‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 146 sur 150 · BOLINGBROKE, LA REINE · texte numérisé non relu

BOLINGBROKE, LA REINE

BOLINGBROKE, s'approchant de la reine qui vient de se jeter dans son

iauteuîl, à droite du spectateur.

Bien, ma souveraine, très-bien !

LA REINE, avec exaltation, et comme fière de son courage.

N'est-ce pas 1... Ils m*ont crue faible, et je ne le suis pas.

Nous le voyons bien !

LA REINE, avec colère.

C'est aussi trop abuser de ma patience !

60LINGBROKE.

C'est un état de choses intolérable...

LA REINE

Et qui ne peut durer.

BOLINGBROKE, vivement.

C'est ce que nous disons depuis longtemps!... Parlez!... mes amis et moi, sommes prêts à exécuter vos ordres!

LA BEINE, se leTont.

Mes ordres... certainement!... je vous les donnerai! et c'est à vous, Bolingbroke, à vous que je me confie... Mais, dites-moi, et Masham?...

Est toujours mon prisonnier, et nous nous occuperons de cette affaire dès que le nouveau ministère sera formé, la Chambre dissoute, et le duc de Marlborough rappelé!

LA REINE, arec agitation.

C'est bien !.. . je vais donner l'ordre de le mettre en jugement.

BOLINGBROKE, rirement.

Le maréchal?

LA REINE

Eh! non... Masham!...

BOLINGBROKE, à part.

Toujours Masham !...

LA REINE, de même.

Et sa punition... car je veux qu'il soit puni... condamné... je le veux I

BOLINGBROKE, à part.

Ociel!

LA REINE

Il vous a privé d'un parent que vous aimiez, et puis la duchesse sera furieuse!

BOLINGBROKE, vivement.

Au contraire... elle sera enchantée!... ils sont brouillés... une guerre à mort.

LA, REINE, dont la colère tombe tout à coup.

Ah!... (D'un ton radouci.) Vous ne me disiez pas cela!

BOLINGBROKE, à demi- voix, et riant.

Elle a découvert à n'en pouvoir douter que Masham ne Taimait pas, qu'il ne l'avait jamais aimée... qu'il en aimait ' une autre !

LA ' REINE, virement.

En êtes- vous sûr?... qui vous l'a dit?

BOLINGBROKE, de même.

Mon jeune prisonnier!... qui me l'a avoué à moi! un amour mystérieux... une personne de la cour qu'il adore en secret, et sans le lui dire... je n'ai pu en savoir davantage.

LA REINE, avec contentement.

Voilà qui est bien différent... (se reprenant.) Je veux dire bien singulier... (En riant.) et il faudra que nous causions de tout cela.'

Oui, madame!... (vivement.) Dès ce soir, Votre Majesté aura la liste de mes nouveaux collègues, avec lesquels, dès longtemps, je me suis entendu!... L'ordonnance de dissolution...

LA REINE

C'est bien !

BOLINGBROKE, de même.

Les préliminaires pour les conférences à ouvrir avec le marquis de Torcy.

L'A REINE, de même.

A merveille!

Et dès que Votre Majesté aura donné sa signature...

LA REINE

Certainement!... Mais, ne fût-ce que pour connaître et déjouer les projets de la duchesse, ne serait-il pas prudent d'interroger Masham?

Oui, vraiment... pourvu que ce soit en secret et sans que Ton puisse s'en douter !

LA REINE

Et pourquoi ?

Parce que je réponds de luil... parce que je ne dois le laisser communiquer avec qui que ce soit, et surtout avec des personnes de la cour... mais ce soir... quand tout le monde sera retiré... quand il n'y aura plus de danger d'être vu...

LA REINE

Je comprends !

BOLINGBROKE, remontant le théâtre, et s'approchant de la porte du fond.

Je délivrerai mon prisonnier, que nous interrogerons... ou plutôt que Votre Majesté voudra bien interroger, car je n'en aurai pas le loisir...

LA REINE, avec joie.

C'est bien !... c'est bien...

(En ce moment la duchesse entr'ouvre un instant la porte à droite.) LA DUCHESSE, apercevant Bolingbroke.

Dieu! Bolingbroke!

(Elle referme vivement la porte.) LA REINE, 8'arrétant à ce bruit.

Silence î

Qu'est-ce donc?

LA REINE, montrant le cabinet à droite.

Rien... j'avais cru entendre de ce côté. (Revenant à lui gaiement.) Non... A ce soir! à bientôt!

LE VERRE d'eau 441

BOLINGBROKE, s'éloignant.

Masham sera ici... avant onze heures.

[Bolingbroke est sorti par la porte du fond h gauche.)

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