‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 2 sur 210 · DE LA PHILOSOPHIE NATURELLE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE NATURELLE

Jeune homme^ prends et lis. Si tu peux aller jusqu'à Ui fin de cet ouvrage^ tu ne seras pas incapable d*en entendre un meilleur. Comme je me suis moins proposé de ^instruire que de f exercer j ih m* importe peu que tu adoptes mes idées ou que tu les rejettes, pourvu qu'elles emploient toute ton attention. Un plus habile t'apprendra à connaître les forces de la nature ; il me suffira de f avoir fait essayer les tiennes. Adieu.

P. S. Encore un moty et je te laisse. Aie toujours présent à V esprit que la nature nest pas Dieu ; qu'un homme riest pas une machine; qt^une hypothèse n'est pas un fait : et sois assuré que tu ne m'auras point compris^ partout oii tu croiras apercevoir quelque chose de contraire à ces principes. ,

DE

fl Qu» sunt in luce tuemur B tenebris. >

LicRBT. De Herum natnrn, lib. VI.

C'est de la nature que je vais écrire. Je laisserai les pensées se succéder sous ma plume, dans Tordre même selon lequel les objets se sont offerts à ma réflexion ; parce qu'elles n'en représenteront que mieux les mouvements et la marche de mon esprit. Ce seront, ou des vues générales sur Tart expérimental, ou des vues particulières sur un phénomène qui paraît occuper tous nos philosophes, et les diviser en deux classes. Les uns ont, ce me semble, beaucoup d'instruments et peu d'idées ; les autres ont beaucoup d'idées et n'ont point d'instruments. L'intérêt de la vérité demanderait que ceux qui réfléchissent daignassent enfin s'associer à ceux qui se remuent, afin que le spéculatif fût dispensé de se donner du mouvement; que le manœuvre eût un but dans les mouvements infinis (ju'il se donne ; que tous nos efforts se trouvassent réunis et dirigés en même temps contre la résistance de la nature; et que, dans cette espèce de ligue philosophique, chacun fit le rôle qui lui convient.

Une des vérités qui aient été annoncées de nos jours avec le plus de courage et de force*, qu'un bon physicien ne perdra

**« i. Voyez V Histoire naturelle générale et particulière (t>ar Buffon et Daabenton), vol. I, Discours i. (Diderot.)

point de vue, et qui aura certainement les suites les plus avantageuses ; c'est que la région des mathématiciens est un monde intellectuel, où ce que Ton prend pour des vérités rigoureuses perd absolument cet avantage, quand on l'apporte sur notre terre. On en a conclu que c'était à la, philosophie, expérinieïitale 4 rectifier les calculs de la géométrie ; et cette conséquence a été avouée, même par les géomètres. Mais à quoi bon corriger le calcul géométrique par l'expérience? N'est-il pas plus court de s'en tenir au résultat de celle-ci? d'où l'on voit que les mathématiques, transcendantes surtout, ne conduisent à rien de précis sans l'expérience ; que c'est une espèce de métaphysique générale, où les corps sont dépouillés de leurs qualités individuelles; et qu'il resterait au moins à faire un grand ouvrage qu'on pourrait appeler V Application de Vexpérience à la géométrie^ ou Traité de Vaberration des mesures.

Je ne sais s'il y a quelque rapport entre l'esprit du jeu et le génie mathématicien ; mais il y en a beaucoup entre un jeu et les mathématiques. Laissant à part ce que le sort met d'incertitude d'un côté, ou le comparant avec ce que l'abstraction met d'inexactitude de l'autre, une partie de jeu peut être considérée comme une suite indéterminée de problèmes à résoudre, d'après des conditions données. Il n'y a point de question de mathémathiques à qui la même définition ne puisse convenir, et la chose du mathématicien n'a pas plus d'existence dans la natui*e que celle d^u joueur. C'est, de part et d'autre, une affaire de convention. Lorsque les géomètres ont décrié les métaphysiciens, ils étaient bien éloignés de penser que toute leur science n'était qu'une métaphysique. On demandait un jour : Qu'est-ce qu'un métaphysicien? Un géomètre répondit : C'est un homme qui ne sait rien. Les chimistes, les physiciens, les naturalistes, et tous ceux qui se livrent à l'art expérimental, non moins outrés dans leurs jugements, me paraissent sur le point de venger la métaphysique, et d'appliquer la même définition au géomètre. Ils disent : A quoi servent toutes ces profondes théories des corps célestes, tous ces énormes •calculs de l'astronomie rationnelle, s'ils ne dispensent point

Bradley ^ ou Le Monnîer* d'observer le ciel? Et je dis : heureux le géomètre, en qui une étude consommée des sciences abstraites n'aura point affaibli le goût des beaux-arts; à qui Horace et Tacite seront aussi familiers que Newton ; qui saura découvrir les propriétés d'une courbe, et sentir les beautés d'un poète; dont l'esprit et les ouvrages seront de tous les temps, et qui aura le mérite de toutes les académies! Il ne se verra point tomber dans l'obscurité; il n'aura point à craindre de survivre à sa renommée.

Nous touchons au moment d'une grande révolution dans le.s sciences. Au penchant que les esprits me paraissent avoir à la morale, aux belles-lettres, à l'histoire de la nature, et à la physique expérimentale, j'oserais presque assurer qu'avant qu'il soit cent ans, on ne comptera pas trois grands géomètres en Europe. Cette science s'arrêtera tout court, où l'auront laissée les Bemouilli, les Euler, les Maupertuis, les Glairaut, les Fontaine, les D'Alembert et les La Grange. Ils auront posé les colonnes d'Hercule. On n'ira point au delà. Leurs ouvrages subsisteront dans les siècles à venir, comme ces pyramides d'Egypte, dont les masses chargées d'hiéroglyphes réveillent en nous une idée effrayante de la puissance et des ressources des hommes qui les ont élevées,

Lorsqu'une science commence à naître, l'extrême considération qu'on a dans la société pour les inventeui-s ; le désir de connaître par soi-même une chose qui fait beaucoup de bruit ; l'espérance de s'illustrer par quelque découverte ; l'ambition de partager un titre avec des hommes illustres, tournent tous les

1. Astronome anglais (1092-1762) qui, en découvrant le phénomène de Toômtotion de la lunUàrê, donna le premier une démonstration satisfaisante du mouvement de translation de la terre autour du soleil.

3. Astronome français (1715-1709). n n*ayait encore publié, au moment où Diderot écrivait, que les ImtUtUions astronomiquet (traduites de Tanglais), et un volume de ses CHuerveUions de la lune, du soleil et des étoiles fixes, pour servir à la physique céleste et aux usages de la navigation (1751-75). Il fut le maître de Lalande.

12 DE LMNTERFHÉTATION

esprits de ce côté. En un moment, elle est cultivée par une infinité de personnes de caractères différents. Ce sont, ou des gens du monde, à qui leur oisiveté pèse ; ou des transfuges, qui s'imaginent acquérir dans la science à la mode une réputation, qu'ils ont inutilement cherchée dans d'autres sciences, qu'ils abandonnent pour elle ; les uns s'en font un métier ; d'autres y sont entraînés par goût. Tant d'efforts réunis portent assez rapidement la science jusqu'où elle peut aller. Mais, à mesure que ses limites s'étendent, celles de la considération se resserrent. On n'en a plus que pour ceux qui se distinguent par une grande supériorité. Alors la foule diminue; on cesse de s'embarquer pour une contrée où les fortunes sont devenues rares et difficiles. Il ne reste à la science que des mercenaires à qui elle donne du pain, et que quelques hommes de génie qu'elle continue d'illustrer longtemps encore après que le prestige est dissipé, et que les yeux se sont ouverts sur l'inutilité de leurs travaux. On regarde toujoui-s ces travaux comme des tours de force qui font honneur à l'humanité. Voilà l'abrégé historique de la géométrie, et celui de toutes les sciences qui cesseront d'instruire ou de plaire ; je n'en excepte pas même l'histoire de la nature.

Quand on vient à comparer la multitude infinie des phénomènes de la nature avec les bornes de notre entendement et la faiblesse de nos organes, peut-on jamais attendre autre chose de la lenteur de nos travaux, de leurs longues et fréquentes interruptions et de la rareté des génies créateurs, que quelques pièces rompues et séparées de la grande chaîne qui lie toutes choses?... La philosophie expérimentale travaillerait pendant les siècles des siècles, que les matériaux qu'elle entasserait, devenus à la fin par leur nombre au-dessus de toute combinaison, seraient encore bien loin d'une énumération exacte. Combien ne faudrait-il pas de volumes pour renfermer les termes seuls par lesquels nous désignerions les collections distinctes de phénomènes, si les phénomènes étaient connus? Quand la langue philosophique sera-t-elle complète? Quand* elle serait complète, qui, d'entre les hommes, pourrait la savoir? Si l'Éternel, pour manifester sa toute-puissance plus évidemment encore que par

les merveilles de la nature, eût daigné développer le mécanisme universel sur des feuilles tracées de sa propre main, croit-on que ce grand livre fût plus compréhensible pour nous que l'univers même? Combien de pages en aurait entendu ce philosophe qui, avec toute la force de tête qui lui avait été donnée, n'était pas sûr d'avoir seulement embrassé les conséquences par lesquelles un ancien géomètre a déterminé le rapport de la sphère au cylindre? Nous aurions, dans ces feuilles, une mesure assez bonne de la portée des esprits, et une satire beaucoup meilleure de notre vanité. Nous pourrions dire : Fermât alla jusqu'à telle page; Archimède était allé quelques pages plus loin. Quel est donc notre but? L'exécution d'un ouvrage qui ne peut jamais être fait et qui serait fort au-dessus de l'intelligence humaine s'il était achevé. Ne sommes-nous pas plus insensés que les premiers habitants de la plaine de Sennaar? Nous connaissons la distance infinie qu'il y a de la terre aux cieux, et nous ne laissons pas que d'élever la tour. Mais est-il à présumer qu'il ne viendra point un temps où notre orgueil découragé abandonne l'ouvrage? Quelle apparence que, logé étroitement et mal à son aise ici-bas, il s'opiniâtre à construire un palais inhabitable au delà de l'atmosphère? Quand il s'y opiniàtrerait, ne serait-il pas arrêté par la confusion des langues, qui n'est déjà que trop sensible et trop incommode dans l'histoire naturelle? D'ailleure, l'utile circonscrit tout. Ce sera l'utile qui, dans quelques siècles, donnera des bornes à la physique expérimentale, comme il est sur le point d'en donner à la géométrie. J'accorde des siècles à cette étude, parce que la sphère de son utilité est infiniment plus étendue que celle d'aucune science abstraite, et qu'elle est, sans contredit, la base de nos véritables connaissances.

Tant que les choses ne sont que dans notre entendement, ce sont nos opinions; ce sont des notions, qui peuvent être vraies ou fausses, accordées ou contredites. Elles ne prennent de la consistance qu'en se liant aux êtres extérieui*s. Cette liaison se fait ou par une chaîne ininterrompue d'expériences, ou par une chaîne ininten*ompue de raisonnements, qui tient d'un bout

à l'observation, et de l'autre à l'expérience; ou par une chaîne d'expériences dispersées d'espace en espace, entre des raisonnements, comme des poids sur la longueur d'un fil suspendu par ses deux extrémités. Sans ces poids, le fil deviendrait le jouet de la moindre agitation qui se ferait dans l'air.

On peut comparer les notions, gui n'ont aucun fondement dans la nature, à ces forêts du Nord dont les arbres n'ont point de racines. Il ne faut qu'un coup de vent, qu'un fait léger, pour renverser toute une forêt d'arbres et d'idées.

Les hommes en sont à peine à sentir combien les lois de l'investigation de la vérité sont sévères, et combien le nombre de nos moyens est borné. Tout se réduit à revenir des sens à la réflexion, et de la réflexion aux sens : rentrer en soi et en sortir sans cesse, c'est le travail de l'abeille. On a battu bien du terrain en vain, si on ne rentre pas dans la ruche chargée de cire. On a fait bien des amas de cire inutile, si on ne sait pas en former des rayons.

Mais, par malheur, il est plus facile et plus court de se consulter soi que la nature. Aussi la raison est-elle portée à demeurer en elle-même, et l'instinct à se répandre au dehors. L'instinct va sans cesse regardant, goûtant, touchant, écoutant ; et il y aurait peut-être plus de physique expérimentale à apprendre en étudiant les animaux, qu'en suivant les cours d'un professeur. Il n'y a point de charlatanerie dans leurs procédés. Ils tendent à leur but, sans se soucier de ce qui les envii*onne : s'ils nous surprennent, ce n'est point leur intention. L'étonnement est le premier effet d'un grand phénomène : c'est à la philosophie à le dissiper. Ce dont il s'agit dans un cours de philosophie expérimentale, c'est de renvoyer son auditeur plus instruit, et non plus stupéfait. S'enorgueillir des phénomènes de la nature, comme si l'on en était soi-même l'auteur, c'est

imiter la sottise d'un éditeur* des Essais^ qui ne pouvait entendre le nom de Montaigne sans rougir. Une grande leçon qu'on a souvent occasion de donner, c'est l'aveu de son insuffisance. Ne vaut-il pas mieux se concilier la confiance des autres, par la sincérité d'un je n'en sais rien^ que de balbutier des mots, et se faire pitié à soi-même, en s'efforçant de tout expliquer? Celui qui confesse librement qu'il ne sait pas ce qu'il ignore, me dispose à croire ce dont il entreprend de me rendre raison.

L'étonnement vient souvent de ce qu'on suppose plusieurs prodiges où il n'y en a qu'un; de ce qu'on imagine, dans la nature, autant d'actes particuliers qu'on nombre de phénomènes, tandis qu'elle n'a peut-être jamais produit qu'un seul acte. Il semble même que, si elle avait été dans la nécessité d'en produire plusieurs, les différents résultats de ces actes seraient isolés ; qu'il y aurait des collections de phénomènes indépendantes les unes des autres , et que cette chaîne générale, dont la philosophie suppose la continuité, se romprait en plusieurs endroits. L'indépendance absolue d'un seul fait est incompatible avec l'idée de tout ; et sans l'idée de tout, plus de philosophie.

11 semble que la nature se soit plue à varier le même mécanisme d'une infinité de manières différentes*. Elle n'abandonne un genre de productions qu'après en avoir multiplié les individus sous toutes les faces possibles. Quand on considère le règne animal , et qu'on s'aperçoit que, parmi les quadrupèdes, il n'y en a pas un qui n'ait les fonctions et les parties, surtout intérieures, entièrement semblables à un autre quadrupède, ne croirait-on pas volontiers qu'il n'y a jamais eu qu'un premier

1. Coste (7) qai avait, en eflTet, beaucoup mis du sien dans les notes de son édition de Montaigne. (Londres, 1724.)

2. Voyei VBistoirê naturelle (de Buffon), Histoire de lAne ; et un petit ouvrage latin, intitulé : Distertatio inauguralis metaphyxicat de universali naturœ sysiémate, pro griulu doctoris habita, imprimé à Erlangen en 1751, et apporté en France par M. de M... (Maupertuis) en 1753. (Diderot.) Gcethe, dans ses travaui d'histoire naturelle, a, comme Geoffroy Saint-Hilaire, développé ce point de vue.

animal, prototype de tous les animaux, dont la nature n'a fait qu'allonger, raccourcir, transformer, multiplier, oblitérer certains organes? Imaginez les doigts de la main réunis, et la matière des ongles si abondante que, venant à s'étendre et à se gonfler, elle enveloppe et couvre le tout; au lieu de la main d'un homme, vous aurez le pied d'un cheval*. Quand on voit les métamorphoses successives de l'enveloppe du prototype, quel qu'il ait été, approcher un règne d'un autre règne par des degrés insensibles, et peupler les confins des deux règnes (s'il est permis de se servir du terme de confins où il n'y a aucune division réelle), et peupler, dis-je, les confins des deux règnes, d'êtres incertains, ambigus, dépouillés en grande partie des formes, des qualités et des fonctions de l'un, et revêtus des formes, des qualités, des fonctions de l'autre, qui ne se sentirait porté à croire qu'il n'y a jamais eu qu'un premier être prototype de tous les êtres? Mais, que cette conjecture philosophique soit admise avec le docteur Baumann*, comme vraie, ou rejetée avec M. de Bufibn comme fausse, on ne niera pas qu'il ne faille l'embrasser comme une hypothèse essentielle au progrès de la physique expérimentale, à celui de la philosophie rationnelle, à la découverte et à l'explication des phénomènes qui dépendent de l'organisation. Car il est évident que la nature n'a pu conserver tant de ressemblance dans les parties, et affecter tant de variété dans les formes, sans avoir souvent rendu sensible dans un être organisé ce qu'elle a dérobé dans un autre. C'est une femme qui aime à se travestir, et dont les différents déguisements, laissant échapper tantôt une partie, tantôt une autre, donnent quelque espérance à ceux qui la suivent avec assiduité, de connaître un jour toute sa personne.

1. Voyez V Histoire naturelle générale et particulière. Description du Cheval, par M. Daubenton. (Didbhot.)

2. Baumann était le pseudonyme de Maupertuis pour la thôse inaugurale citée dans Pavant-dernière note. Cette thèse reparut en français un peu après la publication de Vlnlej^prétation de la Xalure, sous ce titre : Essai sur la fonction des corps organisés, avec un avertissement de Téditeur (Pabbé Trublet), Berlin (Paris), 1754. In-i'i. On la donnait comme une traduction, mais, ainsi que le fait remarquer Grimm, c'était le « vrai original » malheureusement « défiguré par une préface fort plate » où Fréron et Diderot sont mis sur la môme ligne. Dans les Œuvres de Maupertuis, Lyon, 1708 (1756), cette dissertation porte le titre de : Système de la Nature, comme le livre de d'Holbach, avec lequel il ne faut pas la confondre.

On a découvert qu'il y a dans un sexe le même fluide séminal que dans l'autre sexe. Les parties qui contiennent ce fluide ne sont plus inconnues. On s'est aperçu des altérations singulières qui surviennent dans certains organes de la femelle, quand la nature la presse fortement de rechercher le mâle*. Dans l'approche des sexes, quand on vient à comparer les symptômes du plaisir de l'un aux symptômes du plaisir de l'autre, et qu'on s'est assuré que la volupté se consomme dans tous les deux par des élancements également caractérisés, distincts et battus, on ne peut douter qu'il n'y ait aussi des émissions semblables du fluide séminal. Mais où et comment se fait cette émission dans la femme? que devient le fluide? quelle route suit-il? c'est ce qu'on ne saura que quand la nature, qui n'est pas également mystérieuse en tout et partout, se sera dévoilée dans une autre espèce : ce qui arrivera apparemment de l'une de ces deux manières; ou les formes seront plus évidentes dans les organes, ou l'émission du fluide se rendra sensible à son origine et sur toute sa route, par son abondance extraordinaire. Ce qu'on a vu distinctement dans un être ne tarde pas à se manifester dans un être semblable. En physique expérimentale, on apprend à apercevoir les petits phénomènes dans les grands; de même qu'en physique rationnelle, on apprend à connaître les grands corps dans les petits.

Je me représente la vaste enceinte des sciences, comme un grand terrain parsemé de places obscures et de places éclairées. Nos travaux doivent avoir pour but, ou d'étendre les limites des places éclairées, ou de multiplier sur le terrain les centres de lumières. L'un appartient au génie qui crée ; l'autre à la sagacité qui perfectionne.

1. Voyez dans VHistoire naturelle générale el particuUère, lo Discours sur la Génération. (Didebot.) — Tout le système de Buffon, au sujet de la génération, est erroné, et ce qu'en déduit Diderot Test également.

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