SCÈNE VIL
DHENNEBON, écrÎTant, à la table à gauche ; EDGARD, à droite, suivant des yeux Emilie qui ^éloigne, et restant quelque temps plongé dans ses réflexions.
DHENNEBON, à la table.
J'écris là à quelques amis qui, j*en suis sûr, n'auront pas de fonds disponibles!... les jours d'emprunt, l'amitié est toujours comme ça... C'est égal!... écrivons...
EDGARD, sur le point de partir et s'arrétant près de Dliennebon.
Je ne partirai pas du moins, monsieur, sans vous exprimer ma reconnaissance pour toutes vos bontés !... je n'oublierai jamais ce que je dois à votre obligeance et à Tamitié de votre femme... Fasse le ciel que je trouve Toccasion de m'acquitter ! et si je suis jamais assez heureux pour rendre quelque service à elle ou à vous, monsieur...
DHENNEBON, se levant de la table.
En vérité!... cela se trouve à merveille...
Parlez et croyez que ma vie, que mon sang...
DHENNEBON, avec émotion et lui serrant la main.
Vous êtes un brave jeune homme un ami véritable!...
et cependant c'est étonnant combien cela me coût.e à vous dire.
Qu'est-ce donc?
DHENNEBON.
Après cela, ce n'est pas pour moi, c'est pour ma femme, qui me pardonnerait, mais qui me gronderait!... et c'est pour lui éviter ce chagrin que je m'adresse à vous...
Eh bien! de grâce!...
DHENNEBON.
Eh bien! mon cher ami, ça m'ennuyait d'être commis et de dépendre de tout le monde... vous* comprenez... Alors, j'ai voulu devenir riche pour devenir mon maître et n'avoir plus besoin de rien... ce qui fait ^ue j'ai recours à vous.
ciel!...
DHENNEBON.
J'ai fait des spéculations malheureuses... je suis en déficit un déficit momentané et comme vous êtes garçon
et trùs-riche...
Ah! monsieur, qu'allez-vous penser de moi!...
DHENNEBON, à part.
Déjà un qui n'a pas de fonds disponibles...
Après ce que je vous ai dit... aprC's mes offres de service... vous allez croire peut-être.... non... et quoi qu'il m'en coûte à mon tour, quoique ce ne soit pas mon secret, mais celui d'un autre... vous saurez tout... apprenez que je n'ai rien!... que je ne possède plus rien!
DHENNEBON.
Une si belle fortune!...
ËDGARD.
Je l'ai engagée pour mon frère.
DHENNEBON.
L'agent de change !
Un honnête homme... que des désastres, des faillites imprévues allaient pousser à sa ruine et au désespoir... j*ai fait... ce que vous auriez fait, monsieur, je suis Venu à son secours, je lui ai tendu la main... tout mon patrimoine... mais j'ai sauvé son honneur, celui de la famille I et comme mes ressources môme étaient insuffisantes, mon oncle est venu à notre aide... Ce matin encore, une somme considérable...
DHENNEBON.
Est-il possible?
Oui, monsieur... maintenant mon frère est sauvé; sa réputation, son crédit, sont intacts I... il s'acquittera envers nous, j'en suis sûr... mais, dussé-je tout perdre, ce n'est pas ma fortune que je regretterais le plus, mais le plaisir dont je suis privé en ne pouvant aujourd'hui obliger un ami I
DHENNEBON.
Je comprends... je comprends.
Adieu I... adieu, monsieur!... c'est pour vous seul au moins I... gardez bien mon secret!
(U sort par la porte à gauche.)