CHAPITRE PREMIER
Esprit et intérêts de la classe pauvre en Harmonie : effets de propriété composée.
Antienne. Une étude routinière doit commencer par des notions superficielles, par une reconnaissance du terrain. Tel a été l'objet de la 4re. section, bornée à des esquisses, à un coup d'œil sur le matériel de la Phalange, de $es édifices, de ses cultures , de ses exercices, etc.
Nous avons à démontrer que le travail par Séries sera attrayant pour les riches mêmes : il a fallu d'abord leur peindre l'ensemble d'une campagne sociétaire; les tableaux qu'on vient d'en lire ont de quoi séduire ; l'amorce ira croissant, si nous jetons en 2e. section un coup d'œil sur le mécanisme passionnel, sur la partie politique et morale des relations harmoniennes. Ensuite nous passerons (3e. et 4e. sections ) au détail des quantités et qualités du produit que fournit ce nouvel ordre social : de là nous nous élèverons par degrés au traité de l'équilibre sociétaire, ou des ressorts d'attraction qui font mouvoir et maintiennent en plein accord cette vaste mécanique de toutes les inégalités et de tous les contrastes.
Supposons-nous y transportés : c'est le moral que nous allons examiner. Le premier spectacle qui frappera l'observateur, sera celui de l'insouciance générale en affaires d'intérêt. Des êtres tout au plaisir; pas un seul
qui songe au besoin d'argent, aux moyens de fortune! Les pères mêmes, si inquiets dans l'état civilisé, ïtficheront plus d'incurie que n'en ont aujourd'hui leurs enfants. Nul souci pour marier une fille ou placer un fils ! Les mariages harmoniens ne coûtent pas une obole ; point de frais d'établissement : c'est la Phalange qui tient le ménage, et les jeunes époux, en se livrant au plaisir, à l'attraction industrielle, gagnent toujours plus qu'ils ne consomment. Ils ne sont astreints à aucun soin des enfants; c'est la Phafange qui en fournit le trousseau, et qui pourvoit à toute l'éducation jusqu'à trois ans, où l'enfant déjà attiré au travail fait un bénéfice égal à sa dépense.
Là finissent les ennuis paternels sur le placement des enfants. Ils sont tous placés à l'agriculture et aux manufactures, jouissant du minimum sociétaire: il n'est plus besoin de sollicitude sur leur établissement.'
Libre de tous soins domestiques, un chef de famille n'atteindrait encore qu'au bonheur négatif ou absence d'ennuis : il faut l'élever au bien-être positif ou jouissance active. Le voilà dégagé de cet esprit soucieux, de cette crainte des pièges sociaux dont il redoutait le danger pour des enfants moins exereés que lui. Cette sécurité ne suffit point au bonheur; il faut lui procurer des leviers d'intrigue , des charmes de bonne fortune , qui le tiennent en joie permanente (183).
La principale source de gaieté chez les Harmoniens, c'est la fréquente variété de séances. La vie est un supplice perpétuel pour nos ouvriers obligés d'employer douze heures consécutives, et souvent quinze, à un travail fastidieux. Les ministres mêmes n'en sont pas êïèmpts; on en voit qui se plaignent d'avoir passé une journée entière à l'ahurissante besogne d'apposer sa signature sur
des milliers de pièces comptables. Ces ennuis sont inconnus dfes Tordre sociétaire ; les Harmoniens qui ne donnent aux séances qu'une heure, une heure 1/2, deux heures au plus, et qui dans ces courtes stations sont soutenus d'impulsions cabalistiques et de corporation amicale avec des sectaires choisis, ne sauraient manquer de porter et trouver partout la gaieté.
Les liaisons sont faciles quand la fourberie est impossible : aussi l'observateur serait-il étonné de voir les sociétaires d'une Phalange en pleine intimité, sans acception des différences de rang. Le riche n'a plus à redouter les approches du pauvre, quand celui-ci, pourvu d'un minimum suffisant , n'a rien à solliciter. De là naîtra cette fraternité rêvée par nos prétendus philanthropes : elle existe pleinement dans l'Association, et ce prodige moral doit être le premier objet de nos analyses dans les chap. 1 et 2, donnés aux aperçus moraux.
— Avant d'expliquer par quelles méthodes une Phalange concilie les intérêts de tant de sociétaires inégaux, et parvient à satisfaire pleinement chacun d'entre eux dans la triple rétribution assignée au travail, au capital et aux talents, il faut préluder sur les liens moraux qui unissent tant d'associés disparates, qui établissent une amitié sincère, et même un dévouement aveugle entre les classes riche et pauvre, si inconciliables dans le système civilisé, où les riches sont ligués pour spolier les pauvres» où le pauvre est intéressé à duper le riche, et où la classe moyenne déteste les grands et les petits.
Un des ressorts les plus puissants pour concilier le pauvre et le riche, c'est l'esprit de propriété sociétaire
lltRE 1. SECÎIOft II. Sf T
OU composée. Le pauvre, en Harmonie, ne possédât-if qu'une parcelle d'action, qu'un vingtième , ^ propriétaire du canton entier, en participation; il peut dire , c nos terres, notre palars, dos châteaux, nos forêts, nos fabriques , nos usines. » Tout est sa propriété; il est in* tèressê à tout l'ensemble du mobilier et du territoire.
Si -dans l'état actuel on détériore une forêt, cent paysans le verront avec insouciance. La forêt est propriété simple ; elle n'appartient qu'au seigneur ; ils se réjouissent de ce qui peut lui prèjudieier, et s'efforceront furtivement d'accroître le dégât. Si le torrent emporte des terres , les trois quarts des habitants n'en ont pas sur ses bords et se rient du dommage. Souvent ils se réjouissent de voir les eaux ravager le patrimoine d'un riche voisin , dont la propriété est simple , dépourvue de liens avec la masse des habitants à qui elle n'inspire aucun intérêt.
*£n Harmonie, où les intérêts sont combinés et où chacun est associé, ne fût-ce que pour la portion de bénéfice assignée au travail , chacun désire constamment la prospérité du canton entier; chacun souffre du dommage qu'essuie la moindre portion du territoire. Ainsi, par intérêt personnel , la bienveillance est déjà générale entre les sociétaires, par cela seul qu'ils ne sont pas salariés, mais co-intéressés; sachant que toute lésion sur le produit, ne fùt-elle que de douze oboles, ôtera cinq oboles à ceux qui, privés de fortune et d'actions, n'ont part qu'au dividende industriel fixé , comme on l'a déjà vu, à trois classes de dividendes :
1er., S/12 au travail; 2*., 4/12 au capital; 3*., 3/12 au talent.
Ce serait un sujet de jalousie pour la classe populaire,
que ce 2e. dividende affecté au capital , si elle avait peu de mayentfMt'y participer» D'autre part, les jeunes gens n'auront qu'on faible lot sur le 3e. dividende affecté au talent ; de sorte qu'un jeune homme pauvre ne porterait au bien général que peu d'intérêt, beaucoup moins que l'homme d'Âge mûr, qui a d'ordinaire des capitaux et des moyens d'expérience ou de science pour obtenir part aux 1er. et 3e. dividendes.
La jeunesse d'Harmonie n'est point sujette à cette privation; elle a communément une part aux deux dividendes, capital et talent* Rien n'est plus aisé dans. cet ordre que de posséder de bonne heure un petit capital. Tout enfant obtient des legs, à titre d'adoptif industriel de riches vieillards , qui voient en lui le soutien de leur industrie favorite. En outre, l'enfant dans sa jeunesse étant constamment attiré au travail , ne peut pas dépenser autant qu'il gagne , et se trouve à son entrée en minorité (à 9 ans), propriétaire d'un petit pécule, fruit de ses économies. (Voyez la preuve, section de l'éducation. )
Le peuple , c'est-à-dire la 3e. classe , a bien d'autres moyens d'acquérir un capital. Gomme on lui fait l'avance de tout son nécessaire annuel, en nourriture , bêtement et logement, il n'est pas dans le cas de s'arriérer ni s'endetter. Il ne va pas dépenser au cabaret ni aux loteries le fruit de son travail : il ne manque de rien et ne donne plus dans ces rêves de fortune causés parle défaut du nécessaire : il n'a pas besoin de perdre deux journées de dimanche et lundi à se délasser des fatigues de la semaine et en oublier les ennuis, puisque son travail est métamorphosé en plaisir continu. La dépense du peuple est communément bornée à la dette du minimum à lui avancé, et inférieure au produit de son travail.
Le peuple a donc dès la lre. année un petit capital à placer, ne fût-ce qu'un 100e. d'action. Dès Rfrs il est in* tëressé dans la 2e. classe de dividendes, et on verra plus loin qu'il est, pour les enfants mômes , des chances d' intérêt dans le 3e. dividende affecté au talent. Le système d'Harmonie serait imparfait et mal lié , s'il ne s'attachait, pas à intéresser chaque sociétaire par les trois ressorts , capital, travail et talent. La bienveillance ne serait pas générale et réciproque , si le mécanisme' péchait sur ('un de ces trois liens.
On sait quel est , sur les industrieux, l'effet de l'asso^ ciation et de la propriété. Tel paratt fainéant quand fl travaille à gages, pour le compte d'autrui; mais du moment où une association de commerce lui a inoculé l'esprit de propriété et de participation, il devient un prodige de diligence, et on dit de lui: Ce n'est plus le même homme; on ne le reconnaît plus. Pourquoi? C'est qu'il est devenu propriétaire composé. Son émulation est d'autant plus précieuse, qu'il opère pour une masse d'associés et non pour lui seul , comme le petit cultivateur tant vanté par la morale , et qui n'est autre chose qu'un égoïste : la pauvre morale qui a partout la main malheureuse , ne sait prôner que les sources de vice. Il fallait bien qu'elle finit par vanter le commerce libre, ou domaine du mensonge.
L'influence émulative de l'Association, déjà remarquable dans l'état actuel, sera bien autrement puissante dans l'Harmonie, où elle sera soutenue de toutes les affections les plus nobles, ainsi qu'on le verra plus loin. Mais pour me prêter à l'esprit dominant des civilisés , au simplisme ou manie des ressorts simples, je n'envisage, dans ce prélude , l'émulation du pauvre que sous le rap-
port de l'intérêt pécuniaire, sans parler des ressorts nobles , Ctitune l'amitié, la gloire, le patriotisme, etc. , qui interviennent en tout sens dans le mécanisme industriel des Séries pass.
Il faut aimer le travail, disent nos sages : eh! comment filire? qu'a-t-il d'aimable en civilisation, pour les 9/10* . des êtres à qui il ne procure que de l'ennui sans bénéfice? Aussi est-il généralement répugné des riches, qui n'en exercent que la partie lucrative et commode, que la direction. Gomment le faire aimer du pauvre, quand on ne sait pas le rendre aimable au riche, par l'élégance des ateliers, la division des fonctions, la politesse et la loyauté des coopêrateurs? Toutes ces conditions , impraticables en civilisation , ne peuvent exister que dans les Séries passionnelles.
Outre les inconvénients attachés aux travaux civilisés, comme la malpropreté de certains ateliers, la grossièreté des paysans, la complication, le larcio, l'isolement, l'ennui, le risque de perte, etc., il en est un bien plus grand; c'est la nécessité de surveiller toutes les branches, et souvent les toutes exercer. Tel homme riche aimerait assez à cultiver fleurs et fruits ; mais il n'a pas le courage de faire venir les graines et plantes, il craint d'être dupe des marchands, et il ne l'éviterait pas. Il est découragé par l'insouciance d'un fils et d'un gendre , qui laisseront après lui dépérir ses cultures ; il n'est entouré que d'ouvriers maladroits, insouciants, fripons, haineux; de voisins railleurs et ignares qui ridiculisent son travail; d'enfants qui viennent ravager méchamment le parterre; de femmes qui le dévastent plus sottement encore; car elles ne connaissent rien aux fleurs, et croient foire trop d'honneur au fleuriste en coupant et sabrant ses carreaux,
UVRB I. SBCTION II. 521
sans savoir discerner les espèces, ni donner au cultivateur un éloge raisonné. Dans cet état de chos^v comment rendrait-on l'industrie agréable au pauvre , quand tous tes obstacles s'unissent pour en dégoûter même le riche ? Observons l'effet contraire en Association.
Mondor veut cultiver des pêches; mais il ne veut pas se mêler de la destruction des insectes qui dévorent les pêchers. Il ne s'en occupera pas dans la Série des pêchistes : la poursuite des insectes est confiée à quelques enfants aspirants , et dirigés par un patriarche doyen de cette Série. Mondor a le double avantage de ne pas se mettre en peine de cet important travail, et de le voir parfaitement exécuté par des élèves de Série, la plupart pauvres , que «e travail rendra intéressants à ses yeux. Mondor n'aime pas à s'occuper des greffes ; il en laisse le soin au groupe des greffieurs, composé de quelques praticiens habiles, et il en adqiire les succès. Mondor n'aimerait pas se charger d'une correspondance pour l'extraction des espèces précieuses; il se repose de ce travail sur le groupe du secrétariat de Série, qui recueille tous les renseignements nécessaires.
Quel est donc l'emploi de Mondor? Il aime à s'occuper de la taille des espaliers ; il a des prétentions dans l'art d'émonder l'arbre et le faire fructifier abondamment; il se fait une fête, au printemps, d'arriver, la serpette à la main, avec le groupe des émondeurs; il fourmi avec empressement une séance de deux heures au milieu de sectaires bien vêtus, polis, loyaux, bienveillants, et tous attirés comme lui, par passion, à ce genre de travail.
Tous les sectaires, félicitent Mondor sur son habileté : il paie même tribut de louanges aux divers groupes qui ont secondé son travail dans les diverses branches d'éche-
nillage» greffe , correspondance , etc. Comme -chef d'apparat ou Cfljonel de la Série » Hondor est celai qui reçoit les compliments de la Phalange et des étrangers , sur les fruits de cette Série» dont les séances industrielles ont été pour lui autant de parties de plaisir. Comment ne serait-il pas attiré à ce travail , dont il n'a exercé que la branche qu'il lui a plu de choisir, que l'émondage ou taille des arbres?
S'il veut en civilisation cultiver des arbres à fruit, quel plaisir 7 trouvera-t-il? Des contrariétés sans nombre» des fraudes et dégoûts qui se termineront peut-être par le vol de ses fruits » comme il arriva à un maréchal de Biron qui aimait beaucoup cette culture. Tous ses fruits lui furent volés en une nuit » à la veille de la récolte : il était vieux et en mourut de chagrin. Le vol , un des nombreux obstacles qui disparaissent dans l'Harmonie , suffirait à lui seul pour dégoûter de la culture les riches civilisés.
Rallions ce parallèle au principe» sujet de ce chapitre. MoQjdor est heureux et secondé, parce qu'il est propriétaire composé, dont les intérêts sont liés à ceux de tout ce qui l'entoure. Biron n'est que propriétaire simple, sans intérêt sociétaire avec ses agents et voisins ; il est trahi par eux; c'est la loi de nature. Si Dieu nous destine à l'Association, n'est-il pas dans l'ordre que l'homme soit malheureux hors, du mécanisme voulu par Dieu?
Les ressorts qui» eu Harmonie» attachent les riches à l'industrie» sont les mêmes qui attachent les pauvres à.la classe riche. Phébon est sans fortune; mais il est précieux dans plusieurs Séries» par ses connaissances pratiques. Il est recherché dans les assemblées cabalistiques et les repas de corps que donnent tous leschefs d'apparat.
D'ordAire les groupes et Séries élisent, pour chefs de parade, les plus riches sectaires; et pour chqfe de direction, les plus instruits. Or, il est d'usage que les chefs d'apparat traitent, chacun une fois par an , les inférieurs de leur Série ou de leur groupe , et flattent celui qui sert les rivalités par ses lumières.
D'autre part, les pauvres, en affaires de parti, s'attachent fortement à un chef opulent qui apprécie leur travail , leur influence , et qui s'unit cabalistiquement avec eux. De là vient que le vieillard aujourd'hui le plus pauvre et le plus dédaigné , est en Harmonie trèsrecherché des riches , parce qu'il a nécessairement acquis une grande expérience dans toutes les Séries qu'il a fréquentées pendant sa jeunesse. Il devient, précieux à tous les chefs opulents de ces Séries ; Us voient en lui le soutien de leurs cabales émulatives.
D'ailleurs , Phébon n'est pas pauvre s'il est avancé en âge; car il peut se classer au chœur 15 des Vénérables, qui a droit à un service de 2e. classe , et jouit d'autres avantages. Or, dès que le pauvre n'a rien à demander, la défiance du riche est dissipée ; d'autant mieux que l'éducation d'Harmonie donne au pauvre des manières aussi polies que celles du riche. Dès lors il ne reste plus, entre ces deux classes, aucun de ces nombreux motifs d'antipathie qui aujourd'hui obligent le riche à se tenir sans cesse en garde contre l'indigent.
Si la vieillesse pauvre a tant de moyens d'intimité avec la classe riche, il en est bien davantage pour la jeunesse pauvre : on en jugera aux chapitres spéciaux. Je n'ai envisagé ici que le problème le plus difficile , celui d'union entre les deux classes extrêmes, sous le rapport de l'intérêt qui , aujourd'hui , établit entre ces deux classes une
guerre de lait, par tes tentatives continuelles d^aavre pour spoli* individuellement le riche , et du riche pour spolier collectivement les pauvres.
Dans les chapitres suivants , où je traiterai du faste des Séries, de l'élégance de leurs ateliers et autres appâts attrayants pour les riches , on comprendra mieux encore que l'homme riche prenne parti dans une quarantaine de sectes agricoles et manufacturières qui s'empresseront de l'amorcer, en lui offrant la partie la plus attrayante du travail.
D'ailleurs , l'attraction qui est bizarrement distribuée par la nature , entraînera peut-être Moqdor aui fonctions les plus rebutantes. Ce n'est pas un travail bien séduisant que celui de serrurier; cependant le Roi Louis XVI en faisait sa récréation favorite.
Ainsi, parmi les enfants élevés dans l'Harmonie» on verra souvent les plus riches se passionner pour les travaux qui nous semblent grossiers» et qui ne le seront plus dans les brillants ateliers de ce nouvel ordre ; car, dit un adage» c il n'est point de sot métier; il n'est que de sottes gens, t
Admettons provisoirement cette convenance industrielle des diverses classes harmoniennes ; elle sera étayée plus loin de cent démonstrations : raisonnons sur cette hy-
Le peuple d'Harmonie qui verra. sans cesse le riche se mêler à ses groupes, à ses sectes, et qui d'ailleurs sera bien pourvu du nécessaire , bien assuré de rétribution et avancement proportionnel à son travail; ce peuple, qui aura de nombreuses perspectives de fortune dont je parlerai plus loin , perdra entièrement sa malveillance contre les riches : il se façonnera subitement à leurs mœurs polies , et prendra en quelques mois les manières que
LJVRE I. SECTION 11. 82S
prend un parvenu installé dans un château. Ces parvenus n'ont pas le stimulant d'une critique amicale et franche qui s'exercera dans les groupes industriels ; ils sont au contraire flattés, abusés par tout ce qui les entoure; et cette flagornerie retarde beaucoup leurpolissement. Mais dans l'ordre sociétaire, où chacun prend le goût du bon ton , le peuple pourra , à l'aide de l'ironie amicale , atteindre aux manières polies beaucoup plus promptement que nos parvenus, à qui personne n'ose adresser de remontrances.
Je n'ai envisagé ici les liens moraux que sous le rapport de l'intérêt; ce n'est pas la moindre des passions; et quand on pourra , en généralisant la propriété composée ,' créer une coïncidence d'intérêts entre les trois classes , riche, moyenne et pauvre, il sera facile de tes concilier sur d'autres points.
J'ai dû débuter par l'objet principal en morale et en politique, par le problème d'établir, entre les trois classes, une identité, une manche unitaire en vues d'intérêt. Tant que cet obstacle a*est pas surmonté, comment ose-t-on parler de politique et de morale? QueJ concert politique peut-il exister dans un régime industriel où les trois classes essentiellement divisées d'intérêt, ne cher*chent qu'à se tromper et s'opprimer sous les masques de patriotisme ou de bon ordre? Et d'autre part, quelle moralité espérer dans un état social où les intérêts de l'individu sont en discorde avec ceux de la masse ? Un tel ordre peut-il produire autre chose que tes deux caractères pivotaux de civilisation, Y égoïsme général et \ duplicité (faction (504) ? Je reprendrai cet argument h la Postienne : continuons à jeter un coup d'oeil sur la politique et la morale du régime sociétaire.