SCENE V
DESROSOmS, LÉOPOLD.
DESROSOIRS, la regardant sortir.
Charmante fille!... (atoc un soupir.) Ah! si j'avais vingt-cinq ans!.,, mais je ne les ai plus... c'est dommage pour elle... et
LA PASSION SEGRKTE id
pour moi, car de toute la maison c est elle qui a le plus de sagesse et de discernement.
LÉOPOLD, Tirement.
Que voulez- vous dire parla î... Est-ce que sa sœur... est-ce que vous supposeriez?...
DESROSOIBS.
Moi ? rienl... une femme brillante, recherchée... adorée, c'est tout naturel...
LÉOPOLD
On lui fait donc la cour?...
DESROSOIRS.
Mais oni, une cour très-assidue I... de nombreux adorateurs...
LÉOPOLD
Vous en connaissez ?. . .
DESROSOIRS, froidement.
Intimement!... un surtout, le plus passionné... le plus amoureux de tous...
LÉOPOLD, arec colère*
Ëhilequel? dites!
DESROSOIRS, froidement.
Je lui parle en ce moment.
LÉOPOLD, «yee snrpriie.
Monsieur!... •
DESROSOIRS.
Vous voilà tout étonné que j'aie deviné votre secret... Eh! mon Dieu, j'en sais bien d'autres ! N*ayant, grâce au ciel, ni places, ni femme, ni état, je n'ai rien à faire dans la société qu'à observer, et je vois tout, je devine tout; en revanche, je suis discret, je ne dis rien... c'est le moyen de se faire des amis, et je suis l'ami de tout le monde ; car, me voyant instruit, on aime mieux m'avoir pour confident que pour adversaire.
LÉOPOLD
Eh bien! oui... j'en conviendrai avec vous.
Vous le voyez bien !
LÉOPOLD
Cesl un penchant que je ne puis ni vaincre ni raisonner. Depuis trois ans, l'aimer est ma seule pensée, ma seule occupation. Je maudis cette fatale absence, cet héritage qui, en me donnant la fortune, m'a enlevé la seule femme que je puisse chérir... Ahl si elle était libre encore, tout ce que je possède serait à elle... mais enchaînée, mais unie à un autre... que puis-je faire? sinon l'aimer en silence, m'enivrer du plaisir de la voir, la suivre partout dans le monde, au spectacle, à la promenade ; tantôt furieux de sa froideur, tantôt me réjouissant d'une indifférence qui désespère mes rivaux et me désespère moi-môme... Enfin, chaque soir, honteux de ma faiblesse, je rentre chez moi en jurant de la fuir, de lloublier, et le lendemain je recommence... Voilà ma vie, monsieur, je n'en ai pas d'autre.
DESROSOIRS, s'asseyant près de la cheminée.
Je comprends, c'est l'espoir qui vous soutient; et pour vous guérir... il faut vous Tôter tout à fait; apprenez donc qu'il faut renoncer à madame Dulistel, car jamais vous ne serez son amant.
«. LÉOPOLD, s'asseyant près de lui.
Eh ! qui vous le fait croire ?
DESROSOIRS.
Je ne vous dirai pas la phrase d'usage : elle a un mari respectable... parce que vous savez comme moi que cela ne prouve rien... mais il y a un autre obstacle... un obstacle invincible.
LEOPOLD, à Desrosoirs, qai s'arrête poar prendre des pastilles dans une
bonbonnière*
Et lequel ?
LA PASSION SECRèTB 15