‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 126 sur 176 · EDMOND, CÉSARINE · texte numérisé non relu

EDMOND, CÉSARINE

CÉSARINE, à part.

Ce n'est pas sans peine ! elle voulait rester... Les femmes sont si curieuses I

EDMOND

En vérité, madame, j'ai peine à me persuader ce que je vois et ce que j'entends...

CÉSARINE

Oui, l'on a de la peine à s'avouer qu'on a été injuste.

EDMOND

Moi! •

CÉSARINE

Vous m'avez promis de la franchise !

EDMOND

Et je tiendrai parole, au risque de me perdre... Eh bien ! oui, j'étais persuadé que vous étiez mon ennemie, que vous aviez pour moi de l'aversion, de la haine ; bien plus, car je n'ai jamais su feindre, il me semblait que vous ne négligiez pas une seule occasion de me nuire.

CÉSARINE

Je laisse à mes actions le soin de répondre.

EDMOND, arec embarras.

Dans ce moment, il est vrai...

Remettez-vous ; je ne veux pas abuser cle mes avanlages. Parlons d'abord de vous, de vos intérêts... je n'ai que ce moyen-là de me défendre. Cette nomination de député vous tient donc bien au cœur ? c'est donc là l'objet de tous vos désirs, de toute votre ambition ?

Non, madame !

EDMOND

CESARINE.

Gomment, non?

EDMOND

Vous voyez que j'ai en vous plus de confiance que vous ne pensez ; mais votre bonté, votre générosité m'encouragent tellement, qu'à présent je croirais vous faire injure en ne vous ouvrant pas mon coeur tout entier.

CÉSARINE

Et vous avez raison I

EDMOND

Eh bien! madame... je n'ai pas les idées que l'on me suppose ; je désire la considération, non pour elle-même, mais parce qu'elle me rapprocherait d'une perscmne dont, en ce moment, je suis trop loin... par malheur.

CÉSARINE

En vérité, c'est là le motif...

Je n'en ai pas d'autres, je vous le jure. Ce n'est pas l'ambitron qui remplit mon cœur ; c'est une autre passion que depuis longtemps je voudrais me cacher à moi-même et que je n'ai jamais avouée, pas même à celle qui en était l'objet.

CÉSARINE

Et pourquoi donc ?

EDMOND

Parce que jusqu'à présent j'étais sans espoir.

CÉSARINE

Vous avez donc de Tespoir maintenant?

EDMOND

D'aujourd'hui seulement.

GÉSARINE,

Conunent cela?

EDMOND

Ah ! je voudrais et n'ose vous le dire !

GÉSARINE.

Pourquoi ? Est-ce que je connais la personne ?

EDMOND. '

Oui, madame, beaucoup.

GÉSARINE, souriant.

En vérité ! parlez... Si j'ai quelque pouvoir...

EDMOND, rirement.

Un très-grand ! Vous pouvez beaucoup sur elle ; et s'il faut vous l'avouer, vous pouvez tout I

GÉSARINE, jouant rétonnement.

Que voulez-vous dire ?

EDMOND

Que de vous seule dépend mon bonheur ! Un mot de vous, et je n'ai plus rien à désirer ! Oui, cette amitié que vous m'offrez si généreusement, j'y crois désormais, je l'implore, et si vous me secondez, si vous parlez pour moi, je suis sûr d'obtenir sa main.

GÉSARINE. *

Sa main... qui donc?

EDMOND

Agathe ! votre belle-fille I

354 COMÉDIES — DRAHES

CÉSARINE

Ociell

EDMOND

Oui, madame.

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