‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 167 sur 210 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Page 242. — Si la félicité était toujours compagne du pouvoir^ quel homme eût été plus heureux que le calife Abdoulra^

i. De Vétat actif et passif de V homme.

2. «A peino avait-il formé un souhait, que la fée de la richesse venait le remplir. Bonnier était ennuyé de femmes, de concerts, de spectacles; malheureux qu'il était, il n^avait rien à désirer. » De l'Homme. V. sur Bonnier, Journal de Barbier, II, 454.

ftHO RÉFUTATION DE L'OUVRAGE D'HELVÉTIUS

man! Cependant telle fut Vinscription qu'il fit graver sur m tombe: « Honneurs, richesses, puissance souveraine, j*ai joui de tout. Estimé et craint des princes mes contemporains, ils ont envié mon bonheur, ils ont été jaloux de ma gloire, ils ont recherché mon amitié. J'ai, dans le cours de ma vie, exactenient marqué tous les jours où j*ai goûté un plaisir pur et véritable, et dans un règne de cinquante années je n'en ai compté que quatorze... »

Le calife avait calculé ses journées comme tous ceux qui se plaignent de la vie, par les grands plaisirs qui sont assez rares et par les grandes peines qui le sont un peu moins. Si Turenue n'avait compté qu'autant de moments heureux qu'il pouvait compter de batailles gagnées, Turenne aurait pu dire comme le calife : Je n'ai eu que quatorze beaux jours.

Ibid, — On est y dit-ony bien nourri^ bien couché à la Bastille y et Von y meurt de chagrin. Pourquoi? Cest qu'on ny vaque point à ses occupations ordinaires.

Ce n'est pas cela. C'est qu'on n'est pas maître d'y vaquer ou de n'y pas vaquer; c'est qu'en quelque endroit que l'on soit on s'y trouve mal, ne fût-ce que pour un jour, lorsqu'on n'en saurait sortir. C'est qu'au moment où un despote vous dit : Je veux que tu restes là... il vous ramène au caractère sauvage et primitif, et si la parole est arrêtée, le cœur répond tout bas : je ne veux pas rester. Et puis, ne dirait-on pas qu'on a tout ce qui fait le bonheur d'un homme sensible, honnête, compatissant, studieux, actif, lorsqu'on est bien nourri et bien couché? L'auteur ne sait pas que celui que l'autorité tient dans une prison, innocent ou coupable, tremble pour sa vie, et qu'il n'y a que la liberté qu'on lui accordera qui puisse le délivrer de cette terrible inquiétude; il ne sait pas ce que c'est que l'idée d'une détention qui n'aura point de fin, et il n'y a pas un des malheureux renfermés à la Bastille qui n'ait cette idée.

Page 243. — La condition de l'ouvrier qui, par un travail modéréy pourvoit à ses besoins et à ceux de sa famillCy est de toutes les conditions peut-être la plus heureuse.

Toute condition qui ne permet pas à l'hoiiime de tomber malade sans tomber dans la misère est mauvaise.

Toute condition qui n'assure pas à l'homme une ressource dans l'âge de la vieillesse est mauvaise.

INTITULÉ L'HOMME. /iU

Si le petit peuple perd la perspective effroyable de l'hôpital ou s'il la voit sans en être troublé, cest qu'il est abruti.

Tout ce que l'auteur dit en éloge de la médiocrité sera démenti par tous ceux qui en éprouvent le malaise.

NOTES

Page 252. — Ici l'auteur plaide la cause du divorce, mais un peu superficiellement.

Il n'a pas considéré qu'après le divorce les enfants ne peuvent guère demeurer soit à côté du père, soit à côté de la mère sans être malheureux.

La mort exécute ici le divorce. Si le survivant passe à de nouvelles noces, que deviennent les enfants du premier lit mêlés avec les enfants du second lit, sous un beau-père ou une belle-mère? On le sait.

Le divorce qui restitue à deux époux la liberté de se remarier, exige donc que les enfants leur soient soustraits. Il exige donc des tuteurs.

Qui chargerez-vous, sans fâcheuse conséquence, de la tutelle des enfants?

Rien de si difficile que de trouver de bons tuteurs. Le magistrat est le père de tous.

Faire du divorce le prix du mérite est une absurdité. Est-ce que le sot n'est pas aussi malheureux avec une mauvaise femme que l'homme du plus grand génie? Est-ce que la jouissance n'amène pas le dégoût également pour tous? Est-ce que tous les mariages ne sont pas indistinctement exposés aux incompatibilités de caractère qui font le supplice de deux époux?

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