‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 5)Chapitre 9 sur 63 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

SXPOSÉ ET nOTIOHS VaÉPASArOIlES.

Il n'est pas de désir plus général que celui de doubler son revenu par un coup de fortune, comine un riche mariage, un héritage, une sinécure; et si Ton trouvait le moyen d'élever le revenu de chacun, non pas au double, mais au quadruple, en valeur réelle, une telle découverte serait assurément la plu.s digne de l'atlention générale.

Tel sera le fruit de la méthode sociélaïrc naturelle : en France, le produit annuel, esiimé six milliards, s'élèvera à vingt-quatre, dès la première anné^dc régime sociélaire; m£me proportion pour les autres empires.

La richesse \a plus colossale serait illusoire, si elle n'était soutenue d'un ordre distributif garantissant :

Réparlilion proportionnelle et parlicipationdela classe pauvre à cet accroissement de produit ;

Equilibre de la population, dont le progrès illimité neutraliserait bientôt un quadruplcnicnletmême un décuptement de richesse effeciive.

Ces. problèmes, écueîl des sciences modernes, sont pleinement résolus par la découverte du mode sociétaire □aturel , dont on va lire un traité abrégé.

Le litre de Nouveau Mande industriel m'a paru le plus exact pour désigner ce bel ordre sociétaire qui , entre autres propriétés, possède celle de créer l'allraction industrielle : on y verra nos oisifs, mËmc tes petites maîtresses, être sur pied dès les quatre heures du matin,

en hiver comme en été , pour se livrer avec ardeur aux travaux uti les , au soin des jardins et basses-cours, aux fonctions du ménage, des fabriques et autres, pour lesquelles le mécanisme civilisé inspire du dégoût à toute la classe ricbe.

Tous ces travaux deviendront attrayans par l'influence d'une distribution trè»-inconnue, que je nommerai Séries passionnées, ou Séries de groupes contrastés :c est le mécanisme auquel tendent toutes les passions , le seul ordre conforme au vœu de la nature. Le sauvage n'adoptera jamais l'industrie, tant qu'il ne la verra pas exercée^ en Séries passionnées.

Dans ce régime, la pratique de la vérité et de la justice deviennent voie de fortune ; et la plupart des vices dégradans selon nos mœurs, comme ta gourmandise, deviennent voie d'émulation industrielle ; de sorte que les rafBnemens gastronomiques y sont encouragés comme ressorts de sagesse; un tel système est l'opposé du mécanisme civilisé qui conduit à la fortune par le mensonge, et place lasagessedans les austérités. D'après ce contraste, l'état civilisé où régnent le mensonge et l'industrie répugnante, sera surnommé monde à rebours; et l'état sociétaire , monde à droit sens , fondé sur Temploi de la vérité et de l'industrie attrayante.

C'est surtout pour les savans et artistes que le régime sociétaire sera nou^'eau monde et monde à droit sens; ils y obtiendront tout à coup l'objet de leurs vœux les plus ardens, une immense fortune, vingtuple et centuple de ce qu'ils peuvent espérer dans l'état civilisé , vrai sentier de ronces pour eux ; ils y sont abreuvés de tous les dégoûts , soumis à toutes les servitudes.

Quant aux autres classes à qui j'annouce le quadruple revenu, elles vont d'abord me suspecter d'exagération ; mais ta théorie sociéuire est si facile à comprendre, que chacun pourra en être juge, et apprécier auplusjustes'il est vrai que la méthode naturelle décrite ici sous le nom de Séries passionnées , doive donner un produit quadru-

PaÉFACE. 3

pie de celui de notre industrie morcelée et subdivisée en autant d'exploitations qu'il y a de couples conjugaux. Unpréjugéa de tout temps empêché les recherches sur Tassociation ; on a dit : " Il est impossible de réunir en » gestion domestique trois ou quatre ménages, sans que la a discorde ne s'y manifeste au bout d'une semaine, surit tout parmi les femmes : il est d'autant plus impossible n d'associer trente ou quarante familles , et à plus forte » raison trois ou quatre cents. »

C'est très-faossement raisonné : car si Dieu veut l'économie et la mécanique , il n'a pu spéculer que sur l'as- .sodation du plus grand nombre possible; dès lors l'insuccès sur de petites réunions de trois et de trente familles était un augure de réussite sv r 1^ grand nombre , sanf à rechercher préalablement la théorie d'association natoretle ou méthode voulue par Dieu, et ■'"nforme au voeu de l'attraction, qui est l'interprètedeDieu en mécanique sociétaire. Il dirige l'univers matériel par attraction; s'il employait an autre ressort pour la direction du m<Hide social , il n'y aurait pas unité , mais duplicité d'action dans son système.

L'étude de l'attraction passionnée conduit directement à la découverte |du mécanisme sociétaire ; mais si l'on veut étudier l'association avant l'attraction , l'on court le risque de s'égarer pendant des siècles dans les fausnes méthodes, de se rebuter et de croire à l'impossibilité; c'est ce qui arrive aujourd' hui, où le problème de l'association , qu'on avait négligé pendant trois mille ans , commence enfin à fixer l'attention du monde savant.

Depuis quelques années on écrit sur le mot dissociation sans connaître la chose, sans même déterminer le butda lien sociétaire, les formes et méthodes qu'il doit adopter, les conditions qu'il doit remplir , les résultats qu'il doit donner. Ce sujet a été traité si confusément, qu'on na pas même songé à ouvrir un concours sur la marche à suivre dans une étude si neuve. Ce concours aurait conduit à reconnaître qu'on ne peut pas réussir par tes

moyens connos. et qu'il faut en chercher d'autres dans les sciences encore vierges etinlactesi surtout dans celle de l'attraction passionnée, science manquée par Newton qui y touchait de près. Démontrons quelle est l'unique voie de succès en association.

Si les pauvres, la classe ouvrière , ne sont pas heureux dans 1 état sociétaire, ils le troubleront parla malveillance, le vol, la rébellion; un tel ordre manquera le but, qui est d'associer le passionnel ainsi que le matériel, de concilier les passions, les caractères, les goùls , les instincts et inégalités quelconques.

Mais si pour satisfaire la classe pauvre on lui assure un bien-âtre, l'avance d'un minimum copieux en subsistance, vêlement, etc. , ce sera la pousser à la fainéantise ; on en voit la preuve en Angleterre où le secours annuel de 200 millions aux indigens n'aboutit qu'à multiplier le nombre des mendians.

Le remède à cette fainéantise et aux autres vices qui désoi^aniseraient l'association, est donc la recherche et la découverte d'un mécanisme d'attraction industrielle, transformant les travaux en plaisirs , et garantissant la persistance du peuple au travail, et le recouvrement du minimum qu'on lui aura avancé.

D'après ces considérations, si l'on eût voulu procéder mclhodiquement en théorie sociétaire, il eût fallu avant tout mettre an concours l'étude de l'attraction passionnée, par analyse et synthèse, afin de découvrir si elle fournit des ressorts d'attraction industrielle. Telledevait être la marche régulière que n'ont pas entrevue ceux qui ont écrit vaguement et superficïellementsur l'association. S'ils eussent étudié l'attraction, ils auroient découvert la théorie des Séries passionnées, sans laquelle il est impossible de fonder le mécanisme sociétaire , car on ne peut pas sans les Séries passionnées remplir les conditions primordiales, telles que

Attraction industrielle.

Répartition proportionnelle.

Equilibre de population.

n,,N;.,i-,Goot^le

PRÉFACR. ' 5

Oolre les écrils, on a fait des tenfalives pratiques en as- «aation, des essais en Amérique et en Angleterre. ï/nesecie dirigée par M. O^ven prétend qu'elle fonde létat sociétaire; elle fait tout le contraire: elle traraillei aëcrëditer l'idée d'association , par la feosseté de sa méibade conmire en tous sens à la nature ou attraction. Aussi la secte Owéniste n'a-t-elle séduit ni les sauvages ni les dvilisés voisins : aucune horde , aucune province des Etats-Unis n'a voulu adopter ce régime monastique de communauté des biens, ce demi-athéisme ou absence de culte divin, et autres monstruosités que M. Owen décore du nom d'association. Il joue sur un mot en crédit; il en fait un objet de spéculation en s'aflublantde formes philantropiques ; et i'apathie des corps savans sur ce pxnd problème, leur négligence de préciser les conditions à remplir et le but à atteindre , donnent beau jeu aox intrigans pour égarer l'opinion^ur ce sujet.

Aunm des écrirains ou des entrepreneurs n'aborde le fond de la question , le problème d'associer en gestion agricole et domestique, non-seulement les facultés pécuniaires et industrieuses d'une masse de familles inégales m fortune, mais associer les passions, caractères, goûts, instincts; de tes développer dans chaque individu sans froisser la masse; faire éclore dès le plus bas âge les vocations industrielles qni sont nomhi^nses chez l'enfant , placer chacun aux divers postes où la nature l'appelle, vaiio- fréquemment les travaux et les soutenirde charmes soffisans pour faire nailre l'attraction industrielle.

Au lien d'envisager ainsi la tâche , on n'a ,fait qu'effleorer le sujet , donner , sur l'association , du bel esprit sans théorie ; il semble qu'on n'ait soulevé cettequestion que pour l'étouffer. Aussi le mot Msociaiion est-il profané, déconsidéré. Les uns le'prennent pourmasqued'in* trigues électorales et menées d' agiotage; d'autres y voient' un ressort d'athéisme , parce que la secte Owen , par ta suppression du culte divin, s'est attiré en Amérique le nom de secte d'athées. Tous ces inddens répandent sur

6 PBÉFÂCE.

la vraie association lant (le défaveur que je n'ai pas cm convenable de placer dans le titre de mon abrégé ce mot Association, devenu vide de sens depuisqu il sert de manteau à toutes les intrigues.

Plus on a abusé du mot, plus il importe de donnersnr la chose des notions préliminaires , et disposer le lecteur à concevoir que la vraie association , l'art d'appliquer à l'industrie toutes les passions, tous les caractères , godts et insli nets, étant un nouveau monde social et industrieli il doit s'attendre à trouver dans cette théorie des principes tout opposés à ses préjugés . qui lui dépeignent l'état civilisé comme voie de perfection et destinée de l'homme, quand ît est évident que le peuple des pays les plus civilisés est aussi malheureux aussi pauvre 'que les populaces barbares de la Chine et de l'Indoslan ; et que l'industrie morcelée ou ménage de famille n'est qu'un labyrinthe de misères, d'injustice et de fausseté.

Fixons d'abord l'attention sur le résultat le plus saillant du régime sociétaire, le quadruple produit. Une granderéunion n'emploierait dans diverses fonctions que le centième des agens et machines qu'exige la complication de nos petits ménages. Au lieu de 3oo feux de cuisine et 3oo ménagères, on n'aurailque 4 ou 5 grands feux préparant des services de divers degrés, assortis à 4 ou 5 classes de fortune , car l'état sociétaire n'admet point d'égalité. Il suffirait d'une dixaine de personnes expertes, pour remplacer les 3oo femmes qu'emploie le régime civilisé dépourvu des nombreuses mécaniques]dont on ferait usage dans une cuisine préparant pour i8oo personnes ( c'est le nombre le plus convenable). Cette réunion abonneiàit chacun à des tables et services de divers prix , sans aucun assujétissement contraire aux libertés individuelles.

Le peuple, dans ce cas, dépenserait bien moins pour faire bonne chère, qu'aujourd'hui pour vivre pitoyablement. L'épargne de combustible serait immwise, et assurerait la restauration des forêts et climatures, bien

PBÉFACE. 7

mieux que ne feroDt cent codes forestiers inexécutables.

Le travail de ménage serait tellement simplifié, que les sept huitièmes des femmes de ménage et des dômestiques derieadraient disponibles et applicables aux fonctions productircs.

Notre siècle prétend se distinguer par l'esprit d'association; comment se fâit-il qu'en agriculture il adopte la distribution par familles, qui est la moindre combtnaîson possible? On ne peut pas imaginer de réonfons plus petites, plus anti-économiques et plus anti-sociétaires que celles de nos villages , bornées à im couple conjugal, ou une famille de cinq ou six personnes ; villages construisant 3oo greniers, 3oo caves, placés et soignés au plus mal, quand il suffirait, en association, d'un seul grenier, une seule cave , bien placés , bien pourvus d'attiraîl , et n'occupant que le dixième des agens qu'exige la gestion morcelée ou régime de (àmîlle.

Far fois des agronomes ont inséré dans les journaux quelques articles sur les énormes bénéfices que Tagricullure obtiendrait des grandes réunions sociétaires , si l'on pouvait concilier les passions de deax ou t'rois cents familles exploitant combînément, et effectuer l'association en passionnel comme en matériel. <

Ils en sont restés sur ce sujet à des vœux stériles , i des doléances d'impossibilité qu'ils motivent sur l'inégalité des fortunes, les disparates de caractère, etc. Ces inégalités, loind'être un obstacle , sont au contraire le ressort essentiel ; on ne peut pas organiser des Séries passionnées sans une grande inégalité de fortunes, caractères, goûts et instincts ; si celte écbelle d'inégalités n'existait pas , il faudrait la créer, l'établir en tous sens, avant de pouvoir associer le passîonnel-

Nons voyons dans le régime civilisé des lueurs d'association matérielle seulemen/ f des germes qui sont dus à l'instinct et non à la science. L'instinct apprend à cent familles villageoises qu'un four banal coûtera beaucoup moins, en maçonnerie et combustible,. que cent petits

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ce sujet aucune ^lade -, elle était entravée par l'esclavage qui aurait mis beaucoup d'obstacles à l'invention du mécanisme soriétaire impraticable avec des esclaves.

Les modernes qui n'étoient plus gênés par la coutume de l'esclavage , auroîent pu spéculer sur l'association agricole et domestique, maïs leurs économistes ont été arrêtés par un préjugé qui persuade que le morcellement on culture subdivisée par familles, est nature de l'homme, destinée immuable. Toutes leurs théories reposent sur cette erreur primordiale, fortement étayée parla morale qui ne voit la sagesse que dans les relations de famille, dans la multiplication des chaumières.

, lies économistes ont donc sanctionné comme nécessaires les deux vices radicaux qu'ils ont trouvés établis, le morcellement de l'agriculture et la fausseté du commerce livré à la concurrence individuelle qui est toute mensongèreel complîcatire, élevant le nombre desagens auvingtuple de ce qu'emploierait le régime véridigue.

Sur ces deux vices repose la société qu'on nomme CfVilisation, qui loin d'être la destinée du genre humain, est au contraire la plusviledes sociétés industrielles qu'il peut former; carc'est la plus perfide, i tel point qu'elle excite le mépris des barbares mêmes.

Du reste la civilisation occupe en échelle du mouvement unr6leimportant,carc'estellequi crée les ressorts nécessaires pour s'acheminer à l'associalion ; elle crée la grande industrie, les hautes sciences et les beaux aris.On devait faire usage de ces moyens pour s'élever plus haut en échelle sociale , ne pas croupir à perpétuité dans cet abîme de misères et de ridicules, nommé civilisation, qui avec ses prouesses industrielles et ses torrens de fausses lumières , ne sait pas garantir au peuple du travail et du pain.

Sur d'autres globes comme sur le nôtre , rhumanïtc est obligée de passer environ une centaine de générations en mécanisme faux et morcelé , comprenant les quatre périodes, sauvage, patriarcbale, barbare et civilisée; et

d'y langDi'r jusqu'à ce qu'elle ait rempli deux conditions, I.' Créer la grande industrie, les hant«s sciences et les beaox arts.-ces resiiorts éunt nécessaires à l'établissement du régime sociétaire qui est incompatible avec la pauvreté et l'ignorance.

2." InTenteTcemécanismesociétaîre,cenouTeaumonde iodoslriel opposé au morcellement.

On avoït pouryréussir des voies très-nombreuses dont je traiterai k la suite de cet abrégé , on les a toutes négligées, entre antres le calcul de l'altraclion passionnée que recommandaient tes succès de Newton en calcul de l'attraction matérielle.

La première condition était fort bien remplie , nous avons depuis long-temps poussé l'industrie , les sciences et les arts aa degré sufBsanl. lies Athéniens auraientdéj pu fonder le régime sociétaire, en substituant à l'esclavage les rachats payables par annuités.

Mais la deuxième condition n'a point été remplie: depuis cent avis qu'on commence à s'occuperde l'industrie, on n'a pas songé à inventer un mécanisme opposé au morcellement, aux petits ménages de famille: on n'a pas même proposé la recherche d'unrégimed'industrierombinée en fonctions domestiques et agricoles. On propose des prix par centaines pour des controverses insignifiantes, des écrits parasites, et pas une petite médaille pour l'invention du procédé sociétaire naturel.

Cependant chacun s'aperçoit que le monde social n'est point arrivé an but, et que le progrès de l'industrie n'est qu'un leurre pour la multitude. Dans l'Angleterre tant vantée, la moitié del a population est réduite à travailler seize heures par jour , une partie même dans des ateliers infects , pour gagner sept sous de France dans un pays oik la subfflstance est plus coûteuse qu'en France. Combien la nature est sage en inspirant aux sauvages un profond dédain pour cette industrie civilisée, fatale à ceux qui l'txereent et profitable seulement aux oisiÊ et k quelques chc& ! $i l'industrie n'était destinée qu'à produire ces

13 PRKFACÏ.

scandaleux résultats, Dieu ne l'anniit pas créée, oa bien il n aurait pas donné aux humains cette soif de richesses que l'industrie civilisée et bai^iarene peut pas satisfaire, car elle plonge dans la misère toute la multitude Indostrieuse pour enrichir quelques favoris, qui encorese tronrenl pauvres, à les en croire.

En réplique aux sophistes qui nous vantent ce chaos soaal comme une marche rapide vers la perfectibilité croissante, insbtons surles trois conditions primordiales de sagesse sociale; dont aucune ne peut être remplie dans le régime civilisé; ce sont :

Attraction industrielle , Répartition proponionnelle, Equilibre de population.

Economie de ressorts.

C'est un sujet fort neuf sur lequel il faut quelques redites pour dégager le lecteur de ses nombreux préjugés, et lerallier à des principes sûrs.

J'ai fait observer que si le peuple civilisé jouissaitd'un minimum copieux , 4'une garantie de nourriture et d'entretien décent, il s'adonnerait à l'oisiveté parce que l'industrie civilisée est très-répugnante; il faudra donc, en régime sociétaire , que le travail soit aussi attrayant que le sont aujourd'hui nos festinsetnos spectacles: dans ce cas, le remboursement du minimum avancé , sera garanti par l'attraction industrielle ou passion du peuple pour des travaux très-agréables et très-lncratifs; passion qui ne potlrra se soutenirqu 'autant qu'on aura une méthode de r^iartilionéquitable, allouant àchaque individu, homme, femme ou mfant, trois dividendes affectés à ses trois facultés industrielles, Capital, Travail et Taleni, et pleinement satisfaisans pour lui.

Quel que fât ce bien-être, le peuple retomberait bientôt dans le dénâment, s'il multipliait sans bornes, comme la populace de civilisation , les fourmilières d'Angleterre , France , Italie , Chine , Bengale , etc. Il faut donc découvrir un moyen de garantie contre l'accroisse-

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meot iodéfini de population. Nos sdences n'indiquent aucun préservatif de ce fléau, contre lequel la théorie de l'attraction passionnée fournit quatre garanties, dont aucune ne peut être introduite en civilisation , celte sodété étant incompatible arec les garanties sociales , ainsi qu'on le verra aux siziènie et septième sections.

11 est bien d'autres vices contre lesquels le régime sociétaire devra posséder des garanties efficaces; le vol snfBrait à lui seul pour faire avortertoutes les tentatives d'association : ces préservatifs se trouvent dans le niéca> nisme des'Sëries passionnées , et ia civilisation ne peut s*en approprier aucun : elle échoue dans toutes les garanties dont elle veut faire l'essai : souvent elle aggrave le mal, comme on l'a vu dans l'affaire de la traite des nègres et celle de la responsabilité financière. Il existe une théorie q)éciale fur les garanties , et nos sciences Tont manqoée comme la théorie d'association.

Celle-ci ouvre à l'ambition individuelle une chance bien magnifique : on voit quantité de personnages remarquables par le rang, la fortune, les lumières, s'agiter pendant de longues années pour obtenir le poste de ministre , et souvent de moindres places ; on les voit fréquemment échouer après de pénibles efforts, et en concevoir un chagrin perpétuel.

Voici, pour les'ambitieux honorables, une carrière toute neuve et bien autrement brillante que c^le de ministre amovible. Ici le succès ne sera ni douteux , ni dîflféré, le réle de fondateur de l'association n'exlfera aucune intrigue, et élèvera de pnme-abord le prétendant au faite de la fortune et de la gloire.

Tout homme ou femme libre, ayant un capital de cent mille franco , à faire valoir sur hypothèque , et jouissant d'un relief suffisant pour s'établir chef d'une compagnie d'actionnaires portée à deux millions de capital, f&itionder l'associaiion naiurelle ou. industrie aiirayante, la répandre subitement par tout le globe , convertir les sauvages à l'agriculture, les barbares à des mœurs plus

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policées que les ndtres , efFectuer l'aiTranchissement amvam des esclaves, sans retour à la servitude, l'établissemeat universel des unités de relations en langue, mesares, monnaie , typographie, etc.; opérer cent antres prodiges dont il recevra une éclatante récompense , par le vole unanime des souverains et des nations.

Les avantages assurés à ce fondateur et i ses actionnaires ou coopérateurs sont si immenses , qu'il faut différer à les faire connaître. Je traiterai ce sujet à sa post~ face , article Candidature,

J'insiste sur la pauvreté des chances actuelles de célébrité et de béné&ce ; elles exigent des travaux efTrayans , elles exposent à des contrariétés sans nombre. Le feu duc de La tlochefoucault-Lïaacourt s était distingué dans une carrière d'utilité , celle d'encouragement de l'industrie ; il en a recueilli beaucoup de tribulations, et, je pense, peu de bénéfice ; il a de plus manqué son but , qui était d'améliorer le sort des classes ouvrières. On verra plus loin que le progrès industriel n'est pour le peuple qu'un écueil de plus, tant que dure la civilisation.

£n 1827, un banquier de haut crédit avait formé le plan d'une société commanditaire de l'industrie, et avait déjà réuni 25 millions, avec espoir d'élever ce fonds à 100 millions. Il en serait résulté de belles entreprises , qui auraient illustré leur auteur ;*màis aussitôt des entraves sont survenues , et la société a dû se dissoudre.

Le même banquier, voulant tenter une grande combinaison économique sur les trente-sept brasseries de Paris, et les réunir en une seule, avait formé pour cette afiaire une compagnie Tersant 3o millions de capital: elle a rencontré des obstacles, des résistances, elle a avorté après beaucoup de démarches pénibles.

Il est donc avéré par les falu , qu'il ne reste aux gens riches aucune carrière d'illustration facile , profitable et exemple de contrariété.

Celle qui s'ouvre aujourd'hui pour eux, réunit tous les avantages, et ne présente aucun obstacle. Elle sert

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les iatérfts des goaTememens et des peaples , des riches et des pauvres; elle (^rantit la rapidité d'opération : en moiiu de deux mois d'exercice, la question sera décidée ans nulle incerlitude; en deux mois, le fondateur aura déterminé le changement de sort du monde entier, l'abandon des trois sociétés , civilisée , harbare et sauvage, et l'avéncment du genre humain à l'unité sociétaire, qui ■ est sa destinée.

Et pour obtenir ce triomphe , cent fois pins brillant que ceux des conquérans, faut-il une fortune colossale? Non, i) sufBt d'un patrimoine bourgeois, comme celui d'un éligibU , trois cent mille francs , dont cent mille en capitaux disponibles , qu'il affectera sur hypothèque et à gros intérêt, à la fondation d'épreuve du mécanisme sociélaire.

Jja Ëidlité de cette entreprise, la garantie de prompt succès, reposent sur ce qu'elle s'accorde avec toutes les passions. Je l'ai prouvé sur la grande question de l'affranchissement des esclaves- Il sera convenu, consenti et même provoqué par les maîtres impatiens de pro6ter des bénéfices de l'état sociélaire, dès-lors aucune classe uesera froissée dans ses intérêts pécuniaires, tandis qu'en soivant les méthodes connues , celles desBrissot, des Vil* berforce et des sociétés d'abolition de la traite, on compromet les intérêts des possesseurs d'esclaves.

Remarquons bien cette propriété inhérente au mécanisme sociétaire, conienter toutes Us classes, tous tes partis ; c'est par cette raison que le succès en sera si &cile , et qu'une petite épreuve tentée snr 700 personnes, décidera subitement la métamorphose générale , parce qu'on y verra réalisés tous les bienfaits que la philosophie se bomeàrêver, liberté réelle, unité d'action, règne de la vérité et de la justice devenues voies de fortune; mais dans l'ordre civilisé où la vérilé et la justice ne conduisent pas à la fortune, il est impossible qu'elles ■oient préférées ; aussi voit-on la fourberie et l'iojustîce dominer dans toute législation civilisée, et s'accroître en raison des progrès de l'industrie et des sciences.

6l PBÉFACE.

Le peuple , eo pressentimens sur la destioée, est meilleur juge que les sarans ; il donne à leUt civilisé le nom de mmâe a rebours , idée qui implique la possibilité d'un monde à droit sens dont il restait à découvrir la théone.

La classe savante n'a pas pressenti ce nouveau monde social que lui indiquait l'analogie ; nous voyons dans la nature matérielle , une double distribution , celle du iaux et du vrai ;

L'ordre combiné et juste parmi les planètes , L'ordre incobérent et faux parmi les comètes.

Les relations sociales ne sont-elles pas sujettes à cette dualité de marcbe ? ne peut-il pas exister un ordre de vérité et liberté , par opposition à l'état de fausseté et contrainte qu'on voit régner sur notre globe? Le progrès de l'industrie et des lumières n'y sert qu'à accroître la fausseté générale des relations, et la pauvreté des classes qui portent le faix de l'industrie : nos plébéiens, nos ouvriers , sont bien plus malheureux que le sauvage qui vit dans l'insouciance , la liberté , et par fois dans l'abondance, quand la chasse ou la pêche ont réussi.

Les philosophes, d'après leurs propres doctrines, auraient dû entrevoir la vraie destinée de l'homme, et la dualité de mécanisme en mouvement social , comme en mouvement matériel ; ils s'accordent tous à enseigner qu'il y a unité et analo^'e dans le système de l'univers ; écoutons sur cette thèse l'un de nos métaphysiciens célèbres ; -

« L'univers est fajl sur le modèle de l'âme humaine , » et l'analogie de chaque partie de l'univers avec l'en- » semble est telle que la même idée se réfléchit conw stamment du tout dans chaque partie , et de chaque w partie dans le tout. » SCBELUNG.

Rien n'est plus vrai que ce principe : l'auteur et ses disciples devaient en conclure que si le monde matériel est sujet à deux mécanismes, combinaison planétaire et incohérence cométaire, le monde social doit être de

■,Goo»^le

PItEFACE. 17

même sajet à denx mécanismes, autrement il n'etisterait point d'analope entre les deux mondes matériel et social , point d'unité dans lesystème de l'univers. Et comme il est éridenl que nos sociétés civilisée , barbare et sauvage sont l'état d'incobérence et de fausseté, le monde à rebours, il fallait chercher les voies du monde à droit sens on régjine de vérité et d'harmonie sociétaire applicable aux passions et à l'industrie, et encourager cette recherche par des concours et prix.

Le hasard m' ayant livré le germe de cette théorie en 1 798 , je suis parvenu , en trente ans de travail , à la simplifier au point de la mettre i portée des hommes les moins instruits, et même des personnes frivoles et ennemies de l'étude ; c'est un calcul de plaisirs, il est de la fiompétence des femmes comme des hommes.

Toute femme qui désire s'illustrer et qui a quelques moyens pécuniaires , peut prétendre  la palme de fondatrice de l'unité universelle , et s'élahlir chef de la compagnie d'épreuve. Ce f61e aurait bien convenu à Madame de Staël qui aspirait à une glande célébrité et qui avait une fortune vingt fois plus que suffisante pour se mettre i la lête de la fondation.

Certains hommes sans fortune peuvent aussi prétendre à ce triomphe ; un écrivain en crédit peut décider quelfpie ami de l'humanité, comme le roi de Bavière, à faire l'épreuve sociétaire. Dans ce cas l'hommfe qui aura concoum à celte fondation , à titre d'orateur ou promoteur , participera au lustre et à la récompense du fondateur. C'est une entreprise pour laquelle on peut indiquer en. Europe cent mille candidats pourvus des moyens nécessaires; il ne sera pas difficile d'en décider un, en lui démontrant qu'il en va recueillir l'immensité de fortune et de gloire. Je reviendrai sur ce su)et qui serait ici trop éblouissant. Le plus heureux favori de cour ne peut pas obtenirun petit royaume héréditaire, comment croirail-on que le fondateur de l'état sociétaire obtiendra un laste epipire? cela sera très-exactement démontré. '

.Lioo^ie

AAT. II. AROKHITA bu ^BODi/^T SOCliTAISK.

Une ded causes qnî ont retardé- l'inTCntion dn mécanisme sociétaire, c'est qu'on a manqué à la précaution de présenter -comme motif d'espérance et stimulant d'étude, un tableau des immenses bénéBces de l'association. L'on pourrait en remplir plusieurs rotâmes; je ▼aiï me borner à quelques pages , où je supposerai l'assodation établie partout, et les villages remplacés par des phalanges iudusinelles d'environ i,8oo personnes.

Distinguons leurs bénéfices en négaliis et positi&.

I^ bénéfice négatif consistera à produire sans rien faire t plus que des cÎTilisés forçant de travail.

Par exemple : j'^ prouvé qu'une cuisine sociétaire épargnerait en combustible les 9/10, et en ouvriers les 19/20 de ce qu'emploient les cuisines des ménages. Outre le produit de tontes ces épargnes, on aurait celui d'une fabrication bien améliorée, le profil serait positif et négatif à la fois , car à l'épa^^e prodigieuse de combustible, se joindrait l'avantage de restauration des forêts, sources, climatures.

Continuons sur l'hypothèse d'exploitation sociétaire : }e rapplique k la pèche des petites rivières. On peut , par inaction combinée , par accord sur les époques d'ouverture et clôture de la pêche , décupler la (quantité du poisson et le conserver dans des réservoirs à engrais.

Ainsi par la seule inaction, les réunions sociétaires dites phalanges industrielles, obtiendront dix fois plus de poisson , en employant à la pêche dix fois moins de temps et de bras que nous, et en se concertant pour la destruction des loutres dans tonte région.

Voilà divers points sur lesquels le bénéfice est décuple et vingtnplc du nuire , je n'exagère donc pas en estimant le produit sociétaire au quadruple du nâlre, et l'on verra ^ue ce moyen terme e$t au-dessous de la réalité. Que de

iiK>ti& d'eumincr si le procédé d'association nalnrelle et d mdustjie attrayaate est vraiment découvert ! Contiaiifflu l'estiffiatioii.

h'épargae Au larcin serait an immense bénéfice obfaox sans rien faire : le îmit est la plus facile de tontes les reœltesi mais le risque de vol empêche les g/iO des plaaIalioDS qu'on vendrait faire, il oblige k une con- ■traction de murs très-dispendieux «t nuisibles.

L'Association, exempte du risque de larcin, anra moios de peine à trentupler les plintatîons d'arbm, qu'on n'en a au)Ourd'bni i les dorre et surveiller. Elle aon une telle afQoence de fruits qu'elle en nourrira les cn&nsttMiierannéer en conservant le fruit par procédés tàentifiqnes, et remployant en compotes et confitures qoî coûteront moins que le pain; parce que le régime des Séries passionnées ayant la propriété de créer l'at- Iraciion industrielle, convertir au travail agricole les sauvages, nègres, etc., la zone torride sera aussi-tôt cultivée sur tous les points , et le sucre ne coûtera pas plus tjoe le blé , à poids égal. Dans ce cas la compote à quart desncre deviendra, pour la classe pauvre, une noumture iiKnns chère que le pain i car le fruit de troîsièma dioix, fruit k compote et marmelade, ne coûtera pre^ que rien , tant les vergers seront immenses , quand le vol «e sera' plus i craindre et que la restauration climatéliqne, effet des cultures générales et méthodiqiies , sa^ un sûr garant des récoltes '. elles sont réduites aujourd'hui autiersdecequ'elles seront par suite de cet te restauration qui aura lieu  la cinquième année de régime sociétaire. . Au lieu de cette surabondance, les civilisés sont privés même du nécessaire en fruit; car la peur du larcin- Us empêche de laisser mûrir le peu qu'ils en ont. Leg bons et simples babîtans de la campagne sont si fripons, qu'ils ne laisseraient pas un fruit sur un arbre non clos, ■i on ne cueillait pas avant maturité : ce risque oblige i i làire une seule cueillette au -lien de trois, ce qui est très-préjudiciable aux qualités.

.Lioo^le

30 PBÉrACE.

n faudrait à 3oo &milles d'une bourgade cmlis^ 3oo rdranchemeDS murés; ce serait troisfois plus de dépense que les frais de plantation même : d'ailleurs , la plantation est fortement contrariée par le risque des fraudes i essuyer en achetant des pépiniéristes ; fraudes qui cesseront quand le régime commercial aura passé du mode mraisonger ou civilisé , au mode véridique.

Il est donc certain que le régime sociétaire gagnera i ne rien faire on à très-peu faire, dix fois plus que les civilisés ne gagnent en forçant de travail. Souvent le bénéfice aura lieu en double sens, comme dans l'exemple mirant.

On voit cent laitières civilisées porter au marché 3oo lirocs de lait, que remplacerait en association un tonneau sur char i soupente, conduit par un homme et un cheval , au lieu de loo femmes , 3oo vases , et une trentaine d'Ânes. Cette économie s'élèverait du simple au composé, du producteur au consommateur, car le laitier rendu i la ville distribuerait son tonneau i 3 ou 4 ménages progressifs (ménages d'environ looo personnes que forment les villes en assodation) ; l'économie déjà cinquantuple sur le transport, le serait de même sur la distribution bornée à 3 on 4 ateliers au lieu de looo familles.

. L*nn des côtés brillans de l'industrie sodétaire sera l'introduction de la vérité en ré^^me commercial. L'a»socialion eu substituant

La concurrence corporative, solidaire, véridique', simplifiante et garantie

Alaconcurrenceindividuelle,îusolîdaire, mensongère, complicalive et arbitraire, emploiera i peine levingtième des bras et capîuux que l'anarchie mercantile ou concurs&iCK mensongère dîstrait^de l'agriculture , pour les absorber à des fonctions tout à fait parantes , quoi qu'en disent les économistes;'car tout ce qui peut êlresupprimé dam une mécanique sans en diminuer l'effet , joue un rôle parasite. On fait un tourne-broche avec deux roues ,

PRiFACK. at

^ uaoanier troave moyen d'y introdaîre 4o roues, ,11 T en aura 38 parasites. C'est ainsi qu'opère te commerce moisonger ou système de coDcurreDce compHcative et pattulation d'agens.

Une phalan);e industrielle on canton sociétaire ne ferait qu'âne seule négociation d'acW ou de rente, au lieu de 3oo négoces contradictoires employant 3oo ch^ de famille , qui vont perdre dans les halles et cabarets 3oo journées, à vendre sac par sac telle masse de denrées que la phalange sociétaire vendrait en totalité d 2 ou 3 des phalanges voisines, ou à une agence de commission pronndale. £n commerce comme en toute autre branche derdalions, le mécanisme civil isé n'est toujours que l'eztrême complication , le mode le plus ruineux et lé plus faux. Il est bien surprenant que nos philosophes qui se disent passionnés pour l'auguste véHté,se soient passionnés aussi pour le commerce individuel ou anarchie de fraude: ont~ils jamais rencontré dans aucune branche de commerce Taugnste vérité ? se serait-elle réfugiée chez les marchands de chevaux ou ches les marchands de vin? pas plus que sous les cotonnades de la bourse.

Noos avons aussi hors de J'indastrie des milliers de fimctions paraates, quelques-unes bien visibles comme celles de judicature qui ne reposent que inr les vices du régime civilisé , et tomberaient par avènement à l'éUt Mciélaire.

D'autres fonctions très -parasites sont inaperçues et même réputées utiles, comme l'étude des langues, travail tr^pénible et qui produit moins que rien.

En effet ; dès le début de l'élat sociétaire, on adoptera un langage unitaire provisoire, peut-être te français, sauf i Y ajouter environ 3 à 4 nitlle mots dont il manque. Tout enfant sera élevé à parler, dès le plos bas âge cetl» tangue générale; dès lors chacun, sans étude des langues, pourra communiquer ]avec tout le [genre humain , et en saura bien plosen ce genre que celui qui emploie aujourd huivingt années à étudiervïngt langues, et ne peut pas <e (aire eolendre des trois quarts des nations existantes.

33 PH]ËFACE.

La perfection sera bien plus immense en travaux pablics. Aujourd'hui un état réputé opulent, la France,, manque de 200 millions qu'exigerait la réparation deses mesquines routes : en association il 7 aura , par tout leL globe, d'un canton à l'autre , dé grandes routes à dirers trotoirs; ces superbes routes seront construites et enlretennessans impôts, par chaque canton, sauf celles de sei^ vice général pour les courriers et charois.

' UncadastredeFrancedoitcoûter,dit-ou,centmillion9, 5o ans de traraîl , et sera i peu près inutile ; car les limites des propriétés seront toutes changées lorsqu'il sera fini- Un cadastre du globe entierne coûtera qu'uneannée, et presque point de frais , car chaque phalange lèvera à ses frais le plan de son canton , avec indication de la nature des terrains.

' Certaines fonctions dvilisés absorbent au deli du milluple de temps nécessaire : une élection, parmi nous, cc^he à cbaque électeur environ cinq journées de.perte, y compris les rëunious cabalantes dont elle a été précédée, les frais de voyage, etc. : elle ne coûtera en association, que deux tiers d'une minute, sans aucun voyage : eest. environ la quatre millième partie dii temps qu'elle consume aujourd'hui. Je décrirai dans l'aln-égé ce mode d'élection qui emploiera, moins d'une minute', et auquel interviendront irois cent millions d'électeurs.

J'ai peu fait mention desproduitspositifs; on ne pourra en juger que lonsqu'on connoîtra les influences de la méthode nommée Séries passionnées , les moyens de perfeclionncœent et d'économie qu'elle fournit. On verra qu'à l'aide de celte mélhodo le produit sociétaire s'élèvera bien au-delà du quadruple du nôtre.

Par exemple le cheval ardennois est la race lapluschélive de l'Europe. A la place d'un ardennois qui ne vaut I>as cent francs, les phalanges de l'Ardenne sauront meubler leur pays 'de races qu't>n paierait aujourd'hui cent louis, et dont la longévité sera double. Sur des objets où il nous parait impossîUe d'atteindre

P&iPACE. 23

MulemaitaK double produit, comme sor la cnltnre de la T^ne, qoi ne comporte pu de deuxième récolle, l'état ■oaétaire saura atteindre bien au delà du quadruple, par combinaison de dîrers moyens, savoir :

1." Manutention méthodique et complette, S." Cooserre générale jusqu'à maturité, 3." Alliages assortis et coupes journalières, ^' Qualité rafïînée par l'équilibre de température, 5.* Quantité obtenue par la même cause. Non-seuIeiAent ces moyens réunis élèreront le produit de la TÎgne au-deli du quadruple, mais un seul des cinq peut dans divers cas donner ce quadruple : en rolcî la-

J'ai TU tel vin qui, après la récolte, n'anroît été rendu que cinq sons. Conservé et manutentionné avec babileti pendant dnq ans, il revenait i dix sou» et on trouvait adieleur 1 cinquante sous, somme quintuple du prix réel f compris les intérêts et antres frais.

Hais sur tout le produit de ce canton , il n'y avait pas un dixième qui eût été manutentionné et conservé de la sorte pendant 5 ans: la plupart des cultivateurs sontprestéa de vendre ; tel vin qu'il faut garder cinq ans ne sera pas gardé cinq mois, il se consommera dam les petits ménages et les cabarets , avant d'avoir atteint au quart de sa valeur possible.

Si k cette chance de cousore générale qui peut à elle Mole quadrupler la valeur rédle de certains vins, on ajoute le bàiéfice des quatre autres chances, il est évident que, sur la vigne même, l'état sociétaire saura obtenir It décufde prodoit, en supposant qu'il soit doublé en moyen Icnne par chacune des cinq cbances, et sur tout par la cessation da fléau nommé second hwer ou Iutu rousse qui, par les relards de végétation , empêche les secondes récoltes et maltraite si fréquemment les [H^mières.

£n thèse générale , la civilisation , dans son ensemble , préteule les deux tiers d'improductifs ; j'en donnerai un uUeau détaillé. Dans ce nombre figurait non-seulenient

^4 PBiFACK.

les improductifs avérés , comme les miliiàires, les douaniers, les agens fiscaux ; mais encorela plupart des agena réputés utiles, comme les domestiques ,iet même les cultiviiteurs qui sont parasites dans an grand nombre de fonctions. J'ai tu un jour cinq enfans employés à garder quatre vaches , encore leur laissoîenl-ils manger les épis de blé. On rencontre à cliaque''pa6 ce désordre dans U gestion civilisée.

En ajoutont l'épargne des classes détruites par les fatigaes, les excès, la navigation impmdedte.. les épidémies , les contagions , Ton trouvera , entre les civilisés et les peuples sociétaires , une différence décuple quant aux làcultés industrielles ou produits qu'on peut obtenir d'une masse d'babiians sur un terrain donné>

En e0'et , si les hommes , femmes et enfans travaillent par plaisir, dès l'âge de trois ans jusqu'à l'âge décrépit , si la dextérité , la passion, la mécanique, l'unité d'action, la libre circulation , la restauration de température , la vigueur, la longévité des hommes et des animaux, élèvent à un degré incalculable les moyens d'industrie, ceschanca comulées porteront bien vile au décuple la masse do produit ; et c'est parégard.pour les habitudes que j'énonce le quadruple seulement, de peur de choquer par des perspectives colossales , quoique Irès-exactes-

L'amélioralion portera principalement sur le sort des en£ins , trè»-mal gouvernés par les ménagères qui , dans leurs chaumières, leurs greniers et leurs amères^toutiques, n'ont rien de ce qui est nécessaire au soin des enfans; elles n'ont ni les ressources, ni la passion, ni les connaissances, ni le discernement qu'exige ce soin.

Dans les grandes villes comme Paris , et même dans de moindres , telles qne Lyon et Rouen , les enfans sont tellement victimes de l'insalnbrité, qu'il en meurt huit fois plus qne dans les campagnes salubres. Il est prouvé que , dans divers quartiers de Paris oii la drcnlation de l'air est interceptée par des cours étroites , il règne nn mépbitisme qui attaque spécialement les en&ns dans leur

pmnitre année; on Toit parmi ceux «in-dessoiu d'un an, une mortalité qui en emporte sept sur huit, avant l'Sge de donze mois : tandis que dans les campagnes sa> labres comme celles de ISormandie, la mortalité de cette cathégorie d'enfans est bornée à an sur huit.

£tle sera à peine d'un sur vingt dans les phalan^ sociétaires qui , malgré cette chance de population , ne procréeront pas autant d'enfans que lescivilisés. La terre, qnoique donnant quadruple et même décuple produit , Kiaît bientôt jonchée de misérables comme aujourd'hui, si l'état sociétaire n'avait pas la faculté d'équilibre en population, comme en toutes les branches de mécanique sociale. (Voyez la section des équilibres.)

J'ai démontré , par quelques détails , combien les bénéfices de l'association seront gigantesques : un tableau cemi^et de ces bénéfices remplirait plusieurs volumes. On a commis une faute inexcusable en négligeant de publier ce recueil d'aperçus, d'où chacun aurait conclu qu'il est impossible que Dieu, iitïtn de suprême économe, n'aitpas préparé les moyens d'organiser ce régime d'économie et de rérilé d'où naîtraient tantde prodiges. Croire que Dieu y ait manqué , c'est l'accuser implicitement d'ttre l'ennemi de l'économie et de la mécanique.

A cela on réplique : tant de perfection n'est pas fa^ pour les hommes ! Qu'en savent-ils? Pourquoi désespérer de la sagesse de Dieu avant d'avoir étudié ses vues dans le calcul de la révélation sociale permanerUè , ou attraction passionnée , dont on ne peut déterminer les fim qa'en procédant régulièrement par analyse et synthèse.

Prétendre que tel degré de perfection n'est pas fait pour les hommes, c'est accuser Dieu de méchanceté; car il possède un moyen sftr d'appliquer aui relations humaines tel système qu'il lui plaira. Ce moyen est l'attraction, dont Dieu seal est distrihateuri elle est pour lui «ne baguette magique , passionnant toute créature pour 1 exécution des volontés divine^. Dès lors si Dieu se compUit an régime de perfection sodale qui serait celui d'à-

26 SBÉFACl.

nilé soci^ire, justice et Tërîté, il loi suffit, pour non» birt adopter ce régime , de le reodrç attrayant pour chacun de nous. C'est ce qu'il a fait : on va s'en convaincre en lisant le traité du mécanisme sociétaire distribué ea Sëiîes passionnées; chacun s'écrîera:Toilà ce que je dënre. ce serait pour moi le bonheur suprême.

La perfection est donc faite pour les hommes , si elle. ÇA Tsn de Dieu comme on n'en saurait douter. Cett pour aroir trop peu espéré de Dieu que nous arons muique les voies de perfection sociale qu'il eût été si facile de découvrir par calcul de l'attraction.

Mais ce calcul semble absurde an premier abord ; il noos apprend que chacun voudrait des millions et un ^lais; comment faire pour en donner i tout le monde?

Objections frivoles! ]^t-ce là un motif d'abandonner une étude? Poursuive&rla sans vous effraTCv, suivez le précepte de vos philosophes , qui vous ordonnent dex~ ^phrer en entitr le domaine de la science; achevez donc ca que Newton a commencé , le calcul de rattractitm : il TOUS apprendra que celui qui désire des millions et un palais , désire trop peu;car, dans l'état sociétaire, leplws pauvre des hommes jouira de cinq cent mille p^ais, où. il trouvera gratuitement beaucoup plus de plaisirs que ne peut s'en procurer un roi de France , avec 35 millions de rente et une douzaine de palais, oùsesplatsirsse bornait i entendre des solliciteurs de sinécures, des tripotages de parti , Être harcelé par l'étiquette, et n'avoir d'autrs délaasegaentquelescartesou lâchasse dégénérée en tueriet en plaisir de boucher.

rîous désirons donc trop pen,'c'est ce que prouvera l« caleul ,de l'allraction. Dieu nous prépare un bonheur bien supérieur à nos médiocres convoitises : demandons beaucoup i celui qui peut beaucoup ; c'est faire injure i sa générosité , que d'attendre de lui des richesses médiocres', des plaisirs médiocres. Le destin du genre humain est, ou l'immense bonheur sous le régime divin et sociétaire , on l'immense malheur sous les lois des hommes ,

PHipACE. 27

^ins l'àat â'm'dustrie morcelée et mensongère qui, comptradrement à la sociétaire , ne donne pas le qoart en piwlait effectif, et pas le quarantième en Ijouissances.

On Toil les dvilisés prêts à braver fatigues , périls et naufrages, pour hasarder de doubler leur fortune, ou d'en Bcquérir une petite : voici une thance bien autrement Ëirorable, quadrupler subitement sa fortune, et ■ans se dépayser ni courir aucun risque sanitaire ou pé-omiiire. Eh! que fandra-t-il donc faire? s'écrie-t-on. Rien antre que de se divertir du matin au soir, puisque les amusemens entraîneront au travail . devenu plus attviyant que ne sont aujourd'hui les spectacles et bals.

Plus r*s perspectives de l'eut sociétaire sont éblouissantes, plus il importe de s'assurer si la théorie en esteiacle, si le calcul de l'allraction industrielle et du mécaiùsme des passions est réellement découvert- Four fanuliaiiser les esprits à cette étrange nouveauté, il faudra les initier un peu i la connoissance da mouvement et des destinées qu'on rëputait impénétrables, couvertes d'un voile d'airain. Il existe bien un voile, une cataracte des plus épaisses , qui aveugle l'esprit humain: cette cataracte se compose de 5oo,ooo tomes , qui déclament contre les passons et l'attraction , au lieu d'en faire l'étude.

Que l'attraction soit éblouissante et absurde an premier abord, ce n'est pas sur ces apparences qu'il faut la juger, mais sur l'ensemble du mécanisme auquel tendeut ses impulsions , qui nous semblent vicieuses quand on les observe en détail. Je vais , pour disposer à cette confiance, exiktiqner le but d'une de ces impulsions réputées ricâeuses.

Je choisis le penchant le plus général et le plus contrané par l' éducation, c'est la gourmandise des enfâns, leur passion pour les friandises , contre l'avis des' pédagogues, qui leur conseillent d'aimer le pain, manger plus de pain que de pitance.

Id nature est donc bien maladroite , de donner «ux cn£tns des goûts si opposés aux saines doctrines ! tout

28 PBÉFACE.

en&Dt regarde comiDe ponitioa on d^eûné an pain sec, il voudrait des crèmes sacrées , laitages et pâtisseries au sucre , des marmelades et r^mpol» , des fruits naturels et confits , des limonades , orangeades et vins blancs doux. Remarquons distinctement ces goûts, qui dominent chez tous les enfans ; il y a sur ce point un grand procès à juger : il s'agit de décider lequel a tort » ou de Dieu, ou de la morale.

Dieu, distributeur . de l'attraction, donne i tous les enfans ce goût des friandises; il eût été maître de leur donner du goût pour le pain sec et l'eau, il aurait serri les vues de la morale ; pourquoi donc opère-t-il sciemment contre les saines doctrines civilisées P expliquons ces motifs.

Dieu a donné aux enfans du goût pour les substances qui seront les moins coûteuses dans l'ordre sociétaire. Quand tout le globe sera peuplé et cultivé, jouissant de la libre circulation , sans aucune douane , les mets sucrés que j'ai désignés plus haut seront bien moins coûteux que le pain ; les comestibles abondans (voyez 19') seront le fruit, le laitage et le sucre, mais non pas le pain, dont ' le prix s'élèvera beaui^jup , parce que les travaux de culture du blé, et préparation joumaliàre du pain, sont pénibles et peu attrayans; il faudra les payer bien plus que ceux des vergers et de la confiserie.

£t comme il convient que les enfans fassent moins de dépense que tes pères, en nourriture et entretien , Dieu a opéré judicieusement en leur donnant attraction p6ur ces sucreiies et friandises, qui seront moins chères que le pain, dès que l'on sera parvenu â l'état sociétaire. Alors les saines doctrines morales se trouveront pleinement erronées sur la nourriture des enfans, comme sur tous les autres points où elles contrarient l'attraction. L'on reconnoîtra que Dieu fit bien tout ce qu'Ufit , qu'il a eu raison de donner aux enfans attraction pour les laitages , fruits et pâtisseries au sucre ; et qu'au lîcn de perdre foUemeat trois mille ans à déclamer contre le plus

PB É FACE. iig

docte ouvrage de Dïea , contre ladistribnlion des'goûls et attiactîons passionnées, on aurait mienz fait d'en étudier le bat par calcul sur l'ensemble de ces impulsions que la morale insulte en détail, sous ^prétexte qu'elles ■ont nuisibles dans l'ordre civitisé et barbare; 'cela est irai t mais Dieu n'a pas fait les passions pour Tordre cifiliié et barbare. S'il eût voulu maintenir ezclusîrement cesdenx aociétés, il aurait donné aux enfans l'amour du pain sec, et aux pères l'arnoor de la pauvreté, puisque tdestlesortde l'immense majorité des civilisés et barbares.

Ce sera une étude amusante et flatteuse que d'examiner les emplois de rbaque branche d'attraction , l'ulililé de cbacune dans le m^anisme sociétaire : tomes seront reconnues aussi justes, aussi bien adaptées que la gonrinandise des enfans ; chacun se convaincra que ses passions , tes instincts les plus critiqués trouvent des emplois précieux dans ce nouvel ordre ; fut-il jamais de découverte plus flatteuse pour tout le monde?

* Mais comment se fait-il , dira t-on , qu'une înven- » tion si précieuse soit l'ouvrage d'un inconnu , qui ne

■ figure pas dans le monde savant? Tant d'hommes ce-

> lèbres, depuis Platon jusqu'à Voltaire, ont exploré

■ le domaine des sciences : peut-on penser qu'ils aient

• manqué la plus précieuse des découvertes? cela n'est

* paï croyable; ce calcul de l'attraction et de l'associa-

■ tion ne peut être qu'une cbarlatanerie ': c'est quelque

> vision , quelque songe creux. •

Ainâ raisonne l'orgueil : on est choqué dé voir un inconna enlever la palme que tant d'autres auraient pu cueillir arant Inî.'On aime mieux repousser une heureuse découverte que de la tenir d'un intrus. D'ailleurs, l'amour-propre est flatté en ravalant les idées neuves. Cent mille pygmées du i5.* siècle se croyaient hommes de génie, en persifHant Christophe Colombqui leurdémon- Iraît la sphéricité du globe, l'existence probable d'un nouveau monde continental.

Je réponds à ces détracteurs, commentée fâît-il que

3o PKéPACB.

des découvertes éminemmeat utiles et à portée de tout le pionde, comme l'étner et la soupente, aient écfuppé à Vingt siècles savans? Il ne manquait pas , dans Rome et Athènes, debons mécanicieas, aptes i faire ces faciles découvertes. Tout charron , tout cavalier pouvait inventer la soupente et Tétrier , choses dont tout le monde avait grand besoin , car chacun voyage en voiture ou & cheval. Les voitures des César et des Périclès étuent cahotantes comme nos charettes ; les cavaliers romains étaient sujets à de graves maladies, iqu'un étrîer aorait prévenues; on plaçait sur les routes , des bornes de distance en distance, pour leur aider à remonter à chevaK

£n considérant certe inadvertance de la docte anli- ([uité sur deux inventions qui étoient à portée de tout bon simple, s'étonnera-t-on qu'une théorie vaste et briljaulecomme celle de l'attraction passionnée , ail échappé au monde savant? D ailleurs, on n'en lient le germe qus depuis un siècle, depuis Newton, qui a éventé la mine. Or, si l'on commet des étourderies de vingt siècles sur des inventions faciles, comme la soupente et Tétrier', on peut bien en commettre d'un siècle sur des études transcendantes comme celle de l'atti^ctiou; calcul biea aisé à comprendre aujourd'hui qu'il est fait, mis en ordre ; mais la recherche en était plus difficile pour les savans que pour d'autres hommes, parce que le monde savant est tout imbu d'une doctrine appelée Moeale , qui est mortelle ennemie de l'attraction passionnée. ^

La morale enseigne à l'homme à être en guerre avec lui-même, résister à ses passions, les réprimer, les mépriser, croire que Dieu n'a pas su organiser sagement nos âmes, nos passions, qu'il avait besoin des leçons de Platon et Sénèque , pour apprendre à distribuer les caractères et les instincts. Imbu de ces préjugés sur l'impéritîe de Dieu , le monde savant était inhabile au calcul des impulsions naturelles ou attractions passionnées, que la morale proscrit et relègue au rang des vices.

llest vrai que ces impulsionsne nous entruncnt qu'au

PBÉFACl. 3t

toaX quand on s'y lîrre indmdnellement; mais il fallait en calculer le jea sur une masse d'environ deux mille pemwnies sodtftairement réunies et non sardes familles ou des individos isolés ; c'est à quoi le monde sarant n'a pas songé; il aurait reconnu parcetteétade,qne dès qu'on atteint an nombre de seize cents sociétaires, les impulsions nainrelles dites attractions tendent 3i formerdes séries da groupes contrastés , dans lesqudles tout entraîne à l'indoslnederenue attrayante et à la rertu devenue lucratÏTe. En Toyant ce mécanisme, ou seulement en faisant le calcal de ses propriétés , on comprendra que Dû'u a bien /ait tout te qu'U a/ait , et qu'au lieu de perdre follement trente siècles à insulter l'attractioa qui est l'ouvrage de Dieu, on aurait dû employer, comme je l'ai fait, trente ans À l'étudier. Les sciences devaient suivre leurs préceptes dexplorer en entier le domaine de la nature , étudier rhomme, l'univers et Dieu ; elles devaient, au lieu de critîqner en détail nos attractions, les étudier dans leur entier), dans leur ensemble, en application à des masses nonbreoses. L'attraction est le moteur de l'homme, elle est l'agent que Dieu emploie pour mouvoir l'univers et l'homme ; on ne pouvait donc étudier l'homme , l'unifers 'e/i>Ku, qu'en étudiant l'attraction dans son entier , en passionnel comme en matériel.

£nfin rinadrertance est réparée, le calcul de l'attraction passionnée est découvert, et le monde peut à l'instant passer aux destinées heureuses. Il ne doit s'attacher dans cette conjoncture qu'à vérifier si ta théorie est juste, et son i chicaner l'invuQteur sur les formes ; c'est le fond qu'il fautexamîner.On a accordé tant de faveuranxcharlatans en association! Le véritable inventeur ne demande que de la justice. Les charlatans ont trouvé de quoi fonder depuis vingt ans une vingtaine d'étahlissemens qui en Angleterre comme en Amérique ont manqué compleltement le but : l'inventeur neveut former qu'un seul établissement qui, en deux mois, atteindra le but et opéreral'imitationgéaéraleparappâtdubëné&ccetduplaisir.'

3a PAÉFACE.

Mais cet înrailear a le tort de ne pas swccorder avec certaines sciences en crédit; eh ! si je tombais d'accord arec les sciences politiques et morales, je ne serai»qn'iin sophbte de plus : Galilée, Colomb, G>pemic , Newton, Linné , donnèrent un démenti à leur siècle i un inventeur est obligé de contredire les erreurs dominantes, un charlatan pour^ire des dupes flagorne tous les sophistes; lequel des deux est digne de confiance?

On prétend que l'histoire éclaire les peuples et rectifie leur jugement ; nen n'est plus faux , car ils sont aujourd'hui plus hostiles contre les inTcnlions qu'ils ne l'étaient au temps de Galilte. Cent fois l'histoire leur a dit que. » les grandes découvertes ont élé dues plus souvent aux » jeux du hasard qu'aux spéculations du génie; quelegé- » nie et le bon esprit, se trouvent rarement chez lesbeaux ' » espril5,gensroutinierset'peususccptibtesd'idéesueuTes.

Malgré les leçons de l'histoire et de l'expériencet on exige qu'un inventeur soit un personnage académique par les formes et le style ; étoient-ce donc des académiciens que ceux qui découvrirent la lunette et la boussole? C'étaient des enfants et des êtres si obscurs queleurnom ne s'est pas transmis.

Lorsqu'un trésor est apporté, hâtez-rous d'en jouir au lieu d'intenter des procès à celui qui Ta trouvé; pourquoi le quereller sur les formes et le style. Qu'il s'exprime en patois, peu importe : l'invention en a-t-elle moins de valeur ?

Zoïlcs qui prétendez que l'esprit académique est nécessaire dans un inventeur, quel bien votre faconde al-elte procuré aux nations modernes P L'examen de r^tle question terminera ta préface.

ART. in. CERCLE VICIEUX DE l'iKDDSTRIE CIVILISÉE.

£n fonte science le règne du Eaux précède le règne du vrai : avant la chimie expérimentale on a vu les alcbi-

mîslci âccoper la tcène ; avant l'astrtmomle exacit, on & TU dominer l'aslrokiipe judiciaire; avant ]a naissance de rcamomie sociétaire, nous avons tu dominer pendant unncrle réconomie anti- sociétaire ou théorie du morceileoienl, encourageant les petits producteurs fjuî sont de petits vandales en industrie.

PartoDt le sophisme s'empare des sciences ncnvcsavant que la raison n'ait su leur tracer la marche àsuivre; aussi àpeineles idées d'association commencent-elles à poindre, que déjà les esprits sont égarés sur ce sujet par les •Wyrans en méthode sociétaire, leeOwécnstes, qu se ■ont emparés de l'opinioni

Que de sciences, et des plus révérées, sont encore dans cet ige de ténèbres qui précède le règne du vrai ! Par eiemple, la morale : comment la concilier avec elle-f»âme? D'une part elle nous prêche le mépris des richesses et l'amour de l'auguste vérité; d'autre part elle exrite l'ft- ■tour du connoerce qui ne tend qu'i amasser des ricliessn par la pratique de toutes les astuces. On trouve m2[n<f UKonséquence, même contradiction danstontesles sciences dites pliilosophiques.

Au dernier siècle, Condillati disoït de lenra atfleurS: « L'art d'abuser des mots sans les enitmdre est pour eux

■ l'artderaiaonnertde supposition en supposition fausse,

■ ils sesont égarés parmi une mullilode d'erreurs, et ces

■ erreurs étant devenues des préjugés, ils tes ont prises • pMM- des principes. Quand les dioses en sont vniues & > cepoini, quand Icscrreun se sont ainsi accumulées, il

■ n'y a qu'ua moyen derentettre l'ordre datis la faculté

■ de penser, c'est d'oublier tout ce que nous Avons ap- » pris, et de refaire, dit Baron, l'entendement humain. *

C'était alors le siMe de la modestie ; on n'avait pas honte de confesser que telle et tdlc science étaientencotc au berceau, et surtout la poililique socialâ; ses coryphées la dénonçaient avec amertume et dédain, écoutons-les parler.

HOKTESQUIE0 : « Les' sociétés policées sont allciotes

34 PBÉFACE.

d'une maladie de langueur, d'un vice intérienr, d'un tcnin secret et caché (le morcellement).

J.-J. Rousseau : «Ce ne sont pas U des hommes, il y a quelque bouleversement dont noos ne savons pas pénétrer la cause. >

Voltaire :

a Montrez l'homme à mes ycnz : honteux Ae m'ignoier, H Dans mon élre , dans moi, je cherche à pénétrer; ■ Maû quelle épaisse nuit voile encor la nature ! »

BahthÉlemt : « Ces bibliothèques , prétendus trésors de connaissances sublimes , ne sont qu'un dépdt humiliant de contradictions et d'erreurs : »

Staei. « Les sciences incerlaînes ont détruit beaucoup d'illusions sans établir aucune vérité; on est retombé dans l'incerlilude par le raisonnement , dans l'enfance par la vieillesse.»

Aujourd'hui la scène change, tout ce labyrinthe de systèmes philosophiques est transformé en torrens de lumières, en marche rapide et vol sublime vers la région des perfectibilités. C'est surtout. en politique industrielle que notre siècle étale cet orgueil ; fier de quelques progrès en matériel , il ne s'aperçoit pas qu'il est en rétrogradation politique , et que sa mai^he rapide est*celle de l'écrevisse qui chemine, mais à reculons.

L'industrialisme est la plus récente de nos chimères scientifiques ; c'est la manie de produire confusément , sans aucune méthode en rélribuiion proportionnelle, sans aucune garantie pour le producteur ou salarié de participer à l'acct^issement de richesse; aussi voyonsnous que les régions industrialistes sont autant et peutêtre plus joDchées de mendians que les contrées indifférentes sur ce genre de progrès.

Il importe de dissiper dès la préface les illusions d'industrialisme ou abus de l'industrie, parce qu'elles sont le régime le plus opposé à la politique bociélaire , qui a pour base. ,

L'altracdonindustrietle, la répartition proportionnelle, L'économie de ressorrs, l'équilibre de population, tl autres règles dont s'éloigne en tons sens te système industrialiste, production désordonnée, sans garantie de jnslice distributive.

Jugeons ici les systèmes par les résultais : c'est l'Angleterre qui est le point de mire, le modèle proposé aux nations, l'objet de leur jalousie; pour apprécier le bonheur de son peuple, je rais m'étayer de témoignages ii^ rômsables.

■Assemblée des mmtres artisans tkSirmingham, 21 mars 1827. £lle déclare «queTindusIriect lafrugitlilé del'ou- » mer ne peuvent pas le mettre à l'abri de la misère,

■ que la masse des salariés employés à Tagricullure est » nue, qn elle meurt réellement de faim dans un pays

■ où il existe surabondance de vivres. >> Aveu d'autant moins suspect , qu'il part de la classe des maîtres d'ate> liers intéressés à rédimer le salaire des ouvriers, et déguiser leur misère.

Void un second témoin également intéressé à dissimuler le côté faible de sa nation; c'est un économiste, un industrialiste, qui va dénoncer sa propre science.

Londres, chambre des communes, 28 février 1826.

M. Huskisson, ministre du commerce, à\l : «INosfabri- " ques de soierie emploient des milliers d'enfans qu'on » lient à l'attache depuis trois lieuresdumalinjusqu'àdîx » heures du soir : combien leur donne~t-on par semaine? " un schelling et demi , trente-sept sous de France , e»- B viron cinq sous et demi par jour, pour être à l'attache

* dix-neuf heures, surveillés par des contre-maîtres mu- > nis d'un fouet , dont ils frappent tout enlànt qui s'ar-

* rète un instant. »

Voilà l'esclavage rétabli par le fait : il est évident que ' l'excès de concurrence industrielle conduit le. peuple civilisé au même degré de pauvreté et d'asservissement que les populaces de Chine et d'Indostan, les plus an-

36 va.ivA.ct..

cioinemeiit célèbres par des prodiges agricoles et m»u-

facluriers.

A côté de TAnglelerre plaçons l'Irlande qni, par double excès en rulrure outrée et en subdivision des proprié* lés. est parvenue au mêoie dénûment où l'Angleterre arrive par double excès en manufactures et grandes propriétés. Ce contraste, dans un n>êaie empire, démontre bien le cercle vicieux de l'industrie dvilisée.

IjRh journaux de Dublin 1836 disent : «Il règne irî une > épidémie parmi le peuple : les malades qu'on amène i » l'hôpilal guérissent dès qu'on leur donne à manger. • Leur maladie est donc Ul faim : il ne faut pas être sorcier pour le deviner, puisqu'ils sont guéris dès qu'ils trouvent à manger, rie craigncx pas que cette épidémie alleigne les grands : on ne verra ni le lord gouverneur, ni l'arcbevéque de Dublin tomber malades de faim , ce sera plutôt d'indigestion.

. £t dans les lieux où le peuple civilisé ne meurt pas de faim pressante, il meurt de faim lente par les privations, de faim spéculatif^ qui l'oblige à se nourrir de choses mal saines, de faim imminente en s'excédant de travail, en se livrant par besoin à des fonctions pernicieuses , à des fatigues outrées d'où naissent les fièvres, les infii-oiilés : c'est toujours aller à la mort par la famine.

£t quand il ne souffre pas de la faim, de quoi subsiste* t^l? Pour en juger, Il faut voirde près comment se nourrit le paysan français, même dans les provinces dont on Tante la fertilité. Huit millions de Français ne mangent pas de pain , n'ont que des châtaignes ou autres pauvretés ; vingt-cinq millions de Français n'ont pas de vin, gt pourtant on est obligé, par surabondance, de jeter aux égoùte des récoltes entières.

Voilà le vol sublime de l'industrie vers la perfectibilité ; A rependant chaque année voit érlore une donxainedc pbilosophies nouvelles sur la richesse des nations: que de richesses dans les livres, que de micère -dam les chaunûères ï

PBÉFACE. ^7

A ces îlluîons, opposons les réalités : est-ce nnvol sobltme que la situation de Londres , qui , toat en participant an secours annnet de deux cents millions accordé anx indigens , contient encore

1 17,000 paurres connus à la cWge des paroisses, ■ 1 5,000 panrres délaissés, mendians, filous, ragabonds, parmi lesquels on remarque :

3,000 recélears dont l'un est ricbeà vingt millions, 3,000 Juifs distribuant de la fausse monnaie, excitant les valets à voler leon maîtres, les fils A Toler leurs pires.

Total..» 332,000 pauvres dans la ville qni at le grand foyer de l'industrie. La France marche à cette misère t Paris a 86,000 pauvres connus , et pettt-étre autant d'inronnos. Les ouvriers français sont ai misérables, que dans les provinces de haute industrie comme la Picardie, entre Amiens, Cambray et Saint-Quentin, les paysans , sons leurs huttes de terre , n'ont point de Ht ; ils se foi^ment uvecoucbette avec des feuilles sèches qui , pendant l'fairer, se changent en fumier plein de vers; de sorte qu'an réveil, les pères et les en&ns s'arrachent tes vert attarbés à leur chair. La nourriture , dans ces huttes , est de même élégance que le molùlier. Tel est l'heareux sort de la belle France. On citerait une doucaine de ses provinces où lamisèreest au même degré, Bretagne, Limosin, haute Auvergne, Cévennes, Alpes, Jura, Saint- £lienne, et même dans la belle Tonraine, dite jardin de la France.

A cela les industrialistes répondent qu'il fandi^it répandre les lumières, l'instruction; eh! que sert-^le'à des miséraUes qui n'ont pas de quoi sutôisto'? elle les poussera à la révolte.

Cette dégradaiifm de l'humanité engendra l'athéisme; it s'accroît en raison des progrès de l'industrie civilisée ; dtc semble une dérision de la oatorc contre rfaumanité ; l'athéisme est le résultat nécessaire d'une cirilisation

trop longtemps prolongée, et donnant un vasle essor i l'industrie arant de connaître la méthode de répartition proportionDelte et garantie de minimum au peuple ; en d'aulrds termes , connaître le code naturel ou dtvîo sur les relations industrielles.

Dieu fait des codes sociaux pour les insectes même ; aurait-il pu manquer i en faire un pour le genre humain , bien plus digne de sa sollicitude que les abeilles , guêpes , fourmis ! Aurait-il donc créé les passions et les élémens de l'industrie, sans savoir à quel ordre il les destinait ? Il serait dans ce cas plus imprudent que nos ouvriers mêmes; car un architecte qui rassemble des matériaux de coôstruction, ne manque pas de faire préalablement le plan de l'édifice auquel il veut les employer.

Dieu a dâ prévoir l'impérilie de nos législateurs , des Solbn, des Justinien, des Montesquieu, desTarget. Si ces hommes se croient capables de faire des codes sociaux. Dieu à plus forte raison sait en faire ; ils n'ont pour appui de leurs lois que la contrainte, les sbires et les gibets; Dieu aurait pourappui des siennes l'attraction diyit il est seul distributeur. Cent autres indices faisaient pressentir l'existence du code divin , il fallait donc en mettre au concours la recherche, et déterminer d'abord la méthode à suivre dans celle investigation.

lie code divin, pour être méthodique, doit statuer avant tout sur l'industrie qui est fonction primordiale, l'administration ne nailqu'à la suitc:il. fallait donc cher^ cher les lois de Dieu sur l'industrie , l'ordre qu'il a assigné auxtravaux agricoles et domestiques.

Les publicistes au contraire ne se sont occupés pendant 3ooo ans que du gouvernement , que des abus administratifs et religieux ; ils ont commencé depuis un siècle seulement à traiter de l'industrie, sans songer à en corriger les désordres. Soit inadvertance , soit erreur systématique, il est certain qu'ils en ont prôné les deux vices radicaux , morcellement industriel et /raude commerciale fardée du nom de libre concurrence. .

-, Goot^le

litt icieace est' donc eo iausse route ; au fîcu de 8*occaper à cooibattre les rices des deux branches dites agriculture et commerce, elle ne s'exerce que sur les deux branckes dîtes gouTcmement et sacerdoce, auxquelles oti ne peut pas toucher sans causer des commotions et souvent des redoubtemens d'abus; tandis qu'en corrigeant, par le système sociétaire , les vices du régime agricole et conunercial,on opérerait en plein accord avec l'autorité, qui trouverait hieix son compte dans le quadruplement de produit et dans la cessation de toutes les querelles de parti : elles s^ont regardées en pitié , dès qu'on aura passé au bonheur sociétaire.

Après cet exposé des vices généraux de l'industrie et de la science , il reste à parler des vices de détail et des erreurs de système. C'est on sujet qui exigerait un' volume, j'en vais donner seulement l'aperçu.

N06 économistes confus de voir la ténacité et même le progrès de l'indigence, commencent à soupçonner que leur science est en fausse route; un débat s'est engagé dernièrement sut ce sujet entre MM. Say et Sismondi : le second revenant de visiter les prodiges d'outre-mer, a déclaré que l'Angleterre et l'Irlande , avec leur industrie colossale, ne sont que dévastes amai de pauvres; que l'industrialisme n'est jusqu'à présent que la région des chimères. M. J.-B. Say a répliqué pour l'honneur de la science; mais à parler net, l'économie politique a' été désorientée par la crise pléthorique de 1 826 ;'elle cherche à se justifier. Déjà l'on voit des chefs d^'école , tels que feuDugald Stewart,direquela scienceestboméeaurôle passif, que sa iSche eatlimilée à l'analyse du mal existant. C'est agir comme un médecin qui dirait au malade : ■ Mon mini^ère connste à faire l'analyse devotre fièvre, » et non pas à vous en indiquerlesmoyenscuratifs.» Un tel médecin nous semblerait ridicule; c'est- pourtant le râle que veulent prendre aujourd'hui quelques économistes qui , s'apercevani que leur science n'a su qu'em-

4» * PRÉPAGE.

pirer l« msl; et embarrassa d'en tnHiTeTrantîclo(e,iK>tu disent comme le renard au bouc :

M Tâche de i*ea tirer «t bta toos tes effarti. s

Si l'on admet fe rôle passif, cet cgoTsme par Icipiel ils croient excuser l'impéritie de la science, ils seront encore très en peine de tcnirparole, de donner t'analyse du mat; parce qu'ils ne veulent pas en avouer l'étendue, confesser que tout est vicieux dans le système indastriel, qu'il n'est en tous sens qu'un monde à rebours ; jugcons-en par un demi-avea échappé récemment à M. de Sîsmondî : il s reconnu (pie la ronsommalion s'opère en mode ûicerse , qu'elle se fonde sur les fantaisies des oisifs , et non sur le bien-ê4re du producteur; c'est déjà an premier pas ▼ers la smcérifé analytique : mais le mécanisme inverse est-il borné à la consommation? n'cst-il pas évident'

Qat ta circHiatton est inferse , opérée par des intermédiaires nommés marchands, ntgocians qui, devenant propriétaires du produit, rançonnent le producteur et le consommateur, et sèment les désordres dans le système industriel par leurs menées d'accaparcotent , agiotage, fourberie, eitorsion, banqueroute, etc.;

Que ia concurrence âst inverse, tendant à la réduction 4es salaires, et conduisant te peuple à ('indigence parles ivogfès de l'industrie ; plus elle s'accroît , plus l'ouvrier est obligé d'accepter à vil prix un travail trop disputé ; et d'autre part plus le sombre des marcbands s'accroît , plus ils sont entraînés à la fourberie par la diClicullé des ^bénéfices.

Yoilà dé^ trois ressorts dirigés en mode inverse, dans leivécanisineinduatriel ; j'en compterai facilement trente, (voyez 6/ section) : pourquoi n'en avouer qu'uD, celui de la conaoflHnatioa îitverse?

L'tndusrrie présente tme subversion bien plus 'saitlaotc , c'est ta contrariété des deux inlêrâs coUeeti/et indimdutl. Tout industrieux est en guerre avec la masse , et inalreillaat euvera elle par intérêt personne. Un médecin soi^ite à seaconcitoyeDS de bonnes fîèrres, et un

PSiFÀcÉ. 4i

procupcnr, de bons proc^ dans chaque ftiDÎHc. Un ar* rbitecie a besoin d'un bon incendie, qnt réduise enccndm !e quart de la vitle , et un vitrier désire une bonne grêle qui casse loules les vitres. Un tatticur, un cordonnier ne soubailcnt au pu-btic que des ctofFcs de fnux teint cl des chaussures de niauvais mir, afin qu'on en use le triple, pour le bien du commerce: c'est leur refrain. Un tribunal croit opportun que ta France conlînue'à romi mettre chaque année 120,000 crimes et délits à procès, ce nooibre étant nécessaire pour alimenter les courâ criminelles. C'est ainsi qu'en industrie civilisée tout individu est ea ftuerre intentionnelle avec la masse; effet nécessaire de rinduslrieanli-sonélaire ou monde à rebours. On verra disparaître re ridicule dans le régime sociclairè; où chaque individu ne peut trouver son avantage qué dans celui de la masse entière.

De tODs les indices qui devaient faire suspecter Vindaslrie acinellc, il n'en est pas de plus frappant que «lui de l'échelle simple en répartition. J'entends par simple, une échelle qui ne croit que d'un côté et non dé l'antre : en voici un exemple adapté aux cinq classes pauvre, gênée, moyenne, aûée, riche.

La ligne Areprësente l'origine des sociétés OÙ la difTé* rente des fortunes était peu saillante, où ta classe pau- Trc, figurée par zéro, n'existait pas.

A mesure que la fortune publique s'accroît, comme on le voit aux lignes B, C, D, E, il faudrait que la clame pauvre j participât selon la proportion indiquée dans chacune de ces lignes , c'est-à-dire , que dans un deg*é de riciieasc E, le riche ayant 128 fr. k dépenser par jour, le puma aunit au moins 6 fr. i dans ce cas Fé^

43 P&IFACE.

chelle seraitcomposée , croissaat proportionoément pour

les cinq classes, et stns égalité.

Mais en civilisation l' échelle ne croîssaDt qae d'un côté, la classe pauvre en reste toujours à zéro, de sorte que si la richesse est parvenue au S,* degré £, la classe riclie obtient bien son lot de 128, et la pauvre, zéro seulement; car elle a toujours moins que le nécessaire; de sorte que l'échelle civilisée suit la ligne transversale o, 2,8, 32, 128; et la multitude ou classe pauvre,. loin de participera l'acrroissement de richesse, n'en recueille qu'un surcroit deprivatïons; car elle voit une plus grande variété de biens dont elle ne peut pas jouir ; elle n'est pas même assurée d'obtenir le travail répugnant qui fait son supplice, et qui ne lui offre d'autre avantage que de ne pas mourir de faim.

Sous ce rapport, les peuples fàioéans, comme l'Espagnol, sont pi us heureux que les laborieux, car l'Espagnol est assuré de trouver du travail quand il lui plaira d'en accepter. Le Français, l'Anglais, le Chinois ne jouissent pas de cet av aniage.

Je n'en conclus pas que le régime social de l'Espagne soit louable, tant s'en faut ; je veux seulement arriverau but qu'indique le litre de cet article, dcmonirer que tout est cercle vicieux dans l'industrie morcelée ou civilisée ; elle crée , par ses progrès , les élémens du bonheur , mais non pas le bonheur; il ne pourra naître que du régime d'attraction industrielle et répartition proportionnelle, selon la ligne £. Cette répartition est impossible , tant que l'industrie est répugnante , il faut que le peuple reste dans l'extrême dénument pour consentir à l'exercer. D'ailleurs, la civilisation produisant à peine le quart de ce que produira l'association , et peuplant outre mesure, il serait impossible d'assurer à ses fourmilières de populace un lot de minimum, ou honnête

On a si bien reconnu ce cercle vicieux de l'industrie, que de toutes parts on commence à la suspecter, ets'éton-

net ifue la pauvreté naisse en civUistaion àe t abondance même. Je viens de décrire ciaq vices , dont chacan îsolémeDl suflirait à produire ce désordre; qu est-ce doDC lorsque les 5 vices agissent tous à la fois , et coDcurremment avec une cinquantaine d'autres non encore cités? (Voyea 6.« section.)

Après avoir constaté la nécessité d'un sort malbeureux pour le peuple civilisé , remarquons que le progrès de l'industrie n'ajoute que peu ou point au bonheur des riches. Aujourd'hui la bourgeoisie de Paris a de plus beaux meubles, de plus beaux colifichets que n'en avoîent les grands du 17.' siècle; qu'est-ce que cela ajoute au bonheurp Nos dames, avec leurs schalls-rachemîres, sont-etles plus heureuses que n'ctoieat lesSérigné, les Ninon? L'on voit à présent les petits bourgeois de Paris servis en porcelaine dorée; sont-ils plus heureux que les ministres de Louis XIV, les Colbert, les Louvois, qui avaient de la vaisselle de faïence?

II 7 a sans contredit jouissance réelle dans les perièctionnemcns commodes et salutaires , comme la soupente des voilures; mais on est blasé au bout d'une semaine sur les raffincmens de luxe visuel comme la porcelaine; ils ne serrent qu'à irriter la couvoilise du pauvre, qui s'imagine que la classe riche trouve un grand bonheur dans la possession de ces hochets. Ils ne seront utiles que dans l'ordre sociétaire, où ils auront la double propriété de stimuler l'attraction industrielle, el de multiplier les accords de passions qui sont une jouissance bien réelle, et qui s'étendront au pauvre comme au riche, malgré l'extrême inégalité des fortunes. Alors le plus pauvre des hommes aura beaucoup plus de jouissances que n'en a aujourd'hui leplusopulent monarque, parce que l'ordre nommé Séries passionnées , crée les concerts sociaux oa plaisirs de l'âme, qui aujourd'hui sont à peu près inconnus des grands, et il élève les raflînemens sensuels i une perfection dont le monde civilisé ne peut se former aucune idée.

44 PkipACE;

L'iadastrie ctTilisëe ne peut donc, je le rëpite, qu* créer les élémeDs du bonheur, maia non pas le bonbrâr. 11 sera au contraire démontre que i'ezcos d'industrie conduit la civilisation à de très-grands malheurs, si oa ne sait pas découTrir les moyens de 'progrès réel en échelle sociale. J'ai dît que notre politique n'avance qu'à la manière de l'écrerisse , tout en se vantant de progrès rapides. Ce sera un sujet assez digne de curiosité que l'analyse de cette rétrogradation à laquelle concourent les deux partis opposés,

LlBÉft.i.TJX ET IMWSTBIALISTES,

Obscubans et absolutistes.

Ladifférence entre eux est que le parti obscurant ne xûe pas qu'il tend à ressusciter le lO.* siècle, tandisque le parti libéral se flatte de conduire à la perfection. Ccst faoxiil tend, pardoublevoîe, àfaireréirograderlechar; on verra dans les chap, spéciaux , que la science n'a pas BU élever l'élat civilisé au seul progrès dont il ^it su»cepùhle, c'était l'ascension en quatrième phase.

Chacune des périodes sociales, dite civilisée, barbare, patriarcbale , sauvage ou autre, se subdivise en quatre phasesanaloguesanxquatreàgesdelavie; ce sont i.'l'eaj^nce, a." l'adolescence, 3.° Ja virilité, 4-* ^^ caducité> Lb 4** phase, dite caducité, est pai^foii on progrès Olile; on en peut juger par l'Egypte, qui, en adoptant la tactique militaire, l'art nautique et les sciences fixes , entre en barbarie caduque ou barbarie de 4'* phase, conduisant peu à peuàla t." phase de civilisation. C'est donc on progrès réel , de m£me qu'une nuit avancée est un acheminement vers le jour.

Si la civilisation savait passer de sa 3.* phase, qtù est l'état actuel , à sa 4'' phase qui n'esl pas encore née ; C9 aérait un changement très-favorable, car on se rapproche* rail delà période snivanle , celle des garanties sociales , qiû estréchelonsupéricuretcontigu à la civilisation. Lesgarenlîes sont le bien que rêvent tous les philosophes, sans savoir y atteindre en aucun sens : pour s'élever aux

PBKPACE. 45

g»Taiities, it làat sortir Ae la cÎTilisatùm, et monter à l'échelon suivant ; nos sciences, loin d'avoir su nous clefer ainsi de période en période, n'ont pas même pu nous faire avancer dans la carrière civilisée, nous élever aa moios de la 3.* à la 4-' phase, dont j'expliquerai le mécanisme en 7.* section.

Remarquons k ce sujet qu'après tnnt d'études sur la civilisation , l'on n'a pas encore son^ à en faire l'a- ' nalyse rentière, la décomposiiion en quatre phases, en assignant à chacune ses caraclères spéciaux qui ronslî-' tuent la phase, tel que anarchie mercaniile dans la 3.'; et en classant les caractères généraux qui régnent dnns le coars des quatre phases, comme ligue de<s gros voleurs pourfairependre les petits; puis les caraclères d'engrenage qai sont empruntés d'autres périodes; tel est le rode mi* litaire, qui est un emprunt sur la période iTifériciire, dite bartnrie; tandis que le rëginie des monnaies , seule relation où règne la garantie de vérité, est un emprunt nir la période supérieure, celle des garanties solidaires, qni n'est pas encore née.

£n considérant que nos sciences ont oublié l'analyse de la cîvilisalion, première étude qu'indiquait l'ordre méthodique, peut-on s'étonner qu'elles aient négligé beaucoup d'autres études, formant des sciences neuves et vastes, comme les suivantes, que je place en regard des classes de savans à qui elles sont attribuées.

Moralistes L'analyse de la civilisation.

Politiques La théorie des garanties solidaires.

Economistes des approximationssociélaires.

MÉTAraTSiCiE?iS de l'aliraclion passionnée.

NA.TCHALISTES... de l'analogie universelle.

Lorsquechaque classe de savans manque ainsi sa tâche primordiale, il n'est pas surprenant qu'elle oublie de moindres détails, comme l'analyse da cercle vicieux de l'iodastric, qoi, dans son système, pèche évidemment contre Ie« quatre bases de sage politique ; savoir :

.Lioo^le

46 PBÉFACB.

jiUra<MonindustrieUeapplicah\e»ux\vo\sc\aaaesTéûvei, les enfans, les sauvages, les riches oisifs.

RêparliûonpmporiionneUesiiîiiaàsAnl. chacuA en raison de ses trois facultés, capital , travail et talent.

Equilibre dépopulation maintenue «u-dcssoas du nombre qui amènerait la gène des classes inférieures.

Economie de ressorts, ou réduction la plus grande des improductils, commerçans et autres, dont le nombre est aujourd'hui si énorme, qu'il comprend les deux tiers des civilisés.

Lesindustriallstesesquiventcesproblèmes, et cent autres qu'on pourrait proposera ceux qui se flattent de perfectionner le système social par ut) progrès de la culture morcelée et de l'anarchia mercantile ou concurrence de fourberie. Les écrivains ne savent qu'encenser les vices dominans pour se dispenser d'en chercher le remède : sur les questions fondamentales , comme l'équilibre de population , l'on voit la science passer outre, eu disant qu'on n'y peut rien comprendre. C'est ainsi que Stewart débrouille rette énigme de l'exubérance de populace, énigme reprise après lui par Wallace et Malthus, qui n'y ont pas compris davantage.

Les questions de politique sociale seront toutes insolubleSt tant qu'on voudra spéculer sur le régime civilisé qui est un labyrinlhe intellectuel, un cercle vicieux en tout sens; mais que ne s'exerçait-on à inventer une nouvelle société? C'était là une belle carrière pour tant d'écrivains qui se battent les flancs à chercher un sujet neuf.

Et lorsque par hasard ils mettent la main sur quelque idée neuve , comme cette d'association industrielle, ils se hâtent de l'obscurcir et l'embrouiller, en y accolaut leurs vieux sophismes jusqu'aux plus ridicules , comme la communauté des biens, la douce Jraiemiiè des vrais philantropes, tous unis d'opinion.

Loin de ces fadeurs morales que met en jeu la secte Owen, il faut, en régime sociétaire, autant de discords que d'accords : c'est même par les discords qu'on doit

PKÉFACE. 4?

débuter; et, pour former une phalangede séries passionnées (an canton sociétaire de i, 800 personnes), i) faut Ëiire éclater aa moins cinquante mille discords, arant d'organiser les accords. On peut jug^ par là combien notre siècle étai t loin des routes de l'association , eh apportant i cette étude tous les fanx jugemens de la morale SOT les passions et tes voies d'harmonie sociale.

L'industrialisme étante je t'ai dit , la plus rérente de nos illusions scientifiques et la plus accréditée ; j'ai dû la réfuter avant d'entrer en matière, en désabuser les partisans, leur montrer le cercle vicieux de ses efforts mal dirigés, de cette industrie opérant sans but ni mciKode. Mai» pourquoi tant d'impéritic 'cbez des hommes si savans, si habiles écrîràlns; pourquoi leur beau talent n'a-t-il abouti qu'à nous jeter de Charybde en Scylla? Cesl gu ils marchent sans boussoie dans un labyrinthe.

Rappelons à ce sujet leur principe sur l'analogie ( ScHEixiKG cité précédemment ). S'il existe unité et analogie dans le système de la nature, nous devons avoir en politique deux boussoles cojnme en matériel. Les navigateurs ont pour se diriger, l'aiguille aimantée et les astres-, il faut que la politique sociale ait de m£me ses deux guides, sa boussole et sa contre- lioussole. Il n'y aurait plus d'unité de système ni d'analogie, si Dieu n'avait pas pourvu le monde social comme te monde matériel de deux guides pour diriger sa marche. Avant de désigner ces deux boussoles sociales', il faut faire entrevoirleur absence et les efforts de l'espnt humain pour les découvrir, soit en industrie , soit en administration.

Ek industrie. Je choisis pour indice les vocations naturelles et l'art de les faire éclore. C'est un art profondément inconnu ; on en va juger par un fait récent.

Un jeune charretier de 23 ans conduisait des métaux à l'usine de MM. Manby etVilson, à Charcnlon. L'aspect de cet atelier, qu'on dit effrayant, le charma et développa sa vocation , son attraction industrielle méconnue j usque-

48 PBÉFACE.

là de ses parents et de lui-même; il s'engagea dans ce genre de travail, el !1 y fit un progrès si rapide, qo'aa bout d'un an îl put remplacer un ouvrier Irès-précicux qu'on payait 22 francs par jour.

Dans ce pelît événeniciil. que de griefs contre nos métliodes industrielles, nos théories d'éducation, de perfectionnement et élude de l'homme! Pourquoi ne saTenlelles pas discerner et faire éclore dès le bas âge les Vocations indusirielles de chaque enfanr, l'appliquer aux divers emplois où la nature l'appelle.'' Voilà ce qui est impossible à la civilisation ; elle veut faire de Métastase, un portier; de J.-J. Rousseau cl de Franklin, deux ouvriers obscurs. Ce n'est que par des coups de hasard infiniment rares, qu'on voit quelques industrieux sauvés de celle ahsorplion , et plarcs souvent très lard au poste que l'inslinrt leur assignait: ce charrelierne trouva le sien qu'à 23 ans, et re fut par cflet du hasard.

Il est donc évident qu'il nous manque une boussole, une clé pour déchiffrer ce grimoire dcsaltraclionsel vocations indusirielles ou scientifiques: on ne petii les faire crloreque par emploi des Séries passionnées, qui sont la boussole principale en toute branche de mécanique sociale et surtout en éduration.

Le problème qui va être résolu surce sujet est de faire cclorc non pas une mats vingt vocations, chez tout enfant 3gé de trois ans; dès l'âge de 4 ans îl devra figurer déjà très-adroitement dansunc vingtaine de Séries industrielles, cl y gagner plus que ses frais de nourriture et entrelien ; y exercer alternativement toutes ses facultés matérielleset Intellectuelles, donner à toutes un essor complet.

Au lieu de vingt vocations écloses et en plein exercice à l'âge de 4 ans, on ne trouve souvent , chez le civilise, aucune vocation éclosc à vingt ans. S'il est plébcïen, ses parens l'appliquent forcément à un iravaïl hors (f instinct, où. il végétera , car tout individu devient un pauvre sujet quand il n'est pas au rôle que la nature lui assigne. S'il est de la classe aisée, il n'aura peut-être pas un état à 3o

PQEFACE. 49

ans; sur cent )eoTres gtns qu'on cnrotc aux imirerstlfe , anz proies de dmtet de médecine, il en est à pcineringt tjm réassiKsent.

L'éclosîon des Toealîons, Kart de les déveTopper dès le bas igc, est l'écueit de nos seîenres ; il dcnolc que nous n'avons point de boussole en dircciîon ées instincts, m^me en exercice de l'agriculture; elle est présentée aux en&na TÎIIaj^is, de manière à n'exciter que leop rcpu- ^anre. Nos sciences, en éducation EndustricUe comme en loni , sont visiblement hors des voies de la nature ou altrarlion; et il est clair qu'il faut recourir à une science neuve, pour oblenirnne boussole de direction industrielle: c'est 1» Série passionnée. Quand elle est régulièrement formée selon tes règles que j'exposerai en première section , rhommei depuis te berceau jusqu'à l'âge décrépit, est toujours eol^rainé aux fonctions où il peut servir à ta fois l'inlérèl public et te sien, et donner la plus sage direction à ses facultés corporelles et inlellecrucltes.

Il esl une seconde boussole sociale à déterminer, car la nalfire n'en donne pas nne seule, mais deux en tous genres : elle nous doit donc la contre- boussole en mécanique sociale. Je vais d'abord en signaler l'absence ;

EN ABM1MSTRATI0> . L'instinct nous a fait découvrir le germe des garanties naturelles ( garanhc de fiériié et d'économie), et fon n'a sa l'appliquer qu'au système des monnaiest seule relation où régnent la vérité et Péconomîe. Or qu'est-ce que le système des monnaies? C'est unerégve fi$cateà deux contre-poids formés parlerKange et l'orfèvrerie .' leur concurrence maintient le gouremenwnl dans les voies d'économie et de vérité ; c'est donc le système qu'il aurait fallu appliquera tout l'cnseiiible du mëranisme commercial et administratif, pour y introduire les ^ranlies d'économie et de vérité.

Le régime des monnaies est un monopole, mais on monopole composé, à double contre-poids ; en cela il diffvn! pleinement du monopole simple comme celui des labacs, qui est l'arbitraire sans contre-poids.

So PREFACE.

rtous avons donc sous la main uiie des deux boussoles. sociales, c'est le monopole composé que l'iuslinct a fait découvrir à tous les gouvememens ; ils n'ont pas su l'appliquer an commerce , et s'en emparer pour le bien des peuples qui ont besoin d'une garantie de vérité et d'économie dans le mécanisme de circulation-

Dupe dessophismcs de liberlé, l'administration s'est laissée frustrer de la plus belle portion de son domaine: elle abandonne le commerce aux particuliers, à la concurrence de fourberie, à l'anarchie mensongère et complicalive.

Laquelle des deux méthodes est préférable , ou de la garantie qui règne dans le monopole des monnaies, pu de la liberté anarchique du commerce qui augmenic chaque jour le nombre de ses agens, l'absorption de capitaux,les'entraves de fourberie et lacomplication de mécanisme ? Pour en juger, il faudrait mettre pendant quelques temps la monnaie en régime commercial, en libre concurrence. Lon aurait bientôt dans chaque empire vingt-mille fabricans de monnaie, qui en protestant de' leur loyauté selon l'usage commercial, distribueraient à l'envi des monnaies de faux titre : toutes les transactions seraient entravées, l'iudustrie tomberait dans le chaos.

De. là il est évident que la garantie industrielle réside dans le monopole composé ou régie Jisciûe a doublecontre-poids , et que le régime de concurrence mensongère est l'absence de toute garantie. C'est donc le monopole composé qui est la deuxième boussole sociale; son application au commerce nous aurait ouvert une issue de civilisation et nous aurait élevés à la période des garanties solidaires, qui est l'échelon intermédiaire entre l'état civilisé et l'état sociétaire.

Ainsi nos philosophes dans leurs rêves de garantie sociale, vont chercher bien loin le trésor qu'ils ont sous la main, et dont ils voient le germe dans la plus remarquable de nos relations, celle des monnaies, exercée par monopole à double contre-poids.

N.«j-,Goo»^le

PREFACE. 5l

\\a ont sur les conlre-poids sociaaxdes idées confuses; ils raisonnent sans cesse de baU«re, conf rc-poids, garanties, ^uilibre; mais héritiers des trsTcrs de la philosophie ancienne, ils veulent introduire dans l'administration ccsrontre-poids qu'il faudrait placer dansTindustrie.

Celle faussemarchc ne peut arnencrque desdésordres: les gouvememens qu'on veut enchaîner pardes constitutions, résisteraient loujours avec plein succès. I^réforme ne doit porter que sur l'industn'e. Dès qu'elle sera orga- ' nisce en mécanisme de garantie ou d'association, tout gouvernement trouvera son intérêt à réprimer les abus qu'il protège en civiUsalion.

C'est donc sur l'industrie seule que les réformalcars auraient di porter leurs vues; et pour se diriger dans celte carière, il aurait fallu faire usage de l'une des deux boussoles :

Ou du monopole à double contre-poids, qui eiisle déjà en germe, et qui, par son extension, aurait conduit à la période des garanties sociales.

OaàeaSàïes passionnées: dont l'invention plosdiflîcile aurait conduit à l'association, destin ullcrieur de l'humanité. ( Les garanties ne sont qu'une transition, un état mixte entre la destinée malheureuse dite civilisation et la destinée heureuse ou état sociétaire). ^

L'inveniion du monopole composé était mieux adaptée à l'esprit de notre siècle, qui se bat les flancs pour lulterconlre un monopole simple exercé par l' Anglelerre sarle commerce maritime. Celte tyrannie industrielle serait tombée commeloutcs les autres devant le monopole composé, et l'Angleterre même y aurait trouvé du bénéfice. Celte invention eût illustré la science dite économie ou économisme, qui préfère lâcher pied, et prétend que sa tâche se borne à l'analyse de l'ordre existant : que n'a-l-clle tenu au moins cet engagement,' en donnant l'analyse du commerce qui nous aurait révélé d'ciranges turpitudes! (Voyez chap. 43 et 44 )• O" *" aurai l cou- " du  la réforme de ce cloaque de vices^ de ce mécanisme

5a PRÉFACE,

inepte qui , par te concours de soixante caractèrec malfaisans, telsquele^ cii^dcjà cités, consommation inverse, circulation inverse, concurrence inverse, etc., fait de l'industrie un trébucbet pour les peuples, el augmente à la fois leur misère et leur dépravaiion. L'on prétend que les hommes nf^soi^l pa^ plus faux qu'ils n'étaient jadis ; cependant on pouvait, il y a un demisiccle se procurer à peu de frais des étolFos de bon teint ■ et des comestibles naturels ; AUÎoufd'Iiui l'altération, la fourberie dominent partout. Le cullivaieitr^sl devenu aussi fraudeur que l'était ia^is le m^trchand. Laitages, huiles, vins, eaux-de-vïc, sucre, café, farines, tout est falsifié impudemment, La multitude pauvre ne peut plus se procurer de comestibles naturels', on ne lui < vend que des poisons tenls , lant l'esprit de coimmercc a fait de progrès jusque dans les moindres villages.

Lorsque le parti obscurant s'autorise de ce résultat pour moiivçr ses vues de rétrogradation, il peut se croire bien fonde, surtout depuis la crise pléthorique de 1826. Toutefois c'e$t une ressource méprisable et dangereuse que l'obscurantisme dans les conjonctures présentes; il était un rôle brillant dont lc4 adversaires du libéralisme n'ont pas su «'emparer ; ils auraient dû faire ce que les libéraux ^e savent pas faire, avoncer en échtUf sçciaUx opérer un progrès réel par la reforme du système oommercial, opération très-facile qui, en France, donnerait 'Unrevenu de denxccpts millions au âsc, et d'un'miUiard à la nation; puis un avantage plus précieux encore, la garantie de vérité et d'ccQQomie dana le mccanismc de circulation que l'anarchie actuelle complique au degré scandaleux ; depuis uu demi-siècle, le commerce a élevé au quadruple le nombre de ses agens, pour vA travail qw n a que p/sa ou point varié ; la fourberie s'est accru* e^ rn^mf^ rapport ainsi que l'absorption de capitaux.

Si les obscurans avaient su inventer cette opération, appliquer au commerce le système monclairç , le mçnor pai». ci/fnpo$i qu régie fiscale à double co&tre-poids . ils

aoraient enlevé aox libéraux la faTetir de l'opinion, et auraient pu leur dire : • C'est nous qui conduisons l'état " social au perfectionnement : Tons ne saviez que le faire " rélrograderenvous prosternait aux'pieds du veau d*or, ■ en prostîtuatit voli% {àconde à encenser un régime " d'anarchie et de fourberie mercantile , au lieu de vous " évertuer à ctielrher le mbde commercial véridique. »

Terminons en remarquant que les sophistes qui préleodent fonder l'association on qui écrivent sur ce sujet, noDt aucune connaissance de» deuxhoussoles,pas même de la deuxième dite monbpole i double contre-poids, qui est au milieu de nous comme un diamant inaperçu et foulé aux pieds;

D'autre part ces praticien^ et théoriciens tombent tous dans le TÎce d'irréligion scholasliqùé, l'ertinir d'attcndr* de la raison humaine dite législation, dM connaissances qu'il faut derbander à la raison divine, pat- étude de l'attraction ou Am natttreik.

An lieu d'incliner à cette étude, tnl voit les féunîoM ia\ disant sorïétaires s'engager dans la controverse politique et religieuse. Quelques-uns en viennent presqu il faire scission avec Dibu ; tels sont leà Owénistes qui lu) retranchetit le culte public. 11 soflirait de cette piiofablti innovatioti pour prononcer, m^e avant de connaîtra leurs dogmes et méthodes, qu'ils b'out aucvne conuats- ■ancè en association. '

S'ils avaient entrevu en quelqoe point ce mécanisme , ib sauniientquedans,rétat sociétaire, l'amour deDieu déviait'passion ardente chez tous les butnains : jouissant à chaque instant de nouveaux plaisirs, et voguant Sur un Méandedcltces,ilséprouverontle besoin d'adresserà'toule heure des hommages au créaleurd'un si bel ordre. Loin de te ralentir dans l'exercice du culte divin , ils s'en fen>nt uâ charme habituel. Les as^mblées religieuses danl les teDiples né suffiront pas à leur gratitude; ils voudront encore dans \ti groupes de travail ou de plaisir, 'oir an milieu d'eux 'quelque emblème do bienfaîietir

du monde, l'associer eu quelque façon k leur bonheur,

et entonner dans toute réunion un liymne à sa louange.

Les athées mêmes , en voyant le chef-d'œuvre de la sagesse divine, l'harmonie des passions et des caractères antipathiques, l'industrie devenue attrayante pour les Sybarites même; les enfans, dès le plus bas âge, entrainés constamment au bien; l'excellence des impulsions données par l'attraction; les athées, dls-je, en voyant ces merveilles, feront trophée de se rallier à l'esprit religieux ; ils seront les plus ardens à proclamer la gloire de Dieu et ropprobre des lois civilisées; elles paraîtront ce qu'elles sont réellement , une œuvre de l'esprit infernal. Ces lois , qui n'ont su qu'avilir la vertu , en assurant au vice tous les succès, ont fait naître les doutes sur la Providence dont on ne voyait aucune empreinte dans les perfidies du régime civilisé, dansles honteux résultats d'une industrie qui fait le supplice des êtres condamnés . à l'exercer, et rabaisse l'homme policé bien au-dessous du sauvage et de l'animal.

Je regrette que la nécessité d'abréger m'oblige à supprimer beaucoup de notions préliminaires : il auraitsui^ tout convenu de donner aux savans et artistes un exposé des immenses richesses et du lustre dont ils jouiront dans le nouvel ordre. Ils sont fort enclins à s'ombrager des découvertes, ils craignent qu'une science neuve ne nuise à leur commerce de systèmes. Obligés de ramper pour obtenir quelque chclif émolument , ils traitent de vision l'idée d'un ordre où les savans et artistes figureront aux rangs supérieurs, et gagneront aisément les trésors que l'état civilisé ne donne qu'aux agioteurs et aux intrigans.

Quelle est leur duperie de se passionner pour un ordre de choses où ils occupent te dernier rang , car il n*est rien de plus asservi , bâillonné, humilié que les savans et artistes ! Ils vantent l'auguste vérité comme la meîl-r leure amie des humains; elle n'est guère amie des philosophes; car, s'ils osent la laire entendre, ils sont dépouillés ou persécutés , comme les Villemaia , Lacrelelte,

PBÉFACE. 55

Michaail. les L^endre, TIssot, Lefèrre-Gîneau, etc.

Je m'engage à leur démontrer que , dans l'état sociétaire où ils jouii-ont d'une pleine liberté , il leur sera plus aisé de gagner des milUorts qu'aujourd'hui des mille francs , et que le moindre magisler de village y deviendra nn homme précieux , à plus forte raison les hommes capables de diriger en quelque branche l'école normale d'une province. Il faut , dans l'état sociétaire , <|ae le peuple soit éclairé , initié aux sciences et aux arts ; c'est on moyen de fortune générale : dès-lors les obscunns aclnels seront empressés de répandre l'instruction.

Les tableaux de celle fortune prochaine des savansseraient trop éblouissans poor des hommes façonnés au mal-être ; ils soupçonnent toujours de l'exagération , et croient que je mets, comme les financiers, des zéros de trop ; il n' en est rien , tout sera bien arithmétiquemenl démontré : loin d'enfler les comptes, je suis dans l'usage de réduire de moitié la somme , et l'on verra qu'une seule des nouvelles sciences, l'analogie, doit rendre aux auteurs un bénéfice de cinq à sir millions de francs par /êuille de iS pages: elle contiendra au moins trois mille volumes de la dimension de celui-ci, et paraîtra feuille par feuille pour satisfaire l'impatience générale: cène sera qu'une branche des profits énormes que l'état sociétaire assure aux savans et artistes.

Ils ont bonne grâce après cela de s'accrocher £ leur mesquin budget de 4oo,000 francs dans Paris! C'est imiter un misérable qui , appelé à recueillir un brillant héritage , habiter un hôtel et renoncer à sa cabane , penserait qu'il va mourir de faim , quand il n'aura plus Ks pots de terre et ses cuillers de bois.

On peut excuser les médecins de s'alarmer du magnétisme , parce qn'il réduirait dans divers cas leur domaine sans présenter de compensation ; il n'en est pas ainsi do ralcul de l'attraction , qui est un Pactole pour tous lei sarans et artistes.

£n passant à celte théorie, je ne puis mieux fixer

-, Goot^ie

56 PsiFACE.

l'auenllon Ju lecteur qu'en lui rappelant le but où clic doit nous conduire : elle donnera la richesse et de plus le bonheur, qu'on n'obtiendrait pas de la seule richesse, et qui consiste dans le plein dcTeloppemcnt des passions. C'est unbien dont lesplusopulensfifiliséssonr encore 1rescloigné3;ou va se convaincre que le plus heureux d'entre eux, tel qu'un monarque puissant, jeune, beau et ro^ buste , ne peut pas parvenir au degré de bonheur dont jouira , dans l'clat sociéiaire , le plus pauvre des homme» de même Age et même sanié. Là se termineront toutes les controverses' philosophiques sar le vrai bonheur : on va reconnaître qu'il n'est pas fait pour la civilisation, et que les Sybarites les plus vantés sont encore infiniment loin du bonheur.

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