MINEURS
{ Groupe d'amitié Cercle.
I ld. d'ambition , lien corporatif. Hyperbole,
f Groupe d'amour Ellipse.
\ ld. de paternité ou de famille. Parabole.
Tous les groupes formés passionnément et librement se rapportent à l'un de ces quatre genres.
Dès qu'un groupe devient nombreux , il se subdivise en sousgroupes formant une série de partis échelonnés en nuances d'opinions et de goûts. On voit la série se former, même dans un petit groupe de sept personnes; après quelques jours d'exercice, il présentera trois nuances ou partis, classés par deux, trois, deux sectaires, et si le groupe s'élève à une vingtaine d'individus, il s'y manifestera bien vite cinq, six, sept nuances d'opinions et de goûta.
De là il est évident que tous les groupes tendent à former la série , ou échelle de variétés en genre , en espèce ; et que les séries de groupes sont deuxième but de l'attraction, dans toutes les fonctions des sens et de l'âme.
Par exemple, le sens de l'ouïe exige, en accords musicaux, une série de trois groupes, modulant en dessus, médium et basse; puis une série d'instruments tenus par des groupes inégaux en nombre. Il en est de même de tous les plaisirs sensuels ; aucun n'est complet s'il n'est distribué en série de groupes. Il y a mes»quinerie et pauvreté partout où il n'y a pas série dans l'exercice des plaisirs ou des travaux, et option sur les échelons de la série.
Il faut que le Créateur ait jugé les groupes et les séries bien nécessaires , puisqu'il a adopté cette distribution dans tous le*
règnes : les naturalistes ne peuvent les classer que par groupes et séries ; que n'a-t-on fait sur ce sujet quelques essais appliqués aux passions.
3e But : la mécanique des passions ou des séries de groupes ; la tendance à faire concorder les cinq ressorts sensuels, 4 goût, ' 2 tact, 3 vue, 4 ouïe, 5 odorat, avec les quatre ressorts affectueux, 6 amitié, 7 ambition, 8 amour, 9 paternité. Cet accord s'établit par entremise de trois passions peu connues et diffamées , que jenommerai, 40 la Caba liste, 44 la Papillonne, 42 la Composite.
Elles doivent établir l'harmonie des passions, en jeu interne et externe.
Jeu interne : Chacun voudrait ménager, dans le jeu de ses passions, un équilibre tel que l'essor de chacune favorisât celui de toutes les autres ; que l'ambition, l'amour n'entraînassent qu'à des liaisons utiles, et jamais aux duperies; que la gourmandise concourût à améliorer la santé, au lieu de la compromettre; enfin, qu'on marchât toujours dans les voies de la fortune et de la santé , en se livrant aveuglément à ses passions. Cet équilibre, fondé sur l'abandon irréfléchi à la nature, est accordé aux animaux et refusé à l'homme civilisé, barbare et sauvage. La passion conduit l'animal à son bien, et l'homme à sa perte.
Aussi l'homme, dans l'état actuel, est-il en état de guerre avec lui-même. Ses passions s'entrechoquent; l'ambition contrario l'amour, la paternité contrarie l'amitié, et ainsi de chacune des » douze.
De là naît la science nommée morale, qui prétend les réprimer; mais réprimer n'est pas mécaniser, harmoniser; le but est d'arriver au mécanisme spontané des passions, sans en réprimer* aucune. Dieu serait absurde, s'il eût donné à notre âme des ressorts inutiles ou nuisibles, (f'oyez II, 304 , la Ihèse des attractions proportionnelles aux destinées.)
Jeu externe : Pour le régulariser, il faudrait que chaque individu, en ne suivant que son intérêt personnel, servit constamment les intérêts de la masse. Le contraire a lieu : le mécanisme civilisé est une guerre de chaque individu contre la masse, un régime où chacun trouve son intérêt à duper le public (34) ; c'est la discorde externe des passions ; il s'agit d'arriver à leur harmonie interne et externe, troisième but de l'attraction.
Pour y atteindre, chacun a recours à la contrainte, et impose à ses inférieurs des lois de 8a façon, qu'il appelle saines doc-
"60 SECTION I. — ANALYSE DE l/ATTRACTION PASSIONNÉE.
trlnes. Le père de famille assujétit sa femme et ses enfants à un régime qu'il dit être la sagesse. Le seigneur fait adopter ses saines doctrines dans le canton où il domine; le magistrat, le ministre, opèrent de même sur le pays qu'ils régissent. Une petite maltresse veut régénérer toutes les toilettes par de saines doctrines sur le bon genre ; un philosophe veut régénérer toutes les constitutions , un écolier veut , à coups de poing, faire observer ses saines doctrines dans les jeux enfantins.
Chacun veut donc mettre les passions de la masse en harmonie coopérative avec les siennes ; ainsi chacun tend à la mécanique externe des passions, et se persuade qu'il fait le bonheur de ceux qu'il assujétit à ses caprices. Chacun désire de même le mécanisme interne, qui mettrait ses passions en harmonie avec ellesmêmes. Il suit de là que le troisième but de l'attraction est le mécanisme interne et externe des passions.
Ce mécanisme doit être dirigé par les trois passions numérotées 4 0 , 4 4 , 42 , et qu'on peut nommer distributives ou mécanisantes. Je leur donne à chacune trois noms spéciaux, afin de laisser l'option aux lecteurs pointilleux.
40e LaCabaliste , intrigante, dissidente.
4 4 e La Papillonne, alternante, contrastante.
42e La Composite, exaltante, engrenante.
Je définirai plus loin ces trois passions très-méconnues. Ce sont elles qui gouvernent le jeu ues Séries passionnées ; toute série est faussée , quand elle ne donne pas un libre cours aux trois passions mécanisantes.
Elles sont titrées de vices en civilisation : les philosophes prétendent que la 40e, l'esprit cabalistique, est un mal, qu'on doit être tous unis d'opinion, tous frères. Ils condamnent de même la 44 e, dite Papillonne, besoin xle varier ses jouissances, de voltiger de plaisirs en plaisirs; et la 42e, dite Composite, besoin de goûter à la fois deux plaisirs, dont l'amalgame élève l'ivresse au degré d'exaltation.
Ces trois passions titrées de vices, quoique chacun en soit idolâtre, sont réellement des sources de vice en civilisation, où elles ne peuvent opérer que sur des familles et des corporations; Dieu les a créées pour opérer sur des Séries de groupes contrastés; elles ne tendent qu'à former cet ordre , et ne peuvent produire que le mal, si on les applique à un ordre différent.
Biles sont les principales des douze passions radicales, elle»
NOTICE I. — - CHÀPITBH I. 51
•ont la direction des neuf autres : c'est de leur intervention combinée que naît la vraie sagesse , ou équilibre des passions, par contre-poids de plaisirs.
Le» douze passions ont pour but l'unité d'action.
Le besoin d'unité, que je nommerai Unitéisme, se manifeste fortement chez les conquérants et les philosophes.
Les conquérants rêvent l'unité forcée par terreur et asservisse ment universel : ils l'établissent partiellement; c'est l'unité inverse, violentée.
Les philosophes rêvent l'unité directe et spontanée , la philantropie universelle, ou fraternité de tous les peuples, fédération imaginaire.
Ainsi chacun rêve l'unité à sa manière, soit pour l'ensemble, soit pour les détails. Chaque nation voudrait que son langage fût parlé par toute la terre. Les civilisés ont, plus que les barbares, le goût de l'unité, car ils voudraient que les quarantaines sanitaires fussent universelles : ils sont donc très-enclins à la passion pivotale, que je nomme uniteiske et qui est aux douze autres ce que le blanc est aux couleurs du prisme.
L'ordre sociétaire va réaliser subitement toutes les unités imaginables, soit en utilité, comme celles de quarantaines, langage, méridien ; soit en agrément, comme celles de diapason et autres bagatelles. De là naîtra, entre autres avantages, l'extirpation des maladies accidentelles, pestes, épidémies, virus variolique, psorique, syphilitique, et autres virus non endémiques.
Au résumé, l'attraction tend à trois buts ou foyers.
Elle nous y pousse par douze aiguillons ou passions radicales , cinq sensuelles, quatre affectueuses, trois mécanisantes.
Apprenons , dès ce premier chapitre, à distinguer l'attraction du devoir ; par exemple : aucun législateur n'a érigé le dîné en devoir, parce que le dîné étàiit vœu de la nature, ou attraction» ne sera jamais négligé.
N'admettons pour attraction que ce naturel invariable, comme le penchant à prendre ses repas, en dépit des dogmes et devoirs qui le défendraient. Toute théorie de devoir, de morale et de chaîne intellectuelle, ne conduirait qu'à s'abuser sur les ressorts et les fins de l'attraction.