X N AVANT-PROPOS
teur ne s'écarte pas des idées reçues , c'est comme si on exigeait qu'un naturaliste, au retour d'un voyage d'exploration, ne présentât aucune plante nouvelle. Ceux qui nous ont rapporté d'Amériques le q«ma, te tabac, la pomme de terre, le cacao , la vanille , l'indigo , le vigogne ,"la cochenille, ne nous ont-ils pas mieux servis que s'ils n'eussent rapporté que des espèces déjà connues?
Un moderne a dit avec raison : «Ledernierdes torts qu'on pardonne est celui d'annoncer devvéritéê nouvelles. » (Thomas, Éloge de Descartes.)
Tel est mon tort, c'est de dévoiler beaucoup de sciences neuves et éminemment utiles ; les nouveautés les plus précieuses ont été repoussées à leur apparition ; la pomme de terre et le café ont été proscrits par des arrêts du parlement ; Ja vaccine, le mécanisme à vapeur, ont été de même diffamés dans leur début. C'est un travers inhérent à l'esprit civilisé que de contrecarrer les découvertes, en insulter les auteurs, L'amour-propre des diverses classes trouve son compte à ce vandalisme; les philosophes inclinent à étouffer une invention qui compromet leurs systèmes; les badauds se croient de beaux esprits , en raillant, comme au siècle ■ de Colomb , une théorie avant qu'elle ne soit éprouvée : de là vient que tout le monde s'accorde à repousser les inventions* et même les nouveautés en demi-faveur : Sévigné était applaudie quand elle disait : « On se lassera du café comme des tragédies de Racine. »
Pour motiver la défiance, la persécution contre les inventeurs, on objecte qu'il y a beaucoup de charlatans: c'est la faute du monde savant , qui n'a établi aucun jury d'examen, et qui s'est organisé de manière à ne favoriser que l'intrigue. Citez un charlatan qui ait été repoussé, citez un inventeur qui ne l'ait pas été. Les académies, pour s'excuser, rejettent la faute sur les siècles peu éclairés ; le nôtre , qui se dit pourvu de lumières, n'a-t-il pas éconduit Fulton et Lhboj* , inventeurs du bateau à vapeur et de l'éclairage au gaz ? On peut voir à la Postface un article où les savants