‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 79 sur 210 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Page 88. — IJâme est un principe de vie à la connaissance et à la nature duquel on ne s'iHcre point sans les ailes de la théologie.

Et avec ces belles ailes de chauve-souris à quoi s'élève-t-on? A rien ; on circule dans les ténèbres. Et pourquoi gâter un ouvrage avec ces flagorneries-là? La postérité ne vous entendra pas, et les théologiens vos contemporains ne vous en aimeront pas davantage.

Page ibid. — M. Robinet... S'il est l'auteur de l'ouvrage De la Nature publié sous son nom, j'ai ouï dire à quelques-uns de nos philosophes qu'il ne l'entendait pas.

Page 90. — U homme doit à la mémoire ses idées et son esprit.

Et sa mémoire, grande ou petite, ingrate ou fidèle, tenace ou passagère, à quoi la doit-il? M'est-il pas d'expérience qu'on n'a jamais réussi à en donner jusqu'à un certain degré à des enfants qui en manquaient? N'est-il pas d'expérience que rien n'est si variable entre les hommes? Voilà donc pour quelques-uns une barrière insurmontable dans la carrière des arts et des sciences, et une très-grande inégalité dans l'aptitude naturelle de tous, soit à l'acquisition des idées, soit à la formation de l'esprit.

\. Ces deux filles inégalement douces eurent cependant à peu près le même sort. Elles épousèrent, l'ainde, le comte de Mun, dont le fils fut pair de France sous la Restauration ; la cadette, le comte d'Andlau.

D'Alembert lit une fois une démonstration de géométrie et il la sait par cœur. A la dixième fois je tâtonne encore.

D'Alembert ne l'oublie plus. Au bout de quelques jours, à peine m'en reste-t-il quelques traces.

Tout étant égal d'ailleurs, comment peut-il arriver que dans le même temps d'étude je fasse le même chemin que lui?

Si la mémoire se perd ou s'affaiblit par un coupy une chute^ une maladie... un enfant ne peut-il pas naître avec cet organe vicié par la nature comme par l'accident? Que direz-vous de cet enfant? lui accorderez-vous la même aptitude à l'instruction?

N'en sommes-nous pas là presque tous, si l'on nous compare à M. de Guibert * ou à M. de Villoison *? Ces deux espèces de prodiges ne dêmontrent-ils pas qu'il y a une organisation propre à la mémoire? Et si je n'ai pas reçu cette organisation, qui estce qui me la donnera?

— Vous n'en avez pas besoin, direz-vous, pour être un grand homme.

— Cela se peut; mais n'en faites donc pas dépendr e l'étendu des idées et la force de l'esprit.

Page 1