‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 62 sur 115 · PREHKÈKB PARTIE. NOTICE II · texte numérisé non relu

PREHKÈKB PARTIE. NOTICE II

Si UDe ehance politique met les impôts à la disposition d'une classe de prêteurs , cette classe devient par le fait rivale et concurrente des gouvernements : c'est ce qui arrive aujourd'hui des agioteurs » qui voient le ministère à leurs pieds. Ces décimateurs d'avenir dirigent tout le tripot de perfectibilité , et régnent sur le gouvernement même ; À tel point que tout ministère qui veut contrecarrer l'agiotage, échoue complètement» et échouerait tant qu'on ne découvrirait pas le procédé de commerce véridique » par lequel sont anéantis l'agiotage, l'usure, la fourberie , le monopole et toutes les astuces mercantiles prônées par les économistes. J'ai donné (Introduction 61) un aperçu des bienfaits de ce régime qui» en Asso* ciation , doit doubler le revenu du trésor public , tout en diminuant de moitié les charges relatives du contribuable.

Cet état de choses devait fixer l'attention de la science : il est clair que la Civilisation a changé de face , que le monopole et l'agiotage qui sont deux caractères commerciaux, ont bouleversé l'ancien ordre. Est-ce un sujet de triomphe ou d'alarme? Quel dénouement présage cette monstrueuse irruption du pouvoir mercantile dont les empiétements vont croissant ? C'est une question qui devait occuper les corporations savantes conjointement avec les deux problèmes précités (199) :

Etendre et généraliser les germes d'association

commerciale; Combattre le mode mensonger par invention du véridique.

Ces problèmes de circonstance ouvraient au génie nne noble carrière : il l'a esquivée par des déclaftiations amphigouriques sur les trames de l'ambitieuse Albion , qui , après tout, ne fait que le métier de tout marchand ; chacun

âO& t»llÔLÉGOIIÈN£S.

d'eux, pai* seâ accaparements et menées d'agiotage, opère en petit sur une branche d'industrie , comme l'Angleterre opère en grand sur l'industrie générale.

D'ailleurs , si la Philosophie est réellement ennemie du monopole, comment ose-t-elle prôner le plus ridicule desmonopoles , eelui des Agents de change et Courtiers ;. d'une ligue de commis imposant légalement des devoirs am négociants vingt fois plus nombreux , mais assez débonnaires pour se laisser maîtriser par leurs agents qui ont eu l'art de surprendre un privilège vexatoire? Faut-ii s'étonner que le gouvernement soit esclave des agioteurs et marchands , quand eux-mêmes le sont de leurs commis ambulants, tés Courtiers?

L'esclaviage des goifvernements va croissant, et l'as-oendant des agioteurs est parvenu à tel point , que le tripot de la bourse est devenu boussole d'opinion. Les fonds publics ont-ils baissé, c'est pour le vulgaire un thermomètre sans réplique , et tout mirmidou en conclut que le ministère opère mal , gouverne mal. Cette baisse est souvent l'effet des intrigues de tripotiers plus puissants que lé ministre. Quel ministère peut lutter contre des coalitions d'agioteurs, dont on voit un individu gagner à lui seul 80 millions en un an ?

Dès qu'une cabale peut faire agir ce ressort de commotions politiques, cette baisse factice des fonds publics, l'opinion en chorus jette de la défaveur sur les opérations du cabinet. Il n'en faut pas davantage pour amener mal à propos la disgrâce d'un ministère , et souvent compromettre le sort d'un empire, par les intrigues des tripotiers de bourse. Jamais servitude fut-elle mieux constatée? Et le ministère peut-il douter qu'il ne soit sous la férule des agioteurs en tout pays endetté , ou plutôt en tout pays

Page 1