‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 93 sur 124 · Loteries et monopoles de vice · texte numérisé non relu

Loteries et monopoles de vice

10. Luttes' sans cause, gavofs et dévorants*. fï. Jo*u*,<fos préjugés secoué par la classe nfcttld. fz. Ànobrafeeinenf du service (foniesfique royafc X. Inertie nobiliaire.

On ne comprendra point, sans commentaire, en quel sens chacun de ces caractères tient au genre dit récurrent subversif; j'en vais donner, sur trois seulement, une légère idée.

J° Bacchanales joyeuses. D'où vient ce penchant du peuple" à causer du dégât, se livrer au désordre dans ses divertissements? Les enfants surtout sont sujets à cette manie de ravage, quand ils se mettent en gaîté. L'âge adolescent, dans la classe opulente, se livre aux mêmes folies : on ne verra guères un repas de Provençaux ou de Languedociens se terminer sans qu'on brise les vaisselles (si c'est en local libre, ou chez un traiteur). Cet effet de passion est un essor d'amitié qui conduit à l'opposé du but , car le premier but des passions est le luxe ; or ce dégât inutile ne produit que l'appauvrissement j c'est un effort de passion comprimée qui fait éruption violente et va à son but , à l'enthousiasme, par les voies du mal, faute de pouvoir assouvir sa fougue cabalistique sur une industrie attrayante qu'on trouverait à chaque pas dans le mécanisme des Séries passionnées.

2° Excès périodiques du peuple, tels que les orgies du dimanche et du carnaval, où il consume le fruit de ses travaux: il est donc bien malheureux les autres jours ! Voit-on la classe opulente se livrer à ces excès ? Non, parce qu'elle a chaque jour l'abondance dont le peuple cherche une ombre dans ses folies ruineuses du dimanche et du lundi,

3° Récréations, fêtes et vacances. On est donc bien ennuyé aux jours et heures de travail, si l'on a besoin de ne rien faire pour être heureux ! Les harmoniens ne sauront pas ce que c'est que récréation ; et pourtant ils travailleront beaucoup plus que nous, mais par attraction. Les séances de travail seront pour eux ce qu'est raftluence de fêtes pour les sybarites parisiens, qui ne sont en peine que du choix des spectacles, des festins, des bals, des maîtresses, etc.

Ce sont là trois effets vicieux où la fougue amicale, manie d'insouciance et de joie collective, marche à son but par des voies improductives ou nuisibles. Il eût fallu classer tous les jeux de passions qui tiennent à cet ordre ; plus le tableau en serait nombreux, plus on sentirait la nécessité d'inventer un ordre de choses propre à ramener la passion dans les voies d'utilité, lui donner un plein développement, un essor fougueux dans^ l'exercice de l'industrie productive. Cet effet n'a lieu que dans les Séries passionnées.

D'après l'examen de cet ordre de caractères nommés récurrents ou répercutés, on peut apprécier l'impéritie des moralistes qui veulent réprimer les passions. Qu'en arrive-t-il? Entravées sur un point, elles font éruption sur un autre ; elles vont à leur but par les voies désastreuses, au lieu d'y aller par les voies bienfaisantes. C'est pour le corps social double dommage, perte du produit qu'aurait donné la passion appliquée à l'industrie, et perte des frais de répression et de châtiment qu'il faut opposer à la passion égarée dans les voies du mal. Si la belle France ne commettait pas chaque année 420,000 crimes à procès, elle aurait le double bénéfice d'employer utilement les tribunaux, les gendarmes qui poursuivent les criminels, et d'utiliser de même des hommes que la compression a poussés au crime.

Les moralistes répondent : il faut aimer la vertu et l'industrie. On peut leur dire : sachez les rendre aimables, elles ne peuvent plaire à l'homme que par entremise des séries passionnées ; sachez donc organiser cet ordre, maintenant qu'on vous évite la peine de l'inventer. Mais tant que durera le régime d'industrie morcelée et répugnante, c'est en vain qu'on opposera aux passions les oracles de Diogène et Mirabeau ; elles marchent à leur but per fas et ne fa s. Dieu a placé dans nos âmes \% aiguillons de mouvement qui nous pousseront au but, en dépit des leçons de Mirabeau et Diogène. Il serait bientôt temps que la philosophie s'occupât à étudier les ressorts du mouvement, leurs propriétés, leur tendance leur vœu, au lieu de perdre sottement des siècles à la tentative chimérique de réprimer les passions.

Mais pour découvrir l'art de les développer en harmonie, il eût fallu se résoudre à des travaux d'analyse et de synthèse que la pliilososophie recommande et ne veut pas pratiquer. Elle badine les prédicateurs en leur appliquant cette devise : Faites ce que je vous dis, et non pas ce que je fais ; devise bien plus applicable aux philosophes, car on n'a jamais pu obtenir d'eux aucune observance de leurs principes, ni en théorie où ils s'opiniâtrent à repousser toute analyse et synthèse des passions et de leurs caractères, ni en pratique où ils nous prêchent l'amour de la modération et de la médiocrité. Eh ! s'ils avaient quelque penchant pour la modération et la médiocrité, ils n'auraient pas amoncelé cette immense quantité de systèmes, cet océan de controverse; qui est si fort au-dessus du médiocre par l'infinité des volumes, et si fort au-dessous du médiocre par l'infinité des contradictions.

il 4 SECTION VI. — ANALYSB DB LA CIVILISATION.

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