‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 38 sur 176 · ALBERTINE, LÉOPOLD · texte numérisé non relu

ALBERTINE, LÉOPOLD

ALBERTINE, après un moment de silence, et souriant arec embarras.

Quoi ! vraiment, monsieur Léopold, vous en rivalité avec Desrosoirs? ce n'est guère probable !...

LÉOPOLD

Cela est... cependant !... c'est-à-dire cela était ; mais alors même que l'amour n'existe plus... il est des souvenirs pénibles, humiliants, qui froissent tout ce qu'il y a en nous de sentiments généreux ; et jugez vous-même si je n'ai pas raison d'être indigné !... J'aimais une femme, belle, vertueuse... qui méritait les adorations du monde entier, et, pour récompense de mes soins assidus, de mes tourments, de mon amour, je n'avais reçu d'elle que dédains, froideur, indifférence... je ne m'en plains pas, madame !... malheureux par ses rigueurs, j'étais heureux de l'estime qu'elle me forçait de

lui accorder, et je la respectais, je la révérais à l'égal de Dieu même, que nous adorons encore alors qu'il repousse nos vœux...

ALBERTINE

Àli 1 . . . monsieur !. . . un pareil dévouement. . .

LÉOPOLD

N'était pas une raison pour- être aimé... je le sais, je me rends justice... mais je me disais : Si je ne suis pas digne de sa tendresse, je le suis du moins de son amitié, de sa confiance... elle peut bien les donner à celui qui lui donnerait sa vie... et il me semblait qu'à ce titre... j'y avais quelques droits... n'est-il pas vrai, madame?

ALBERTINE

Ah! sans doute...

LÉOPOLD

Eh bien !... voilà ce qui m*a frappé au cœur... voilà ce que je ne pardonnerai jamais : cette femme que j'aimais tant se trouve dans la peine, dans le malheur... dans une situation horrible... et, pour en sortir, elle a recours à qui ? non pas à moi qui l'en aurais remerciée à genoux, qui aurais été trop heureux de lui donner ma fortune, mon sang... elle s'adresse à quelqu'un qui prétend lui faire payer ses services... qui lui propose de les vendre!

ALBERTINE

Grand Dieu !

LÉOPOLD, Tivement.

Cela VOUS indigne... VOUS ne pouvez le croire; et moimême, j'aurais peine à me le persuader, si d'un salon où j'étais par hasard je ne l'avais entendu... (Geste d'effroi d'Aiberline.) Moi seul, lîiadame, moi seul au monde... Oui, madame, un homme s'est trouvé qui a osé demander un prix... que li eût sollicité personne, et que personne n'eût jamais obtenu ; mais ce que vous aurez peine à concevoir, c'est qu'à ^ïie demande semblable*.. (Montrant la lettre qu'il tient.) on a

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daigné faire une réponse... (virement.) pour le bannir, j*en suis sûr.

ÂLBERTINE, Tivement.

Oui, monsieur... pour le bannir à jamais.

LÉOPOLD, de même.

Je n'en doute point... je n*enai jamais douté ; mais c*estdéjà trop que de répondre : il ne fallait pas qu^une pareille lettre restât entre les mains d'un pareil homme... je la lui ai arrachée au moment où il allait en rompre le cachet, et, selon nos conventions, c'est à vous, madame, que je la remets... la voici, (il la lui donne.) Et maintenant que j'ai puni M. Desrosoirs... il ne me reste plus qu'à me venger de celle qui m'a méconnu...

ALBERTINE

Vous venger I...

LÉOPOLD

J'ai commencé déjà et j'achèverai,

( Voyant entrer Desrosoirs.) ALBERTINE.

O ciel !...

C'est lui! allons, madame... AUons, remettez-vous... vous n'avez plus rien à craindre ni de lui. . ni de personne.

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