‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 39 sur 83 · II. DÉTAIL D'UNE CREATION DE CLAVIEB HYPO-MAJEUB · texte numérisé non relu

II. DÉTAIL D'UNE CREATION DE CLAVIEB HYPO-MAJEUB

Ce détail est un examen critique et analogique de l'ouvrage de chacun des astres hypo-majeurs, en modulation de fruits rouges. Je commence par l'ambiguë, qui ouvre la marche en simple , et la clôt en composé.

Vénus a régulièrement fourni son contingent en fruits rouges, dans la framboise et la mûre de ronce.

En simple, la mûre de ronce; hiérogl. la vraie morale. En composé , la framboise ; • la fausse morale.

Il règne dans la morale sévère des intentions amicales et bénévoles pour Tenfant : mais les théories morales ne lui présentent, comme la ronce, que des épines. Rien de plus insipide que cette

248 CI8-LÉG0MÊKES.

science qui veut nom établir en guerre avec ntms-smemes , avec la nature ou attraction. Aussi la mûrer emblème de la morale pure et simple, doiroe-t~eIle on fruit laie et bon pour amuser les enfants , mais qui n'arme pas jusqu'aux bonnes tables et n'est pas un fruit d'homme lait»

Il en est ainsi de la morale, dont les systèmes ennemis du luxe peuvent trouver crédit chez les enfants, mais non pas chez les hommes fait»; c'est par analogie que la saveur de mure qui nous flattait dans l'enfonce paraît fort insipide h l'âge viril.

Ce petit fruit , en passant du ronge an noir, de la couleur du luxe à celle du deuil et des privations , nous peint la marche de la science morale qui est fille du luxe, car elle ne naît que dans les états opulents, et qui, oubliant son origine, arbore les couleurs de la pauvreté et nous pflâebe les privation*. La ronce ne fleurit et ne mûrit que fort tard * par analogie a la naissance tardive des sectes morales, qui sont des fruits de civilisation avancée et parvenue au plein. Quant au rôle social de ces sectes, il est représenté par les jets qui de tontes parts vont poser des entraves , arrêtant les petits voleurs et non pas les gros. Ainsi la morale contient tout au phis les enfants et non pas les pères.

Par analogie a cette science qui veut étouffer les passions , la ronce jette de tous côtés ses rameaux épineux qm vont au loin s'enraciner et obstruer la circulation. Eh ! que reste- t-il.de leur fatras de branches éparses? Il n'en reste, comme des nombreux systèmes de morale, qu'un chaos inextricable dont les plus érudits sont réduits à dire, avec CondiIlac(II, 157) : Il faut oublier tout ee que nous avons apprit, reprendre nos idées à leur origine, et refaire V entendement humain.

Il le font d'autant mieux que la morale ne conduit qu'à la ruine figurée par les couleurs du fruit de ronce passant du rouge au noir, du luxe à la pauvreté. Quiconque voudra suivre les principes de morale sérère, la justice et la vérité, n'arrivera, à coup sur, qu'à la pauvreté, et sera en peu de temps ruiné (*).

O On en est. à présent si bien convaincu, qu'on a abandonné de fait la pauvre science. Elle-même a fait abjuration, en souscrivant à de nouvelles doctrines qui prêchent le trafic, l'astuce, les hypocrisies

SECONDE PARTIE. ftVÔf INVERSE. 249 '

Passant do simple au composé , de la mure à la framboise , nous trouverons dans celle-ci les emblèmes de la fausse morale , qui amalgame avec quelques momeries de bons principes les dogmes d'ambition et de rapacité. Aussi la framboise n'arrive t-elle pas au noir, couleur delà pauvreté; elle s'en tient a la couleur du luxe , au rouge vif. Elle rejette l'épine, par allusion à la morale mondaine qui rejette les doctrines contraires au plaisir. Elle est comme la mûre, divisée par petites capsules comprimées, en symbole de l'éducation civilisée qui , même chez les gens du monde, est un concours de doctrines répressives et ne produit que des enfants viciés et suspects. Aussi la framboise, qui en est l'hiéroglyphe , est-elle de tous les fruits le plus vermoulu : c'est un ramas de vers petits ou grands ; ce qui la fait suspecter généralement, et, malgré sa saveur exquise , elle est peu présentable : on voit la majorité des convives s'en défier, et la dédaignera cause des vers dont elle est si rarement exempte.

De là vient qu'elle n'est propre qu'aux emplois composés ou alliés au feu. La confiserie en tire grand parti. Les enfants et les imprudents la mangent crue et sans défiance; de même que dans le monde les imprudents se lient facilement avec un homme imbu de mauvais principes» mais séduisant par le ton et la fortune.

La cerise, fruit sous-pivotal de cette modulation, est créée par la terre copulant avec elle-même ,

de pole-nord , en arôme masculin , avec pôle-sud, en arôme féminin.

La cerise , image des goûts de l'enfance, est le premier fruit de 3 la belle saison. Elle est dans l'ordre des récoltes ce que l'enfance est dans l'ordre des âges. Les quatre genres de fruits indiqués (345) doivent suivre la marche des quatre phases de la vie. L'amitié > domine en 1". phase chez les enfants , et l'amour en a*, phase chez les adultes; il faut, par analogie, que les fruits d'amitié,

politiques et domestiques. Mais le Créateur, et son agent l'étoile Vénus , en peignant cette branche de l'éducation, n'ont dû représenter que les résultats de la véritable morale ou pratique ue la vérité et de la justice, qui conduisent le disciple à l'indigence, lorsqu'il n'a pas une fortune patrimoniale, et le ruinent sans faute, s'il en possède une.

250 ClS-LEGOMEftEtf.

(244) paraissent les premiers, et ceux d'amour en à*, ligne. De là vient que les rouges ou de titre amical sont suivis de ceux & noyau , fruits d'amour, auxquels succèdent les poires , symboles de l'ambition qui domine dans la 5". phase dite virilité : la marche est fermée par les pommes , emblème de l'amour familial qui do~ mine en 4e. phase ou caducité.

La cerise , portrait des enfants libres, heureux et badins, doit exciter en eux les effets qu'elle représente. Aussi l'apparition d'un panier de cerises met-il en joie tout le peuple enfantin , à qui ce fruit est très -salutaire. La cerise est un joujou que la nature présente à l'enfant ; il s'en forme des guirlandes et pendants d'oreille: il s'en couronne , comme Silène se couronne de pampres. L'arbre est analogue au génie et aux travaux de l'enfance :il est peu fourni de feuilles; ses branches vaguement distribuées donnent peu d'ombrage , ne garantissent ni de la pluie ni du soleil : image des faibles moyens de l'enfance , il est incomplet» insuffisant à protéger et abriter l'homme.

La fraise donnée par Mercure est le plus précieux des fruits rouges; elle nous peint l'enfant élevé dans l'Harmonie , dans les groupes industriels : un fraisier est un ouvrier qui opère comme nos jardiniers; ses tiges traçantes vont planter en ligne droite une file de rejetons. Il est juste que le plus précieux des enfants , celui qui exerce l'industrie combinée, ait pour emblème le fruit le plus délicat de la Série. La feuille est trinaire , par allusion aux trois chœurs, 4, 5, 6, qui dirigent l'éducation. La fraise veut, comme la pêche , s'allier avec le vin et le sucre , emblèmes des passions amitié et nnitëïsme ; ainsi le travail sociétaire se soutient par l'amitié et tend à l'unité.

Les groseilles, données par leSpetites satellites , représentent les enfants civilisés JJe diverses classes. La plus remarquable est la groseille rouge à grappes, créée par Junon : c'est l'emblème des enfants peu cultivés et livrés à la bonne nature. Ils sont d'une franchise mordante et indiscrète , capables d'aller répéter \ une femme a prétention , quelque fâcheuse vérité qu'ils auront ouï dire.

Le fruit qui peint ces -petits diseurs de vérité doit être d'une saveur très-piquante. Il a de la grâce , parce que la vérité est

SECONDE PARTIE. PIVOT INVERSE. 25 i

gracieuse chez l'enfant, et amuse maigre* l'indiscrétion. Un tel rôle n'est pas sans utilité ; il signale les travers; castigat ridèndo. Aussi le fruit du groseiller rouge est-il purgatif et salubre. La plante est semblable de feuilles et de grappes à la vigne , emblème d'amitié composée; aussi ces enfants libres, loquaces, indiscrets, sont-ils les plus adonnés a l'amitié simple. Cette sorte de groseille est un fruit bourgeois et de moyenne valeur, comme la classe d'enfants quelle représente : crue, elle figure peu aux bonnes tables; on n'en tire parti que par alliage avec le sucre et travail de confiserie ; de même, les enfants trop libres et impolis n'acquièrent de prix qu'en se ralliant aux manières de la classe plus relevée.

La groseille épineuse a fruits isolés est un produit de Cirés. Elle dépeint l'enfant contraint, privé de plaisirs, harcelé de morale, et élevé isolément aux études. Son emblème ne donne qu'un fruit de pauvre espèce, violet p<$/e, couleur d'amitié avortée, dont on gêne l'essor chez cet élève , en l'isolant de ses camarades. Ces enfants boursouflés de préceptes et d'études prématurées deviennent pour l'ordinaire de médiocres sujets. Aussi le fruit hiéroglyphique n'est-il , malgré sa belle apparence , qu'un produit de peu de valeur, gonflé de sucs fades et de graines superflues , comme les enfants qu'on surcharge d'enseignement mal digéré. Ce groseiller est épineux en signe de la gêne des malheureux enfants qu'il dépeint.

La groseille noire , dite cassis t est donnée par Pàîîas ou Escul ape, qui module toujours en arômes amers. La plante représente les enfants pauvres et grossiers; aussi son fruit noir, emblématique de la pauvreté,. est- il d'une saveur amère et désagréable, par. analogie a ces enfants du peuple qui ont le défaut de mauvais langage, mauvaises manières et souvent mauvais principes. On ne les rend supportables qu'en les raffinant par contact avec la classe riche et polie; et de même le cassis ne devient mangeable que par alliage avec Teau-dcvie et le sucre. y

Une 4e. groseille nous manque ; elle aurait du être donnée par Phœbè. Quelles devaient être les formes * couleurs et saveurs dé ce fruit? quelle classe d'enfants devait-il représenter ? Des plaisants diront : Puisque nous n'avons pas le fruit, que nous importe de savoir ce qu'il aurait été? Cela importe beaucoup : si la théorie

254 CIS-LÉGOMÈNES.

avoir un castor majeur ou bypo- castor, aidant à traquer le pouson et disposer les filets.

Il convient de réitérer fréquemment ces remarques sur les désordres de nés créations presqu entièrement contre -moulées , et scissioûnaires avec l'homme ,. avec l'être pivotai d'harmonie auquel tout doit se rallier. On ne saurait trop répéter que notre globe est de tous les globes le plus mystifié en créations , et le plus intéressé à se délivrer sans délai du mobilier odieux que lui ont donné les deux créations actuelles ; mobilier dont on peut sous cinq ans obtenir le remplacement , tout en conservant le peu qu'il a fourni de bon ; cheval , mouton , etc.

Ce serait pour nous une connaissance bien vaine que celle du système de la nature, si elle ne nous donnait pas les moyens de corriger le mal existant, et remplacer les produits scissionnairesy les êtres nuisibles à l'homme , par des contre-moulés ou serviteurs utiles. Que nous importerait de savoir en quel ordre chaque astre est intervenu dans la création ; de savoir que le cheval et l'âne furent créés par Saturne en telle modulation; le zèbre et le quagga, par Protce ( étoile non découverte et bien existante , puisqu'on voit ses ouvrages en tous genres ) ; que dans cette modulation Jupiter donna le bœuf et le bison; et Mars, le chameau et le dromadaire ? Après ces notions acquises , il nous resterait la fâcheuse certitude que ces astres, qualifiés de promeneurs oisifs, ont au contraire fait sur notre globe sept fois trop d'ouvrage, en nous donnant un mobilier dont les 7/8". sont malfaisants.

Ce qui nous sera précieux , ce sera l'art de les ramener en scène de création pour un travail coutre-moulé,. par lequel celui qui nous a donné le lion, nous donnera en contre- moule un superbe et docile quadrupède, un porteur élastique, I'anti-lion, avec des relais duquel un cavalier , partant le matin de Calais ou Bruxelles , ira déjeuner à Paris, dîner à Lyon et souper à Marseille , moins fatigué de cette journée, qu'un de nos courriers à franc étrier; car le cheval est un porteur rude et simple (solipède), qui sera a l'anti-lion ce qu'est la voiture sans soupente a la voiture suspendue. Le cheval sera laissé pour attelages et parades , quand on possédera la. famille des porteurs élastiques, anti-lion , antitigre , anti-léopard , qui seront de dimension, triple des moules ac-

tuels. Ainsi un anti-lion franchira aisément à chaque pas 4 toise» par bond rasant , et le cavalier, sur le dos de ee coureur, sera aussi mollement que dans une berline suspendue» IL y aura plaisir a habiter ce monde, quand on y jouira de pareils serviteurs.

Les nouvelles créations qu'on peut voir commencer sous 5 ans donneront a profusion de telles richesses en tous règnes, dans les mers comme sur les terres. Au lieu de créer baleines et requins , hippopotames et crocodiles , eu aurait-il plus coulé de créer des serviteurs précieux :

Anti-baleines traînant le vaisseau dans les calmes ;

Anti-requins aidant à traquer le poisson ;

Anti-hippopotames tramant nos bateaux en rivière ;

Anti-crocodiles ou coopérateurs de rivière ;

Anti-phoques ou montures de mer ?

Tous ces brillants produits seront les effets nécessaires d'une création en arômes contre-moulés , qui débutera ^ar un bain aromal sphérique purgeant les mers de leurs bitumes.

Glissons sur le tableau de ces merveilles prochaines : la perspective, loin de satisfaire les lecteurs , fatigue une génération élevée à l'impiété , au doute de la Providence , et qui, dans ses travers d'esprit , s'imagine que Dieu n'a* pas , pour faire le bien , autant de pouvoir qu'il en a eu pour faire le mal , dont il a dû organiser majorité septuple en créations subversives , comme il devra organiser majorité septuple de bien en créations harmoniques. . Elles commenceront par des œuvres bien peu philosophiques , donnant à profusion, à fleur de terre , les vils métaux nommés or et argent. Le 1er. acte sera en dominance de règne minéral , en moyen terme d'aromal et végétal et en rareté d'animal. Cette faveur inespérée sera pour l'espèce humaine le plus intéressant et le plus précieux épisode. Mais comment tant de cosmogones qui veulent nous instruire sur l'unité de l'univers , n*ont-ils rien soupçonné de cet heureux événement, de cette successivité des créations dont je vais examiner plus en grand le système dans le 5*. article de la note ?

J'ai décrit ici une modulation en clavier distinct : il faut se garder de croire que les astres opèrent constamment dans cet erdre*, ils ont cent sortes de modulations engrenées de toutes ma-

356 ClS-LéGOMÈNES.

nières ; si j'ai choisi celle-ci , c'est parce qu'elle coïncide avec le petit traité d'éducation harmonienne que je donnerai aux sections 5 et 4 du tome suit.

Je n'examine ici les copulations sidérales qu'en mode simple. Elles passent au composé, lorsqu'un arôme est greffé sur les 51 autres en coaàjtitenr, comme il arrive de divers produits. Si la cerise nous fournit une cinquantaine de variétés , c'est parce que tous les astres sont intervenus pour mêler leurs arômes au germe qu'avait donné la copulation de la terre avec elle-même. Dans ce cas, le germe devient apte à fournir de nombreuses variétés, telles que nous les voyons dans la cerise , la poire , le raisin , etc., oh l'on distingue beaucoup de nuances qu'il faudrait classer et rapporter aux divers astres qui les ont fournies, en greffant leurs arômes sur celui qui donna ce fruit. Ainsi les raisins muscats ou de sorte pivotale sont donnés par les arômes de soleil et terre sans troisième; \ps autres sortes de raisin proviennent d'un a malgame des 2 arômes de la terre avec ceux d'autres planètes. Le plus délicat de tous, le puhart, est de Mercure ; le chasselas paraît être de Venus; le malvoisie, de Sapho , etc., en coadjutorerie.

Le but de ces détails beaucoup trop abrégés est de détromper ceux qui douteraient de l'existence d'un système de liens et rapports directs entre les planètes et les hommes , et de prouver que chaque planète est un cultivateur qui travaille pour le service des 51 autres , en opérant par analogie aux effets des passions.

Qu'on ne se bâte pas d'élever des objections sur ces aperçus , puisque je n'ai pas même pu leur donner la dose de développements qu'exigerait un abrégé régulier. Mon but n'est autre que de dissiper le préjugé sur les voiles d'airain, et prouver que ces excuses d'indolents scientifiques ne sont plus recevables dès ce moment, ou la nature nous dévoile enfin ses prétendus mystères, sauf à nous à en pénétrer le système entier par des études complètes dont la théorie d'attraction et d'analogie passionnelle indique les méthodes.

Page 1