‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 44 sur 219 · LA MUSE VÉNALE · texte numérisé non relu

LA MUSE VÉNALE

O Muse de mon cœur, amante des palais, Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,

: Durant les noirs ennuis des neïgeuses soirées, Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées Aux nocturnes rayons qui percent les volets ? Sentant ta bourse à sec autant que ton palais, Récolteras-tu l’or des voûtes azurées ?

IT te faut, pour gagner ton pain de chaque soir, Comme un enfant de chœur, jouer de l’encensoir, Chanter des 7e Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas Pour faire épanouir la rate du vulgaire.

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