AnncU, lib. XI, cap. xxiv
m PRINCIPES DE POLITIQUE
GLXXXV.
Persuader aux citoyens que le mal qu'on fait à ses voisins, c'est pour le bien de ses sujets. Toujours enlever des Sabines.
GLXXXVI.
Tout le temps que les autres perdent à penser ce que l'empire deviendra quand ils ne seront plus, je l'ai employé à le rendre ce que je voulais qu'il fut de mon vivant.
CLXXXYII.
Le seul éloge digne d'être envié d'un souverain, c'est la terreur de ses voisins.
CLXXXVIIL
La médecine préservative, si dangereuse dans tout autre cas, est excellente pour les souverains. Ne noceri pomt.
GLXXXIX.
Ne rien faire qui rende odieux sans une grande utilité. Par exemple l'inceste, il tache les enfants aux yeux des peuples. C'est une cause de révolution pour le moment; et c'en est un prétexte après des siècles.
GXC.
Une autre raison, que j'ai oubliée, de ne pas mettre les lois sous la sanction de la religion; c'est qu'il y a toujours du péril à s'en affranchir; le prince est alors sous la volonté de Dieu, comme le dernier de ses sujets.
Tibère sut penser profondément, et dire avec finesse : u Penses-tu, Séjan, que Livie, femme de Cwus César, femme de
Drusus, pourrait se résoudre à vieillir à côté d'un chevalier romain * ? »
GXCII.
« Le Romain se rendit maître de l'univers, toujours en secourant ses alliés * ; » c'est Cicéron qui le dit : Gicéron est bien naïf I
CXGIII.
a Nous avons combattu en apparence pour les Fidiciniens, mais en effet pour nous. » Pugnavimus verbo pro Fidicinis^ re pro nobis. Autre naïveté des envoyés de la Gampanie au sénat. Heureusement on ne lit guère ces livres-là.
CXGIV.
a Plautus, songez à vous ; faites cesser les rumeurs ; vous avez des ennemis qui se servent de l'apparition de la comète pour vous diffamer; vous ferez bien de vous soustraire à leur calomnie : vos aïeux vous ont laissé des terres en Asie ; sérieusement, je crois que vous feriez bien de vous y retirer, vous y jouiriez d'une jeunesse heureuse dans le repos et la sécurité. » Groirait-on que ce discours fût de Néron? Il en est pourtant. Il fallait que ce Rubellius Plautus fût bien de ses amis *. Cela ferait
1. a Falleris enim, Sejaae, si te mansurum in eodem ordine putas, et Liviam qu8B C. Cœsari, moi Druso nupta fuerit, ba mente acturam, ut cum équité romano senescat. » Tacit. Annal, lib. IV, cap. xi. {\J) .
2. « Populum romaDum, Juvandi) -eoeiig, totum terrarum orbem occupasse. » (N.)
3. Lorsqu*on compare ce narré avec celai de Tacite, on voit que Diderot a mal pris le sens de cet historien, qui ne dit rien de Tamitié prétendue de Néron ponr Rubellius Plautus. Tout ce qu'on voit dans le texte de Tacite, et ce qu'il fait trèsbien entendre sans le dire expressément, c'est que Néron, effrayé des présages que le peuple expliquait en faveur de Rubellius Plautus, personnage d'une grande distinction, f'oxila en Asie, et qu'il n'osa pas le faire mourir, dans un moment où l'intérêt de sa propre sûreté lui prescrivait de le laisser vivre. Ergo, permotus ils Nero, componit ad Plautum literas, consuleret quieti urbis, seque prave diffamât^ iibvks subtraheret : esse illi per Asiam avilos agros, in quibus tuta et iniurbida juventa frueretur. Tactt. Annal, lib. XIV, cap. xxii.(M.) — Pourquoi Naigeon n'at-il pas pu sentir l'ironie dans la phrase : Il fcUlait que ce Rubellius Plautus fût bien de ses amis? Cest que ce n'est pas par la pénétration que brille Naigeon. Il est scrupuleux d'exactitude, voilà tout.
presque l'apologie de Linguet^ et des autres scélératesses de Néron.
Titus fit assassiner* Cœcina qu'il avait invité à manger; Alexandre, Parménion ; Henri III, le Guise. « Quand il s'agit de la couronne, on ne s'en fie qu'à ceux qui sont morts. » De affectato regno^ nisi occisis^ non creditur. Si cela est vrai du souverain, cela l'est bien davantage du factieux.
Il n'y a nul inconvénient à voir le péril toujours urgent.
CXGVII.
César fit couper les mains à ceux qui avaient porté les armes contre lui, et les laissa vivre. Ils promenaient la terreur.
CXGVIII.
Le machiavéliste, c'est-à-dire l'homme qui calctile tout d'après son intérêt, met souvent l'amour de la justice à la place de la haine.
GXGIX.
Ou consoler par de grandes récompenses, ou proscrire les enfants des pères factieux. L'un est plus sûr ; l'autre plus humain. Car, qu'est-ce qu'un enfant à qui une récompense fait oublier la mort de son père ?
1. Pour comprendre Tintroduction inattendue du nom de Lingnet dans cette phrase, il faut se reporter à la date de 1775, que nous assignons à ces réflexions. A ce moment même, Morellet faisait paraître sa Théorie du paradoace à laquelle Linguet répondait par la Théorie du libelle. Parmi les accusations de Morellet contre Ungact, quelques-unes étaient justes; celle d^avoir fait Tapologie de libère et de Néron dans son Histoire det Révolutions de Vempire romain (17C6) était an peu exagérée. Linguet, suivant ses habitudes d*avocat, avait plaidé le pour et le contre et il lui fut facile de répliquer à Morellet, qui n'avait cité que le pour, en lui mettant le contre sous les yeux. Linguet s*étant déclaré pour Palissot, et ayant vivement attaqué les encyclopédistes, Diderot devait prendre le parti de Morellet.