‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 55 sur 219 · STATUE ALLÉGORIQUE DANS LE GOÛT DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

STATUE ALLÉGORIQUE DANS LE GOÛT DE LA RENAISSANCE

A Ernest Christophe, statuaire.

Contemplons ce trésor de grâces florentmes; Dans l’ondulation de ce corps musculeux 15 Elégance et la Force abondent, sœurs divines.

Cette femme, morceau vraiment miraculeux,

Divinement robuste, adorablement mince, Est faite pour trôner sur des lits somptueux, Et charmer les loisirs d’un pontife ou d’un prince.

— Aussi, vois ce souris fin et voluptueux

Où la fatuité promène son extase; | Ce long regard sournois, langoureux et moqueur; Ce visage mignard, tout encadré de gaze,

Dont chaque trait nous dit avec un air vamqueur : «La Volupté m'appelle et l'Amour me couronne!» À cet être doué de tant de majesté

Vois quel charme excitant [a gentillesse donne! Approchons, et tournons autour de sa beauté.

. O blasphème de Part! 6 surprise fatale !

La femme au corps divin, promettant le bonheur, Par le haut se termine en monstre bicéphale l

Mais non ! Ce n’est qu’un masque, un décor suborneur, Ce visage éclairé d’une exquise grimace,

Et, regarde, voici, crispée atrocement,

La véritable tête, et la sincère face

Renversée à l'abri de la face qui ment.

— Pauvre grande beauté ! le magnifique fleuve

De tes pleurs aboutit dans mon cœur soucieux ;

‘Ton mensonge m’enivre, et mon âme s re

Aux flots que la Douleur fait Jaïllir de tes yeux !

— Mais pourquoi pleure-t-elle ? Elle, beauté parfaite Qui mettrait à ses pieds le genre humain vamcu, Quel mal mystérieux ronge son flanc d’athlète ?

— Elle pleure, insensé, parce qu’elle a vécu!

Et parce qu’elle vit! Maïs ce qu’elle déplore

Surtout, ce qui la fait frémir jusqu'aux genoux, C’est que demam, hélas! il faudra vivre encore! Demain, après-demain et toujours | — comme nous!

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