‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 60 sur 83 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Distribution da Phalanstère et des Séristères.

L'édifice qu'habile une Phalange n'a aucune ressemblance avec nos constructions , tant de ville que de campagne; et pour fonder une grande Harmonie à 1600 personnes, on ne pourrait faire usage d'aucun de nos bâtiments, pas même d'un grand palais comme Versailles, ni d'un grand monastère comme l'Escurial. Si on ne fonde pour essai qu'une Harmonie minime (435), à 3 ou 300 sociétaires , ou une hongrèe à 400 sociétaires-, on pourra,

quoiqu'avec peine , y approprier un monastère ou palais { Meudon ).

Les logements , plantations et étables d'une Société qui opère par Séries de groupes , doivent différer prodigieusement de nos villages ou bourgs affectés à des familles qui n'ont aucune relation sociétaire , et qui opèrent <eontradictoireinent : au lieu de ce chaos de maisonnettes qui rivalisent de saleté et de difformité dans nos bourgades , une Phalange se construit un édifiée régulier, au* tant que le terrain le permet : en voici un aperçu de distribution pour un local favorable aux développements.

Sur ce sujet , comme sur beaucoup d'autres détails descriptifs , il eût convenu de donner des gravures ; elles sont indispensables quand il s'agît de dispositions inusitées en architecture : « Segniùs irritant animos demi*** » per aures. » Mais les frais de planches auraient coûté, d'après information, 7 à 8000 fr., non compris les frais d'impression de l'ouvrage. Il eût fallu se couvrir de cette dépense par une souscription de 13,000 fr. Je n'ai pas pu la proposer.

Le Phalanstère ou édifice de la Phalange d'essai devra être construit en matériaux de peu de valeur, bois, briques , etc., parce qu'il serait , je le répèle, impossible dans cette première épreuve, de déterminer exactement les dimensions convenables, « soit » à chaque Séristère ou local de relations publiques affecté aux « séries , soit à chaque » atelier, « chaque » magasin, c chaque » étabkt, etc.

Soit pour exemple un poulailler ou colombier ; avant de le construire, on aura calorie et prévu avec soin combien une Phalange de tel degré doit élever de poules et pigeons ; en combien d'espèces et variété* eHe doit «lasser les sortes , pour coïncider avee les Attractions des

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divers groupes qui saigneront les animaux , et favoriser les rivalités de Série.

Mais comme la lre. Phalange ne peut avoir aucune no* tion pratique, elle commettra nécessairement beaucoup d'erreurs sur les quantités , dimensions et compartiments : avant d'arriver à des données exactes sur ces menus détails, il faut des tâtonnements pratiques, surtout dans un premier essai*

La lre. Phalange sera une ébauche, une esquisse faite pour le compte du globe qui en remboursera douze fois le capital. Elle sera en quelque façon une boussole pour les Phalanges qu'on fondera partout dés l'année suivante. Elle servira à déterminer exactement les proportions d'animaux , végétaux etétables nécessaires pour cadrer avec l'essor des passions sociétaires, et avec les lésions d'Attraction que causera l'inégalité des températures, si différentes de Naples à Londres.

Il est évident que dans une fondation aussi neuve, la théorie distributive aura besoin d'être éclairée par la pratique locale, pratique très-variable selon les climats. Il serait donc imprudent d'employer des matériaux préeieux en construisant la Phalange d'épreuve, dont les bâtiments seront plus ou moins défectueux en dimensions appropriées à l'essor des passions. II est même certain que le premier édifice , malgré toute la prévoyance possible, sera tellement défectueux sur toutes ces proportions , qu'il faudra le reconstruire au bout de quelques années; ce qui n'importera aux actionnaires, puisque tous les frais du canton d'épreuve seront remboursés par la Hiérarchie sphêrique , sur je pied de douze capitaux pour un. Je vais donc me borner à décrire les dispositions générales et approximatives.

Le centre du Palais ou Phalanstère doit être affecté aux fonctions paisibles, aux salles de repas, de bourse, de conseil, de bibliothèque, d'étude, etc. Dans ce centre, sont placés le temple, la tour d'ordre, le télégraphe, les pigeons de correspondance, le carillon de cérémonies, f observatoire, la cour d'hiver garnie de plantes résineuses, et située en arrière de la cour de parade.

L'une des ailes doit réunir tous les ateliers bruyants , comme charpente, forge, travail au marteau; elle doit contenir aussi tous les rassemblements industriels d'enfants, qui sont communément très-bruyants en industrie et même en musique. On évitera par cette réunion un fâcheux inconvénient de nos villes civilisées, où Ton voit à chaque rue quelqù' ouvrier au marteau, quelque marchand de fer ou apprenti de clarinette, briser le tympan de cinquante familles du voisinage.

L'autre aile doit contenir le caravenserai , avec ses salles de bal et de relations des étrangers , afin qu'ils n'encombrent pas le centre du palais et ne gênent pas les relations domestiques de la Phalange. Cette précaution d'isoler les étrangers et concentrer leurs réunions dans l'une des ailes, sera très-importante dans la Phalange d'essai , où les curieux afflueront par milliers , et donneront à eux seuls un bénéfice que je ne puis estimer audessous de 20 millions , en supposant une Phalange de 7e. degré; et 4 millions au moins, dans une Phalange de degré 1 , qui sera déjà excessivement attrayante pour les curieux, parce qu'on y verra une nouveauté d'un prix inestimable : on y admirera l'équilibre passionnel, qui, à la vérité, sera très-incomplet au degré 1 : il n'aura. pas moins le mérite de la plénitude , en ce que les lacunes auront été prévues, indiquées; et d'après l'annonce , elles

seront autant de preuves en faveur des degrés supérieurs, où les vides passionnels seront comblés à mesure qu'on s'élèvera en échelle.

Nous reviendrons sur les détails du Palais ou Phalanstère; je me borne provisoirement à indiquer l'emploi spécial du centre et des deux ailes: passons aux bâtiments détachés et aux Sérislères ou subdivisions principales.

Le Phalanstère ou Manoir de la Phalange doit contenir, outre les appartements individuels, beaucoup de salles de relations publiques : on les nommera Séristères ou lieux de réunion et développement des Séries pass.

Ces salles ne ressemblent en rien à nos salles publiques, où les relations s'opèrent « sans graduation. » Une Série n'admet point cette confusion: elle a toujours ses 3, ou 4, ou 5 divisions qui occupent vicinatement 3 localités, ou 4, ou 5; ce qui exige des distributions analogues aux fonctions des officiers et des sociétaires. Aussi chaque Séristère est-il, pour l'ordinaire, composé de trois salles principales : une pour les [groupes de] centre, deux pour les ailes [de la série. ]

En outre, les trois salles du Séristère doivent avoir des cabinets adhérents pour les groupes et comités de Série : par exemple, dans le Séristère de banquet ou salle à manger, il faut d'abord six salles fort inégales;

i d'Aile asc. pour la lre. classe, environ. 150.

2 de Centre pour la 2e , 400.

3 d'Aile desc. pour la 3e. . . . . 900. Ces six salles très-inégales devront avoir à proximité

divers cabinets pour les divers groupes qui voudront s'isoler de la table de genre. Il arrive chaque jour que certaines réunions veulent manger séparément; elles doivent trouver des salles à portée du Séristère où l'on

sert le buffet principal qui alimente les tables d'un même genre.

En toutes relations, Ton est obligé de ménager à côté du Sérislére ces cabinets adhérents qui favorisent les petites réunions. En conséquence, un Séristère ou lieu d'assemblée d'une Série est distribué en système composé , en salles de relations collectives et salles de relations cabalistiques» subdivisées par menus groupes. Ce régime est fort différant de celui de bob grandes assemblées, où l'on voit, même chez les Rois, toute la compagnie réunie pêle-mêle , selon la sainte égalité philosophique , dont l'Harmonie ne peut s'accommoder en aucun cas.

Les étables, greniers et magasins doivent être placés, s'il se peut, vis-à-vis l'édifice. L'intervalle situé entie le Palais et les étables servira de cour d'honneur ou place de manœuvre qui doit être vaste. Pour donner sur ces dimensions un plan approximatif, j'estime que le front du Phalanstère peut être fixé à 600 taises de Paris, dont 300 pour le centre et la cour de parade , et 4 30 pour chacune des deux ailes et des côtés joignant le centre.

Ce devis est applicable A un palais de 7e. degré (402). Si nous descendons progressivement jusqu'aux degrés 3 , 2 , 4 , il est clair que les dimensions devront se réduire à chaque échelon ; et si on spécule sur le degré ^ ou Harmonie minime, on pourra supprimer tous ces aperçus de parade et d'étiquette, ou les réduire à peu de chose ; car l'Harmonie , quelque minime qu'en soit le degré , ne peut pas se passer d'un luxe proportionnel. Pour bien juger de la dose de. luxe convenable en degré 51 minime , Sérigermie, continuons à disserter sur lé degré 7, d'où nous descendrons méthodiquement jasqu'audernierdegré.

Derrière le centre du Palais , les fronts latéraux de» deux ailes devront se prolonger pour ménager et enclore une grande cour d'hiver, formant jardin et promenadef enaplantée de végétaux résineux et yerts en toute saison. Cette promenade ne peut être placée qu'en cour fermée, et ne doit pas découvrir la campagne. [ La Phalange n'a pas besoin de promenade d'été. On verra au chap. IX que tout le canton est promenade. ]

Pour ne pas donner au Palais un front trop étendu , des développements et prolongements qui ralentiraient les relations, il conviendra (dans une grande Phalange de degré 7 ou fr< ) de redoubler les corps de bâtiments en ailes et centre, et laisser dans l'intervalle des corps parallèles contigus un espace vacant de 15 à 20 toises au moins , qui formera des cours allongées et traversées par des corridors sur colonnes à niveau du 1er. étage, avec vitrage fermé , et chauffé ou ventilé seloft l'usage de l'Harmonie.

Si ces cours allongées entre deux corps de logis parallèles avaient moins de 15 toises, elles ne pourraient pas comporter de plantations » et seraient inadmissibles en Harmonie, où l'on doit réunir partout les agréments de toute espèce.

Les jardins doivent être placés, autant que possible, derrière le palais, et non pas derrière les étables, au voisinage desquelles conviendra mieux la grande culture. Au reste, cette distribution est subordonnée aux localités ; mais nous spéculons ici sur un terrain à choix.

Je ne décris pas l'ordonnance des plantations, qui n'ont rien de semblable aux nôtres; ce sera le sujet d'un chapitre spécial : nous n'en sommes qu'aux détails de l'édifice.

Le Palais doit être pereé d'espace en espace, comme la galerie du Louvre , par des arcades à voiture , conservant ou coupant l'entresol.

Pour épargner Jesmurs, le terrain, et accélérer les relations, il conviendra que le Palai? gagne en hauteur; qu'il ait au moins trois étages et la jacobine ou logement de frise , outre le rez-de-chaussée et l'entresol , qui sont logements des enfants et des vieillards très-avancés en âge.

Tous les enfants, riches ou pauvres, logent à l'entresol , parce qu'ils doivent être dans la plupart des relations et surtout dans celles du soir et du matin {soir, de 9 À 11 ; matin, de 3 à 5 h.) ; séparés des adolescents et en général des âges qui exercent en amour. On en verra plus loin les motifs ; admettons-les provisoirement, ainsi que la nécessité d'isoler les enfants des relations de l'âge d'amour, concentrées au leF. étage; tandis que l'enfance et l'extrême vieillesse (chœurs 1 et 16, Patriarches, bambins) doivent avoir leurs salles de relations au rezde-chaussée et à l'entresol. Ils doivent être isolés de la rue-galerie, qui est la principale pièce d'un Palais d'Harmonie, et dont on ne peut se former aucune idée en civilisation. C'est pour cela seul qu'il convient d'en donner une courte description dans un chapitre spécial.

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