SCENE IL NEDBOROUG, HENRI, WALPOLE, Tenant du fond
HENRI
Mon cher oncle !
WALPOLE
Rassure-toi, cela va mieux ! Tu es libre, du moins !
HENRI
Que dites-vous?...
J'ai eu d'abord avec le roi une discussion assez vive...
HENRI
Je le sais.
WALPOLE
Qui a fini assez mal, car Sa Majesté ne voulait rien entendre, et moi je soutenais toujours, dussé-je le répéter à la tribune, qu'en Angleterre on était libre... (a demi-roix, et sans que Neuboroug l'entende.) libre, si OU le voulait, d'eulevor au roi ses maîtresses...
HENRI
Mon oncle 1
WALPOLE
Sur ce mot-là... il m'a congédié de son cabinet, et j'ai cru que tout était fini, que tout était perdu... n^is avec un roi bomme d'honneur, il y a toujours de la ressource. Il paraît que depuis deux heures, une fois le premier mouvement passé, il s'est calmé... il a réfléchi... il a senti que mes conseils n'étaient pas si déraisonnables, et il vient de me prévenir, par un billet très-froid et très- laconique, qu'il avait fait lever tes arrêts et qu'il te gardait seulement prisonnier ici sur parole jusqu'à ce soir.
NEUBOROUG.
A la bonne heure !
WALPOLE
A cette lettre... en était jointe une autre dont j'ignore le contenu et qui était pour toi, Neuborcïug; la voici.
Donne donc...
(il la décachette en tremblant et la lit aT6C émotion.; WALPOLE, arec inquiétude.
Eh bien?...
NEUBOROUG.
Ah! mon ami!...
WALPOLE
Qu'est-ce donc ?
NEUBOROUG.
Laisse^moi finir... ce bon roi... (Lisant.) « D'après ce que a j'ai vu et surtout d'après ce que m'a dit Walpole, je peux « mettre en vous toute ma confiance... J'ai un important « service à vous demander!... venez, je vous attends! »
WALPOLE
Qu'est-ce que ce peut être ?
NEUBOROUG.
Tu t'en doutes bien!... et rien n'égale ma joie! non pas tant pour la place qui est honorable, j'en conviens; mais pour autre chose encore... car enfin, ton neveu est en disgrâce, moi je suis en faveur; je vais être ministre, et il m'est permis alors d'avoir pour l'avenir des idées d'alliance... auxquelles sans cela je n'aurais jamais osé m'arrêter l
HENRI
Ah! je ne suis pas assez heureux pour cela... (a d«ini-Toiz, à Neuboroug.) ce n'est pas moi qu'on aime!...
NEUBOROUG, Titement et A Toix basse.
C'est vous !
HBMRI.
Est-il possible !
NEUBOROUG.
Elle me l'a avoué à moi, à son père !
HENRI, ayec émotion.
Marguerite!... Mais en effet... son trouble...
(il fait quelques pas vers Neuboroag qui vient de remonter le théâtre.)
NEUBOROUG.
Plus tard... plus tard... je suis attendu... et j'ai à peine le temps de remercier cet excellent ami à qui je dois tout.
(a Henri, montrant Walpole.) VouS UO Savez pas CO qu'il a fait
pour moi ; c'est le triomphe de l'amitié ! et si, comme je le crois maintenant, j'arrive au pouvoir, ce sera grâce à lui !
HENRI
Comment cela?
NEUBOROUG.
Imaginez- vous que ce matin nous avions un rival, un concurrent redoutable que les Sunderland portaient au ministère...
WALPOLE, avec un geste d'effroi.
Neuboroug ! je t'en supplie !
Non... non, je parlerai... je ne suis pas un ingrat... je ne cache pas les services qu'on me rend... je les proclame tout haut... (a Henri.) C'était un membre de la Chambre-Haute... un lord... un jeune homme sans crédit, sans expérience... c'était du moins l'avis de Walpole qui me l'a dit... car moi je ne lui en veux pas, je ne le connais pas... mais il paraît que le roi l'aimait, le protégeait, l'avait pris en affection...
HENRI
ciel!...
WALPOLE, Toulant l'interrompre.
Ehl de grâce!...
NEUBOROITG, à Walpole.
Enfin Tordonnance était signée, je Tai vue entre les mains et j*ai cru que tout était fini ! (a Henri.) Eh bien ! pas du tout, loin de se laisser abattre, mon ami Walpole a redoublé d'efforts; je ne sais pas comment il s'y est pris... mais il a si bien fait, si bien manœuvré, qu'en quelques heures le favori a été renversé...
HENRI
Vous, mon oncle!
WALPOLE
Moi!... par exemple!
NEUBOROUG, riant.
Oh \ tu me l'avais bien dit : « Je le renverserai. » Voilà du dévouement, de la chaleur, voilà ce qui s'appelle servir ses amis, et si jamais je suis au pouvoir, je te prendrai pour modèle... je vous le jure à tous les deux, et si j'y manque jamais !...