‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 95 sur 124 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Caractères de déçénération de la 8e phase.

Les immobilistes sont une secte aussi ridicule que les rétrogradateurs. Le mouvement social répugne à l'état stationnaire : il tend au progrès; il a, comme l'eau etl'air, besoin de circuler; il se corrompt par la stagnation; aussi ne connait-on rien de plus vicieux que les Chinois, nation ia plus immobiliste du globe. Chez eux l'intérêt légal est 35 0/0 ; l'usure et la fourberie mercantile y sont honorées, ils jouent aux dés, leurs enfants traînent leurs dieux dans la boue : ce sont des héros de morale, selon Raynal

>Jotre destin est d'avancer ; chaque période sociale doit s'avancer vers la supérieure : le vœu de la nature est que la barbarie tende à lacivjlisation et y arrive par degrés; que la civilisation tende au garantisme, que le garantisme tende à l'association simple, et ain si des autres périodes. Il en est de même des phases : il faut que la A e tende à la 2e, celle-ci à la 3e, celle-ci à la 4e, celle-ci à l'ambigu, et consécutivement. Si une société languit trop long-temps dans une période ou dans une phase, la corruption s'y engendre, comme dans une eau qui croupit. (Cette règle est sujette à certaines exceptions pour les périodes inférieures à la civilisation).

Nous ne sommes que depuis un siècle en 3e phase de civilisation, mais dans ce court espace de temps, la phase a marché très rapidement, à raison du progrès colossal de l'industrie ; de sorte qu'aujourd'hui la 3e phase excède sa limite naturelle. Nous avons trop de matériaux pour un échelon si peu avancé ; et ces matériaux n'ayant pas leur emploi naturel, il y a surcharge et malaise dans le mécanisme social. De là résulte une fermentation qui le corrompt; elle y développe un grand nombre de caractères malfaisants, symptômes de lassitude, effets de la disproportion qui règne entre nos moyens industriels et l'échelon subalterne auquel ils sont appliqués. Nous avons trop d'industrie pour une civilisation si peu avancée, retenue en 3e phase ; elle est pressée du besoin de s'élever au moins en 4e ; de là naissent les caractères d'exubérance et de détérioration dont je vais énumérer les plus saillants. En réplique aux jactances de perfectionnement, je vais signaler des effets de dégénération évidente, et pourtant trèsrécents. .

1. Centralisation politique. Les capitales transformées en gouffres qui absorbent toutes les ressources, attirent tous les riches à l'agio» tage, et font dédaigner de plus en plus l'agriculture.

2. Progrès de la fiscalité 9 des systèmes d'extorsion, banquerouîeindlrecte, anticipations, ait de dévorer l'avenir. Necker, en 1788, ne savait ou prendre 50 millions de déficit annuel ; aujourd'hui on sait ajouter non pas £0, mais 500 millions au budget de 1788.

3. Consolidation du monopole maritime. Il était rivalisé et contenu en 1788, il est maintenant dominateur exclusif, sans qu'il reste aux Européens aucune chance de rétablissement des marines rivales.

4. Atteintes à la propriété. Elles dégénèrent en habitude, par les prétextes de révolution qui deviennent règle pour les partis suivants : La France a confisqué, l'Espagne et le Portugal imitent] et cette méthode prévaudra, parce qu'il n'y a aujourd'hui de progrès assuré qu'au désordre. Celui-ci est un caractère d'engrenage en barbarie.

5. Chute des corps intermédiaires , états provinciaux, parlements et corporations qui opposaient des barrières au pouvoir. C'est grâce à leur chute qu'ona su trouver un renfort annuel de 500 millions, là où Necker n'en pouvait pas puiser 50. '

6. Spoliation des communes, vilainement compensée par les octrois qui fatiguent l'industrie, désaffectionnent le peuple des villes, et provoquent toutes les fraudes mercantiles, tout le commerce d'empoisonnement légal.

7. Dépravation judiciaire, déni indirect de justice au pauvre, accroissement des procès par la subdivision des propriétés et la complication des lois de plus en plus impuissantes. Elles sont muettes devant un fournisseur pillant de son aveu 76 millions; elles sont inflexibles pour le pauvre Eiissando qui a volé un chou : 11 est condamné à mort

8. Instabilité des institutions frappées par cette raison d'impuissance, même dans le cas de sagesse, et contrariées par le manque absolu de méthodes justes en toutes branches d'administration : L'on ne sait pas même faire une division territoriale régulière, basée sur les convenances générales, on n'a aucune règle sur cette opération.

9. Imminence de schisme. Les gallicans étayls des opinions de Saint Louis et de Bossuet, ne larderaient guères à en venir au schisme contre des prétentions outrée), de là les guerres civiles.

Guerre intestine, discordes fomentées par l'ignorance de la Politique sociale qui ne sait inventer aucune voie de conciliation, par progrès réel en échelle (415).

11. Hérédité du mal, coutume d'adopter les vices introduits par le parti vaincu, tels que les loteries, les jeux publics et autres moyens odieux de la fiscalité.

12. Dévergondage de la politique, bassesse des puissances chrétien-

nés avec le» musulmans et les pirates, concert passif pour le paiement de tribut aux pirales et le soutien de la traite des nègres.

13. Progrès de l'esprit mercantile : Agiotage érigé en puissance qui se rit des lois, envahit tout le fruit de l'industrie, entre en partage d'autorité avec les gouvernements , et répand partout la frénésie du jeu.

14. Faveur au commerce en raison de sa péjoralion, Marseille construit des vaisseaux pour capturer les chrétiens et en peupler les bagnes d'Afrique; Nantes a des fabriques d'instruments de supplice pour la torture des nègres dont il fait la traite en dépit des lois; d'autres villes naturalisent la coutume anglaise des bagnes, où le peuple travaille seize heures, au rabais d'une minute de chômage : plus le commerce grandit en malfaisance, plus il rst favorisé.

15. Scandales industriels : Progrès de la falsification tolérée, fréquence des crises d'abondance dépressive (396), abandon des récoltes sur pied pour le bénéfice de vente des futailles, entraves à la charité par l'exigence des percepteurs de droits réunis qui grèvent les donateurs.

16. Traite des blancs favorisée : On en laisse contracter l'habitude, même aux puissances qui ne l'avaient pas, comme le pacha d'Egypte, et on n'y oppose que des fadaises diplomatiques.

17. Mœurs du siècle de Tibère : Espionnages gradués jusqu'au sol dat, délations secrètes, progrès visibles de l'hypocrisie, de la bassesse, et des vices inhérents à l'esprit de parti.

18. Jacobinisme communique : Les partis qui l'ont combattu en ont adopté toute la tactique, l'art de fabriquer des conspirations, de raffiner en calomnie est devenu général, et a enlevé au caractère des modernes le peu de noblesse qui lui restait.

20. Noblesse vandale : Elle inclinait en 1788 aux idées d'amélioration j udicleuse ; aujourd'hui elle retombe dans la barbarie, ne songeant qu'à détruire l'industrie qui lui porte ombrage dans les élections.

20. IVaumachies littéraires : Les savants et* lettrés arborent cette bannière de vandalisme, se déchirant entre eux pour l'amusement du public à qui ils ont inoculé le goût de la détraction calomnieuse, et ne s'unissant que pour étouffer les lumières, les découvertes utiles. Nos libertés électorales ont produit un trio de vertus neuves, une noblesse vandale, une bourgeoisie calomnieuse, et des savants pétris de zoilisme.

21. Tactique destructive t ou accélératrice , qui double les ravages de guerre, fait renaître les coutumes barbares : Vendées, Guérillas, landsturmes, armements des femmes et des enfants.

22. Tendance au Tartarisme, par les conscriptions et mobilisations déjà établies en Prusse, tentées plus grandement en Russie sons Àracktchejew; méthode qui une fois introduite en quelques empires

NOTIC^FII. — CHAPITRE XLVIII. 424

obligera tous les autres à adopter par mesure de sûreté cette organisation tartare.

23. Initiation des barbares à la tactique. C'est on moyen sûr de renforcer la piraterie des barbaresques et d'établir bientôt celle des Turcs, qui feront payer aux Dardanelles un tribut à toutes les puissances faibles.

24. Quadruple peste : nous ne connaissons que l'ancienne d'Orient, U faut y joindre la fièvre jaune pire encore, le typhus qui fait de grands ravages, et le choléra morbu* déjà parvenu du Bengale à Alep. C'est un nouveau quadrille de perfectibilités croissantes.

A ces vices récents, tous vices de circonstance, ajoutons le plus honteux, l'admission des Juifs au droit de cité.

Il ne suffisait donc pas des civilisés pour assurer le règne de la fourberie; il faut appeler au secours les nations d'usuriers, les patriarcaux improductifs. La nation juive n'est pas civilisée, elle est patriarchale, n'ayant point de souverain, n'en reconnaissant aucun en secret, et croyant toute fourberie louable, quand il s'agit de tromper ceux qui ne pratiquent pas sa religion. Elle n'affiche pas ses principes, mais on les connaît assez.

Un tort plus grave chez cette nation, est de s'adonner exclusivement au trafic, à l'usure, et aux dépravations mercantiles, selon le tableau de Londres (30), tableau qui ne nous apprend que ce que chacun sait.

Tout gouvernement qui tient aux bonnes mœurs devrait y astreindre les Juifs, les obliger au travail productif, ne les admettre qu'en proportion d'un centième pour le vice: une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières ; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs, tous parasites, marchands, usuriers, etc. - Lorsqu'on aura reconnu (et cela ne tarderait guères) que la saine politique doit s'attacher à réduire le nombre des marchands, pour les amener à la concurrence véridique et solidaire, on aura peine à concevoir l'impéritie de cette philosophie qui appelle à son secours une race toute improductive, mercantile et patriarcale, pour raffiner les fraudes commerciales déjà intolérables.

Récapitulons sur ces symptômes et caractères de dégénération causée par le retard de progrès en échelle, et par l'inconvenance d'une industrie si vaste, avec un système social si retardé, si traînant. Nous pouvons rattacher les désordres à 4 causes radicales qui sont:

DÉPRAVATION MORALE DES SCIENCES; Itf US Obstiné d'CXpiO-

rer les branches d'étude négligées (37), jonglerie de persuader que tout est découvert» que tout est perfectibilisé, qu'il faut bafouer les inventeurs.

DÉPRAVATION MATÉRIELLE DES SCIENCES, par l'emploi VÎ~

cieux de la chimie qui ne travaille qu'à vexer le pauvre, en fournissant au commerce des moyens de dénaturer et falsifier toutes les denrées communes dont se nourrit le peuple, et à limiter aux seuls riches la faculté de trouver des comestibles et liquides naturels.

Rétrogradation intellectuelle, par abus d'esprit; cataracte politique, dominance des faux principes qui, sous un masque de philantropie, repoussent toute garantie pour le pauvre, et nient les droits naturels de l'homme, droits qu'un code équitable doit compenser:

1, Chasse; 2, Pèche; 3, Cueillette; 4, Pâture; 5, Yol extérieur; 6, Insouciance; 7, Ligue intérieure; X , Liberté satisfaisante ; K, minimum proportionnel ; et qui nous détournent de toute étude sur les vues- de Dieu et la théorie des destinées.

Rétrogradation politique, esprit d'immobilisme qui a gagné les cours et les grands; ils suspectent l'idée de progrès social, au lieu de suspecter la méthode rétrograde, l'esprit philosophique. De là naît double égarement, celui des gouvernements qui se défient des nouveautés utiles qu'ils confondent avec la philosophie, et celui du vulgaire obstiné à espérer le bien des philosophes, gens opposés à toute étude des sciences neuves qui peuvent conduire au progrès réel (37). Remarquons que lesx24 caractères de dégénération précités, et dont on pourrait doubler le nombre, sont accidentels et non pas essentiels à la période civilisée. Elle aurait échappé à cette irruption de vices, pour peu qu'elle eût accéléré sa marche, qu'elle eût su s'élever à temps de la 3e phase à la &e, se rehausser en échelle sociale autant qu'elle s'exhaussait en industrie; elle en a trop pour la 3e phase, elle en aurait trop peu pour la 4e. Cette pléthore n'est donc pas vice essentiel, mais accidentel, vice enrichi de variantes en pléthores d'exentricité et concentricité : ainsi, Mulhouse accumule excenlriquement, au point le plus éloigné des 4 mers, telles fabriques dont les matières partent de ces mers pour revenir sur leurs côtes ; et le Havre, par concentration des manufactures au nord, accumule un entrepôt colossal qui appauvrit les régions de Loire, Garonne et Rhône.

Si l'on manque à établir une proportion entre l'échelon sociai et le degré d'industrie; si le mécanisme social reste en panne, en 3e phase de civilisation, tandis que le mécanisme industriel fait

Page 1