SCÈNE V
TIMOTHÊE, JAPHET.
JAPHET; à part» et serrant une lettre dans sa poche.
C'est le seul parti à prendre... j'avouerai tout, c'est mon devoir...
TIMOTHEE
Que dis-tu donc?
Je dis que tout est conjuré contre moi... tout, jusqu'au bonheur qui m'accable...
TIMOTHEE^
Tu es bien heureux... je vois que ton procès est gagné...
JAPHET
Non... la cause est remise à huitaine... mais, en sortant du palais.. . j'ai reçu une lettre...
TIMOTHÉE
Et de qui?
JAPHET, ayec embarras.
Dans la position... où nous sommes... je n'ai pas osé l'avouer... qu'il était une personne... noble... riche... que je voudrais, et que maintenant je ne puis te nommer... que j'aime... et dont je suis ahné..,
TIMOTHÉE
Le grand mal!
202 GOMÉDIBS — DRAMES
JAP^ET
On me propose sa main... on m'offre de Tépouser...
TIMOTHÉE
Acceptons toujours.
JAPHET
On connaît mon manque de fortune, et ce n*est pas un obstacle; mais on exige, et c'est tout naturel, une naissance et une famille honorables, on me demande quel est mon nom... quel est mon père?...
TIMOTHÉE
Ehl parbleu, je me le suis assez demandé depuis ce matin...
JAPHET
Que leur répondre?
TIMOTHÉE
Que tu es noble, je l'atteste.. •
JAPHET
Et rien ne le prouve. • •
TIMOTHÉE
Rien ne prouve le contraire... et, dans le doute... il y ^ autant de chances pour nous... dis-leur seulement d'attendre quelques jours... il me reste un espoir... j'ai une famille en vue...
JAPHET
Celle dont tu me parlais?...
TIMOTHÉE
Non, celle-là a manqué...
JAPHET
Tu vois bien, toutes tes recherches n'ont pas le sens commun.
TIMOTHÉE
Écoute donc... c'était trop beau... c'était gratis... et, dans
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ce monde, on n'a rien pour rien... mais j'en ai une autre immanquable...
JAPHET
Laisse-moi tranquille...
TIMOTHÉE
C'est plus cher, il est. vrai... et je n'ai pas le premier sehelliQg... ni toi non plus... mais, plus tard... sur ce que nous gagnerons .. nous pourrons amasser f.
JAPHET, arec impatience.
C'en est assez...
TIlfOTHÉE.
De quoi avoir un père!...
JAPHET
Va-t'en au diable î...
TIMOTHÉE
Si je t'en ai un... sur mes économies, à moi, tu ne peux pas m'en empêcher.
JAPHET
Si, vraiment; je te défends de t'en occuper et de me compromettre davantage... Je dois la vérité tout entière à la noble famille qui veut bien m'accueillir... et quand elle saura qui je suis, si elle me refuse... si elle me repousse, je ne pourrai lui en vouloir... mais je sais le parti qui me reste à prendre...
Et lequel?
JAPUET.
J'irai... j'irai me jeter à la Tamise I...
TIMOTHÉE
Ingrat I... tu m'abandonnerais donc I moi, ton ami, qui me ferais tuer... non pas pour moi, car je ne te ressemble pas, je n'aurais jamais ces idées-là pour mon compte... mais pour loi, pour te rendre heureux...
JAPHET
Pardon, mon bon Timothée, mon frère.
TIMOTHÉE
Oui... ton frère... nous n'avons pas déjà tant de parents dans le monde... nous ne sommes que nous deux... et si je perds la moitié de ma famille... que veux- tu que je fasse de Tautre ?
JAPHET
Tu as raison, je suis un insensé...
TIMOTHÉE
Et puis ce père, que j'aurai enfin rencontré... arriverait donc pour ne plus retrouver son fils... car je ne pourrais plus le lui rendre.,, et il me demanderait comme à Càïn : Qu'as-tu fait de ton frère ? tu comprends bien que ça ne se peut pas, que je réponds de toi...
JAPHET
Je n'y pense plus, tedis-je... je n'y pense plus...
Alors, embrasse-moi donc... (ils se jettent dans les bras Tan de
rantre.) et laissc-moi faire.
JAPHET
Oui, à condition que tu ne feras rien. J'entre chez la marquise, lui rendre compte de l'audience d'aujourd'hui... et je viendrai te reprendre.
TIMOTHÉE
C'est bien, entre chez la marquise; tu y trouveras du changement... grâce à moi.
JAPHET
Gomment cela ?
TIMOTHÉE, apercevant Schoon.
C'est M. Schoon, l'apothicaire. Je ne peux pas t'expliquer devant lui... mais on te dira ce que j'ai fait... et peutétre ça te donnera-t-il confiance en moi... Va toujours.
(Japhet sort par la porte à drtnte.)
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