‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 103 sur 219 · LE GOÛT DU NÉANT · texte numérisé non relu

LE GOÛT DU NÉANT

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte, L’Espoir, dont l’éperon attisait ton ardeur,

Ne veut plus t’'enfourcher ! Couche-tor sans pudeur, Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.

Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute.

Esprit vaincu, fourbu ! Pour toi, vieux maraudeur, L'amour n’a plus de goût, non plus que la dispute; Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de Ia flûte! Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur!

Le Printemps adorable a perdu son odeur!

Et le Temps m ‘engloutit minute par minute, Comme la neige immense un corps pris de roïdeur; Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur,

Et je n'y cherche plus labri d’une cabute!

Avalanche, veux-tu m’emporter dans ta chute?

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