‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 138 sur 219 · LA FONTAINE DE SANG · texte numérisé non relu

LA FONTAINE DE SANG

Il me semble parfois que mon sang coule à flots, Aïnsi qu'une fontame aux rhythmiques sanglots. Je Pentends bien qui coule avec un long murmure, Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos, Il s’en va, transformant les pavés en flots, Désaltérant la soif de chaque créature,

Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux D’endormir pour un Jour la terreur qui me mine ; Le vin rend l'œil plus clair et l’oreïlle plus fine !

J'ai cherché dans l’amour un sommeil oublieux ; Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d’aïguilles Fait pour donner à boire à ces cruelles filles!

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