‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 4)Chapitre 81 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Système bi-composé des approvisionnements sociétaires.

Une section d'aperçus en morale et en politique serait bien incomplète si elle ne touchait pas à la question primordiale en politique, celle des subsistances, dont la rareté, très-fréquente en civilisation (années 1808 et 1812), y devient un germe de commotions populaires. On a perfectionné tant de sciences inutiles; on ignore encore celle d'assurer la subsistance générale !

Dans l'ordre sociétaire , elle doit être garantie en mode bi-composé , en quadruple source. Pour expliquer ce mécanisme, dissertons d'abord sur le choix des denrées de base alimentaire, et sur les proportions de culture que devra adopter la masse du globe après son organisation.

L'état civilisé et barbare , obligé de nourrir une multitude affamée, qui souvent manque de provisions suffisantes pour attendre les récoltes, n'a pas d'option ni.d'alter-

native sur les denrées primordiales. Tout le système alimentaire des civilisés roule communément sur un seul comestible : du froment en Europe , du riz en Asie , du mais au Mexique , du manioc aux Antilles.

Voilà le nec plus ultra de notre politique, toujours simpliste dans ses plans. Aussi est-on assuré de voir la famine , si le blé Tient à manquer en France ou en Italie , et si le riz manque dans l'Indostan ou la Chine.

On a depuis peu ménagé une légère alternative, par la culture de la pomme de terre, qui supplée en partie les graminées ; mais cette ressource est fort mal organisée ; on ne sait pas garder les pommes de terre au delà du mois d'avril , époque où elles germent partout et deviennent immangeables.

Les sociétés ayant commencé dans la zone tempérée ont dû se fixer aux denrées qu'elle produit. Mais quand toutes les zones seront cultivées , quand on pourra spéculer sur divers comestibles également abondants et faciles à extraire des trois zones, quand l'extraction n'éprouvera ni entraves matérielles par les guerres, douanes et prohibitions, ni entraves politiques par les fourberies commerciales, conviendra-t-il de fonder sur les graminées la substance de la multitude? Non : l'Harmonie, qui n'opère jamais qu'en système composé , se créera un t système de subsistance, » combinant les productions de diverses zones.

Elle fera peu d'usage du pain , par triple raison.

1°. Le pain, substance pénible à fabriquer (20), est peu attrayant pour le peuple , qui en tous pays préfère la viande et autres comestibles ; et d'autre part, le grain platt beaucoup aux animaux et volailles , dont on élèvera une énorme quantité.

2°. Le pain est faible d'attraction industrielle ; tous les travaux qui tiennent à la production et manutention du pain, comme labourage, moisson, battage, pétrissage, etc., sont si peu attrayants, qu'il faudra les renforcer d'attraction par le moyen de cohortes vicinales , ou armées de 1er. degré.

3°. Le pain, aliment peu flatteur pour le goût, est astreint à une fabrication journalière. Elle sera dispendieuse en Harmonie , où il faut allouer à chaque Série une rétribution d'autant plus forte , que son attribution industrielle est plus faible et ses travaux plus fréquents.

D'après ces données; il est certain que le prix du pain en Harmonie sera à peu près double de ce qu'il est, année commune , en civilisation , où l'on ne tient aucun compte de la dose d'Attraction qu'excite un travail. Cette cherté du pain sera fort indifférente au peuple, pourvu qu'il soit bien approvisionné de subsistances mieux assorties au goût général.

Quels comestibles devront l'emporter sur le pain et former la ressource principale des peuples ? C'est l'Attraction qui va nous l'indiquer ; consultons celle des divers Âges, et d'abord des enfants.

Si on leur présente les trois comestibles suivants, une livre de pain, une livre de fruit , une livre de sucre , leur choix ne sera pas douteux : ils se disputeront le sucre et les fruits, et dédaigneront le pain. Quels sont les mets que recherche l'enfant? Il aime en régime simple des fruits et du laitage ; puis en régime composé , il aime ces objets unis au sucre, les confitures , les crèmes sucrées, et même les aliments à 1/4 de sucre , nommés compotes et marmelades.

Telle est la nourriture qu'indique l'Attraction pour les

enfants. Et pourquoi la nature leur inspire-t-elle ce goût? C'est qu'il convient que l'homme s'alimente en mode bi-composé , amalgamant les produits de sa zone et de diverses zones , choisis parmi ceux dont la fabrication est peu coûteuse. Or, on verra dans les chapitres spéciaux , que les mets cités plus haut, les compotes et marmelades, les croquets et crèmes sucrées, et enfin les aliments à quart de sucre , coûteront beaucoup moins en Harmonie que le pain. Ils auront de plus l'avantage d'unir Les zones, et les faire intervenir combinément dans le régime de subsistance générale. Celte méthode, qui serait dispendieuse en civilisation, devient économique en Harmonie et nécessaire aux liens généraux.

D'ailleurs, quand le globe entier sera en exploitation régulière , comment consommerait-on l'immense quantité de sucre que produira la zone torride , si on ne faisait pas intervenir le sucre dans les comestibles populaires des zones tempérée et fraîche (je ne dis pas zone glaciale, car elle ne sera que fraîche après la restauration climatôrique, note A) ? Il conviendra donc de provoquer la consommation du sucre, vu la facilité de conserver ce comestible , et l'économie attachée aux fabrications sucrées, dont quelques-unes , comme la confiture fine , peuvent être préparées pour un an (19); tandis que le travail du pain se renouvelle de 1 en 1-, 2 en 2, 3 en 3 jours , selon les qualités. Il n'est aucune espèce de bon pain dont la durée s'étende à quatre jours. Celui de nos paysans dure quelquefois une quinzaine ; mais les Harmoniens ne mangeront pas de pareilles ordures, bonnes pour des civilisés.

L'objection sur les propriétés vermineuses des aliments sucrés a été réfutée (20) par l'emploi des vins

blancs, sucs de citron et autres boissons acidulées, qui corrigeront le vice vermineux. Il sera encore mieux prévenu par la vie laborieuse et l'exercice très-varié auquel se livreront passionnément les enfants d'Harmonie, dont les fonctions varieront à peu près d'heure en heure.

Les goûts des femmes , en comestibles, se rapprochent assez de ceux des enfants. L'éducation harmonienne leur donnera 9 pour la gastronomie , un penchant dont elles sont tout À fait dépourvues en civilisation , où les amourettes et les bals rendent le sexe féminin fort indifférent pour la table. Ce serait un très-grand vice en Harmonie , où chaque classe et chaque sexe doivent être élevés au développement complet des 43 passions.

Bref, les trois sexes font peu de cas du pain; et, comme il sera plus coûteux que les légumes et comestibles cités, il deviendra un objet de faible importance dans le système alimentaire de l'Harmonie, conformément au vœu de l'Attraction qui n'est point pour le pain. Déjà les Allemands et Anglais n'en consomment que très-peu, à peine le tiers de ce qu'en mangent les Français. Le bon choix et la délicatesse des pommes de terre, joints au bas prix des vins , feront préférer assez généralement ce légume , qui exige si peu de préparatifs.

En conséquence , l'Harmonie tendra à multiplier considérablement les troupeaux, volailles, pâturages, vergers , jardins , et réduira beaucoup ces immenses et tristes champs de blé que présentent les campagnes civilisées.

L'affluenee de bestiaux devant donner une masse énorme d'engrais , l'Harmonie , en cultivant seulement deux tiers des terres emblavées aujourd'hui , en recueillera plus de grain que n'en récoite la civilisation sur

double terrain» parce qu'on négligera tous les terrains médiocres, sur lesquels les civilisés cultivent des céréales d'un aspect pitoyable f comme celles de la Champagne et des environs de Paris. Ces mauvais terrains seront affectés à d'autres emplois, ou remblayés de bonne terre, ou réunis aux forêts, dont on distraira diverses parcelles convenables à la culture.

Chaque Phalange aura toujours des approvisionnements qui la mettront à l'abri de la famine pour deux ans. Elle fera usage de Silos ou greniers souterrains privés d'air, évitant la double dépense de l'éventement périodique des blés , et de l'énorme surface de bâtiments qu'occupent ces grains dans nos magasins.

On conservera de même en greniers souterrains les pommes de terre et autres légumes que la civilisation ne sait pas conduire jusqu'à la récolte suivante, sans germination, détérioration, aigreur , amertume , etc.

D'autre part , l'Harmonie n'amoncelle pas sur un terrain de peu d'étendue ces fourmilières de populace qu'on voit en Chine , en Bengale , en Naples et en Vurtemberg. Obligée de réserver partout des pâturages et surtout des forêts pour entretenir les sources et équilibrer la température, elle ne peut comporter sur le meilleur terrain , qu'un nombre limité d'habitants, qui n'excédera jamais 2000 par lieue carrée de 1 20 » au degré , et communément 1500 sur ladite surface.

Durant le 1er. siècle, elle emploiera en versements coloniaux ses excédants de population locale. On n'aura phis d'excédant au bout de deux siècles , parce que l'espèce humaine multiplie fort peu du moment où le mécanisme d'Harmonie est arrivé à sa plénitude et la race à sa pleine vigueur.

Dans le débat, la France , faute de terrain, sera obligée de verser au dehors 4 millions d'habitants superflus ; l'Italie et le Vurtemberg, en proportion. Ces contrées, quoique faisant des versements au début , remonteront ensuite au degré de population actuel ; mais ce ne sera que lentement et à mesure qu'on aura reconquis les montagnes déboisées, les landes, etc. Ces versements à titre de colonisation en souveraineté perpétuelle seront un grand avantage pour tout souverain qui aura du superflu de population.

Le but de l'Harmonie sera de mettre bien vite en culture la zone torride (II, 45), afin d'établir dans les consommations un équilibre d'attraction ; c'est-à-dire produire les denrées quelconques en proportion dirvœu de la multitude; élever promptement la masse du sucre commerciable au niveau de celle de la farine commerciable, qui aura plus de valeur que le sucre, quand l'ordre naturel ou équilibre bi-composé sera établi sur chaque zone.

Objectera-t-on que la population d'Europe n'est pas acclimatée aux régions équatoriales , et que le superflu qu'on y verserait , comme 4 millions de Français et autant d'Italiens , ne pourrait pas y cultiver Je sucre et autres denrées de climat chaud ? Cela est vrai; mais ces versements opéreront indirectement l'effet indiqué. On les colonisera dans les pays montueux et tempérés de l'équateur; là ils produiront les troupeaux , farines et objets nécessaires à entretenir les cultures des basses régions dont ils seront voisins. Si oh transporte 4 millions de Français sur l'Atlas et sur la grande chatne qui coupe l'Afrique depuis l' Abyssinie jusqu'au, Sénégal , ils ne seront pas fatigués de la climature tempérée de ces hautes mon-

tagnes , et ils aideront puissamment le travail des Phalanges Nègres qui cultiveront le sucre dansées basses régions. D'ailleurs, l'Afrique renferme 100 millions d'habitants, qui produiront d'emblée une énorme quantité de sucre, dès qu'on y aura fondé l'Harmonie et organisé l'industrie (II, 45).

La zone torride étant peu convenable à la culture du blé hors de pays montueux, comment la nourrirait-on dans l'Harmonie, si les Phalanges voulaient, selon la coutume française, manger du pain à profusion? Il faudrait donc que la zone tempérée continuât , selon la méthode civilisée , à ensemencer de froment la grande majorité des terres cultivables. Alors tomberait tout le système d'Harmonie, fondé sur l'abondance des jardins, vergers, pâturages , troupeaux, basse-cours et engrais. On aura assez à faire de semer les grains nécessaires aux animaux et volailles , notamment l'avoine, dont les nombreux chevaux d'Harmonie feront une ample consommation. Il conviendra de diminuer fortement celle du blé, par concurrence des mets sucrés , etc.

Admettons que les Harmoniens dociles à ce vœu renoncent à se gorger de pain, et s'adonnent aux aliments qui seront moins coûteux , comme viandes , légumes , laitages, confitures, compotes, fruits, [vins spiritueux nourrissants], etc. ; ils y trouveront triple avantage.

1°. Satisfaire le goût général, surtout celui des femmes et enfants, pour les laitages , compotes et fruits.

2°. Alimenter en juste proportion les cultures convenables aux diverses zones.

3°. Favoriser le développement de l'Attraction, qui entraîne fortement au soin des vergers, troupeaux , jardins.

872 associa* IOH COMPOSÉE.

Le pain est un aliment d'ordre simple, fait pour les périodes lyn&iques ioduslrielles, 3, 4, 5. L'aliment fondamental des périodes voisines de l'Harmonie doit être un composé, comme le Trait mêlé de sucre et réunissant des produits de deux zones. On verra au chapitre des caravanes que le transport du sucre sera très-peu coûteux , et que les extorsions commerciales et bénéfices intermédiaires étant impossibles dans l'Harmonie, rien ne s'opposera à ce qu'une région très-engagée dans les terres , comme celle des monts Altaï et du lac Baikal , ne fabrique encore la compote A plus bas prix que le pain.

Le pain à celte époque sera presqu'un aliment de luxe ; on n'en verra point de médiocre, parce que tout blé de qualité chélive sera découragé par la coutume de Y éclipse (note, 405). Cependant, malgré la faible consommation du pain , celle du froment sera encore considérable , vu la grande quantité de pâtisseries grasses ou sucrées qui se fabriqueront journellement dans chaque Phalange.

Le riz , qui dans les pays chauds alimente la classe inférieure, tombera en discrédit, si on ne trouve pas un moyen de le cultiver sans nuire à la salubrité ; peut-être suffirait-il de renouveler fréquemment les eaux dont il s'abreuve. Les Harmoniens parviendront aisément à découvrir le correctif nécessaire au méphitisme des rizières.

J'ai traité, plus haut (17, 18), de l'immensité des cultures de fruits en Harmonie, et du raffinement de soins qu'on y apporte. Cette industrie est à peu près nulle en civilisation, où les vergers sont abandonnés à eux-mêmes, sans qu'on daigne seulement enlever le gui ni le bois mort. Cette précieuse branche d'aliments va devenir, par combinaison avec le sucre, l'une des subsistances pivotales.

C'est principalement par les boissons assorties aux

goûts des trois sexes» que l'Harmonie l'emportera sur les pauyretés civilisées. Deux des sexes , les femmes et les enfants , n'ont aucune boisson favorite dans l'ordre actuel, où les hommes seuls sont comptés pour quelque chose ; encore ne sait-on pas leur procurer la boisson utile au cultivateur» le vin , dont il est dépourvu en tous pays.

L'état des choses favorisera, au début de l'Harmonie , les plantations de vigne en latitudes semi-torrides , où on recueillera facilement et abondamment les vins spiritueux, tels que Chypre , Madère, Xérès, Porto, Calabre, Shiras. Ils serviront à couper et soutenir les vins plats de France, Allemagne , Lombardie et autres, des latitudes 40 à 50, qui seront considérablement améliorés par la restauration climatèrique (note A, tom. II), et par les dispositions indiquées (11 et 12). Moyennant ce double secours de la nature et de l'art, les qualités seront tout à fait métamorphosées ; le vin de Surène (Paris) redeviendra ce qu'il était du temps de l'empereur Sévère, qui en vantait l'excellence; les coteaux d'Ecosse donneront des vins plus délicats que ceux qu'on recueille aujourd'hui dans la Touraine, jardin de la France.

La civilisation, qui ne spécule qu'en mode simple, compte pour rien les boissons en système d'approvisionnement. Elle veut que le peuple s'abreuve d'eau claire; et cependant il est connu, surtout depuis 1817, que le vin est à la fois nourriture [et préservatif pour le cultivateur. Aussi, en 1817 où il ne buvait que de l'eau , se plaignait-il d'avoir moins de santé et plus de faim. Je ne dis pas plus d'appétit, car c'était une faim désordonnée et causée par appauvrissement de l'estomac. S'il existe dans l'ordre actuel si peu de précautions pour l'approvisionnement du principal sexe en boissons , quel doit être

le dénûmqpt des deux autres, des femmes et des enfants, à qui la politique ne daigne pas même songer?

Une des boissons les plus générales en Harmonie sera la limonade , conyenable en été à beaucoup de tempéraments et surtout aux enfants. Aussi la zone tempérée chargera-t-elle, en pommes reinettes , beaucoup de flottes qui reviendront chargées de citrons (21 ) : au reste, ce fruit pourra aisément croître sur les bords de la Seine et du Danube , par suite de la culture intégrale composée (note A).

Les boissons actuelles de pays froid, comme bière, cidre, etc., ne seront plus boissons de table, à moins de préférence individuelle ; car les climats les plus ingrats trouveront, dans le produit de leur travail , de quoi s'approvisionner à peu de frais de vins excellents et assortis aux divers goûts des trois sexes, dont aujourd'hui deux sont comptés pour rien dans ce genre d'approvisionnement. D'ailleurs, en civilisation le paysan qui cultive le froment et le vin mange du pain d'orge et boit de la piquette, pendant que les philosophes lui chantent la perfectibilité des abstractions métaphysiques.

Si des comestibles et boissons nous passons aux vêtements , on trouvera encore chez les Harmoniens une politique tout opposée à nos idées mercantiles, qui provoquent la déperdition et les changements de mode , sous prétexte de faire vivre l'ouvrier. Mais en Harmonie, l'ouvrier, le cultivateur et le consommateur ne sont qu'un seul et même personnage; il n'a nul intérêt à se rançonner lui-même, comme en civilisation, où chacun s'évertue à provoquer les bouleversements industriels causés par le changement de mode, et à fabriquer de méchantes étoffes ou de mauvais meubles , afin de doubler la con-

sommation, enrichir les marchands aux dépens de la masse et de la richesse réelle.

On calculera, en Harmonie, que les changements de mode, les qualités défectueuses et la confection imparfaite , causeraient une perle annuelle de 500 fr. par individu, parce que le plus pauvre des Harmoniens a une garde-robe en vêtements de toute saison , et fait usage habituel de meubles, harnais et fourniments de travail ou de plaisir, qui sont de fine qualité. Or, si l'esprit mercantile régnait en Harmonie, et produisait comme aujourd'hui les fabrications imparfaites, la consommation accrue en moyen lerme de 500 fr. par individu entraînerait une perte annuelle de trots mille milliards de francs , à tabler sur six milliards débitants pour le globe au complet. Ladite perte, au bout d'un siècle, enlèverait donc aux Harmoniens trois cent mille milliards.

On ne calcule pas de là sorte en civilisation, parce que cette société , en industrie comme en tout , est sujette à la duplicité ou guerre interne. Son industrie est une véritable guerre civile du producteur contre l'oisif, qui s'efforce de le pousser. à la déperdition, et du commerçant contre le corps social, qu'il excite aux duperies. La science qui applaudit à ce conflit ressemble à un mattre insensé qui exciterait ses domestiques à briser beaucoup de vaisselle et de meubles, pour le bien des fabricants. Tout n'est que démence politique , tant que l'intérêt de l'individu ne se trouve pas combiné avec celui de la masse, selon le mode indiqué (509), et & la Postienne de cette 2™>. section.

Pour résumer sur la politique alimentaire de l'Harmonie, disons qu'elle est bi-composée, fondant l'approvisionnement sur quadruple source. Car elle puise en double

source dan* sa propre zone, et en simple dans les deux autres.

Appliquons le principe à la France : pour avoir double source alimentaire en zone tempérée , il faudrait , puisque son misérable peuple ne vit pas de viande et n'en mange qu'une fois l'an, le jour du mardi gras, qu'elle eût au moins une branche de subsistance en concurrence avec les graminées. On a senti le besoin de ce régime composé, et on s'est flatté d'y atteindre par la pomme de terre; mais les Français ne savent ni cultiver, ni recueillir, ni préparer, ni conserver ce légume, qui serait vraiment une seconde base de subsistance , et élèverait le système politique alimentaire au mode composé .en zone tempérée. Quant à présent , il est simple , ne roulant que sur le pain en France, que sur le riz en Chine. L'Allemagne opère plus sensément , nourrissant son peuple de viande et de légumes autant que de pain. Au reste , il n'y a dans le régime actuel aucun équilibre calculé ; tout y est effet de hasard.

Le régime en Harmonie sera bi-composé interne dans la zone même , c'est-à-dire qu'il y aura double source en règne animal , jar les graminées et légumes, et double source en règne végétal par les quadrupèdes et volatiles , avec distribution telle, que la rareté accidentelle d'un des quatre aliments soit compensée à propos par Taffluenco des trois autres.

Pour élever le régime au bi-composé externe, il faudra puiser dans la zone torride au moins deui aliments de base, dont l'un sera le sucre , % et autant dans la zone fraîche. Quelles substances extraira-t-on de celle-ci? Je l'ignore. Peut-être sera-t-elle, après la restauration climatérique , le grand magasin de ce pain tant révéré des

Français (0, qui dévoreraient en pain blanc tgpt le produit de l'Europe, si on voulait les rassasier de ce comestible.

J'ai prouvé que le système des subsistances en Harmonie est bi-composé interne et bi-oomposé externe, fonde sur quatre denrées de base en produit de la zone , et quatre denrées de base en produit des deux autres zones. Avec garantie de chacune des huit bases, la rareté accidentelle d'une des huit serait insensible dans l'approvisionnement , vu l'afiluence des sept autres.

(i) Ils ne rêvent qu'aux moyens démanger du pain, dont ilsse gorgent comme des ogres. Un Auvergnat mangera lestement six livres de pain blanc a son déjeuné. Le mot de pain est si sacré en France, parmi le peuple, que celui qui s'aviserait de dire que tel pain est mauvais , qu'il est mal cuit, mal levé, peu salé, mou, cartonneux, serait considéré comme blasphémateur.

Les gens même de la classe polie ne savent faire aucune différence du mauvais pain au bon, tant on est vorace de pain dans la belle France. Le respect pour le pain y est au degré de superstition : aussi , en 1817, le peuple aimait-il mieux mettre dix sous a une livre de mauvais pain , que sept sous à une livre de viande , bien plus nourrissante. Mais le peuple de France , fier du beau nom d'homme libre, ne se croit pas digne de manger de la viande, qu'il trouverait pourtant bien préférable.

Esaii vendit son droit d'aînesse pour un plat de lentilles : chaque plébéien français vendrait tous les droits de l'homme pour autant de livres de pain. Quelle jonglerie de vouloir élever ces légions de faméliques à l'orgueil du beau nom d'homme libre I Donnez-leur du pain , charlatans philosophiques ; c'est tout ce qu'ils vous demandent : bien plus accommodants et plus humbles que la belle antiquité, qui voulait du pain et des plaisirs , panem et eirceneee. Le peuple, dans l'âge moderne, a rabattu moitié de aa demande ; et la philosophie qui ne sait pas le satisfaire prétend avoir tout perfectibilisé ?

in. a5

Le contraire a lieu en civilisation , où les subsistance* ne reposent guère que sur une seule branche, blé ou riz : aucune autre denrée ne fournit une ressource assez copieuse pour mériter Te rang de comestible de base. La pomme de terre môme, vu l'impéritie en culture et en conservation /n'est pas encore parvenue à ce rang.

D'autre part, les approvisionnements de la denrée de base sont incertains et confiés aux intrigues du commerce, qui souvent (a détourne et la raréfie, comme en 1812, tout en feignant une grande sollicitude pour en fournir

les marchés..

Ainsi, les civilisés réduits au mode simple en approvisionnements n'ont pas même de procédé efficace pour assurer ce vicieux service. Leur politique est donc nulle dans la lfe. branche des relations sociales, et pourtant ils ont des écrivains qui publient incessamment des théories de balance, contre-poids, garantie, équilibre.

*** Il est aisé de les opposer à eux-mêmes : j'ai cite pour exemple un contemporain, J.-B. Sat (Avantpropos) , qui s'élève contre les petits esprits aheurtés £ nier qu'on puisse découvrir un ordre social meilleur que la civilisation. Il se range par le fait dans la classe des Expectants (II, 120), des Montesquieu, des Rousseau, des Voltaire, des Condillac, etc.

Cet ordre, opposé à la civilisation et à ses neuf caractères , ne peut naître que d'un état de choses qui aura pour résultat :

1°. D'identifier V intérêt individuel avec le collectif, de telle manière que V individu ne puisse trouver son bénéfice que dans les opérations profitables à la masse entière.

2°. De classer ? intérêt collectif en boussole de tindi-

riâuel, de manière que V ambitieux ne tende qxtà l'intérêt collectif, devenu gouvernail de r intérêt individuel.

Dans une telle situation , les hommes seront spéculatif vement et passionnément philanthropes.

Ils le seront spéculatioementf par conviction que la moindre tentative de bénéfice opposé au bien de la masse, les mettrait en conflit avec cette masse qui les honnirait.

Ils le seront passionnément, parce que l'état des choses, l'affection cabalistique pour 30 à 40 groupes (509), les entraînera à travailler pour l'intérêt de cette masse , où le leur se trouvera compris.

Telle doit être la boussole du civisme. Je vais en faire une thèse séparée dans le final de eetle section.

Postienne, Accord de la morale avec ta politique.

Je serai plus bref sur ce sujet que le Spartiate abbé de Mably. J'ai déjà exposé (509) les qualités qui constituent l'homme politique et moral, nommé citoyen, titre dont aucun être n'est digne dans l'état actuel. Il ne reste qu'à commenter ledit paragraphe.

Un village se compose de cent familles : leurs chefs , pour agir en citoyens , doivent s'abstenir de tout ce qui peut préjudicier à la masse, doivent confondre teur intérêt dans celui de la masse. Le contraire a lieu : chacun d'eux dépouille la forêt , la livre à ses troupeaux , dévaste les chasses et pêcheries ; son intérêt l'y oblige ; il sait que les 99 autres en feront autant; il est forcé à prendre part au ravage.

L'état actuel ou morcelé crée donc cent égoïstes dans les cent chefs de famille ; aucun d'eux n'est citoyen. Tous

tombent <Jwis la duplicité d'action , isolant l'intérêt individuel de l'intérêt collectif.

Us ne peuvent devenir citoyens que dans un ordre qui leur fasse trouver leur intérêt personnel dans la conservation des propriétés de la masse , qui leur garantisse une ' juste rétribution sur les divers produits du fonds sociétaire , et qui en même 'temps les mette dans l'impossibilité d'en rien distraire. Qu'un Harmonien s'avise de tuer perdrix et cailles au temps de la ponte , il ne saura pas où les faire cuire dans sa Phalange; il serait admonesté sur celte infraction aux usages; il s'en gardera, sachant que plus on ménage le gibier, plus on est assuré qu'en temps convenu il y en aura surabondance , et par suite bonnes lippées, même aux tables de 3e. classe. Il trouve donc intérêt positif "et négatif h opérer pour le bien de la masse : intérêt positif dans la garantie de répartition proportionnelle; intérêt négatif dans l'impossibilité d'éviter le reproche de conduite incivique , s'il contrevient aux résolutions générales.

• Au lieu de celte garantie composée en conduite civique, la civilisation fournit à tout homme , appât composé pour r incivisme ou spoliation de la masse.

Appât positif dans \e besoin. Sur cent paysans, il en est au moins 90 qui sont nécessiteux et spéculent sur la vente d'un gibier qu'il eût fallu épargner; ils trouveront des acheteurs , chacun en civilisation se plaisant à encourager le mal ; ils ont plein espoir de tenir caché ce délit, qui serait aussitôt connu dans l'état sociétaire.

Appât négatif. S'ils laissent échapper une hase pleine, ils n'auront probablement ni la hase , ni les levreaux de sa portée : ce sera faire un bien dont ils risquent ne retirer aucun fruit, mais plutôt des railleries.

Ainsi, l'état actuel ou morcellement présente à l'homme une amorce positive et négative pour le mal.^De là vient que personne n'agit en citoyen pour le bien de la masse ; personne n'est digne du nom de citoyen. L'homme qui s'en arroge le titre n'est qu'un égoïste renforcé , qui se croit autorisé à toutes les friponneries, à tous les crimes, parce qu'il travaille pour sa femme et ses enfants.

Je le répète ; c'est l'état des choses qu'il faut accuser, l'ordre vicieux qui présente à chacun l'appât positif et négatif à trahir les intérêts de la masse : on ne peut incriminer ici que la civilisation , et non pas les individus.

Posons abstractivemenl la thèse du vrai civisme, ensuite nous la traiterons concret ivement. On est si fort ami des abstractions, dans notre siècle; donnons donc une page au goût du siècle , aux calculs abstraits.

Supposons une tle du contenu de 100,000 familles, où chacun des 100,000 chefs se décide, soit par raison, soit par inspiration divine, à opérer pour la masse, lui sacrifier ses intérêts personnels , et user des plus grands ménagements pour les forêts, pâturages , pêches et chasses.

Chacun, en épargnant un brochet ou une caille qu'il aurait pu prendre , a travaillé pour le bien de 99999 autres familles ; mais en revanche les 99999 autres ont travaillé à l'unanimité pour la sienne. Jusque-là, nulle perle pour aucune , et compensation réciproque. Chacun a épargné pour la masse, en raison de ce que la masse a épargné pour lui.

Mais bientôt le bénéfice deviendra immense par l'abondance de poisson et 'de gibier, par le bon état des forêts et des pâturages; l'île s'élèvera rapidement à la richesse, d'où elle aurait déchu avec la même rapidité , si chacun eût agi selon la méthode égoïste ou civilisée, en ne spé-

582 ASSOCIATION C6MPOS&.

culant que pour sa seule famille, ruinant les chasses, rivières , ffirèts et pacages.

Objectera-t-on qu'une fois cette richesse créée, tout sera envahi par quelques privilégiés qui ne réduiront pas moins le peuple à la misère? Sans doute eela aurait lieu en civilisation; c'est pourquoi le civilisé est dupe lorsqu'il fait le bien de la masse, et l'égoïste seul est sensé dans l'état actuel , où toute philanthropie est illusoire , absurde en pratique*

Mais nous spéculons sur l'état sociétaire, où le riche gagnant en proportion du bien-être des classes moyenne et pauvre , sera intéressé à les soutenir, les favoriser, et vice ver $a ♦

Posons ici le problème abstraclivement. Dissertons sur les conditions; elles ont été indiquées, en italique, au dernier paragraphe du 6e. chapitre (378).

Il est évident que cette philanthropie générale et réciproque exige trois dispositions inconnues parmi nous.

1°. Le minimum gradué, l'absenee de besoin et l'Uw curie pour l'avenir : si un père voit sa famiHe nécessiteuse, ou s'il craint pour le lendemain , il ne consultera plus les intérêts de la masse. « Ventre affamé n'a point d'oreilles. »

29. La répartition proportionnelle aux troii facultés 9 capital, travail et talent. Gomment un villageois menagera-t-il les intérêts d'une masse qui ne lui répartirait pas équitablement un lot du bénéfice général qu'aura produit le concours de tous au bien commun?

3°. L'exploitation combinée ou sociétaire: sans cette combinaison il ne peut exister nul concours des individus, pour le bien général : on ne voit nattre qu'un concert de malfaisance et d'égolsme ; lès passions n'entraînent l'in-

dividu qu à opérer contre la masse, aux bénéfices de qui il n'est point associé et qui n'a pour lui nulle s&ficitude.

Telles sont les trois qualités requises pour former des citoyens , des êtres conciliant la morale avec la politique, par la coopération de chacun au bien de tous, et par l'unité d'efforts pour accroître les économies et les produits.

De ces trois conditions, les deux premières sont le résultat nécessaire de la troisième , de l'association sériaire, qui a pour pivots le minimum gradué et la répartition proportionnelle.

C'est ainsi qu'en rêvant le bien, «n s' exerçant aux utopies d'industrie vraiment civique , on serait arrivé à déterminer les conditions du bien social. C'eût été déjà une solution abstraite du problème. Pour la donner concrète, on aurait eu à déterminer les procédés if Association.

Ces principes une lois établis , l'opinion serait intervenue pour rappeler à Tordre le monde sophistique, lui représenter qu'on est suffisamment repu des vaines subtilités de la métaphysique , des controverses mercantiles *t démocratiques. On l'aurait sommé de faire trêve sur ?ces fariboles rebattues, et s* occuper enfin de l'objet urgent , delà recherche des méthodes sociétaires.

Ce travail est fait, et avant d'initier les lecteurs aux ^détails du mécanisme , il a convenu de les promener idéalement dans ce nouvel ordre; ils en ont. vu le matériel danslal™. section; ils ont, dans la seconde, examiné les aecords de morale et de politique dans les diverses branches du régime sociétaire. On y a vu cet accord découlant de l'essor même des passions de la nature du mécanisme sériaire.

Après ce coup d'oeil sur les propriétés de l'Harmonie,,

si c'est de bonne foi que les philosophes désirent l'accord de la morale et de la politique, ils n'ont pas à hésiter sur l'abandon de leur vieil édifice ; ils ne peuvent plus douter que le travail morcelé ou civilisé n'engendre constamment tous les vices opposés à la morale civique et à la saine politique, toujours l'égolsme , la duplicité d'action, et les sept fléaux lymbiques, indigence, fourberie, etc.

Les descriptions qu'on vient de lire sur le matériel et le passionnel de l'Harmonie ont dû exciter la curiosité ; elle va crottre à la lecture de l'intermède suivant, qui est un complément des aperçus sociétaires. C'est une dernière promenade en Harmonie, un coup d'oeil plus rapide, où je restreins à des paragraphes l'examen de ces prodiges dont chacun a occupé un chapitre dans le cours de la 2me. section.

m M LA SECONDE SECTION.

CITERLOGUE.

•PAUVRETÉS CIVILISÉES ET PRODIGES HARMONIENS. •BPUSB R COMPLIMENT DE Là OS-EBDUIITB (il, 149)..

Qu'est-ce que c'est qu'un Citerlogue? Est-ce quelque nouvel animal arrivant du Congo ou du Sfonomotapa?

Sans doute, répond un bel esprit : le Citerlogue doit être un quadrupède de la famille des Dogues et Bouledogues : cela se devine à la rime en ogue.

Eh non ! reprend un troisième : ne voyez-vous pas que c'est quelque songe creux d'un savant en ogue, d'un Idéologue, Géologue, Archéologue ?

Ainsi raisonnent fc* incroyables de France. Pour juger d'une méthode ou d'une nomenclature nouvelle , Us n'ont £ autre pierre de touche que les jeux de mots , et quand ils en ont décoché quelques bordées, Us s'admirent entre eux , se disant :. toujours charmants, toujours français !

Négligeons leurs plaisanteries banales : fy répliquerai à miter lo gue, où je disserterai sur f aversion des Français pour toute méthode,, et sur leur goût pour la confusion; travers bien digne £une nation qui se passionne pour les chanteurs faux et démesurés, et pour l'amour du mépris de soi-même (AvanUpropos , Post.)*. Suspendons ce débat , et occupons-nous d'instructions plus utiles.

Le premier livre, sections 1 et 2, a été donné à un coup d'ail sur le matériel et le passionnel d'un canton d'Harmonie.

Ce livre a pour but de familiariser le lecteur avec les prodiges sociétaires , lui en faire désirer la prompte épreuve, lui inspirer une confiance présomptive et conditionnelle, enfin le dépayser, par quelques tableau*.

586 CITERLOGUE.

doyrai bien social, ayant de lai exposer le mécanisme d'où naîtra ce colosse de çtoesse et de bonheur.

Plus que jamais le monde social est engoué des enfileurs de mots , infatué de verbeux écrivains qui se flattent d'avoir perfectibilisé la raison par des subtilités scolastiques.

La meilleure réponse à leurs jongleries est d'y opposer le tableau d'un ordre de choses o4 régnerait la véritable raison, l'unité sociétaire.

J'ai préludé sur les prodiges industriels de cet ordre (Cis-Médiante, II, 449; et sur le parallèle de ses grandeurs avec nos mesquineries. La notice fut égarée au moment de la livrer à l'impression ; je ne me souvins que de trois sujets, qui furent traités beaucoup trop succinctement. En voici quelques autres , qui seront matière d'entre acte, faisant suite à ladite Médiante. -,

Nous n'examinerons que six merveilles industrielles; je donnerai, à la fin de l'article, un aperçu des merveilles politiques : fixons d'abord notre attention sur le matériel, dont les tableaux sont mieux appropriés au caractère civilisé.

Sujets déjà traités (II, 149) :

4°. La Quarantaine. 2°. Les Routes. 3°. Le Gadastbe.

4°. la Typographie Unitaire; conséquence du Langage unitaire.

Les modernes qui ne chantent que l'unité de l'univers , ne peuvent pas même s'entendre sur l'unité de langage et de signes typographiques. Il n'ont pourtant pas lieu de se plaindre du siècle, ni de l'accuser de rébellion à la lumière; car ils ne sont pas encore convenus d'un mode unitaire en communications verbales et écrites. Us ont essayé trèsmaladroitement l'unité en système métrique; ils y ont échoué et l'ont mérité , pour avoir opéré à contre-sens du vœu de la nature (*).

O Eux-mêmes reconnaissent que la nature et l'économie conseillent le nombre 12 et ses puissances, nombres qui réunissent la plus grande somme de diviseurs dans la moindre somme d'unités. On trouve aussi cette faculté dans les mixtes de 10 et 12, comme 120 et 560, gui interviendront en emplois mixtes dans la numération harmonienne.

Méconnaissant ce principe, les modernes, dans la réforme du système métrique, ont conservé la numération décimale, si facile à métamorphoser en douxainale, par l'addition de 2 signes qui signifieraient 10. et 11.

La ville de Paris, qui a fait cette vicieuse opération du nouveau système métrique, a d'aidant plus de tort, que le hasard avait placé dans Paris même une boussole d'initiative. Le hasard a établi dans cette ville une mesure naturelle, son pied de roi qui est égal à la 52e. partie de la hauteur de Veau dans les pompes aspirantes. En outre, il se trouve par

ClTERLOGUE. 587

Les musiciens, qui n'ont pas de si haute» prétentions en unité, arrivent de fait au but. Ils sont en accord d'unité pour les signes comme pour le mécanisme de leur art. La musiqueest sur notre globe ce qu'elle est sur tous les globes.

Les musiciens sont à l'unité douzainale « ou naturelle. « Ils font unitaires 8UT LA THÉORIE , LE MÉCANISME , LES SIGNES et LE LANGAGE, ils Ont

adopté en tous pays les mêmes caractères d'annotation, et de plus, le même langage d'indication, l'itauen. lies voilà de fait arrivés au but que doit se proposer la science, à l'unité bi-composée. Ils y atteignent sans aucune de ces prétentions d'unité qu'affichent nos métaphysiciens et équilibristes d'univers, gens qui ne savent élever ni leur science, ni le monde social à aucune des unités désirables.

II n'en est pas de plus urgente que celle du langage, tout au moins celle d'écriture et de caractères. On voit sur ce point les nations les plus sensées, comme les Allemands, se passionner pour la duplicité et la confusion, en s,*obstinant pour le caractère Teuton et anguleux, tandis que le romain est commun à l'immense majorité des états policés. Il sera, par cette raison, caractère provisoire d'Harmonie, en attendant la fixation et détermination du langage naturel dont je parlerai à la section des séries mesurées.

Sitôt après l'adoption du langage et du caractère provisoire, on fera imprimer à 800,000 exemplaires, plus ou moins, tous les ouvrages d'utilité générale, pour en distribuer 600,000 aux diverses Phalanges, puis aux divisions provinciales et régionnaires des divers degrés, selon le tableau (II, 637).

5©. La Gravure Sociétaire. Elle opérera dans toutes les branches de sciences et d'arts, selon la méthode indiquée à l'article précédent, 4«., et à celui du cadastre, 5«. On fera graver à 800,000 exemplaires tout ouvrage utile à chaque Phalange et aux dépôts de province, comme un grand atlas d'histoire naturelle, à planches enluminées.

Non-seulement un tel ouvrage n'existe pas dans les capitales, dans Paris ou Londres; mais on n'y trouve pas même les gravures d'utilité urgente, comme celles d'anatomie. J'ai vu à Paris un recueil de belles planches du cerveau, par Vicq-d'Azyr; elles sont enluminées, précaution indispensable pour faciliter l'étudiant: mais la collection se borne au

hasard subdivisé en douze pouces et douze lignes , selon le vœu de la nature ; d'où U résulte que le pied de roi de Paris sera mesure unitaire du globe harmonisé. N'est-il pas plaisant que la ville qui se flatte de répandre partout les torrents de lumières , ne veuille pas même admettre telles que le hasard lui a livrées , et qui sont déjà pratiquement admises $bez son peuple ?

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