‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 154 sur 219 · IMITÉ DE LONGFELLOW · texte numérisé non relu

IMITÉ DE LONGFELLOW

Or Gitche Manito (), Ie Maître de Ia Vie,

Le Puissant, descendit dans la verte prairie, Dans immense prairie aux coteaux montueux ; Et à, sur les rochers de la Rouge Carrière, Dominant tout l'espace et baigné de lumière, IL se tenait debout, vaste et majestueux.

Alors il convoqua les peuples innombrables,

Plus nombreux que ne sont les herbes et les sables. Avec sa main terrible il rompit un morceau

Du rocher, dont il fit une pipe superbe,

Puis, au bord du ruisseau, dans une énorme gerbe, Pour s’en farre un tuyau, choisit un Îong roseau.

Pour la bourrer il prit au saule son écorce ;

Et lui, le Tout-Puissant, Créateur de la Force, Debout, il alluma, comme un divin fanal,

La Pipe de Ia Paix. Debout, sur la Carrière

IL fumait, droit, superbe et baigné de lumière. Or pour les nations c’était le grand signal.

} Prononcez : Guitchi Manitou.

PIÈCES OCCASIONNELLES

Et lentement montait la divine fumée

Dans l'air doux du matin, onduleuse, embaumée. Et d’abord ce ne fut qu’un sillon ténébreux ;

Puis [a vapeur se fit plus bleue et plus épaisse

Puis blanchit ; et montant, et grossissant sans cesse, Elle alla se briser au dur plafond des cieux.

Des plus lointains sommets des Montagnes Rocheuses,

Depuis les lacs du Nord aux ondes tapageuses, . Depuis Tawasentha, le vallon sans pareil, Jusqu'à Tuscaloosa, [a forêt parfumée,

Tous virent le signal et l'immense fumée Montant paisiblement dans le matm vermeil.

Les Prophètes disarent : « Voyez-vous cette bande

De vapeur, qui, semblable à Ia main qui commande, Oscille et se détache en noir sur Île soleïl ?

C’est Gitche Manito, le Maître de la Vie,

Qui dit aux quatre coins de l'immense prairie :

« Je vous convoque tous, guerriers, à mon conseil! »

Par le chemin des eaux, par la route des plames, Par les quatre côtés d’où soufflent les haleines

Du vent, tous les guerriers de chaque tribu, tous, Comprenant le signal du nuage qui bouge, Vinrent docilement à la Carrière Rouge

Où Gitche Manito leur donnait rendez-vous.

Les guerriers se tenaient sur la verte prairie, Tous équipés en guerre, et la mine aguerrie, Bariolés ainsi qu'un feuillage automnal ;

Et la haine qui fait combattre tous les êtres, La haine qui brülait les yeux de leurs ancêtres Incendiait encor leurs yeux d’un feu fatal.

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Et leurs yeux étaient plems de hame héréditaire Or Gitche Manito, le Maître de la Terre,

Les considérait tous avec compassion,

Comme un père très-bon, ennemi du désordre, Qui voit ses chers petits batailler et se mordre.

Tel Gitche Manito pour toute nation.

Il étendit sur eux sa puissante main droite

Pour subjuguer leur cœur et leur nature étroite, Pour rafraîchir leur fièvre à l'ombre de sa main ; Puis 11 leur dit avec sa voix majestueuse, Comparable à la voix d’une eau tumultueuse

Qui tombe et rend un son monstrueux, surhumain :

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«© ma postérité, déplorable et chérie !

O mes fils ! écoutez la divine raison.

C’est Gitche Manito, le Maître de la Vie, Qui vous parle! celui qui dans votre patrie À mis Tours, le castor, le renne et Île bison.

Je vous aï fait la chasse et la pêche faciles ; Pourquoi donc le chasseur devient-1l assassin ? Le marais fut par mor peuplé de volatiles ; Pourquoi n’êtes-vous pas contents, fils mdociles ? Pourquoi l'homme fait-il la chasse à son voisin ?

Je suis vraiment bien las de vos horribles guerres. Vos prières, vos vœux mêmes sont des forfaits ;

Le péril est pour vous dans vos humeurs contraires Et c'est dans l’union qu'est votre force. En frères Vivez donc, et sachez vous maintenir en paix.

PIÈCES OCCASIONNELLES. 241

Bientôt vous recevrez de ma main un Prophète Qui viendra vous instruire et souffrir avec vous. Sa parole fera de Ia vie une fête;

Mais si vous méprisez sa sagesse parfaite, Pauvres enfants maudits, vous disparaîtrez tous !

Effacez dans les flots vos couleurs meurtrières, Les roseaux sont nombreux et Îe roc est épais ; Chacun en peut tirer sa pipe. Plus de guerres, Plus de sang | Désormais vivez comme des frères, Et tous, unis, fumez le Calumet de Paix!»

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