‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 18 sur 83 · Exposition et infanticide · texte numérisé non relu

Exposition et infanticide

P4 Inégalité tierce des doses d'affection réciproque.

L'examen des germes de discorde remplirait un im-mense chapitre : il est force de le renvoyer aux équilibre s>

de famillisme , et se borner à quelques lignes sur le K et te X.

K Incompatibilité de caractères et de goûts.

Les pères civilisés ignorent qu'il existe une échelle de 810 caractères formant 415 titres bien distincts en hommes; 395 en femmes ; plus , quelques transcendants hors de gamme.

Il est donc très-possible qu'un homme qui a six enfants, et à plus forte raison celui qui n'en a que deux , rencontre en eux des litres et penchants fort antipathiques avec lui. La nature les jette au hasard sur la masse , comme le semeur jette sans choix les grains de blé. De là vient qu'un père juge très-vicieux des enfants qui ne le sont point du tout, et qui, au contraire, peuvent être d'un titre plus élevé et plus précieux que le sien. Il n'en résulte pas moins entre eux une incompatibilité qui disparaîtra en Harmonie, où les 810 titres sont tous utilisés, et où chaque père, voyant sous ses yeux l'emploi fructueux de tous , ne blâme ni ne réprimande un enfant pour disparate de goûts avec ses père et mère.

Entretemps :. l'ignorance, qui règne aujourd'hui sur le clavier général des caractères , devient une source de discordes familiates aussi fréquentes que mal fondées-; c'est un désordre inévitable en civilisation; un vice inhérent àJ'ètat morcelé ou insociétaire appelé doux ménage, bien rude pour les couples sans fortune qui composent te grand nombre.

X Inégalité tierce dès doses d'affection réciproque.

Les pères se plaignent sans eesse de n'être pas aimés autant qu'ils aiment, ne pas obtenir moitié de l'affection qu'ils croient leur être due. Ils vont accuser la nature d'injustice criante , en apprenant qu'elle veut > en civili-

sation , limiter la tendresse filiale au tiers de la paternelle. Eux-mêmes connaîtront bientôt la justice de celte loi, et sa nécessité en équilibre général, où le père obtiendra un retour d'affection filiale en dose de quatre pour trois : il recueillera en ce genre plus qu'il n'aura semé, quoique dégagé des soins d'éducation. , Quant à présent, les pères n'obtiennent en retour d'affection qu'un pour trois ; dose tierce et insuffisante sans doute : encore ce faible lot est-il celui des pères aimés, des plus heureux : il en est une foule qui n'obtiennent pas i/6e. de retour, grand nombre pour qui l'enfant n'a que de l'indifférence , et quelquefois de l'a-* version , déguisée ou non. II importera de leur bien démontrer celte disgrâce , puisqu'elle touche & sa fin et que le remède en est découvert.

Il en sera de même des douze autres disgrâces dont je diffère l'analyse : elle prouvera que la politique et la morale sont au superlatif d'impèritie , en voulant établir le bonheur familial dans les ménages morcelés ou insociétaires, en fondant leurs présomptions sur quelques fa* milles riches qui sont l'exception et non la règle, et qui encore ne s'élèvent pas, en ce genre de bonheur, au quart du charme familial dont jouira chaque père en Harmonie.

§. 3. — Religion. Il conste , d'après les tableaux précédents ,

Que nos usages engendrent , en relations d'amour et de famille , tous les désordres anti-politiques et anti-moraux; exclusion de toute vérité, et déception des époux et des pères dans leurs espérances de bonheur.

En principe , on ne saurait se refuser à convenir :

1 . Qu'il faut spéculer sur un changement de période sociale , et par suite un changement de mœurs et usages ,

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si Ton veut établir la vérité et l'unité dans les relations industrielles , domestiques ou familiales ;

2. Qu'on ne peut pas établir la vérité dans les relations majeures (ambition et amitié), si on ne l'introduit pas dans les relations mineures (amour et famillisine), dont la fausseté gangrène de proche en proche tout l'ensemble du système social.

On adhérera facilement à ces deux principes; mais quelques personnes scrupuleuses pourront critiquer l'application que j'en fais, les usages que l'état sociétaire substitue aux nôtres , usages renvoyés à la troisième génération d'Harmonie, mais dont l'exposé est nécessaire dans une théorie d'équilibre passionnel, où il faut spéculer sur le futur comme sur le présent.

Plus d'un père pourra répugner à penser que sa troisième [4°. ou 5*.] génération adopterait des mœurs contraires aux lois religieuses actuelles sur la chasteté , le mariage , la fidélité conjugale, etc.

H est à propos de rassurer sur ce sujet tes personnes pieuses* Une courte dissertation va lever les scrupules et réconcilier avec les mœurs d'Harmonie même les consciences tes plus timorées.

On objecte : t Que le mariage exclusif et permanent » étant l'état voulu par Dieu, ordonné dans sescomman- > déments , on ne doit pas spéculer sur d'autres liens en » amour et en état domestique. »

Une telle opinion supposerait des limites à la puissance de Dieu. Nous connaissons ses volontés quant aux unions civilisées , et devons les observer constamment en civilisation [et même après l'issue.} Mais nous ignorons quelles nouvelles lois il pourra nous donner quand nous serons sortis des voies du mensonge et « du morcellement

industriel, » et entrés dans Tes voies divines, dans les sentiers de [l'association, ] de la vérité et de l'unité industrielle.

Plus d'une fois , Dieu a modifié les coutumes relatives [aux plaisirs réservés à] l'amour et aux relations sociales. Il permit aux patriarches le concubinage, les divorces consécutifs équivalents à la polygamie. Ensuite il donna sur le Mont-Sinaï une nouvelle loi qui, appliquée au peuple juif , devint la voie du bien pendant un long espace de temps. Plus tard, il envoya le Messie pour modifier les coutumes juives , circoncision et autres, qui n'étaient plus en accord avec ses vues.

On peut en induire que , lorsque les sociétés auront subi une métamorphose de vice en vertu, Un passage du chaos social à l'Harmonie, Dieu proportionnant ses décrets aux conjonctures pourra se manifester de nouveau et donner, comme sur le Mont-Sinaï, par l'organe de quelque prophète, une loi nouvelle [ou] sur les unions sexuelles de l'état sociétaire [ou sur la jouissance des divers plaisirs sensuels appliqués à l'attraction industrielle.]

Sans rien préjuger sur ce sujet , nous pouvons espérer* une telle faveur, d'après l'aspect du passé.

En effet , la puissance de Dieu n'est point limitée, et ses lois en union sexuelle ayant différé selon les convenances des périodes patriarcale , civilisée et primitive , elles pourront différer encore selon les convenances des périodes supérieures, Garantisme, Association simple ou composée ,- auxquelles nul peuple ne s'est élevé jusqu'à/ présent.

Si [par exemple] Dieu a cru devoir interdire en civilisation l'inconstance et la pluralité d'amours f il est pourtant certain que ces coutumes ne lui sont pas essenltelle-

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ment odieuses, puisqu'il les autorisa chez Jacob et autre» patriarches vivant dans un ordre social diffèrent du nôtre. Il est donc possible que , lorsque nous serons sortis de la civilisation , Dieu nous dispense des statuts imposés & cette société, et rétablisse des coutumes qu'il jugea admissibles dans tes âges primitifs.

Dans l'ignorance où nous sommes de ses desseins à cet égard , nous devons éviter toute opinion qui limiterait sa puissance et sa providence. Or, ce serait tomber dans ce vice , que de prétendre qu'après la fondation de l'Harmonie, il manquerait à donner pour cette société des lois spéciales sur les mœurs publiques et privées , comme il en a donné pour les précédentes sociétés et les divers âges du genre humain.

Une considération qui motive cet augure, c'est qu'il ne conviendra pas à l'Harmonie , dans ses débuts , dans «es deux premières générations, de s'écarter des usages de Civilisations relativement aux unions sexuelles , et qu'on devra organiser d'abord l'état mixte ou Harmonie hongrée , qui conserve en relations mineures la plupart des eoutumes civilisées, sauf les dispendieuses, comme l'éducation isolée des enfants.

11 n'y a donc , dans te système de liberté amoureuse dont je viens d'exposer le premier développement , rien qui contrevienne à l'esprit religieux , vu les délais qu'exigera l'introduction de ces nouveaux usages , et la probabilité d'une communication prochaine de la part de Dieu, sur les mœurs ultérieures à adopter dans l'Harmonie, lorsqu'elle sera pleinement établie par toute la terre.

Les scrupules auxquels je réponds ne sont à les bien examiner qu'une double erreur en sens de piété; ils proviennent :

1°. D'an mouvement d'orgueil ou prétention de l'esprit humain à limiter la puissance de Dieu, et la faculté qu'il a de modifier ses lois selon les temps, les lieux et les périodes sociales ;

2°. D'un manque de foi et d'espérance en l'universalité de la Providence ; d'un penchant à douter (comme Moïse frappant deux fois le rocher ) que Dieu vienne à temps subvenir à dos besoins.

Ainsi, les objections que je réfute, quoique louables au premier abord , deviendraient double outrage à la Divinité, si l'on y persistait après cet éclaircissement.

D'ailleurs , comment présumer que Dieu veuille nous priver de l'énorme bénéfice d'une différence du triple au septuple produit? elle aura lieu dés qu'on pourra allier les accords mineurs aux accords majeurs, qui seront provisoirement les seuls admis dans la transition de l'état civilisé à l'Harmonie.

Mais quelles que soient les restrictions que l'autorité et l'opinion jugeront nécessaires dans cette transition , et dans tout le cours des première et deuxième générations harrooniennes, il faut théoriquement envisager l'ensemble des équilibres possibles , en amour comme en toute passion ; il faut , pour la gloire même de Dieu qui a créé l'amour, déterminer ses emplois en industrie combinée r dans un avenir plus parfait que le présent, et chez des* générations sur qui nous ignorons les desseins du Créateur.

Combien d'indices dénotent qu'il a considèré'les < préceptes relatifs au plaisir, > comme affaire de forme temporaire et non de fond. Au début de la race humaine, il ne créa qu'un couple dont la reproduction exigea trois, incestes de Caln, Abel et Seth, avec leurs trois sœura»

84 ClS-LÉGOMÈftEff.

Dieu jugea à cette époque l'inceste admissible , car il aurait pu l'éviter en créant un second couple dont les enfants auraient épousé ceux d'Adam et Eve.

Dieu préféra , pour celte époque seulement, la voie de l'inceste : ce n'est pas à nous de scruter ses motifs; borftons-nous à conclure sur les laits r et en induire que , dans l'esprit de Dieu , les coutumes en amour [et autres plaisirs] ne sont que formes temporaires et variables, et non pas fond immuable.

' À l'appui de ce principe , j'ai cité les mœurs des patriarches ; on pourrait y ajouter celles qui ont régné de tout temps, et régnent encore chez l'immense majorité des humains ; chez les Barbares où la polygamie est dominante , sans que ces nations inclinent aucunement à s'identifier ni en amour* ni en administration, aux mœurs des civilisés qu'ils méprisent , oppriment , . massacrent plus audacieusement que jamais [et dont ils convertissent forcément les enfants nés chrétiens.]

D'autre part, des enfants de la simple nature , tels que Otahitiens [Àleutiens] qui n'avaient eu aucune communication avec le inonde social , ont été polygames par impulsion naturelle. Combien de preuves que les coutumes amoureuses ne sont dans les plans de Dieu que formes accessoires et variables , selon le» transitions d'une période sociale à une autre (II , 33) 1

Nous ne devons, pas moins pleine obéissance aux lois qu'il nous a données pour la période civilisée ; mais leur violation générale [trés-évidènle] est un motif de conclure que si telles dispositions civilisées sont abusives et éludées de toutes parts, comme les lois de fidélité. en mariage et continence hors de mariage, on ne doit pas pour cela méditer un changement d'usages qui pourrait

bouleverser la Civilisation ; mais chercher une issue de cette Civilisation qui fait naître les abus même des institutions divines , et qui place les humains en état de rébellion permanente et générale aux volontés de Dieu.

Toutefois on pourra , après la lecture de l'Interlogue suivant 9 juger sainement des motifs qui Font déterminé à donner préférence au mariage pour méthode légale en unions civilisées.

Je ne donne ici la solution du problème qu'en sens religieux et simple ; il reste à la donner en sens religieux et social, ou sens composé : ce sera le sujet du morceau suivant , qui sert de lien à l'ensemble de ces réflexions critiques sur la fausseté des amours civilisés. La question n'a été traitée ^u'abstractivement dans le présent article Citer ; nous la traiterons concrétivement au suivant Inter, qui exposera en final les vues de Dieu sur l'emploi du mariage, comme voie d'acheminement au Garantisme et de progrès le plus rapide en échelle sociale.

L'analyse des abus qui naissent du commerce et du mariage était une double voie ouverte à l'esprit humain pour s'élever aux garanties de vérité et de justice. On eût introduit la vérité dans les relations industrielles, en inventant le remède aux vices commerciaux (II, 219) dont on n'a pas même fait l'analyse* On eût introduit la justice dans les relations domestiques, en cherchant des palliatifs au triste sort des pères et aux désordres conjugaux dont on a de même repoussé toute analyse. On va reconnaître combien sur ce 2e. point les inventions étaient faciles, et combien notre politique, en mariage comme ea toute branche du mécanisme social , est constamment en opposition aux vues de Dieu et aux lois générales du mouvement.

86 ClS-LÉGOMèflES,

1NTÊRLOGVE.

Politique divine et humaine sur l'état conjugal.

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