‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 64 sur 124 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

De l'accord Intentionnel par les Jouissances matérielles

La 4r« voie d'accord en association est l'enrichissement; aussi voitr-on, dans toute compagnie de commerce, les associés se brouiller, se séparer quand l'entreprise ne donne pas de bénéfice. L'accord intentionnel ne pourra donc régner dans la phalange, qu'autant que chacun y verra, dans sa fortune et ses jouissances, un accroissement colossal, un revenu quadruple en effectif, trentuple et quarantuple en relatif. Démontrons cette propriété du régime sociétaire, déjà expliquée (Préf. Art. II). le ne l'envisage ici qu'en parallèle de l'effectif au relatif.

Une famille vivant dans les bonnes provinces de France, Touraine, Anjou, est, quant à la vie animale, dix fois plus riche que si elle vivait à Londres. Elle aura dans les campagnes \ >isines de

Tours et Saumur des fruits et des vins au 40* de ce qu'elle les paierait dans Londres ; aussi voit-on beaucoup de familles anglaises habiter en Touraine, pour y faire des épargnes tout en vivant splendidement. Il est donc des circonstances qui peuvent élever certaines branches de richesse au décuple relatif, sans qu'on ait rien ajouté à la fortune effective ; et si à ces moyens se joint un quadruplement du revenu effectif, il élèvera la richesse au quarantuple relatif, puisqu'on aura quatre fois plus de facultés pécuniaires pour se procurer un bien-être décuple.

La richesse relative en régime sociétaire peut, dans diverses branches, s'élever à un degré incalculable, même au centuple, en la combinant avec le quadruplement du revenu réel ; en voici deux exemples tirés des plus somptueux et des plus minimes objets de luxe.

Transport. Il en coûte à Paris 6000 f. par an à tout ménage qui veut rouler carosse, avoir seulement 3 voitures, une de ville, une de campagne et un cabriolet, entretenir les valets, renouveler les chevaux et équipages. Cette famille pourra en harmonie, moyennant 600 f. par an, jouir désabonnement aux voitures de tous degrés même de gala, et aux chevaux de selle.

Cette richesse décuple, quant aux frais du matériel, devient vingtuple si Ton porte en compte les avantages d'option sur un assortiment de voitures nombreuses de toute espèce, la dispense de débattre avec des marchands et ouvriers trompeurs, la dispense de laquais , de leurs voleries et intrigues , de leur espionnage et autres ennuis de surveillance qui font dire, avec raison, que la valetaille est le fléau des grands.

En fait de transport, les voitures et chevaux ne sont pas la seule voie sur laquelle il y ait des jouissances à désirer ; souvent les voitures ne sont qu'un pis-aller ennuyeux, comme dans Paris et Londres, où la voiture n'est guère que plaisir négatif, moyen d'échapper aux boues, aux intempéries et aux longues- courses; puis aux embarras de la campagne parisienne, où la classe riche est emprisonnée dans ses châteaux par les mauvaises rôtîtes et les pavés fatigants, bordés de 2 baies de fange dégoûtante. Les routes des environs de Paris sont le supplice du promeneur et du chasseur : cloaques de boue pendant sept mois d'hiver, océan de poussière pendant 5 mois de belle saison, quelquefois dès le mois de mars, comme en 4825.

Le contraire a lieu en association, où Ton ménage au transport

«Il J te ) an ]

8"M section rv . *+ wàcjaumm -m «Aine* jb* **a attraction.

des chemins à varia****, ftyamt/troWoiis fi titorjojs, tTOttpirs ? y.a> fana* légère*, tepttefcs À pifrws, trvt<Uw> à jcbei#ux et tètaea,, vejes ouvragées, sentiers «rrpsés, efc. Sur cattè V hrajQGbMs transport, comme sur les deux précédentes, le bien-être sera «an moins décuple du nôtre : ûou$ vpilà déjà au trentuple de joujssajage comparative mr Je transport

Une quatrième branche de diarme e&t celle des commun^ tio»s cqi|v«t tes datis tovt l'intérieur des logeants, étabjes, magasins el ateliers-, le plaisir d'aller au* séances de travail, à )!£glj$e, en visite, aux réunions de spectacle, bal, etc., sans s'apercevoir s'il fait chaud ou froid,- sans opurij: ,awro risque 4e rhjwnes ni fluxion pu sortir d'un bal, d'où l'on d'en va chez soi par de$ .couloirs étouffés. 8i l'on s'en retourne 4 une feue de là, on monte en voiture dans un porche chauffé, où les animaux paj> tagent le bienrêti*e<çles, hommes. Je ne dirai pas qu'en ce genre de jouissance le bien-être des harmoniens soit décuple du nôtre, car H n'en existe point pour nous. Les déplacements sont presque • toujours géaaats, sauvent dangereux, même pour un roi : car le roi .de France n'a pas de porche «ouvert et chauffé; il faut, pour monter en carossie, <|u'il reçoive la neige et la bise. On voit des femmes gagner une fluxion de poitrine au sortir du bal ; un particulier, dans une matinée employée aux visites, aux affaires, est obligé de monter en voiture vingt fois, monter et descendre sans cesse des escajiers. L'on n'appréciera les embarras de ce genre do vie, que lorsqu'on pourra faire le parallèle du charge des communications couvertes, et se convaincre qu'en édifice» comme en toutes choses, la distribution civilisée est le mondç à rebours.

En ajcwtan* ce bien-être, «jstàné vingtupje, au .tnentuple àtfà éuaméré, nous trouvons la aûawae 4e jouissance portée au cinquentupie dans la partie dep transports et déplacements ; et comme on aura, pour jouir de ae Waa^étre, un quadrupla revenu, U ■ somma d'améliocaiioa, «* «arultjpliaat le qpa4ri*pje affectif par le cinquantuple lalatif, s'élèv^a a« émv 6ei*U(f>l* ; «tet $f a queraecroisseaentdebienréipe an tarwnje $4 i*£alcuW4e. Continuons sur le «atâijel ; je passe*!**: menus <Waii&.

pas sa ptONUttr une ebèrs aussi détioata que Stifli celle au 1m peuple harmonien. Us ne peuvent pas avoir aatien $w divan* botùJtaaa* pute naturel ou Utgmwm* 4* mmm Jpgp

lfUTfCB THI. — CHAMtoE XXIX. feTi

bouillons par des jus et des coulis, leurs cuisiniers n'anrafott ni le talent ni la patience de leur faine tm assortiment en bouillon» purs de viandes et légumes. Ces cuisinière de cour sont encore plus inférieurs sur beaucoup de mets qu'ils croient pu-dessous de leur dignité. Cependant l'estomac d'an prince comme d'un bourgeois a besoin de variété ; on se blase sw les mets recherché* comme sur les communs : dernièrement une grande princesse, en voyage, placée à une table somptueusement garnie par le* soins des préfets et des maires, leur disait : « Tout cela est » bien beau, mais je préférerais des pommes de terre. » Elle n'en trouvera pas aisément dans Paris où ce légume est si mala-* droitement cultivé et recueilli. D'ailleurs ses cuisiniers connattront-lls la méthode qui conserve îeparfam du végétal, c'est la cuisson sous la cendre, opération des plus difficiles et dédaignée d'un cuisinier royal. S'informe-t-il en quelle espèce de terrain et selon quelle méthode un légume a été cultivé ? Ces raffinement de qualité, qu'un roi civilisé ne peut pas se procurer, seront assurés au plus pauvre des harmoniens. Ne mangeât-il qu'une omelette, une salade, !il pourra se dire je suis bien mieux serve que les rois civilisés. En effet, on ne connaît pas chea nous les distinctions de saveur sur les œofe provenant de divers systèmes de nutrition des poules ; un roi est obligé de se contenter d'œufe achetés au hasard , et -dont quelques uns sont de mauvais goût, avec une belle apparence.

En cateuls de mécanique des passions, la régularité exige qu'on établisse les preuves sur les 2 extrêmes de ehaque série. J'ai cité en parallèle de jouissances, #une des plus fastueuses, celle des équipages et voitures de gala ; je vais descendre à l'une des plus vulgaires, n'en déplaise aux beaux esprits qui ne peuvent pas se façonner à cette règle du contact des extrêmes, règle qui, disent-ils, n'est pas à la hauteur de la philosophie : elle va dédaigner un parallèle trivial, un sujet tiré du testament burlesque de Scarron qui lègue

A Molière le ooowge, « Au gros Saint-Amand, du fromage : »

Si le fromage est digne de la poésie, et même de la muse lyrique, ( voyez l'ode de Lebrun sur le triomphe de nos paysages, y compris le fromage de Vanves sorti des mains de Galatée. ) Ce mets champêtre pourra d'autant mieux figurer dans ma prose

bourgeoise; où l'on va voir une croûte de fromage s'élever à la hauteur de la plus sublime philosophie, en nous dévoilant le néant des grandeurs civilisées.

Humainement parlant : la thèse est qu'un roi , avec tous ses trésors, ne peut pas servir à sa table du fromage satisfaisant pour ses convives; car il faut, en service harmonique de fromage, présenter trois séries, 4° des espèces, 2° des variétés de chaque espèce, 3° des âges de chaque variété. Cette distinction en 3 échelles, exigera environ cinquante morceaux de fromage fraîchement coupés, lors même qu'on ne tablerait que sur trois espèces, comme Gruyère, Gex et Brie, les plus employées à Paris où Ton voit, sur les meilleures tables, et sans doute chez le roi, servir à peine trois morceaux de fromage, sans aucune échelle , ni d'espèce, ni de qualités, ni d'âges. Les plus pauvres harmoniens jouiront de cette variété refusée à nos rois. Le fromage étant, ou trèssain ou très-malsain, selon son affinité avec les facultés digestives de chaque sujet, douze convives auront besqjn de douze qualités de fromage qu'ils ne peuvent rencontrer que sur une girandole contenant, sous diverses cloches, un assortiment d'une cinquantaine de variétés en trois séries d'espèce, qualités et âges; variété dont jouira chaque jour le moindre des harmoniens , et qui n'est pas possible aujourd'hui, même à un roi.

Il importe de remarquer, sur les plus minimes détails, comme cette minutie de fromage, que le bas peuple harmonien sera, en tous genres de jouissance, bien plus avantagé que nos grands et nos souverains. Un homme oserait-il dire à la table du roi, ces 3 fromages ne sont pas ce qu'il me faut, je veux la sorte très-salée } yeux moyens, larmes abondantes, chair compacte sans élasticité et rougedtre vers la croûte ? Un tel homme serait traité de manant : on doit trouver tout bon à la table du roi, si on veut obtenir une sinécure. C'est ainsi que les civilisés sont à chaque pas harcelés par les convenances, obligés de modérer leurs passions. Le charme des harmoniens sera de ne les modérer en rien, et de pouvoir exiger telle qualité sur la croûte et la mie de fromage. Ils la trouveront sur rassortiment en triple série et de même sur tout autre mets.

Concluons maintenant sur ce qui touche aux accords intentionnels qu'auront fait naître les jouissances matérielles, graduées, de manière à procurer à tous des charmes à chaque moment, car le charme de la vie matérielle est de pouvoir à tout instant

satisfaire minutieusement ses plus petites fantaisies. Les rois sont fort loin de ce genre de bonheur qu'on n'obtient que des Séries passionnées ; et ce sera un des motifs pour lesquels un roi, après avoir vu la phalange d'essai, ne reverra ses palais, sa cour, son étiquette qu'avec un profond dédain.

On voit que j'ai estimé au-dessous de la réalité en disant quaamplement de richesse effective et quarantuplement de jouissances ; car dans plusieurs branches, comme les communications et transports, ou excédera le centuple. Les mots vingtuple, qua~ rantuple que j'emploie, sont une expression modeste pour adoucir une vérité éblouissante.

On voit aussi que le mécanisme sociétaire observe exactement les règles de contact des extrêmes et lien des parties : les jouissances qu'il procure s'étendent à toutes les classes et aux plus minimes détails.

En combinant avec ces plaisirs sensuels l'absence de soins matériels dont les pères et mères seront délivrés , le contentement des pères dégagés des frais de ménage, éducation et dotation, le contentement des femmes, délivrées de l'ennuyeux ménage sans argent, le contentement des enfans abandonnés à l'attraction, excités aux raffinemens de plaisirs, même en gourmandise ; enfin le contentement des riches, tant sur l'accroissement de la fortune que sur la disparition de tou3 les risques et pièges dont un civilisé opulent est entouré ; il est aisé de pressentir que la phalange d'essai n'aura dès le 4" mois d'autre sollicitude que de maintenir un si bel ordre ; et sachant que le maintien va dépendre uni- . quement de l'accord en répartition, elle s'inquiétera des moyens d'opérer cet accord dont on doutera pendant le cours de la 4" campagne, parce qu'on ne l'aura pas encore vu ; la répartition ne pouvant se faire qu'en janvier ou février, après la clôture de l'inventaire.

On verra donc les séries, les groupes, les individus, se concerter sur cet accord, prendre à l'envi les résolutions les plus généreuses, l'engagement à des sacrifices pécuniaires qui ne seront point nécessaires: chacun luttera de dévouaient intentionnel et de résolutions, désintéressées. Chacun , à l'idée de retomber en civilisation, sera effrayé comme à l'idée de tomber dans les brasiers de l'enfer, chacun proclamera qu'il souscrit d'avance à abandonner s'il faut, la moitié de son bénéfice. Dès lors le vœu d'unité, l'accord intentionnel sur le maintien de l'unité, s'élèvera au

gft SECTION IV. — MECANISME ET HARMONIES DE l'aTTRACPON.

plus baut degré. Ifcras alloos remarquer le même résultat dans les relations autres que lés matérielles.

CHAPITJRB XS&.

De Vmccor$ affectueux opéré jpar la, fnsio» des & Classes.

PHH1S pBSSOSS QCS pfUlSnPS OOS SeHo cHlI pHRSno xW rfiHMf, WUE

impulsions de générosité qui en naîtront, et q*î disposèrent A «* accord intentionnel en répartition.

Le premier acheminement est 4e faire disparaître les antipathies de classe à elasse : les Petites Hordes ÇffT) atteignent ce but en d'emparant des travaux méprisés • e'est lever lé principe obstacle à la fusion des classes, et aux intentions conciliantes en partage des bénéfices.

Pour feire entrevoir la facilité de cette fusion, partons de quelque point de fait; Nous voyons que les caractères les plus nobles, comme Henhy IV, sont ceux qui inclinent te plus à se famSUari* ser avee leurs inférieurs, valets ou autres, pourvu quHls rencoor* trent dessubakernes dignes de cette bienveillance . Lotas XVI était * aussi très familier avec ses inférieurs, tels que les serruriers qui l'aidaient à sa forge. Il s'amusait à jeter les coussins du lit à la tête de son valet de chambre Cléry qui lui ripostai dé même.

Ces exemples dénotent que la classe opulente serait heureuse si elle était entourée de subalternes assez probes, assez désintéressés pour qu'on pût, sans inconvénient, se rapprocher d'eux en quelques relations. Le contraire a lieu dans Tordre civilisé, où les domestiques sont un cortège importun et suspect pour les grands, obligés de maintenir une police très-sévère parmi ces dangereux serviteurs.

rai déjà décrit (2fô) le charme que procure la domesticité passionnée ; insistons par quelques détails.

Damon est floriinane : lorsqu'il habitait Paris, Il dépensait beaucoup au soin de son parterre ; il était mal secondé, trompé par les vendeurs, et volé par les jardiniers ou valets: aussi avait-il fini par se dégoûter de la culture des fleurs , sans cesser de les aimer.

Installé à la phalange d'essai, Damon se passionne de plus belle pour les fleurs, parce qu'il est secondé par des adeptes ardens qui,

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loin 4tofeciter sa défanee, vont tu devant de tous ses désirs , et exercent avec intaftUgence toutes les brandies de travail dont il ne veut passe charger. H wVi aucun démêlé •d'intérêt avec eux , puisque tous les frais sont au compte de la phalange ; il est aimé et considéré d'eux par ses connaissances qui leur sont précieuses ; il est festoyé d'eux comme appui de la corporation ; 4! affectionne chacun des sous groupes, surtout les eafans empressés d'aller , aux apparences de -grande pluie, placer des tentes sur les ligne* de fleurs : cette véuntou de ftorimanes est pour lui une seconde famille; il y élit des adeptffs en industrie.

Par exempte'. Àminte, jouvencelle pauvre^ l'une des plus fcabiles sectaires, est enthousiasmée 4e Damon ; elle oublie qu'il a la soixantaine, elle voit en lui le soutien de ses cultures chênes ; efle veut s'en reconnaître; et comme elle est membre du groupe des caméristesou pagesses, elle se charge de la chambre de Damon, du soui de sa garde-robe, (Les fonctions de balayage, etc., sont dévolues aux petites hordes). Aminte est donc, par passion, la gouvernante de Damon ; ce n'est pas lui qui la paie, elle serait déshoneréepar un salaire; dlea, comme d'autres, son dividende au groupe des caméristes, car elle ne sert pas le seul Damon, mais il est celui dont elle affectionne particulièrement le service. Sa passion pour la culture ées Heurs se réiéehttsur Damon qui est, par ses lumières et sa fortune, la colonne de cette industrie.

Damon recueille ici double charme, deux services passionnés; l'un au parterre avecAminte et autres coopérateurs qui secondent si bien ses- vues, l'autre à son appartement, dont la belle Aminte a adopté la surveillance et les «oins domestiques.

Il ne s'ensuit pas qu'Aminte sera maîtresse deDamont son service est 'hors du cadre des amours. Il est bien probable que Damon convoitera Aminte; maïs quelque épisode mil survienne à cet égard, il aura le ehatme de frouver en elle double service passienne, double -sujet d'enthousiasme pour elle, au (parterre et aux appartements. H trouvera donc son bonheur à être familier avec une personne qui Hit pour lui fonction de dette domestiques cîvlHséty d'un garçoirjardinier et* tfun valet de chambre; il ne manquera pas de la reconnaître pour udoptivé industrielle, titre qtâ lui assure une part quelconque dans la succession de Damon.

observons qu*fei je n*ai mis en jeu que des liens d'amitié, de coopération industrielle, qui seraient bien plus forts diex l'enfance, car c'est chez les enfants que l'amitié peut prendre un bel

27$ section iv. -r uècjaimm* et harmonies m i/àtteactio*.

essor : elle n'y est contrariée ni par la cupidité, ni par L'amour , ni par les intérêts de famille. L'amitié dans le bas âge confondrait tous les rangs, si les pères n'intervenaient pour habituer leurs fils à l'orgueil.

Dans l'âge d'adolescence, l'amour vient confondre les rangs et mettre un monarque au niveau d'une bergère qu'il recherche. Nous avons donc, même dans l'ordre actuel, des germes de fusion des classes inégales ; on en trouve jusque dans l'ambition : elle habitue le supérieur à se familiariser avec l'inférieur en affaires de parti, en intrigues électorales ; on a vu les Scipion et les Caton aller au devant d'un rustre et lui serrer la main pour obtenir son suffrage ; que de bassesses commettent les lords anglais pour capter un bourg-pourri, tout en le payant chèrement 1

Nous avons donc, dans l'état actuel, beaucoup de germes tendant à ébaucher la fusion des classes, mais par des voies d'abjection, de sordide cupidité. On voit déjà ces vils moyens opérer des rapprochements entre gens de classes antipathiques ; ces rapprochements seront vingt fois plus faciles quand on opérera par des moyens nobles, des liens de franche affection, comme ceux que je viens de décrire entre Damon et Aminte.

Outre ces liens formés par Damon sur la culture des fleurs, il en aura formé vingt autres sur divers travaux dans chacun desquels il sera lié avec la plupart des sectaires. 11 y aura contracté %des affections corporatives ; et ce lien est d'autant plus actif en harmonie, que chacun recueille de ses compagnons un tribut de flatteries bien sincères, parce que l'exercice parcellaire, borné à une seule branche du travail, applique chaque sectaire à la branche où il peut exceller.

La flatterie perpétuelle, ou récolte journalière d'encens, est un des principaux charmes du riche harmonien ; elle dérive de deux sources, de son habileté dans les travaux parcellaires (chacun excelle dans les parcelles attrayantes pour lui), et des services qu'il rend à ses séries, à ses groupes, en munificence industrielle. Damon, homme riche, a pu faire des dépenses pour tirer de pays lointain des espèces de fleurs précieuses dont la régence n'aurait pas fait les frais; à ce titre, il est considéré de tous les sectaires: ils le choisissent pour chef d'apparat, colonel de la grande série des fiorimanes ; chacun d'eux est conservateur passionné de ces espèces rares que Damon a fait venir et qui, en civilisation, seraient volées ou fripées par les valets. Damon est donc payé ie

Norias vm. — cHAPms xxx. 379

son présent par double lien affectueux, par sa gratitude pour des coopérateurs zélés, intelligente, et par leur amitié, leur considération et celle des voisins rivaux : il recueille d'eux tous un tribut de natteries, et il en recueille autant dans beaucoup d'autres séries où il est sociétaire de premier ordre par son habileté parcellaire. C'est ainsi que ce prétendu vice, maudit par la morale,

• Détestables flatteurs, présent le plus funeste » Qu'ait pu faire aux humains la colère céleste,

devient comme tous nos soi-disant vices un encouragement à l'industrie, une source d'harmonie sociétaire : les pauvres même sont comblés de flatteries dans les groupes où ils excellent; mais en civilisation il n'y a d'encens que pour le riche, et on ne lui en donne que pour le duper ou l'exciter au mal.

Si tant de motifs affectionnent les riches aux pauvres, il en est bien davantage pour affectionner les pauvres aux riches; tels sont les suivants :

Esprit de propriété sociétaire, part au bénéfice,

Service indiret du riche envers le pauvre (248),

Éducation de l'enfant pauvre par les riches adoptants,

Adoption industrielle et participation d'hoirie,

Fruit recueilli des dépenses du riche pour la phalange,

Desserte des tables de 1er degré, livrée à demi-prix, - ï

Festins corporatifs payés par les riches,

Flatterie cabalistique distribuée par les riches,

Abandon de part aux enfants pauvres (Y* sect.)-

Tant de liens nouveaux établiront bien vite l'unité entre ces deux classes, dont les relations n'engendrent aujourd'hui que haines réciproques, spoliations et perfidies.

Ce qui charmera un homme riche dans l'état sociétaire, ce sera de pouvoir accorder pleine confiance à tout ce qui l'entoure, oublier toutes les astuces dont on est obligé de se hérisser dans les relations civilisées, sans pouvoir éviter les duperies. Dans la phalange, un riche s'abandonnant en pleine confiance, n'aura jamais aucun piège à redouter, aucune demande importune à essuyer : les petites hordes pourvoient aux secours nécessaires ; ce cas est bien rare parce que les harmoniens, pourvus d'un minimum suffisant, n'ont rien à demander à personne en affaires d'intérêt, assurés qu'ils sont de recevoir, en chaque branche d'indus* trie attrayante, une rétribution proportionnée à leur travail, à

2M SECTION IV. — *1ÉCAWfSMB «T HAftMONtt» «S L'ATTRACTION.

leur talent et à leur capital; s'ils en ont. t^est «ne jouissance pm eux que l'absence de protection, 1a eertituée que toute proteetimt serait Inutile â leurs rivaux comme à eux-mêmes, que la rétrJtwtfon etTavancement seront étniftatilement répartis, en dépH de toute* intrigue. L'on verra eeméeanfsme dans les notfees 9 et 46.

Les liaisons entre inégaux seront donc très4acftes«n harmonie : les réunions y séduiront llhomma par h gaîté* le klau-rêfre, la politesse et la probité des itatf iflâriwmh par l'appareil fastueux du travail et le concert des sociétaires. Les plus pauvres seront fiers de leur nouvelle condition et des liantes destinées de leur phalange qui va changer la face du monde ; ils tiendront à ee distinguer des ci\ ilisés par une probité, une équité qui seront Tunique voie de bénéfice (Voyez Ve sect./IX* notice), ils auront adopté en peu de temps l'esprit et les manières de -ceux qu'un ' coup de fortune fait passer subitement d'une chaumière dans un hôtel, et ce bon ton s'établira fort aisément chez la classe pauvre de la i re phalange, si on la choisit dans les régions où le peuple est poli, comme aux environs de Tours #jt Paris.

Ce sera en partie par haine pour le peuple civilisé que tes riches se passionneront d'emblée peur celui de laîpfeaUmge î ils le considéreront cojnme une autre espèce d*hommes, et se familiariseront avec lui par redoublement d'horreur pour la fausseté et la grossièreté civilisée. Ils publieront leur rang auprès du peuple harmonien, aussi facilement qu'ils l 'publient aujoudTiui près des grisettes polies, qui sont pourtant femmes du peuple, mais prélendiajit aux belles manières.

J'estime, donc que la fusion s'ébauchera dès le 2e mois ; que la classe riche sera la première à s'indigner contre le principe de politique civilisée ; Il faut qu'il y ait beaucoup de pauvres, pour qtfil y ait quelques riches ; principe qui sera bien vite ramjilaeé par celui-ci : /Ifaut que Tes pauvres jouissent d'une qisançe graduée, pour que les. riches soient heureux.

Bappelçtns qu'un des principaux moyens pour opérer cette fusion gexa le progrès des enfants sur l'éducation naturelle ou en-' traînemept à l'industrie et aux études par plaisir, sans aucune impulsion 4e pères ni de maîtres. C'est surtout ce prodige qui enthjQ&giggmftft tes çjtiefs de familles opulentes, et les disposera à là fusiwu .' '. t

L'ascorçl dfi répartition n'échouerait pas, lors même qu'on ne parviendrait pas a opérer la fusion dès la \n année. On verra en

IXe notice qu'il existe pour cet accord un moyen indépendantdela fusion des 3 classes : elle JW' jpujwt fl&Mîopérer promptement, si la phalange d'essai était composée d'une populace grossière.

quera encore de 2 ressorts ; car le peuple élevé en civilisation sera toujours en,arrière de 1? fcaute éducation,et d'autre parties famUJes riches, passant à l'état sociétaire, n'auront point contracté av.ec leur peuple des liaisons d'enfance.

Malgré ces deux obstacles, la fusion sera. déjà possible par suite de l'enthousiasme général ; et bientôt les riches ne voudront connaître les distinctions de rang que dans lçs .cérémonies publiques et les réunions d'étiquette. Partout ailleurs l'amitié collective l'ejnportera et donnera naissance à la passion inconnue des civilisés, l'unitéisme, dont jedonoe, quelques aperçus au 32e chap.

Si les relations sociales sont sbez nous un sujet de discorde générale, c'est qu'elles vexent partout la majorité pour les plaisirs de la minorité. Cent personnes s'amusent dans un bal, mais cent cochers et valet$ se gèlent on plein air, ainsi que les chevaux stationnant à la neige, à la bise; môme ennui pour les cuisiniers et vajefs qui préparent la fête, sans aucun goût pour ce travail : il deviendrait attrayant dans les Séries passionnées, soit par les intrigues de préparation, soit par la distribution des édifices ; mais surtout par la dqmesticijté indirecte qui, dans diverses fonctions, transforme le riche en serviteur passionné du pauvre.

Et comme ces accopds feront ,1e charme ,du riche, bien autant que celui du pauvre, on verra de part. et d'autre égal empressement, concours d'intentions généreuse» pour faciliter la répartition d'où dépendra le maiptian du bal prdre.*<xiiétaire. Jfais quel sera l'étonnemeut des coopérateura, lorsqu'ils apprendront qw* .pour établir concorde et justice dansce&e répartition, il n'est d'autre ressort i entremettre que la cupidité ou amour de l'argent, désir d'obtenir les plus grosses parts ! Qn verra en Ye fsact-, l'éclaircissement Recette étamge énignae, qui sjsra géoroétriqiifflnent ex*ptifptée; n'eji diéplaise .à la mprale, m ¥«ra -que l'amour dç l'ajw gejtf est h voja àeytôw & d* vertu 4aas tosfifriegpawQMta*

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