‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 64 sur 210 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Page 1*. — Si f eusse dorme ce livre de mon vivant y je me serais exposé à la persécution^ et n'aurais accumulé sur moi ni richesses y ni dignités nouvelles.

On verra dans la suite combien cet aveu est contraire aux principes de Tauteur. Et pourquoi l'aurait-il donc donné?

Page 10. — La nation {française) est aujourd'hui le mépris de r Europe. Nulle crise salutaire ne lui rendra sa liberté; (fest par la consomption qu'elle périra. La conquête est le seul remède à ses malheurs i et c'est le hasard et les circonstances qui décident de l'efficacité dun tel remède.

L'expérience actuelle prouve le contraire. Que les honnêtes gens qui occupent à présent les premières places de TÉtat les conservent seulement pendant dix ans, et tous nos malheurs seront réparés.

Le rétablissement de l'ancienne magistrature a ramené le temps de la liberté.

1. n laut se rapporter, pour ces renvois, à Téditioa originale où les notes sont séparées du texte, mais, comme l'indication des chapitres est exacte et que ces chapitres sont généralement courts, il est facile de suivre cette Réfutation avec une édition quelconque du livre d'Helvétius.

Nous avons vu longtemps les bras de Thomme lutter contre les bras de la nature ; mais les bras de l'homme se lassent, et les bras de la nature ne se lassent point.

Un royaume tel que celui-ci, se compare fort bien à une énorme cloche mise en volée. Une longue suite d'enfants imbéciles s'attachent à la corde, et font tous leurs efforts pour arrêter la cloche dont ils diminuent successivement les oscillations; mais il survient tôt ou tard un bras vigoureux qui lui restitue tout son mouvement.

Sous quelque gouvernement que ce soit, la nature a posé des limites au malheur des peuples. Au-delà de ces limites, c'est ou la mort, ou la fuite, ou la révolte. Il faut rendre à la terre une portion de la richesse qu'on en obtient; il faut que l'agriculteur et le propriétaire vivent. Cet ordre des choses est étemel, le despote le plus inepte et le plus féroce ne saurait l'enfreindre.

J'écrivais avant la mort de Louis XV ^ : « Cette préface est hardie : l'auteur y prononce sans ménagement que nos maux sont incurables. Et peut-être aurais-je été de son avis, si le monarque régnant avait été jeune. »

On demandait un jour comment on rendait les mœurs à un peuple corrompu. Je répondis : Comme Médée rendit la jeunesse à son père y en le dépeçant et le faisant bouillir Alors,

cette réponse n'aurait pas été très-déplacée.

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