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homme rassemble des matériaux pour b&tir, manque-t-il à faire , soit par lui-mdme , soit par intervention de Far* cfaitecte, un plan d'emploi de ces matériaux? Que pen^ serions-nous de celui qui , achetant beaucoup de pierres de taillé , bois de charpente et approvisionnements pour ïa construction d'un vaste édifice , ne saurait pas quelle sorte de b&timent il veut élever, et avouerait qu'il a rassemblé ces matériaux sans avoir songé à l'emploi qu'il en pourrait faire? Un tel homme nous semblerait en état de démence.
Tel est pourtant le degré d'ineptie que nos sophistes attribuent à Dieu, en supposant qu'il ait pu créer les passions, attractions, caractères, instincts et autres matériaux d'édifice social, sans avoir arrêté aucun plan sur leur emploi.
Dieu n'aurait donc pas su composer pour noUs un code ; il aurait été obligé de s'en remettre à la sagesse des Solon et des Justinien, pour statuer sur le mécanisme domestique et industriel des sociétés I Le sens commun répugne à suspecter la divinité de cet excès d^impéritie : nous devons donc penser, en dépit des sophistes, qu'il existe pour nos relations une destinée préétablie, ou réglée par théorie divine antérieurement à la création de notre globe ; un mécanisme d'unité sociale et industrielle dont la raison devait s'évertuer à découvrir le plan , au lieu de s'ériger en Titan et de ravir à Dieu sa plus haute fonction, qui est la direction du mouvement social ou passionnel.
De toutes les impiétés , la pire est cet impertinent préjugé qui suspecte Dieu d'avoir créé les hommes , les passions et les matériaux de l'industrie , sans avoir arrêté, aucun plan sur leur organisation. Penser de la sorte, c'est attribuer au Créateur une déraison dont rougiraient
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les hoomies ; c'est tomber dans une irréligion pire que Tathéisoie ; oar l'athée n'avilit pas Dieu en le reniant » il ne déshonore que luî-mème, par une opinion voisine de la démenée. Mais nos législateurs dépouillent l'Etre suprême de sa plus beHe prérogative; il» prétendent impHeitemeni que Dieu est incapable en législation. Il le serait si, après l'expérienee qu'il a acquise pendant TÉtemitè passée , sur la distribution matérielle et passionnelle des mondes, il eât oublié de pourvoir an plus urgent de leurs besoins collectifs, celui d'un code passionnel unitaire , et d'une révélation permanente de ee code.
. C'est assez prouver qu'il existe une destinée préétablie, en dépit du ridicule que les esprits forts attachent à ee mot , pour se dispenser des études auxquelles ils s'astreindraient en confessant la nécessité d'un code passionnel arrêté dans l'esprit de Dieu avant la création de chaque globe. Tant que nous n'avons pas découvert ce code , nous ne connaissons pas l'Homme , puisque nous ignorons l'emploi et le but assigné par Dieu aux ressorts de notre Âme, passions, attractions, etc., et aux sociétés humaines dirigées par ces ressorts.
Et puisque Dîéu a dû eomposer pour nos passions ce code régulateur des rapports domestiques industriels et sociaux , comment présumer qu'il ait voulu le cacher aux hommes , seuls êtres qui aient besoin de le connaître? Il ne nous a pas caché une liranche de lots du mouvement bien moins importante pour nous , celle de la gravitation matérielle et des harmonies sidérales : il nous a initiés , depuis Newton , à ces mystères d'équilibre de l'univers , jugés impénétrables dans les siècles antérieurs ; pourquoi présumer qu'il veuille nous refuser l'initiation au système qu'il a dû composer sur le mécanisme des passions et des
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sociétés ; nous refuser la science qui importa le plus à nos besoins, k nos relations industrielles ?
Les corporations sayantes sont donc en faute pour n'avoir pas cherché la théorie des lois sociétaires diyines, et plus encore pour avoir semé le découragement , insinué que la nature était couverte de voiles d'airain; d'oA il suivrait qu'il faut supprimer tous les corps savants qui se livrent à l'étude de la nature; car si le voile est d'airain ils ne l'enlèveront pas , et ne pourront publier que des sopfaismes dangereux, des opinions aventurées.
Au reste, cette assertion est tombée dans le ridicule depuis le succès de Newton qui, en soulevant un coin du voile, a prouvé qu'un travail plus étendu pourrait enlever le voile en entier , et qu'il n'est pas d'airain puisque lui Newton a su en enlever une portion.
Chaque fois qu'une branche d'études est négligée par les sciences exactes, on voit s'élever k la {riace une charlatanerie scientifique. Avant la chimie expérimentale, nous avons eu le régne des jongleurs nommés Alchimistes; avant la physique expérimentale on vit dominer les Magiciens; avant l'astronomie mathématique on révérait les Astrologues, encore accrédités chez le bas peuple ; avant la découverte du quina on a eu des sorciers qui conjuraient la fièvre : ainsi, l'esprit humain est condamné à tomber sous le joug des faux savants , s'il ne se rallie pas à la science exacte; et de là vient que la Civilisation est, depuis son existence, le jouet de plusieurs classes de sophistes persuadant .qu'il n'existe pas de destinée sociale, parce qu'ils ne savent ni ne veulent en étudier la théorie dans le calcul de l'Attraction passionnelle, et qu'ib trouvent phis commode, plus lucratif, de fabriquer des systèmes, que de s'exercer sur le problème épineux de Tharmonie sociétaire.
Si une erreur peut durer trois ans chez un individu » trente ans chez une fomiilè , trois cents ans chez une corporation , eHe peut proportionnëment durer trois mille ans chez l'espèce humaine, surtout quand Terreur est propagée par les corps savants, tous d'accord h entretenir le préjugé qui nous persuade que Dieu aurait créé les passions , sans composer préalablement un code sur leur mécanisme social. "
J'ai observé qu'en commettant pareille étourderie, Dieu se serait montré' moins intelligent que le moindre d'entre nous. Demandé-je trop de faveur pour la sagesse divine , quand je la suppose égale k celle de l'homme? Nos Escobards vont répondre que la sagesse divine est mille fois supérieure; mais pour les confondre, on veut seulement qu'ils accordent à Dieu autant de raison qu'on en trouve chez les hommes ; autant de judiciaire dans la distribution matérielle et passionnelle des mondes ; et surtout dans celle de ce monde , si justement critiquée par le roi Âl^ phonse de Castille, qui disait : «« Si Dieu m'avait consulté > sur la création du monde , je lui aurais donné de bons » avis. » Sans doute Alphonse lui aurait conseillé tout le contraire des neuf caractères (51) qu'on voit régner jusqu'à présent dans le monde social ; mais ces neuf carac* tères sont-ils vice accidentel ou vice essentiel et irrémédiable? Ne doit-on pas présumer de la sage Providence qu'elle nous réserve un sort tout opposé, dont il fallait rechercher la théorie dans une étude régulière de l'Attraction, seule interprète habituelle entre Dieu et l'Homme?
Tant que l'esprit humain ne s'est pas élevé à la découverte du calcul des destins sociaux, interprétés par synthèse de l'Attraction , nous restons dans un état de crétinisme politique ; nos progrès dans quelques sciences
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fixes, dans les Mathématiques , la Physique > la Chimie, etc., ne sont que des trophées inutiles, puisqu'ils ne remédient à aucune des misères humaines. Plus le génie scientifique s'honore de ses succès, plus le génie social doit se trouver confus de n'avoir fait aucune invention utile au bonheur, et de voir, après trente siècles de corrections et de réformes, tous les fléaux plus enracinés que jamais; de voir la prètendue.science dénoncée par ses oracles mêmes, par le patriarche de la philosophie moderne. Voltaire, qui, à l'aspect de ce gouffre de controverse appelé sciences politiques et morales, s'écrie amèrement : Tesprit humain est perdu dans le dédale, ses prétendues lumières ne sont que d'épaisses ténèbres :
Montrez THomme à mes yeux ; honteux de m*ignorer, Dans mon être , dans moi je cherche ^ pénétrer ; Mais quelle épaisse nuit voile encor la nature !
Ce mystère dont Voltaire confessait l'obscurité , est-il mieux connu aujourd'hui ? Que nous a-t-on appris sur l'Homme et sur ses destinées sociales ? Quatre sciences prétendent nous expliquer Téoigme : l'une ^ appelée Idéologie, ne s'occupe que de la superficie du problème; elle se perd dans des accessoires et des subtilités sur l'analyse de la pensée, puis elle oublie d'étudier le but de nos âmes, le but de l'Attraction passionnelle.
Ces prétendus analystes de l'Homme n'ont pas encore fait le premier pas dans la carrière ; ils n'ont pas analysé les douze passions radicales et leurs trois buts ou foyers d'attraction. Faut-il s'étonner, d'après cela, qu'ils n'aient rien découvert sur le destin des passions, et que Voltaire les dénonce & eux-mêmes en déclarant qu'il ne voit guun$ épaisse nuit dans leurs théories sur l'Homme et l'état social ; théories dont Condillac dit avec tant de raison ;
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« Qaand les erreurs se sont ainsi accamalèes» il n'y aqif tm » moyen de remettre Tordre dans la faculté de penser; M c'est d'oublier tout ce que nous ayt^ns appris? »
Trois autres sciences » la Politique » le Moralisme et rEconomisme, prétendent aussi nous expliquer nos destinées: analysons ces sciences.
La Politique et TÉconomisme sont des théories subyersiyes de la destinée , puisqu'elles nous excitent k croupir apaihiquement dans l'industrie morcelée , ou état civilisé et barbare (3». lymbe obscure, 33), au lieu de faire effort pour atteindre à notre véritable destin , qui est l'industrie, sociétaire.
Une quatrième science philosophique , le Moralisme , qui se vante aussi d'étudier l'Homme , a fait tout le contraire; la morale n'a étudié que l'art de dénaturerrfaomme, d'étouffer les ressorts de l'âme ou attractions passionnelles, sous prétexte qu'elles ne conviennent pas À l'ordre civilisé et barbare: il fallait,' au contraire, découvrir l'issue de cet ordre civilisé et barbare , antipathique avec les attractions passionnelles. qui tendent à l'unité, à l'Association domestique-agricole.
Ces quatre sciences incertaines vantent l'industrie morcelée, pour se dispenser d'inventer la sociétaire. Après avoir ainsi esquivé leur tâche , et nous avoir égarés depuis trois mille ans, elles devaient nnir comme les anarchistes qui leurrent les peuples, font entrevoir une hienr de bien* être, et finissent par se déchirer entre eux.
Tel est aujourd'hui le sort des sciences philosophiques : on les voit s'immoler comme les partis révolutionnaires; l'une des plus accréditées , la Morale, a été récemment
écrasée par une secte de nouveaux savants nommés JEconomistes : ceux-ci ont envahi la faveur, en produisant det
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dogmes fayorables à Tamour des richiesses qae la morale conseillait de jeter dam le sein des mers avides. Les Éco<nomîstesy en^e rangeant sous la bannière du luxe, en cédant au premier vœu de l'attraction , étaient assurés de terrasser la morale, qui yeut qu'on méprise les richesses parce qu'elle ne sait pas nous les procurer; semblable au renard de la fable qui trouve les raisins trop verts parce qu'il ne peut y atteindre.
Quel avantage a obtenu la Civilisation, en changeant de bannière , en désertant celle des moralistes pour se ranger sous celle des économistes? Ceux-ci, è la vérité, nous permettent d'aimer les richesses , mais ils ne nous les donnent pas ; au contraire, l'influence de leurs dogmes n'a servi qu'à doubler la masse des impôts et des armées, accroître l'indigence, la fourberie et tous les fléaux : en matériel, la dévastation des forêts; en politique, les vexations du monopole, soit maritime, soit corporatif: est-il de vice qu'on n'ait vu s'envenimer par l'intervention de ces fôcheux Esculapes !
On peut donc dire de la Civilisation abandonnant la Morale pour se rallier à l'Economisme :
Indicit in Scyllam, dum vult viiare Charybdim,
Dans cette fluctuation de systèmes , la Civilisation est comme le malade qui essaie toutes les positions pour trouver quelque soulagement. Elle accueille tous les charlatans qui savent en style pompeux la flatter d'un rétablissement, et qui en promettant la nouveauté, ne font naître que de nouvelles calamités.
En dénonçant les sciences trompeuses^ rendons justice à ceux de leurs auteurs qui n'ont été égarés que par illu^ sion philantropique ; distinguons^-les 4es jongleurs scien-^ tifiquès : ce sera le sujet du chapitre suivant.
iSM> I^RODÊGOIltaffiS. .