Amours secrets ; 4. Mœurs du grand monde
X Amours comprimés ou légaux.
L'examen détaillé de ces vices va prouver la justesse du principe : c cjhe le bonheur domestique ou familial est i inséparable de la vérité en régime d'amours : que si la
> politique manque l'équilibre en relations d'amour , elle
> le manque par contre-coup en relations de famille ; et i que si la fausseté règne dans les amours, elle doit régner i par suite dans le mécanisme domestique ou familial. > Procédons à l'examen des faussetés et conflits du régime d'amours civilisés.
• K Sérails composés. Il existe de véritables sérails dans tous les pays civilisés où règne l'esclavage. Les Colons se font un sérail de leurs Négresses ; les graves Hollandais ont à Batavia des sérails de trois couleurs, assortis en femmes blanches, mulâtresses et noires. C'est un engrenage en coutumes barbares, un caractère de transition; j'ai dû le noter du signe K.
Les sérails existent, quoiqu'en petit nombre, dans les pays exempts d'esclavage. On en a vu, à Versailles, un sous le nom de Parc aux Cerfs. Combien de maisons affublées d'un masque décent et d'un titre pompeux ont été
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de jolis sérails > ouverts en secret à quelque haut et- puissant seigneur! Au reste > un civilisé opulent n'a-t-il pas pleine licence de se former, soit dans son domestique, toit ailleurs , un petit sérail , mettre en campagne des matrones intelligentes, qui savent bien lui procurer femmes et filles de haut parage, la nombreuse famille
d'ÂRGENCOUR?*
Jusqu'ici l'abus n'est que simp'e, qu'imitation des coutumes barbares que proscrivent la religion et la morale. Mais l'ordre civilisé, je l'ai fait remarquer plus d'une fois , a la propriété d'élever au mode composé tout vice que la barbarie exerce au mode simple. Celle-ci ne connaît que le sérail fixe et forcé: la civilisation en établit de pareils, comme on vient de le voir; en outre, elle y ajoute le sérail vague ou libre.
Qu'est:ce que le sérail vague? C'est l'apanage de tous les jeunes gens bien favorisés de la nature , et un peu de la fortune. Comment le sérail vague est-il organisé? On peut s'en informer vers le chevalier Joconde, qui vient sur les théâtres nous faire le récit de son genre de vie en sérail vague.
Sans me piquer d'être fidèle, C'était plutôt de la prudence;
Je courais d'amour en amour. Car des femmes , en vérité,
Je n'aimais jamais qu'une belle; Je connais la légèreté,
Je ne l'aimais guère qu'un jour. Et je ne les quittais d'avance,
Ce n'était pas de l'inconstance; Que pour n'en pas être quitté.
Joconde en avait donc 365 par an ! Réduisons et abonnons pour une cinquantaine. C'est à peu près le train de vie de la plupart des jeunes gens riches ; du moins de la classe nombreuse dont les caractères inclinent au genre volage. On verra, au traité des caractères, que celte classe est en majorité des 3/4; et ce qui le prouve, c'est
que Joconde est fort applaudi des femmes comme des hommes, quand il fait trophée de pareilles mœurs.
c Applaudi! Eh, de quelle classe? dira-t-on, d'une » tourbe de débauchés qui fréquentent les spectacles? » Mais, si d'autres ne les imitent pas, c'est souvent parce qu'ils ne peuvent pas. La crainte des maladies siphyllitiques en raméme quelques-uns à la constance ; l'intérêt , l'esprit de corps, le titre de caractère, en contiennent d'autres; mais supposez la bride lâchée, les humains abandonnés à la bonne nature , vous en verrez le plus grand nombre imiter Salomon et Joconde. Quoi de plus moral que les Hollandais, dans leur pays? Voyez ces mêmes hommes à Batavia.
Quoi qu'il en soit , l'apalyse dépose que les civilisés élèvent au mode composé le vice de plurigamie , qui n'est que simple chez les Barbares; ceux-ci n'ayant que des sérails fixes, tandis que les civilisés en ont de fixes et de vagues. Tout jeune citadin un peu avantagé de la nature et de la fortune sait se former un sérail vague, assorti en femmes de tous rangs, et sans être comme les Barbares, astreint à faire les frais de leur entretien. Loin de là, il en est bon nombre qui grugent et spolient les femmes.
J'ai parlé du vice de transition; examinons plus brièvement les vices du quadrille de conflit.
1°. Les amours vénaux. Il en est de beaucoup d'espèces : la vénalité en amour ne se borne pas aux filles du bazar. Combien d'hommes et femmes de haut parage sont enclins à ce genre de corruption ! Sanchez est d'avis qu'une femme a le droit de se vêtir d'un fichu clair quand elle va solliciter un procès: dans ce cas, la solliciteuse et le juge qui s'y laisse prendre ne sont-ils pas deux cham-
pions d'amour vénal? On pourrait leur accoler beaucoup d'autres classes et des plus huppées ; mais soyons discrets en parlant de la bonne compagnie.
Quant au peuple , sa yénalité- en amour n'est pas un mystère : on en connaît même les tarifs, comme ceux des prix courants de la bourse : et faut-il s'en étonner, quand on voit des tarifs établis sur des vertus de plus fort calibre, comme celles des représentants d'une nation ?Walpole ne disaît-il pas qu'il avait dans son portefeuille le tarif de toutes les probités du parlement d'Angleterre?
Sous le règne de telles mœurs, comment la politique , la morale et la religion atteindront-elles à leur but , au bonheur domestique fondé sur la fidélité conjugale des épouses, la continence des filles, et le règne de l'auguste vérité dans les relations domestiques?
2°. Les amours secrets. C'est encore une kyrielle des plus volumineuses. J'en abandonne le compte aux statisticiens; ils en rempliront pour la seule ville de Paris dix tomes aussi épais que l'almanach royal. Tout ce manège pourtant est violation des lois morales , civiles et religieuses : quelle insubordination dans ce monde galant, quelle rébellion à la morale douce et pure! et comment, à l'aspect de tant d'infractions notoires ou secrètes, peuton tarder à reconnaître
Ou que le régime des amours est organisé à contresens des convenances de la vérité et de la morale ;
Ou que si un tel régime est inséparable de la civilisation , cette société est l'antipode de la morale et de la vérité?
3°, Les mœurs du petit mande, et surtout de la catégorie nommée petites bourgeoises, boutiquiéres , grisettes, etc. Elles sont, ayant le mariage, une classe de
femmes entièrement libres , surtout dans les grandes villes. Elles ont des amants affichés , à la barbe de père et mère ; elles en ont à rechange en toute occasion , tanl connus qu'inconnus ; enfin elles jouissent à profusion de ce qui esl refusé aux demoiselles d'un rang supérieur. Elles passent leur jeunesse à voltiger d'homme en homme. Vraies jocondines , elles n'en sont que plus intelligentes au travail , et plus habiles à empaumer qùelqu'innocent , qui les épouse quand elles sont sur le retour»
Cette classe est par le fait émancipée, aussi bien que s'il existait pleine liberté en amour. Et pourtant ladite classe, ouvertement dégagée du frein des fois civiles, religieuses et morales, forme moitié de la population féminine des grandes villes , où les saines doctrines de la morale douce et pure sont prodiguées au peuple.
En fait de petit monde , je m'abstiens de citer les soubrettes et chambrières, qui sont censées n'avoir pas connaissance des lois de continence; du moins agissent-elles comme si elles n'en avaient jamais ouï parler, bien qu'elles soient , comme les petites bourgeoises , assidues au prône, où on leur enseigne ces préceptes. Que penser, après cela , des mesures prises par la politique, la religion et la morale, pour mettre un frein aux amours? Ne doit-on pas soupçonner un trio d'erreurs dans les trois systèmes répressifs?
4°. Les mœurs du grand manie, ou classe des gens comme ftfaut, qui se dispensent des lois morales, tout en les protégeant comme bonnes à contenir le petit peuple. Chez des gens comme il faut, le mari a ses mattresses connqes, et la dame ses amants connus. Cela concourt à l'harmonie du ménage. C'est ce qu'on appelle savoir vivre.
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Un petit inconvénient de ces mœurs dites comme il faut est qu'on ne sait trop de quel père sont les enfants : mais la loi is pater est, etc. ,.y a pourvu, et ne laisse aucune équivoque, en dépit de certaines ressemblances qui pourraient jeter du louche sur l'origine des tendres enfants.
La médecine vient à l'appui de la loi , en déclarant que ces ressemblances peuvent provenir de regards que la femme enceinte aura jetés sur quelqu'homme dont la physionomie l'aura frappée. A-t-elle regardé un nègre , c'en est assez pour qu'elle accouche d'un mulâtre ! Or, si l'affaire ne lient qu'à des regards , un mari aurait bien mauvaise grâce à concevoir des doutes, contre le témoignage de la loi et de la médecine , aussi infaillibles l'une que l'autre.
D'autre part , des voisins et amis bien endoctrinés garantissent au père que cet enfant lui ressemble beaucoup. Les gens qui n'en croient rien se bornent au silence; dès-lors tout s'accorde à favoriser et légitimer la fraude sur pareil article.
D'ailleurs, n'est-il pas de fort mauvais ton d'être jaloux de sa femme? Si l'on veut mériter le litre de bon mari, il faut avoir une foi vive et croire qu'il ne peut rien se passer entre gens de bonne compagnie. Voilà le précepte moral , quant aux bourgeois.
Mais les maris du grand monde y regardent-ils de si près? La plupart ont spéculé sur une dot ou une alliance utile ; ils ne sont peut-être pas trompés suifêe point . Souvent encore ils ont une spéculation accessoire et fort commode, qui est d'attirer chez eux, à titre d'amies de madame , force jeunes femmes et demoiselles , les courtiser du gré même de la dame qui ferme les yeux, selon la règle, passe-moi la rhubarbe , je te passe le séni^
Dans le cas de ce concert anti-moral d'une jeune femme et d'un mari rusé qui s'entend avec elle pour faire du ma* riage un masque d'intrigues , la maison devient une arène de haut tripotage où l'on dirige l'opinion, où l'on fait et défait les réputations. Une telle coterie est en grand crédit; elle exerce le matronage composé, qui est une des belles ordures de civilisation , un des trophées de l'auguste vérité. Ladite maison a plein accès vers les puissances; elle obtient les grâces, les sinécures; elle fait des colonels, de l'aveu même de Bonaparte, -qui reprochait à pareilles dames de s'en être vantées. Si elles en faisaient sous lui, sous quel règne n'en feront-elles pas ?
Une matrone simple se fait tancer et rançonner par la police; une matrone composée, opérant sous l'égide du mariage et du mari, marche à la haute fortune, distribue des sinécures. Tant il est vrai qu'en vice comme en vertu, la nature n'attache lo bonheur qu'au mouvement composé.
Ainsi va le monde civilisé, il n'y a que dupes et rieurs. Faites de la morale et du mariage un masque d'orgie , et tout vous réussira. Critiques rebattues, si l'on veut, mais nécessaires dans une réplique aux partisans de la contrainte : il faut les confondre par le tableau des fruits de leur système.
Voilà, en cinq articles, un exposé du rôle que joue l'auguste vérité dans le monde erotique. Voilà le quadrille de conflit bien établi en amour comme on le verra en famUlisme, branche de l'éducation, Trans-Lude. Singulier effet des dispositions de celle politique, dont tous les régulateurs prétendent à l'unité d'action , et ne jurent que par l'unité et la vèrilé. On ne saurait voir la fausseté et la quadruplicilé d'action mieux établies dans l'ordre
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mineur : peuvent-elles manquer d'envahir les relations majeures, ambition et amitié?
X II reste à parler du pivot en monde erotique : c'est la classe contenue et légalement vertueuse. Il est quelques jeunes personnes si bien surveillées par des pères et maris» qu'elles sont obligées, les unes à la continence, les autres è la fidélité. Leur nombre , bien plus petit qu'il ne paraît, accuse la loi qui rallie si peu de monde à son drapeau, et qui n'a guère de soldats que ceux qu'elle enchaîne. Si l'on distingue la classe des épouses fidèles en libres et forcées, pourrait-on garantir qu'après dix ans de mariage, il en restât
Un millionième de fidèles spontanément ; Un centième de fidèles forcément?
[La Bblyèbe.J
Lorsqu'une législation est parvenue à de tels résultats, on peut la sommer de se juger elle-même. Une loi n'estelle pas une œuvre de démence, quand elle ne compte pas un centième d'observateurs parmi ceux qu'elle doit régir ; quand elle créa parmi les 99/100"- quatre classes dont chacune opère à contre-sens du vœu de la loi , de la vérité et de l'unité, et ajoute à l'infraction quelque vice choquant, comme vénalité, fraude en lignée, etc., etc. ? Gomment se fait-il qu'en voyant de telles bizarreries, un tel conflit de faussetés, la philosophie dite Politique ait tardé 3000 ans à mettre en question, s'il n'y a pas aberration du génie social dans cette législation répressive des amours , si elle est le ressort à employer pour conduire les nations dans les voies de la vérité ?
§.2. — Morale. Examinons si, en spéculant sur le système répressif, la morale aura mieux réussi que la politique à établir le règne de la vérité dans les relations
mineures. Je les ai analysées politiquement en sens d'amour; nous les envisagerons ici en sens de famillisme.
La morale considérant l'amour comme un léger accessoire , et ne plaçant le bonheur de l'homme que dans les plaisirs de famille , l'union des ménages et les vertus champêtres, il faut, pour abonder dans son sens, traiter spécialement la branche familiale des relations mineures. Distinguons-la en plaisirs conjugaux et plaisirs paternels.
Dans les tableaux que j'en vais donner, on se rappellera que je parle de la classe immensément nombreuse qui n'a que le nécessaire de fortune. La classe riche n'élant qu'en très-petite exception ne saurait entrer en compte dans les analyses générales, où l'exception, comme partout, confirme la règle.
Gamme des disgrâces de lNétat conjugal*
K Le veuvage. 5 L'orphelinage composé. 1 . Le malheur hasardé. 7. Le dise or d en éducation.
a. La disparate de goûts. 8. Les placements et dots.