette affaire : ayez un point d'appui et vous opérerez contre le commerce qui ne pourra pas tenir un instant , parce qu'il n'a ni unité d'action, ni concours de l'opinion qui déteste ses fourberies. Le point d'appui pour le gouvernement se composera des fermes fiscales ou fermes d'asile dans les campagnes, et des maîtrises réduites dans les villes où on les subordonnera par la solidarité et les cautionne* ments croissants.

J'indiquerai plus loin le mode d'envahissement du commeroe. Observons ici qu'il y va de l'honneur des gouvernements; ils son* sous la férule, sous le couteau des agioteurs; une manœuvre d'agiotage, une famine factice renversa Bonaparte, en faisant

NOTICE XIII. — CUAMTM L. 434

avorter la campagne de Russie par un délai qui donna des soupçons aux Turcs, et les détermina à signer la paix. Les agioteurs auraient contrecarré de même tout autre souverain.

D'autre part les monarques, pressés par les dettes et par l'imminence de banqueroute, doivent aviser à grossir leur revenu. On ne peut prendre que sur le commerce qui accumule tant de millions, tout en plaignant sa misère. La partie lucrative du commerce est l'usure : on remarquait en 1800, que les Juifs, dans les 4 départements Cis-Rhénans (Mayence, Trêves, Cologne, Coblence), avaient envahi en dix ans, par l'usure, un quart des propriétés. Il faut que le gouvernement s'empare de cette branche et des autres, par entremise des fermes fiscales, Il acquerra bientôt un tiers des propriétés, tout en ménageant les emprunteurs. U aura donc en France un domaine de deux milliards de rente, dont un pour les actionnaires et agents, et un pour lui, indépendamment des impôts courants) il aura de plus une influence par 80,000 fonctionnaires à sa nomination dans les fermes fiscales ; il perdra à la vérité quelques produits en patentes et autres genres , mais cette réduction sera plus que compensée par l'accroissement de l'agriculture , et par le retour de 500,000 agents mercantiles au travail productif. (Je ne parle ici que de la France.) Voilà des opérations grandioses à substituer aux pauvretés qu'on nomme ptanê de financée, dont on peut dire : beati pauperes sptritu, puisque les pauvres d'esprit, les gens dénués d'esprit inventif, gagnent des renommées et des sinécures à ces pitoyables conceptions nommées plans de finance , livrant l'état aux usuriers , au lieu de livrer future à Fêtai.

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