‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 132 sur 150 · SCÈNE VIL BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE

LA DUCHESSE, sortant de la porte à droite» s'avance fièrement. EUe aperçoit Bolingbroke près de la reine et reste stupéfaite.

Bolingbroke!...

(Bolingbroke s'incline et Mine.)

LA REINE, qui pendant c«tt6 leène cherche tonjours à cacher sa colère,

s'adressent froidement à la duchesse.

Qu'est-ce, milady?... Que voulez-vous?

LA DUCHESSE, Ini tendant les papiers qu'eUe tient à la main.

Les passeports du marquis de Torcy... et la lettre qui les accompagne !

LA REINE, sèchement.

C'est bienl...

(Elle jette les papiers sur la table.) LA DUCHESSE.

Je rapporte à signer à Votre Majesté.

LA REINE, de même et allant s'asseoir & la table à gauche.

Très-bien 1... Je lirai... j'examinerai.

LA DUCHESSE, à part.

ciell... (Haut.) Votre Majesté avait cependant décidé que ce serait aujourd'hui môme... et ce matin...

Oui, sans doute... Mais d'autres considérations m'obligent à différer...

LA DUCHESSE, avec colère et regardant Rolingbroke.

Ah! je devine sans peine!... et il m'est aisé de voir à quelle influence Votre Majesté cède en ce moment !

LA REINE, cherchant à se contenir.

Que voulez-vous dire?... et quelle influence? Je n'en connais aucune... je ne cède qu'à la voix de la raison, de la justice et du bien public...

BOLINGBROKE, debout près de la table et à droite de la reine.

Nous le savons tous!...

LA REINE

On peut empêcher la vérité d'arriver jusqu'à moi... mais <lès qu'elle m'est connue... dès qu'il s'agit des intérêts de l'État... je n'hésite plus. /'

ScuBB. — Œuvres complètes. I^' Série. — 4»* Vol. — "A

BOUNGBROKE.

C'est parler en reine...

LA REINE, B*anîmant.

n est évident que la prise de Bouchaîn coûte sept millions de livres sterling à l'Angleterre...

LA DUCHESSE

Madame!...

LA REINE, s'animant de plus en plus.

Tout calculé... il est constant qu'à la bataille de Hœchstaedt, on de Malplaquet, nous avons perdu trente mille combattants,

LA DUCHESSE

Mais, permettez*..

LA REINE, se lerant.

Et VOUS voulez que je signe une lettre pareille, que je prenne une mesure aussi importante, aussi grave... avant de connaître au juste... et de savoir par moi-même?... Non, madame la duchesse... je ne veux pas servir des desseins ambitieux... ou d'autres I et je ne leur sacrifierai pas les intérêts de l'Etat.

LA DUCHESSE

Um mot seulement...

LA REINE

Je ne puis... Voici l'heure de nous rendre à la chapelle...

(A' ÂbigaîL qui vient d'entrer par la porte A droite.) Viens, partODS!

ARIGAIL.

Gomme Votre Majesté est énrae I

LA REINE, è demi-Yoix et l'amenant sur le bord du théâtre.

Ge n'est pas sans- raison I*,. Il est un mystère que je veux pénétrer... et cette personne dont nous parlions tantôt, H iàtxt absolument la voir,, l'interroger...

ARIGAIEy gaiement.

Qui?... rinconnu?

LB VERRE d'eau 399

LA REINE

Oui... tu me ramèneras, cela te regarde I

ABIGAIL, de même.

Pour cela, il faut le connaître !

LA REINE, se retournant et aperceyaat Masliam qui vient d'entrer par la porte du fond et loi présente ses gants et sa bible, dit tout bas à Abigaïl.

Tiens, le voici!

ABIGAIL; immobile de surprise.

ciel I

BOLINGBROKE, qui est passé près d'elle.

La partie est superbe 1

ABIGAIL.

Elle est perdue I...

BOUNGBROKE.

Elle est gagnée !

(La reine, qui a pris des mains de Masham les gants et la bible, fait signe à Abigaïl de la suiTre. — Toutes deux s'éloignent. — La duchesse reprend avec colère les papiers qui sont sur la table, et sort. Bolingbroke la regarde d'un air de triomphe.)

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