‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 19 sur 176 · LÉOPOLD, ALBERTINE · texte numérisé non relu

LÉOPOLD, ALBERTINE

ALBERTINE, & part, et Be jetant dans na fauteuil.

Et Desrosoirs qui ne revient pas !...

LÉOPOLD

A merveille I puisqu'il nous laisse, reprenons, de grâce, la conversation que son arrivée avait interrompue.

ALBERTINE, avec impatience.

C'est bien... dans un autre moment.

LÉOPOLD

Non pas... vous voulez éloigner l'explication.

ALBERTIXE.

Moi!... une explication!... et à quel propos... et sur quel sujet?

LÉOPOLD

Eh! mon Dieu! en quoi vous ai -je offensée?... et d'où vient un tel changement?

ALBERTINE

Un changement!... et où vovez-vous cela?

LÉOPOLD

Mais en tout ; dans vos traits, dans vos discours... dans rémotion de votre voix... dans l'agitation où vous êtes, et dont je cherche en vain la cause.

ALBERTINE

Et qui vous dit, monsieur, qu'elle en ait une ?

LÉOPOLD

A coup sûr elle en a une; sinon, je vais croire, comme je vous le disais tout à Theure, que c'est un de ces caprices soudains... un de ces moments d'humeur dont mon amitié se plaignait.

ALBERTINE

Et quand il serait vrai?... quand je serais aussi bizarre, capricieuse..» insupportable, que vous voulez bien le supposer... croyez- vous que ces questions, ce flegme, ce sangfroid, soient bien propres à me calmer?... En vérité, il est des gens qui ne comprennent, qui ne devinent rien.

LÉOPOLD

Eh ! comment voulez-vous que je devine un pareil secret ?

ALBERTINE

Ce secret cependant n'est pas difficile à pénétrer... c'est (|ue je veux être seule... c'est que votre présence m'irrite... m'agace... m'impatiente.

LÉOPOLD

ciell... c'est à moi que vous parlez ainsi... à un ami!...

ALBERTINE

Eh ! mon Dieu ! parlez moins de votre amitié, et donnezm'en des preuves I

LÉOPOLD, vivement.

Et lesquelles exigez- vous?... parlez!

ALBERTINE

Je vous l'ai déjà dit... que vous me laissiez... que vous sortiez.

LBOPOLD.

Est-ce bien voas que fentends ? tous qui me renvoyez, qui me chassez!... Ce n>st pas votre cœur qui a dicté un pareil arrêt, et je ne veux y voir qu'un instant d'humeur et de dépit.

ALBBRTDŒ.

De i*humeur.. . du dépit. . . Non, monsieur. . . je suis cahne . . . je suis de sang-froid... et puisque vous m*avez si bien dit mes défauts... je vous dirai les vôtres ; je vous dirai que ce qu*il y a de plus insoutenable et de plus ridicule à la ibis, c'est de vouloir gratifier les gens malgré eux de conseils qu'ils ne demandent pas, d'une présence qui les fatigue, et d'une amitié à laquelle ils renoncent.

LEOPOLD

C'en est trop 1... et je serais le dernier des hommes, je m^avilirais à mes propres yeux, si, après un pareil outrage, je pouvais conserver encore des sentiments que j'abjure, et que je sais le moyen d'oublier à jamais... Oui, madame... oui, à l'instant môme... je vous prouverai qu'il en est d'autres qui plus que vous méritent ma tendresse.

ALBERTINE

Ëh! monsieur!...

LÊOPOLD.

Mais ce n'est pas à vous, qui ne m'êtes plus rien, c'est à votre mari... que je veux et que je dois confier mes projets.

(n sort par la porte & gauche, qui conduit au cabinet de H. DuUstel.)

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