CHAPITRE XXII
Dans ce chapitre, l'auteur récapitule ses paradoxes avec une intrépidité qui m'étonne. Là, je me suis aperçu qu'on avait retenu toutes les conséquences vicieuses, aucune des preuves, rien de ce long enchaînement de ces vérités neuves, piquantes, fortement exprimées, de ces observations subtiles par lesquelles on avait été conduit. De ce défaut qui me chagrine, les esprits médiocres qui font toujours le grand nombre, et l'envie, dont l'auteur prétend que personne n'est parfaitement exempt, s'en serviront avec succès pour rabaisser le prix de l'ouvrage et en arrêter l'utilité; mais le temps le remettra à sa place.
Il y a plus de véritable substance dans un de ces chapitres que dans les quinze volumes de Nicole; il est plus lié, plus suivi
que Montaigne; et Charron n'a ni sa hardiesse ni sa couleur.
C'est un véritable système de morale expérimentale dont il ne s'agit que de restreindre un peu les conclusions, ce que tout erprit ordinaire peut faire.
Et pourquoi chicaner cet auteur? Après tout, les moyens qu'il propose ne sont-ils pas les meilleurs qu'on puisse employer pour multiplier chez une nation les gens de bien et les grands hommes?